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Tome 1, Chapitre 4 « Froid » Tome 1, Chapitre 4
Sara se tenait dans l’encadrement de la porte, mouillée de la tête aux pieds. De toute évidence, le pommeau était incliné vers elle. L’Anglais avait du mal à parler tellement il riait à l’imaginer arrosée ; il réussit à se reprendre et demanda :
    
    « Ça va ?
    — Non, je suis trempée ! répondit-elle boudeuse.
    — Mais au moins, nous avons de quoi boire, dit-il optimiste, pas besoin d’utiliser les cuvettes.
    — C’est vrai. »
    
    Il ralluma la douche, non sans l’avoir prévenue avant cette fois-ci. Ils étanchèrent leur soif et lorsqu’ils eurent fini, Sara demanda s’il y avait des serviettes. Monsieur Grant chercha et en trouva sur une étagère en hauteur à sa droite. Elle contenait quatre grandes éponges. Il en attrapa une et la tendit en direction de la voix de la Française, demandant :
    
    « Vous ne voulez pas en profiter pour vous laver ? Je veux dire une vraie douche, parce que c’est pas pour critiquer, mais vous puez ! »
    
    Sara ne pouvait pas lui donner tort. Elle batailla un moment pour le faire sortir, ne désirant pas se laver en sa présence. L’Anglais prenait de toute évidence un certain plaisir à contrarier la jeune femme. Il finit par obtempérer en se moquant et en lui rappelant qu’ils étaient plongés dans le noir le plus total. Sara lui remémora toutefois que ni lui ni elle ne savaient quand la lumière reviendrait.
    
    Elle actionna le loquet du verrou après de nombreuses hésitations. Trouvant à tâtons la patère, elle se dévêtit et suspendit ses vêtements avant d’enclencher le jet d’eau. Ce ne fut qu’à ce moment-là, qu’elle réalisa qu’il faisait chaud. Les gouttes fraîches sur sa peau lui faisaient du bien. La jeune femme inspecta, du bout des doigts, les parois qui l’entouraient et trouva un distributeur de savon liquide. Après en avoir reniflé un échantillon, l’odeur lui confirma qu’elle avait raison.
    
    La Française s’arracha plusieurs mèches tandis qu’elle se shampouinait. Elle était stressée. Du moins, l’avait-elle été. À chaque fois, c’était la même histoire, son corps évacuait sa peur par une perte capillaire. Heureusement, elle avait une tignasse importante, cela ne se remarquerait pas. Sara se sécha, récupéra ses affaires, puis sortit, laissant ainsi la place à Princesse.
    
    Ils se télescopèrent au passage de la porte. L’homme, étant déjà torse nu, la jeune femme ne put que constater que sa peau était douce et chaude. Elle retrouva sa besace, là où l’Anglais lui avait dit l’avoir posée. La Française s’empara du T-shirt et du leggings qu’elle se réservait pour le vol et s’habilla.
    
    L’Anglais maintenant propre se vêtit non loin d’elle. Elle pouvait percevoir les déplacements d’air générés par ses mouvements. Princesse se laissa glisser et s’assit à côté de sa compagne de galère. Un froid inattendu commençait à envahir sournoisement le local des toilettes.
    
    Sara avait les doigts de plus en plus gelés. Lorsque ses dents se mirent à claquer, monsieur Grant se décida à agir. Il se leva et farfouilla dans les sachets.
    
    « Que cherchez-vous ? demanda-t-elle, un peu inquiète.
    — Le paquet que vous m’avez volé !
    — Non ! Nous n’allons pas revenir sur cette histoire !
    — Si, justement ! Il s’agit du cadeau que je réservais à ma sœur ainsi qu’à sa famille. J’ai trouvé ça à la maison du cachemire à l’aéroport. Parce que, bien évidemment, j’avais encore oublié l’anniversaire de Lara ! répondit-il au milieu des bruits de papiers froissés.
    — Que voulez-vous que cela me fasse, tant mieux pour elle !
    — Non, tant mieux pour nous !
    — Pourquoi ?
    — Parce que j’ai acheté un pull pour ma sœur, un pour son mari et un ensemble bonnet, écharpe et gants pour chacun de leurs trois enfants ! Donc, nous allons pouvoir nous protéger du froid !
    — Pour de vrai ? Vous... vous me le prêteriez ? demanda-t-elle, hésitante.
    — Non, je vous le donne, je ne vais pas offrir à ma sœur un vêtement déjà porté ! s’amusa-t-il.
    — Merci, vous croyez qu’ils seront assez chauds ?
    — Elle habite Inverness, aussi ai-je pris ce qui se fait de plus confortable en matière de col roulé !
    — Génial ! Vous comprenez, vous, pourquoi la température chute si rapidement ?
    — Absolument pas ! Mais cela ne me dit rien qui vaille ! » conclut-il en s’asseyant presque sur elle.
    
