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Tome 1, Chapitre 3 « Bruits » Tome 1, Chapitre 3
Tout au plus, le silence dura dix secondes. Dix interminables unités de temps pendant lesquelles l’aéroport de Calcutta se tut. Mademoiselle de Montalivet de Giron ne fit pas exception. Elle eut l’impression que son cœur s’arrêtait. Elle cessa de respirer, du moins le crut-elle. Il y avait dans l’air une anormalité inquiétante et la Française pouvait le sentir jusqu’au tréfonds de son être.
    
    Ce court moment passé, Sara recula, effrayée. Elle se souvint qu’elle n’était pas seule. Bien qu’elle ne l’ait pas vu longtemps, la jeune femme avait eu l’impression que ce type était furieux. Pire, son instinct lui disait qu’il était dangereux. Mais Sara avait aussi une fâcheuse tendance à l’exagération.
    
    Cherchant à tâtons quelque objet pour se défendre, elle s’emmêla dans ses propres affaires et tomba à la renverse. Maintenant, sur son séant, elle se sentait ridicule : avait-elle vraiment une bonne raison d’avoir peur ? Sa main droite rencontra un sachet en plastique. Elle commença à fouiller, espérant qu’il s’agissait du sac de nourriture chinoise. Les baguettes, ainsi que la sauce soja, pourraient toujours lui servir d’armes, au cas où ce grand gaillard déciderait de l’attaquer. Seul le bruit de papier froissé résonnait dans l’espace carrelé. Pourtant, Sara essayait d’être discrète.
    
    Cela devait faire à peine une minute qu’ils étaient enfermés, lorsque l’homme s’adressa à elle pour la première fois. Il lui parla dans un anglais parfait :
    
    « Mais vous n’avez pas bientôt fini ! souffla-t-il, j’essaye de savoir ce qui se passe !

    — Rallumez la lumière et sortez ! Vous saurez, répondit Sara dans la langue de Shakespeare.
    
— L’électricité a été coupée et la porte est coincée ! Taisez-vous que je comprenne ce qui est en train d’arriver », dit-il maintenant agacé.
    
    Sara obtempéra. Peut-être ne lui voulait-il aucun mal ? Peut-être s’agissait-il d’un malentendu ? Perdue dans ses interrogations, elle entendit le premier cri. Il fut suivi de nombreux autres, aigus ou graves, ininterrompus ou saccadés ; ils donnaient l’impression que l’aéroport lui-même hurlait…
    
    Les premières minutes passées, des explosions se firent entendre, ajoutant une intensité inquiétante au vacarme ambiant. Les déflagrations avaient rapidement cessé, contrairement aux plaintes qui continuèrent longtemps. Très longtemps. Elles durèrent des heures pendant lesquelles Sara se recroquevilla sur elle-même et enserra ses genoux dans ses bras.
    
    Son compagnon d’infortune essaya régulièrement de faire des suppositions, mais Sara ne voyait pas l’utilité de parler ; ils ne pouvaient que tenter de deviner la situation. Leurs spéculations ne leur donneraient, pour l’instant, aucune solution. Il fallait simplement attendre. La jeune femme finit par enfouir son visage dans son torse. Elle voulait que cela s’arrête. La Française désirait être au grand jour, sentir les odeurs de curry et se balader à nouveau dans le marché aux fleurs. Elle souhaitait juste être ailleurs.
    
    Ne pouvant rien voir, tant l’obscurité était absolue, mademoiselle de Montalivet de Giron supposait que l’homme était assis et qu’il ne bougeait pas. Il ne parlait plus non plus. La Française présumait qu’il respirait toujours, mais ne pouvait pas l’entendre tellement le vacarme extérieur résonnait jusqu’au plus profond de son être. La jeune femme percevait déjà avec difficultés son propre souffle !
    
    Puis, vint une longue litanie de bruits lourds. C’était comme si d’énormes gouttes d’eau s’écrasaient dans un son mat. Sans vraiment savoir pourquoi, Sara pensait aux pièces d’un jeu de domino géant. Tombant les unes après les autres, elles avaient la régularité d’un métronome. La jeune femme ne se sentait pas au mieux de sa forme. Elle se laissa glisser contre le sol froid et s’allongea sur le dos, les mains croisées sur l’abdomen.
Sa respiration se faisait difficile. Elle se souvint de son Maître de yoga, celui rencontré à Rishikesh lors de sa retraite initiatique deux mois plus tôt.
    
