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Tome 1, Chapitre 5 « Bandhu, Ladli et compagnie » Tome 1, Chapitre 5
Bandhu était un guide touristique Indien. Il parlait cinq langues et maîtrisait plusieurs dialectes provinciaux. Monsieur Tandraya était également un fervent pratiquant hindouiste. Sa flamme religieuse l’avait d’ailleurs poussée à participer au massacre du Gujarat. Il n’avait aucun regret. En y repensant, il soupirait simplement se disant qu’il ne serait peut-être pas réincarné en brahmane. Mais heureusement, rien n’était définitif, même pas l’enfer ! Cet érudit de trente-huit ans était un Kshatriya. De la caste des guerriers, il était bien placé dans la hiérarchie hindouiste et ne comptait pas s’arrêter là.
    
    L’homme bedonnant et de petite taille avait les cheveux noirs et le teint olivâtre. Ancien sergent de l’armée indienne, il accompagnait un groupe d’Américains constitué d’un adolescent et de vieilles harpies. Ils avaient fait le tour de l’Inde et étaient sur le point de partir au Bhoutan. Monsieur Tandraya maudissait intérieurement son collègue, malade, de lui infliger ce supplice encore pendant dix jours. En effet, normalement il n’effectuait aucun circuit hors de l’Inde afin de pouvoir rejoindre son épouse au Darjeeling toutes les trois semaines.
    
    Bandhu repensait à tout cela dans l’obscurité de la zone des restaurants. Les cris avaient cessé depuis peu et ne l’avaient pas effrayé outre mesure. Le terrorisme faisait partie de sa vie, il fallait juste laisser les choses se tasser. En plus, il avait trouvé assez vite une cachette à l’intérieur du frigo du restaurant chinois.
    
    En vérité, ce n’était pas lui qui l’avait découvert, mais le grand jeune homme blond qui servait de modérateur à ces dames lorsqu’elles commençaient à devenir un peu trop intolérantes. Dès que le courant avait été coupé, l’Américain s’était mis à jurer et à zozoter. Ce cheveu sur la langue avait quelque peu dérouté l’Indien. Cependant, pas très longtemps, car les propos du Texan étaient des plus judicieux : trouver un abri !
    
    Monsieur Tandraya avait profité de la lueur du briquet du cuisinier chinois pour suivre John Moore, un de ses clients, dans la chambre froide. Lorsque le restaurateur avait voulu appeler ses collègues afin de les protéger, il avait signé son arrêt de mort.
    
    L’Indien n’était pas partageur. Aussi, sans raison apparente, il avait maîtrisé le cuisinier. Ce dernier se débattant, il lui avait brisé la nuque d’un geste vif dans un feulement digne de celui d’un tigre. Le guide touristique avait ainsi retrouvé des réflexes qu’il croyait enfouis depuis longtemps.
    
    Il se serait bien chargé de l’Américain si ce dernier, armé d’un couteau de cuisine, ne l’avait pas menacé d’une voix glaçante qu’il ne lui connaissait pas plus que son ancien zozotement :
    
    « Écoute-moi bien, tiger... t’es un rapide, mais je suis bien plus précis que toi. De plus, mon œuvre aura l’air d’un accident... toi... tu fais brouillon !
    — Monsieur Moore ? C’est bien vous ? »
    
    Demanda l’Indien qui avait du mal à identifier les différentes personnalités de son client.
    
    « Oui, appelle-moi “Z”, le nabot !
    — “Z” ? répéta le guide surpris par le surnom que l’Américain se donnait.
    — Peu importe, nous sommes la même personne. Tu vas me sortir ce corps et le foutre devant la porte. Zohn a une idée pour la refermer sans être pris au piège dans ce cloaque.
    — Bien Monsieur Moore… »
    
    L’érudit s’appliqua à exécuter la consigne que lui avait donnée l’Américain, bien que ses multiples personnalités le déstabilisent. Une fois la chose faite, il revint s’asseoir dans le noir. Le grand jeune homme se leva et bidouilla quelque chose avant de les enfermer dans le réfrigérateur géant.
    
    Ils y étaient depuis. Les deux comparses avaient écouté les cris, entendu les explosions et les sons mats. Le silence pesant qui avait suivi les inquiéta un instant. Pourtant, ce qui les surprit, ce fut le froid. Ce mal insidieux s’infiltrait hypocritement. Il envahit d’abord le sol tel un serpent, en rampant. Puis il s’enroula autour de leurs chevilles, de leurs mollets et engourdit leurs mains et leurs épaules.
    
    Unis dans une même lutte silencieuse, les deux compagnons d’infortune frottèrent leurs paumes, se recroquevillèrent dans leurs vêtements avant de se coller l’un contre l’autre. Ils regrettèrent tous deux le briquet oublié dans la poche de leur victime. Dans un dernier geste de survie, ils s’enlacèrent toujours sans un mot. Ils finirent par céder aux frimas et s’endormirent.
    
    John Moore et Bandhu Tandraya s’étreignaient encore lorsqu’ils se réveillèrent. Se découvrant ainsi, ils eurent un léger mouvement de recul, mais ne s’écartèrent pas l’un de l’autre pour autant. Il leur fallut quelques heures avant que le froid qui engourdissait leurs membres se dissipa. Une fois la chose faite, ils se mirent en marche.
    
