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Tome 1, Chapitre 7 « Dino » Tome 1, Chapitre 7
Accroupi derrière un monticule de valises et de sacs, Guillermo Cordoletta s’était aménagé un espace de façon à pouvoir observer la scène sans pour autant se mettre à découvert. À plat ventre sur la chenillette qui amenait les bagages dans le hangar un homme et son fils se laissaient porter par le mécanisme. Ils tombèrent sur la pile de valises et de sacs entremêlés aprèsavoir fait une chute vertigineuse.
    Le paternel semblait réactif. Le fiston, amorphe, restait assis un sourire béat aux lèvres. “Gun” les scrutait. L’Italien eut vite fait de les juger inoffensifs. Sans bruits, il se déplaça vers un autre tas de malles suffisamment haut pour pouvoir dissimuler sa forte nature. En chemin, il attrapa une veste rose qui s’échappait d’un sac à dos à moitié éventré. Le Milanais prit le temps d’essayer la jaquette et l’adopta immédiatement…satisfait de ne rien avoir perdu de son élégance naturelle dans cette malheureuse aventure.
    Maintenant que le père avait récupérer le gamin, les deux intrus semblaient fort occupés à fouiller les valises. Guillermo se demandait s’ils étaient des voleurs à la petite semaine ou bien des touristes en quête d’objets perdus. Dans tous les cas quelle mouche les avait piqués de passer par le tapis roulant !
    
    Profitant du fait qu’ils étaient concentrés à lire les tableaux de répartition des tapis, “Gun” se rapprocha en silence. Il faillit tomber en butant contre les pieds d’un homme. Un soldat. Son corps était crispé dans une position qui trahissait une intense souffrance. L’Italien ne comprit pas vraiment comment l’homme était mort. Il n’eut pas le temps de se questionner davantage qu’il entendit les deux inconnus venir vers lui.
    D’un geste vif, le Milanais saisit avec force l’AK-47 que le cadavre tenait encore. Il ne chercha plus à se cacher. Sa démarche était souple et presque inaudible. Il avançait en pointant le père et le fils dans son viseur. Maintenant qu’il n’était plus qu’à quelques mètres d’eux, il réalisa que ce qu’il avait pris pour un garçonnet était en fait une jeune femme...et plutôt agréable avec ça.
    Guillermo Cordoletta avait toujours eu un faible pour les jolies filles. Celle-là avait quelque chose de Droopy dans son attitude générale. Elle était vêtue d’une chemise d’homme bleue trop grande pour elle. Ses chaussettes d’un blanc douteux dépassaient péniblement des énormes chaussures qu’elle portait. Pourtant, malgré son bonnet rouge à la Cousteau, elle était séduisante.
    
    
    Il laissa son regard errer sur les jambes de la jeune femme. Elles étaient couvertes de bleus et d'éraflures. Ses yeux rougis avaient, de toute évidence, beaucoup pleuré. Mais ce qui décontenança le tueur à gage ce fut son apparence. Elle ressemblait à une poupée de chiffon et pourtant… Pourtant, quelque chose dans son regard, une flamme inconnue de l’Italien, brillait. Guillermo Cordoletta ne savait pas pourquoi, mais il avait confiance dans cette fille qui avait tout d’une brindille.
    L’Italien se déconcentra un instant. L’homme maintenant agenouillé au dessus d’une malle noire venait de sortir une lame. Guillermo surveillait avec attentions les gestes de l’intrus. Focalisé sur le fait de ne pas se faire voir, il avançait. Il se tenait maintenant à la hauteur des deux inconnus. La panique s’empara du tueur à gages un bref instant lorsqu’il réalisa que la jeune femme n’était plus dans son champ de vision. Une seconde d’inattention avait suffit à ce que la belle disparaisse. Il aurait dû se douter que la fille et ses immenses yeux marron n’étaient en fait que le fruit de son imagination...les drogues sans nul doute !
    
    
***

    
    Monsieur Grant, trop concentré, n'entendit pas l’homme armé qui venait vers eux. Contrairement à lui, Sara, dans un réflexe inattendu, se trouva dissimulée derrière une pile de valises. L'intrus arriva sans mal jusqu'à l'Anglais et posa le canon de son fusil sur la nuque de ce dernier.
    
    « Si sposta sei morto ! »
    
    Seule la Française appréhendait parfaitement la situation. L’homme d’affaires qui donnait l’impression de ne rien avoir compris, se leva. Il haussa les mains en signe de reddition et dans un geste félin désarma son adversaire. L’Italien, loin de paraître surpris, réagit extrêmement vite et donna un violent coup de coude à l’Anglais. Le fusil était le véritable enjeu de ce combat sans merci. Tandis que l’homme en pyjamas faisait tomber monsieur Grant, l’arme vola dans les airs et atterrit non loin d'eux, mais hors de portée tout de même.
    