    « Accepter ce que je ne peux changer », pensa-t-elle, inlassablement, tout en essayant de se calmer.
    
    Le vacarme cessa aussi soudainement que l’électricité avait été coupée. Sara se rassit, espérant pouvoir enfin sortir. Elle crut entendre un glissement. Une main chaude se posa sur sa cuisse. Elle sursauta, mais n’eut pas le temps de crier. L’homme probablement maintenant à côté d’elle, la ceinturant d’un bras et la bâillonnant de l’autre, l’empêchait de bouger et de hurler.
    Son cœur s’emballa. Le flux de sang tambourinait dans ses oreilles. Elle était terrifiée. La jeune femme se mit à pleurer tout en respirant fortement par la bouche. Ses lèvres faisaient ventouse sur la paume qui la muselait, lui donnant l’impression d’étouffer.
    
    Elle hyperventilait.
    
    La Française sentit un souffle doux glisser sur sa nuque. Il fallait qu’elle se reprenne, aussi se concentra-t-elle. S’il approchait un peu plus, elle pourrait lui infliger un coup de tête ou encore essayer de mordre la main qui la rendait muette. Ensuite, elle devrait trouver le moyen de sortir.
    Mais pour aller où ? De toute évidence, ils étaient enfermés. Quand bien même, que se passait-il dehors ? N’ayant plus aucune maîtrise sur son corps, Sara se mit à trembler. L’homme la cala au creux de son épaule et chuchota à son oreille :
    
    « Je ne vous veux aucun mal, je m’appelle Simus Grant. Je suis anglais. Je vais retirer ma main de votre bouche, mais ne criez pas.
    — OK… »
    
    Balbutia Sara presque inaudible. L’intrus allia le geste à la parole et reprit toujours doucement et calmement :
    
    « Désolé, je ne parle qu’anglais. Je pense que nous avons été attaqués par des terroristes. Vous comprenez ?
    — Évidemment, je comprends, sinon pourquoi n’aurais-je pas crié plus tôt ? Et, bien sûr qu’il s’agit une attaque terroriste ! C’est la seule explication !
    — Non, il existe sûrement plusieurs explications, c’est juste la plus probable. »
    
    Répondit l’Anglais. Sara écouta si aucun bruit ne venait rompre le silence pesant qui les enveloppait. La Française espérait tant entendre l’arrivée des secours et non pas celle de tortionnaires.
    
    « Quel est votre nom ? s’enquit monsieur Grant.
    — Sara... sans h, dit-elle un peu moins apeurée.
    — Hé bien, Sara sans h, je vous promets de faire mon maximum pour nous sortir d’ici vivants.
    — Pourquoi ? demanda-t-elle, suspicieuse.
    — Parce qu’en me forçant à vous suivre jusqu’ici vous m’avez sûrement sauvé la vie, répondit-il semblant reconnaissant.
    — Mais c’est l’hôpital qui se fout de la charité ! s’exclama-t-elle, exaspérée.
    — Pardon ? Qui de nous deux a volé le sac de l’autre ! souffla-t-il indigné.
    — Je ne vous ai rien pris !
    — Vraiment ? Alors, pourquoi être partie aussi vite, si vous étiez innocente ?
    — Je... Je n’ai pas le droit d’être ici. Je suis en économique et sans l’incident des deux Russes, l’hôtesse m’aurait renvoyée.
    — Pourquoi venir au lounge dans ce cas ? Juste pour me prendre mon sac ? dit-il ironiquement.
    — J’essayais d’avoir le code pour le wifi et... je n’ai pas fait attention, j’ai dû le confondre avec l’un des miens posés à côté des vôtres. Je vous le rends dès que le courant sera revenu et que nous y verrons quelque chose.
    — Merci. En attendant, je pense que nous devrions nous faire discrets. Je ne comprends pas pourquoi ils n’ont pas vérifié les toilettes.
    — Peut-être ne savent-ils pas que la porte dépend du courant électrique ?
    — Mais bien sûr ! Ils font sauter tout un aéroport et ils oublient un détail comme les toilettes, alors qu’il nous suffit de passer un coup de fil pour les dénoncer ! »
    
    Comme s’ils avaient eu besoin de l’entendre à voix haute pour la réaliser, cette évidence les frappa. Chacun de son côté, ils se mirent à chercher avec frénésie leur téléphone portable. La Française fut la première à trouver le petit rectangle métallique. Elle tenta désespérément de l’allumer, en vain.
    