    John et Zohn se retirèrent et laissèrent la place à « Z », de loin le plus dangereux des trois, dans la tête de monsieur Moore. L’Américain ordonna à l’Indien, sous la menace d’un couteau de cuisine, de sortir le premier. La porte s’ouvrit sans problèmes.
    
    Bandu s’avança non sans avoir reculé dans un premier temps, surpris par la forte luminosité. Il s’étonna également de ne voir aucun corps à proximité. L’Indien était certain d’avoir laissé celui du cuisinier devant l’ouverture du frigo. Pourtant, rien ni personne n’entravaient leur chemin.
    L’Indien fit quelques pas hésitants avant de découvrir une Américaine, entourée de dizaine d’autres. Son allure, bien que lente, le mena jusqu’aux premières aires de repas. Là, les corps jonchaient les chaises, les tables et les sols. Tous étaient ravagés par les traces d’anciens spasmes de douleur.
    
    « Z » arriva et regarda, stupéfait, la scène. Contrairement au guide touristique, il n’avait jamais vu de massacre de masse. Le grand jeune homme blond se tut, choqué. Aucune de ses trois personnalités ne réussit à prendre le dessus. Si en apparence l’Américain était d’un calme inquiétant, l’intérieur de sa tête était soumis à une forte tempête.
    
    
***

    
    Ladli n’avait pas de nom de famille, du moins ne l’avait-elle jamais su. À quatorze ans, la jeune fille n’avait rien d’innocent. Elle avait torturé ses premières victimes à six ans, ses frères cadets favorisés par leur sexe. Elle avait d’ailleurs réussi à en noyer un dans le Gange alors qu’ils faisaient leurs ablutions matinales... un malheureux accident !
    
    Mariée de force à douze ans, son époux n’avait pas survécu à sa nuit de noces, ni lui ni trois autres membres de sa famille. Depuis Ladli était dans les rues de Calcutta. Se prostituant à l’occasion, elle se faisait de l’argent plus facilement ainsi qu’en volant.
    La jeune fille avait un don certain pour lire les gens, mais ne pouvait pas tous les tuer ou les manipuler... à son grand regret. L’Indienne ne se trompait que rarement sur le caractère de ses congénères, ce qui lui avait permis d’éviter jusqu’à ce jour la justice. Par contre, elle n’avait pu s’échapper qu’in extremis de chez le souteneur qui l’avait enlevée alors qu’elle avait treize ans.
    
    De cette aventure malheureuse, la jeune fille avait gardé une langue coupée et d’affreuses cicatrices dues aux coups de fouet de son tortionnaire. Bien sûr, elle ne pouvait plus se jouer des autres par la parole, mais cela n’empêchait pas ses yeux de mentir avec talent. Ladli se considérait comme une artiste et suivait un code de l’honneur qu’elle seule connaissait.
    
    Le vingt avril, par un hasard malheureux, la jeune fille croisa la route de son ancien bourreau. Ce dernier regretta fortement de ne pas l’avoir tuée lorsque l’occasion s’était présentée. La Dalit — intouchable — lui creva un œil avec deux doigts tandis qu’il essayait de la kidnapper et s’enfuit en montant sur le toit du premier bus qui passait. Elle avait ainsi fini à l’aéroport international de Calcutta en ce jour humide de mousson.
    
    Débusquée par quatre policiers, elle venait d’être enfermée lorsque le terminal fut plongé dans le noir. La jeune fille avait pris cette coupure générale d’électricité pour une bénédiction. Sa cellule était équipée, en son centre, d’une buse d’évacuation. Elle transforma la petite grille de la bouche de la canalisation en arme en l’aiguisant contre le métal de la porte.
    
    La baisse de la température la saisit, mais ne l’empêcha pas de continuer à préparer son évasion. Ladli était résistante. Elle s’entoura de l’unique couverture mise à sa disposition et resta en mouvement. Peu de choses pouvaient entraver son chemin et sûrement pas une vague de froid.
    
    Le grésillement du filament électrique précéda de quelques secondes le retour de la lumière. Crue et violente, elle inonda la petite cellule en un éclair. Ladli se réfugia sous sa couverture, laissant quelques minutes à ses yeux pour appréhender ce changement brutal.
    
    Ensuite, elle se dégagea du plaid et enroula ce dernier autour de son bras gauche. La chose faite, elle inspecta l’arme qu’elle avait mis quatre jours à préparer dans le noir. La grille de la buse d’évacuation présentait un côté abîmé, mais fortement tranchant.
    
    La jeune Dalit sourit de façon malsaine. Cette fois-ci, sa dernière heure était probablement arrivée. Elle n’avait pas envie de croupir en prison. Elle préférait rendre son âme en prenant plaisir à ôter la vie de quelqu’un de bien plus fort qu’elle.
    Cependant, à bien y réfléchir, si une infime chance se présentait à elle, elle la prendrait.
    