    Ils étendirent, à même le sol, les différents vêtements de façon à connaître leur longueur et ainsi la taille de chacun. Simus arracha les bouts de doigts des gants, ceux pour les enfants, avec ses dents afin de les transformer en mitaines. Une fois équipés, ils se collèrent tout d’abord l’un contre l’autre. Puis, réalisant que Sara avait toujours froid, l’homme d’affaires lui enveloppa pieds, chevilles et mollets dans la troisième écharpe avant de la blottir entre ses jambes. Il l’entoura de ses bras et lui parla tout doucement à l’oreille :
    
    « Sara sans h, vous allez me raconter toute votre vie, sans omettre aucun détail et je ferai de même, d’accord ?
    — Non ! Pourquoi ferai-je une chose pareille, je ne vous connais pas !
    — Vous allez m’obéir parce que dans peu de temps, vous allez avoir envie de dormir à cause du froid. Pour survivre, il vous faut rester éveillée !
    — Vous... vous êtes... êtes un spécialiste, répondit-elle en bégayant, glacée.
    — En quelque sorte, je suis un grand amateur d’alpinisme. Lorsque j’ai fait le K2, au retour, nous avons été bloqués deux jours au camp de base à cause de la neige.
    — Le K2, le sommet ?
    — Le Ketu, huit mille six cent onze mètres, celui-là même, répondit-il avec un naturel désarmant.
    — Waouh ! Vous êtes un homme plein de surprises ! Comment vous êtes-vous retrouvé là-bas ?
    — La suite au prochain épisode ! À vous maintenant ! »
    
    Sara avait du mal à parler et ses mâchoires, crispées par le froid, claquaient de manière incontrôlée. Elle inspira profondément et se concentra. La Française commença son histoire. Elle n’omit presque rien, de son enfance bourgeoise à sa rébellion récente. Elle passa seulement sous silence qu’elle était célibataire, laissant croire à monsieur Grant que l’amour de sa vie l’attendait à Paris. Ce mensonge, se dit-elle, la protégerait de cet homme dont les qualités et le charme commençaient à opérer sur elle.
    
    Mademoiselle de Montalivet de Giron savait que la situation et l’obscurité étaient les traitresses qui lui faisaient apprécier son compagnon d’infortune. Cependant, si elle ne voulait pas passer son temps à paniquer et à hurler, il ne lui restait qu’une attitude à adopter : avoir confiance. Il lui tardait que l’électricité revienne, car elle était certaine qu’en pleine lumière Princesse perdrait tous ses atours.
    
    Bien qu’elle fût heureuse d’être adossée contre son torse, enveloppée de ses bras, elle n’oubliait pas son regard méchant empli de mépris au moment où elle était entrée dans les toilettes. Depuis, elle avait l’impression que monsieur Grant jouait un rôle, celui du gars un peu vache et pourtant tellement cool. Elle était sûre qu’il n’hésiterait pas une seconde à se servir d’elle comme bouclier humain si la situation le nécessitait.
    
    Tout en se méfiant de son interlocuteur, Sara conclut en lui confiant que s’ils sortaient de là vivants, elle serait bibliothécaire. Le tour de l’Anglais arriva et comme promis il lui dévoila quelques-uns de ses secrets.
    
    
***

    
    Simus Walker Grant ne lui cacha presque rien, même pas le fait qu’il s’était comporté comme un goujat avec la plupart des filles avec qui il avait eu une relation. Il ne cherchait pas à se défendre ni à se trouver une excuse, il expliquait le plus simplement du monde que toutes ces femmes étaient avec lui pour l’argent.
    Héritier d’un négociant en whisky écossais et de la fille d’un diamantaire sud-africain, il aimait les sports extrêmes. Il pratiquait l’alpinisme et la voile en solitaire comme d’autres iraient au supermarché.
    
    Il avait une passion : les hélicoptères. D’ailleurs, l’Anglais en possédait un qui l’attendait sur le tarmac de l’aéroport de Calcutta. Il en avait acheté deux autres à des fins caritatives. Le premier était également ici à Calcutta et avait été donné à l’hôpital général. Le second était en service en Afrique, au Kenya plus exactement. Princesse, comme l’appelait régulièrement Sara sans h, travaillait dans l’import-export. Loin d’être un marchand de tapis, il vendait des avions et des hélicoptères pour le compte d’une société d’armement privée.
    
    L’Anglais n’était d’ailleurs à Calcutta qu’en transit et se rendait au Bangladesh afin de venir en aide aux sinistrés des dernières inondations. Il avait été mandaté par l’armée locale pour piloter un Mil MI 26.G. Le marchand d’armes serait responsable là-bas des secours héliportés. Ensuite, après quelques vacances, il devait partir pour Inverness, en Écosse, afin de rendre visite à sa sœur et à ses trois nièces.
    