    Sara n’était plus affamée, elle n’avait plus besoin d’une connexion, elle espérait simplement un retour à la normale. Lorsqu’elle se tourna sur le côté, prenant une position fœtale, elle réalisa combien elle était vulnérable. De plus, le fait d’être dans le noir absolu, depuis ce qui lui semblait être une éternité, lui avait fait perdre la plupart de ses repères. La Française était épuisée et ne se souciait plus de savoir si l’homme à ses côtés était bon ou mauvais. Elle voulait seulement disparaître… oublier. Elle ferma les paupières et se laissa happer par la fatigue.
    
    
***

    
    Simus Walker Grant n’eut pas plus de succès. Impossible d’allumer le moindre appareil électronique. Seul le tic-tac de sa montre se faisait entendre. Assis non loin de la jeune femme contre le mur du fond, il lui proposa d’organiser leurs affaires afin de prendre un peu de repos. Il n’obtint aucune réponse. L’Anglais attrapa les sacs qui le gênaient et sans voir quoi que ce soit remisa au mieux les lieux. La pièce n’étant pas très grande, il commençait à trouver ses repères, même dans le noir.
    
    Le marchand d’armes n’en revenait pas, la Française ne lui avait pas répondu. Certes, il n’avait pas beaucoup insisté et n’avait pas l’intention de sympathiser, mais tout de même ! Bien sûr, il avait une faiblesse pour les arnaqueuses, cependant pas suffisamment pour fraterniser.
    
    Approchant plus près, il réalisa que Sara sans h était dans les bras de Morphée depuis longtemps. Son souffle était régulier et calme. Simus n’en revenait pas, cette fille devait avoir des nerfs d’acier pour arriver à s’endormir dans de telles circonstances. À force de bouger, il se retrouva très proche d’elle et fut surpris lorsqu’elle lova son dos contre son torse. Elle était glacée, aussi supposa-t-il qu’elle recherchait un peu de chaleur. Son contact apaisa le marchand d’armes. Il se détendit et tomba immédiatement dans un sommeil profond et réparateur.
    
    La montre de l’homme d’affaires lui indiqua qu’il était l’heure de se lever. Le mécanisme venait de sauter comme il le faisait toujours. Simus se réveilla, habitué. Son bras gauche entourait la jeune femme et la tenait serrée contre lui. Il n’avait jamais dormi ainsi, avec personne.
    
    Des grommellements en provenance de sa compagne de nuit lui indiquèrent qu’elle était sur le point de se réveiller. Pourtant, Simus Walker Grant ne s’attendait pas à un tel accueil.
    
    « Votre montre bouge toute seule ! dit-elle se levant d’un bond. Quelle heure est-il ?
    — Cinq heures du matin... heure indienne.
    — Parfait ! Et maintenant, que fait-on ! demanda-t-elle de toute évidence excédée.

    — Avez-vous toujours un aussi mauvais réveil ou bien seriez-vous en colère ?
    — Je suis en colère ! Peut-être parce que je suis coincée dans les toilettes avec “Monsieur Parfait” ! Peut-être parce que vous vous êtes permis de vous allonger contre moi sans demander ! Peut-être parce que c’est la fin du monde ! J’en sais rien, peut...
    — Peut-être avez-vous simplement peur, dit-il en se levant à son tour et s’étirant non loin du mur, parce que pour la fin du monde… permettez-moi d’avoir quelques doutes.
    — Oui... peut-être, répondit-elle plus calme.
    — Désolé si cela vous a contrarié, mais cette nuit vous aviez apparemment froid et vous êtes venue vous coller contre moi !
    — Vraiment ? Même si je vous croyais... la situation ne justifie pas tout !
    — Non ? Ne me dites pas que vous pensez que je veux abuser de vous ! ? s’amusa-t-il.
    — Et pourquoi pas ?
    — Les schtroumpfs n’ont rien d’excitant.
    — Les schtroumpfs, je ne vois pas le rapport ?
    — Cheveux bleus, pantalons blancs, sweat bleu à capuche blanche, longs cils... un vrai schtroumpf ! »
    