    Le petit nouveau se jeta immédiatement sur l’Anglais toujours à terre. Il était maintenant sur le point de lui rompre le cou . Sara l'arrêta net, enfonçant la lame de son couteau à droite sous la douzième côte. L’ancienne étudiante en médecine, s'exprimant dans la langue de Dante, lui ordonna de lâcher son ami. L'homme à la corpulence impressionnante s'exécuta. Il se tourna lentement. Il avait une quarantaine d'années, des cheveux et des yeux noirs.
    La Française, un sourire ravageur aux lèvres, le fixa droit dans les yeux lorsqu'elle lui dit dans un italien parfait :
    
    « Lui, c'est Princesse, moi crâne d'œuf et... nous sommes tes nouveaux amis ! »
    
    Sara faisait son possible pour paraître calme et déterminée. De toute évidence, elle y arrivait même si son cœur lui donnait l’impression de vouloir sortir de sa poitrine. Elle inspira profondément et posa le couteau à ses pieds en signe de paix.
    Monsieur Grant, loin d’être raisonnable, se déplaça, se saisit de l’arme restée au sol et menaça leur nouvel ami. En réponse, l’Italien ramassa le couteau et fronça les sourcils. La Française haussa les épaules désespérée : les hommes et leur surplus de testostérone ! Sara se déplaça et se glissa entre les deux protagonistes.
    Elle croisa les bras sur sa poitrine et tourna la tête de droite à gauche les surveillant d’un air sévère.
    
    " OK,vous voulez vous entretuer, faites-le ! Mais avant, achevez-moi ! dit-elle résignée.
    — Crâne d'œuf ! Pousse-toi de là ! vociféra l'Anglais hors de lui.
    — Non !
    — Guillermo Cordoletta, pour vous servir, mademoiselle ", intervint dans un anglais exécrable, l'homme à la forte corpulence.
    
    
    Sara fit volte-face. Guillermo lui baisa la main, non sans lui avoir remis son couteau avant. La jeune femme se tourna à nouveau vers l'Anglais et dit d'un ton sévère digne d'une institutrice :
    
    " Princesse ! Cessez donc de faire l'enfant et serrez-lui la main !"
    
    
***

    
    Simus Walker Grant rageait. Il devait la vie à cette brindille plus têtue qu’une mule. Une question s’imposa dans l’esprit de l’Anglais : qu’allait-il faire d’elle ? L’ancienne étudiante en médecine avait du mal, physiquement, à le suivre. Elle n’avait aucune résistance morale, se mettant à pleurer à tout bout de champ, et maintenant...elle avait bon cœur. Inconsciente du danger, elle faisait ami-ami avec le premier venu.
    Le marchand d’armes se surprit à sourire et à baisser sa garde. En effet, si le Schtroumpf n’avait pas été autant maladroite que généreuse, il serait mort à l’heure actuelle. À regret, il jeta le AK-47. Il haussa les épaules, puis désigna l’Italien du menton, l’air de dire : à son tour.
    
    
    L'homme d'affaires recula lorsque l’Italien fit un pas en avant. L’homme était un colosse. Agile, il n’avait eu aucun mal à contenir Simus lors de leur combat au corps à corps. Sa façon de tenir l’AK-47 ou encore de rendre le couteau à Sara sans h trahissait une grande connaissance des armes.
    Aussi l’Anglais se demanda-t-il à qui avait-il réellement affaire ? Car au-delà de son apparence trompeuse de nounours, l’Italien cachait des ressources intéressantes. Simus Walker Grant évalua la situation. La Française avait maintenant récupéré le poignard de combat des industries Grant et était en train d’admirer la veste rose de leur nouveau compagnon. La scène semblait totalement irréelle. Pourtant, au milieu cette improbable situation la jeune femme avait réussi à s’allier avec un homme dont le potentiel de tueur ne faisait pas de doute.
    Sans vraiment le réaliser, l’Anglais venait de trouver la réponse à la question qu’il se posait précédemment. Qu’allait-il faire d’elle ? Il allait la suivre… et jusqu’au bout du monde s’il le fallait, car cette fille était, bien malgré elle, très douée pour survivre !
    
    Il souleva un sourcil, répétant à voix haute le nom de l'homme. Simus le prononça une nouvelle fois et changea simplement le prénom :
    
    " Gun Cordoletta ?
    — Si, répondit l'Italien, maintenant souriant et détendu.
    — Crâne d'œuf ! Cet homme est un tueur à gage ! s'écria l'Anglais, soulagé.
    — Oh ! Rien que ça ! Et comment le savez-vous ? demanda-t-elle stupéfaite.
    — Ma... Mon entreprise a fait appel à lui pour tester certains produits.
    — Votre entreprise ? Je croyais que vous vendiez des hélicoptères !
    — C'est exact, mais la Brothers Grant Compagnie vend toute sorte de choses...disons que c’est mon frère qui s'occupe des gadgets. "
    
    À l'évocation de la société familiale, Guillermo se sentit en terrain connu. Les deux hommes, s'étant rapprochés, se donnaient maintenant l'accolade comme s'ils avaient été de vieux camarades de classe.
    