    Ladli s’assit en tailleur. Elle dissimula son pseudo couteau sous la couverture entourant son bras gauche. L’adolescente, en autre talent, était ambidextre. Elle avait adapté sa préparation au sens d’ouverture de la porte de façon à être certaine de pouvoir atteindre la carotide du premier gardien qu’elle verrait.
    
    La jeune fille commençait cependant à trouver le temps long. Pourtant, son corps se détendit et apprécia le retour de la chaleur. Elle ferma les yeux et entra dans un état proche du sommeil, mais néanmoins totalement conscient. L’Indienne resta ainsi pendant un peu plus de deux heures jusqu’au moment où elle entendit des bruits similaires à ceux des grognements des cochons.
    
    Les gardes pouvaient bien essayer de l’impressionner, elle était prête. Elle ouvrit les yeux et fixa le battant métallique qui la séparait encore des soldats. Lorsque la porte s’entrebâilla, Ladli eut un moment d’hésitation. Humains, pas humains cela n’avait pas d’importance, elle tuerait tout ce qui se mettrait entre elle et sa liberté... et avec plaisir !
    
    
***

    
    Le hangar à bagages ne faisait pas exception. Après avoir été plongé dans le noir et privé de tout moyen de communication, il subissait une violente vague de froid. Cependant, cette dernière tirait à sa fin et la température ambiante retrouvait peu à peu les valeurs saisonnières. Guillermo Cordoletta dit « Gun » se réveilla à ce moment-là. Les drogues dont il avait été la victime ne faisaient plus effet. Si tout être normalement constitué aurait dû mourir d’une overdose, ce colosse Italien en avait simplement profité pour dormir pendant quatre jours.
    
    Ouvrant maintenant les yeux le Milanais, tueur à gage de surcroît, put mesurer l’étendue de son inconfort. Les genoux repliés sur la poitrine et les bras attachés dans le dos, il se trouvait enfermé dans une immense malle de voyage. Les tempes douloureuses et son cœur battant la chamade au niveau de son estomac signalaient à « Gun » qu’il avait faim.
    
    Il avait expérimenté des situations plus précaires que celle-ci. Ce n’était pas la première fois qu’il était victime d’un enlèvement et espérait secrètement que ce soit la dernière. À quarante-huit ans, cet homme de haute stature à l’embonpoint impressionnant avait passé l’âge de ce genre d’amusement.
    
    L’Italien fit craquer deux, trois vertèbres avant de se déboîter le pouce gauche. Il se dégagea ainsi sans peine des liens qui enserraient ses mains. Guillermo Cordoletta jura, puis demanda pardon à la Sainte Mère. Les dislocations de la ceinture scapulaire n’avaient jamais été son fort que ce soit sur les autres ou pour lui-même. Le tueur se concentra un instant. La dernière fois, à Caracas, il s’était volontairement déboîté l’épaule droite... c’était donc au tour de la gauche de subir une luxation.
    
    Une fois la chose faite, le Milanais pesta et tempêta contre le Ciel et tous les Saints. Il hésita, mais cette fois-ci ne demanda pardon à personne. Il dut attendre une quinzaine de minutes, le temps de retrouver calme et concentration, avant de se servir de ses jambes pour faire voler le couvercle du bagage qui le retenait.
    Mais les terroristes qui l’avaient enfermé là n’avaient pas lésiné sur les moyens. Le coffre était solide ! Qu’à cela ne tienne, Guillermo donnerait les coups de pieds nécessaires à l’ouverture de ce truc.
    
    Cependant, son esprit cartésien fut extrêmement dérouté que le vacarme provoqué par ses nombreux assauts n’alerte personne. Il continua méthodiquement, souhaitant ne pas avoir été enterré vivant une fois de plus. Trente minutes plus tard, son vœu fut exaucé : il ne se trouvait pas six pieds sous terre.
    
    L’Italien se déplia péniblement. Il remit en place son articulation en jurant, puis fit le tour de la situation d’un regard. Il se trouvait dans le hangar à bagages d’un aéroport ; il s’agissait probablement de celui de Calcutta, s’il en croyait la chaleur, l’écriture en hindi et les étiquettes des valises portant le code pour l’ancienne capitale coloniale : CCU.
    
    Maintenant qu’il savait où il se trouvait, il jeta un coup d’œil à sa personne. Il était en slip et sa peau était l’hôte de nombreuses ecchymoses. Guillermo commença une fouille méthodique des lieux, cherchant particulièrement celles porteuses d’un éventuel séjour aux États-Unis. Les Américains rivalisaient généralement avec sa taille hors du commun et l’Italien, étant bourré de préjugés sur les habitants d’outre-Atlantique, restait dans sa logique. À la huitième valise éventrée, il finit par trouver un pyjama ainsi qu’une paire de bottes en plastiques rouge, le tout à sa taille.
    Il allait reprendre ses fouilles lorsqu’un bruit étrange le poussa à dissimuler sa haute stature sous une pile de sacs. Guillermo Cordoletta, dit « Gun », en avait vu beaucoup dans sa vie de tueur à gages, mais une chose était sûre... pas ça !
    

Texte publié par Isabelle , 11 novembre 2016 à 11h55
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