    Le marchand d’armes sentit qu’elle se mouvait, probablement s’était-elle assise ? L’attente risquait d’être interminable si elle refusait de lui adresser la parole, aussi toussota-t-il et reprit :
    
    « Vous êtes là ?
    — Non, je me suis téléportée aux Bahamas !
    — Touché, dit-il en français, et si nous mangions ? demanda-t-il dans sa langue natale.
    — Vous avez des provisions ? questionna-t-elle curieuse.
    — Non, mais vous oui ! rit-il
    — Comment le savez-vous ? Et pourquoi gloussez-vous ?
    — L’odeur en provenance de vos sacs ! Et parce que vous allez me dire d’aller me faire voir ! Les schtroumpfs ont l’avantage et, comme toujours, Gargamel perd ! »
    
    Simus pensait que ce genre d’humour aurait déridé la jeune femme, c’était de son niveau. Mais non ! Elle fouilla en tâtonnant tous les sacs, et lui énuméra la liste de ce qu’elle rencontrait. Une fois qu’elle eut fini, il demanda :
    
    « Aucun fruit, aucun légume, que de la friture froide et des bonbons ?
    — Oh hé ! Ça va Princesse, vous n’allez pas être difficile, en plus !
    — Princesse ? Je ne suis plus parfait ? s’amusa-t-il à lui répondre.
    — Et insolent avec ça, vous allez finir par ne rien avoir !
    — OK, va pour le burger ! »
    
    L’homme d’affaires l’entendait venir vers lui, traînant ses sacs de courses. Elle n’avait même pas la volonté de marcher, cela en disait beaucoup à son sujet ! Lorsqu’elle lui tendit un sandwich entier, il le reçut en pleine figure. Simus Walker Grant refusa cependant, argumentant qu’ils ne savaient pas combien de temps ils resteraient ainsi enfermés. La précarité de certaines expéditions lui avait appris à économiser la nourriture.
    
    Le repas du jour se composait donc d’un hamburger et d’une grande portion de frites pour deux. La texture du pain ramolli, mélangé au steak industriel séché, laissa Simus perplexe quant à ce qu’il mangeait. L’odeur et le goût se contredisaient et dans le noir absolu il était difficile de savoir ce qu’il avalait en réalité. Il supposait que c’était un ancien sandwich chaud, mais n’en était même pas sûr !
    
    Partager un petit-déjeuner avec une inconnue dans l’obscurité n’avait rien de glamour. Ils mordirent à tour de rôle dans leur pitance du jour et comptèrent les frites afin d’être équitables. Ils prenaient leur temps, essayant de tromper leur estomac affamé par un mâchouillage excessif. Leurs doigts étaient gluants de sauce tout comme leurs joues.
    
    Une fois le repas terminé se posa le problème de la pépie. La digestion de ces plats gras et riches en sel n’avait rien d’aisé. À en croire la montre de Simus, ils étaient là depuis un peu plus de vingt-quatre heures. Ils venaient de passer une journée entière à dormir, sans avoir bu ou presque, et en n’ayant que peu mangé. Il était normal qu’ils soient fatigués et assoiffés. Leur gorge était douloureuse tellement elle était sèche.
    
    L’Anglais proposa d’essayer de faire fonctionner les vasques, mais Sara sans h lui rappela que les commandes étaient réglées par des cellules photo-électriques et qu’en l’absence d’électricité, justement, les lavabos étaient condamnés.
    
    « Il ne reste que l’eau des toilettes. »
    
    Dit l’homme d’affaires, écœuré d’avoir eu cette pensée, mais ne voyant pas d’autre solution.
    
    « Il y a la douche, peut-être est-elle manuelle ?
    — Bonne idée, le schtroumpf ! Pourquoi n’y ai-je pas réfléchi plus tôt ?
    — Parce que t’es pas malin, Princesse ! »
    
    La jeune femme lui indiqua où, dans son souvenir, se situait la cabine. Ils essayèrent de la repérer et, après être rentrés dans un mur et avoir confondu la troisième et la quatrième porte, ils se trouvèrent tous deux dans le petit local.
    
    Simus fit glisser ses mains le long des parois carrelées et finit par rencontrer les robinets. Soulagé, il actionna les commandes sans se soucier du schtroumpf. Le hurlement qui suivit indiqua que la douche fonctionnait parfaitement !

Texte publié par Isabelle , 14 octobre 2016 à 14h48
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