    
***

    
    Sara avait déjà eu une grosse journée, mais la scène de retrouvailles à laquelle elle assistait était totalement surréaliste. Elle s'assit par terre et prit sa tête entre les mains. Souhaitant que rien de cela n'existe. Elle ferma les yeux et elle répéta en français:
    
    " Mais dans quel merdier tu t'es encore mise! C'est un cauchemar, tu vas te réveiller ! "
    
    Les deux hommes la fixaient sans bouger. À leurs pieds, la jeune femme continua ainsi de longues minutes, puis soudain...elle se leva. Ils sursautèrent, pris au dépourvu. Réalisant que son apitoiement ne les ferait pas disparaître, la Française se tourna vers Simus :
    
    " Bien ! Nous sommes venus jusqu'ici pour un sac...si j'ai bonne mémoire, que fait-on maintenant ? "
    
    Guillermo allait ouvrir la bouche, mais Sara le fit taire d'un geste de la main. Sans même le regarder, elle lui dit en italien :
    
    " Dino, ton tour viendra. Je m'occupe d'abord de l'Anglais !"
    
    Alors qu'il s'apprêtait à protester, le tueur à gage lut sur le visage de Princesse qu'il valait mieux qu'il se taise. L'homme corpulent avait déjà vécu bon nombre de situations incongrues. Cependant, il n'avait jamais était réduit au silence par un petit bout de femme aux yeux noisette ravissants et au sourire enjôleur. En fait, la seule à avoir jamais réussi à le menacer d'une lame, comme l'avait fait quelques temps plus tôt la Française, était sa grand-mère !
    L'Italien recula de quelques mètres. Croisant le fusil qui gisait par terre, il s'en saisit. Il sembla étudier les lieux et disparu comme par enchantement. Pendant ce temps-là, monsieur Grant expliqua à Sara que ses malles contenaient leurs affaires personnelles à lui ainsi qu'à son second. Au vu des similitudes de taille et de poids, entre son adjoint et la jeune femme, l'homme d’affaires proposa à Sara de se changer.
    
    
    Si la Française commença par protester, elle finit par se convaincre que l'Anglais avait raison. De toute façon, ces affaires ne serviraient plus, se dit-elle. Le copilote devait être mort depuis longtemps...et n'en aurait donc plus besoin.
    Monsieur Grant sortit, de la deuxième cantine métallique : un grand sac à dos, des chaussures d'alpinisme ainsi qu’une importante quantité de matériel. Il vérifia le contenu d'une petite mallette et eut l'air satisfait. Mademoiselle de Montalivet de Giron le regardait faire sans vraiment le voir, jusqu'au moment où il se déshabilla.
    Elle tourna la tête promptement, se disant que ce n'était vraiment pas le moment de jouer les exhibitionnistes. Quelques minutes plus tard, l’'Anglais la héla. Regardant à nouveau, Sara découvrit un Princesse souriant dans ses vêtements techniques. Il était même équipé d'un baudrier. Tout en lui faisant un signe du menton, il lui dit :
    
    " Allez, crâne d'œuf à ton tour !
    — À mon tour quoi ? demanda la jeune femme ne voulant pas comprendre.
    — Déshabille-toi, nous n'avons pas toute la journée ! ordonna monsieur Grant.
    — C'est pas parce que nous avons pris une douche ensemble que je me désape sur commande ! Compris ? dit-elle indignée.
    — Compris ! Je vous rappellerez juste pour mémoire que je vous ai vue à poils, chauve et couverte de vomi. Je vous rassure, il y en a pour un moment avant que je vous trouve attirante ! Dites-vous que nous sommes comme frère et sœur ! Allez, dépêchez-vous et enfilez-moi ça ! "
    
    Il lui jeta une brassée d'habits et se tourna, cherchant du regard l'Italien. Là où Sara ne voyait qu'un tas de valises, le marchand d’armes reconnut le tueur. Il lui fit un geste de la main et tous deux donnèrent à la jeune femme deux minutes d'intimité.
    La Française trouvait la situation cocasse. De toute évidence, la fin du monde avait eu lieu à Calcutta et, contre toute attente, elle avait survécu. Elle, qui n'avait jamais été sportive, se trouvait parée de vêtements d'alpinisme légers et résistants. Ils lui donnaient même l’allure d'une professionnelle.
    Prête, elle siffla les deux hommes. L'Anglais la regarda satisfait, l'Italien, revenu à leurs côtés, était souriant. Monsieur Grant s'accroupit et commença à s'occuper des sacs à dos lorsque Sara l'interpella :
    
    " Et pour Dino, que fait-on ?
    — Moi pas Dino, moi Guillermo !" intervint l'Italien, dans un anglais à l’accent méditerranéen.
    
    La jeune femme se tourna et leva les yeux au ciel. De l'index, elle toucha un des nombreux petits dinosaures présents sur son pyjama et conclut :
    
    " Lui :Princesse… Moi : crâne d'œuf… Toi : Dino... Capisce ! "
    
    Le tueur se gratta la tête dubitatif. Il lança un regard en coin au pilote. Ce dernier haussa les épaules. Il ne servait à rien de lutter, car Sara, en dépit des apparences, était bien la cheffe de ce petit groupe.
    

Texte publié par Isabelle , 5 décembre 2016 à 13h56
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