    L’homme d’affaires de trente et un ans prétendit parler uniquement anglais. Simus Walker Grant était un excellent menteur, mais cela aussi il omit de l’avouer à Sara sans h. L’Anglais avait déformé la vérité afin de se rendre sympathique aux yeux du « Schtroumpf ». Il ne savait pas ce que l’avenir leur réservait... mieux valait être prévoyant.
    
    
***

    
    La Française s’assoupissait régulièrement et Princesse la réveillait systématiquement. La montre de l’Anglais annonça qu’ils avaient changé de jour. Le froid, moins pesant, devenait supportable. Vingt-quatre heures supplémentaires étaient passées lorsque la température fut à nouveau étouffante, ce qui était de saison. Pendant cette période, les conditions les avaient poussés à consommer davantage. Leurs réserves étaient maintenant réduites à un nem et deux samoussas. Le paquet de bonbons avait été entamé et n’allait pas tarder à être fini.
    
    Les deux voyageurs étaient épuisés. Sara réalisa que Simus résistait mieux à la fatigue. La jeune femme, de vingt-sept ans, n’était pas particulièrement sportive. Elle pratiquait le yoga, et encore, pour la partie méditative de l’exercice. Cependant, ces dix-huit derniers mois, elle s’était découvert une âme de marcheuse, mettant chaque jour un peu plus son endurance à l’épreuve.
    
    La chaleur revenait en force et le local des toilettes de l’aéroport de Calcutta avoisinait maintenant les trente-sept degrés. Une nouvelle douche s’avéra nécessaire afin de soulager les corps meurtris par plus de quarante-huit heures d’enfermement dans le noir. Une fois rafraîchie, Sara proposa à Simus de dormir. L’Anglais accepta volontiers, posant cependant une condition :
    
    « Je reste couché à vos côtés, question de sécurité !
    — Vraiment ? demanda-t-elle suspicieuse.
    — Oui vraiment, je m’allonge le long du mur et vous face à la porte, comme ça lorsque les terroristes arriveront, ils vous tueront en premier ! Ainsi, je serai sain et sauf, dit-il sans humour.
    — Très drôle, et pourquoi pas l’inverse, s’indigna la jeune femme.
    — OK, moi face au mur, vous dos à la porte, » répondit-il pour plaisanter.
    
    Sara réalisa qu’en aucune manière, il n’avait envisagé de s’allonger loin d’elle. Ils étaient tellement fatigués et affamés qu’ils dormirent un peu plus de vingt heures.
    
    Cette fois encore, ce fut Simus qui s’éveilla le premier. Son buste était si proche de celui de Sara qu’il la touchait presque. Il pouvait sentir l’odeur de sa peau et la chaleur de son corps. Il n’aurait pas pensé, un jour, être satisfait de se trouver coincé dans le noir dans des toilettes publiques. Il appréhendait de sortir, non pas de peur de quitter la Française, mais plutôt inquiet de ce qu’il découvrirait dehors. Le temps commençait à être long pour qu’il s’agisse d’une attaque terroriste. L’aéroport s’était peut-être effondré ? Dans ce cas, la mort était une option des plus envisageable.
    
    La jeune femme se réveilla à son tour. Ils étaient, tous deux assis contre le mur à réfléchir, silencieux. Soudain, dans un clic violent la lumière revint et avec elle tout ce qui était électrique fonctionna à nouveau. La Française aveuglée avait les oreilles douloureuses. Le bruit l’agressait. Elle entendait tout : la ventilation, les télévisions du salon d’attente et une multitude d’autres sons qu’elle ne pouvait identifier.
    Sara essaya de se soulever, mais tomba, s’écroulant sous le poids de ses sens mis à rude épreuve. Des carrés blancs et noirs se bousculaient devant ses yeux lui donnant le tournis.
    
    Simus Walker Grant fut plus prompt à se lever. L’Anglais secoua la tête et fit claquer ses tympans avant d’essayer de se redresser. Il avait l’habitude de maîtriser son corps que ce fut dans sa pratique du pilotage ou de l’alpinisme. Le marchand d’armes était dans une forme physique excellente et peu de chose pouvait lui faire perdre pied. Il s’aida du bord de l’arête du plan des lavabos pour se guider et sortit, abandonnant Sara sans h.
    À peine quelques minutes plus tard, la jeune femme le suivit. Alors qu’elle atteignait péniblement la porte, l’Anglais lui barra le passage de son corps.
    
    Il la prit par les épaules et la supplia, le regard empli de terreur :
    
    « Ne sortez pas ! Laissez-moi, d’abord, vous donner des explications ! »

Texte publié par Isabelle , 11 novembre 2016 à 11h10
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