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Tome 1, Chapitre 2 « Nauséabond » Tome 1, Chapitre 2
Trois heures. Il n’avait fallu à Sara que trois heures pour se débarrasser des formalités de douane. Maintenant délestée de son sac à dos, elle avait l’impression d’être presque nue. Alors qu’elle remettait ses chaussures de marche, elle sentit comme une odeur acide d’oignon. Elle s’éloigna de la zone de contrôle et s’appuya sur un mur. Discrètement, elle tourna la tête de droite à gauche. Personne ne lui prêta attention tandis qu'elle reniflait ses aisselles. Il n’y avait aucun doute possible : elle puait la sueur !
    
    L’enregistrement s’était bien déroulé. Elle avait obtenu une place près des sorties de secours, ce qui était inespéré. De plus, son sac ne dépassait pas les vingt-trois kilos réglementaires, preuve, s’il lui en fallait encore, que les miracles existent !
    Avant de passer les contrôles de sécurité à proprement parler, elle s’était arrêtée pour aider un couple de jeunes mariés. En partance pour Londres, ils n’avaient aucune idée de ce qui était ou non autorisé à bord. La Française leur donna quelques conseils et, en remerciement, elle reçut une invitation à dîner dans le restaurant familial situé à Chelsea. Cela lui rappela qu'elle n'avait pas encore manger.
    En s’engageant dans la zone d’attente, Sara avait donc deux urgences. Tout d’abord, il fallait qu’elle s’achète de la nourriture, car elle était affamée. Ensuite, elle partirait à la recherche d’une connexion internet correcte. Le tout sans oublier, si possible, de passer aux toilettes afin d’ôter cette odeur abjecte de transpiration qui la caractérisait pour l’instant.
    
    Passant devant les différents stands d'alimentation, la jeune femme fut tentée par plus de mets que son estomac n’était capable d’en digérer. Cependant, elle dut faire la queue bien moins longtemps qu’elle ne le pensait. En effet, un groupe de touristes américains hésitait. Ils semblaient tous épuisés par leur séjour en Inde. Tous, sauf un grand jeune homme blond au sourire naïf qui d’ailleurs céda sa place à Sara.
    
    Elle acheta deux hamburgers avec un supplément fromage et lard, une grosse portion de frites ainsi que des beignets au poulet dans le premier fast-food de la zone des restaurants. Cela faisait trois mois qu’elle était végétarienne, pour raisons sanitaires, et son organisme lui réclamait à cor et à cri de la malbouffe. En passant devant un petit étal chinois, elle avait aussi succombé pour des dimsums, des nems et des samoussas. Ce ne fut que lorsqu’elle sortit du kiosque à journaux avec des paquets de bonbons de différentes couleurs qu’elle réalisa son excès.
    
    Sara était heureuse, elle avait eu des nouvelles de sa mère et cette dernière, en bonne chrétienne, lui avait pardonné ses folies. Elle acceptait de lui parler à nouveau et envisageait même de la recevoir un dimanche pour le déjeuner. À condition, bien sûr, que sa tignasse bouclée ait retrouvé sa couleur naturelle. Mais ce qui réjouissait le plus la jeune Française, c’était surtout le fait de savoir ce qu’elle voulait faire de sa vie.
    
    Elle serait bibliothécaire. Être chirurgien ou s’aventurer aux quatre coins du monde, ce n’était pas elle. Elle aimait le calme, Chopin et un bon livre. Le tout dans un milieu cosy et douillet. Elle était consciente que son avenir était incertain, mais cela lui était égal. Elle avait vécu tellement de situations, ces dix-huit derniers mois, que peu de choses pouvaient lui faire peur, et sûrement pas quelques années d'études.
    
    En attendant, il lui fallait du wifi. Bien sûr, elle pourrait se contenter du forfait gratuit de l'aéroport, mais cela ne suffirait pas à meubler les deux heures d'attente qui la séparaient du décollage. Sara ne voulait pas payer, une question de principes.
    Maintenant aguerrie à ce genre de situations, la jeune femme prit la direction des lounges. Elle suivit le panneau qui indiquait "Global Flight", du nom de sa compagnie aérienne. Elle espérait que l'organisation des salons d'attente, pour les classes affaires ainsi que les premières, n'ait pas changé. La plupart du temps, un petit écriteau à l'entrée accueillait les voyageurs des catégories supérieures leur indiquant le login ainsi que le mot de passe afin d'accéder gratuitement à Internet.
    La jeune femme se présenterait innocemment et, pendant que l'hôtesse contrôlerait sa carte d'embarquement, elle aurait tout à loisir de mémoriser le fameux sésame donnant accès au réseau.
    
    Dans l'escalier roulant qui la menait au premier étage, elle remarqua un homme : grand, châtain tellement clair qu’il était presque blond et de belle allure. Elle ne put s'empêcher de penser que "Monsieur Parfait" voyageait forcément en première. Elle avait horreur de ce genre d'hommes à l'apparence lisse et impeccable. Ils ne lui rappelaient que trop son ancien petit ami monomaniaque et pervers narcissique de surcroît.
    Elle décida de le suivre et d'adopter la même démarche assurée afin de passer inaperçue malgré le parfum nauséabond qui émanait d'elle. Une fois la double porte en verre passée, elle se trouva face à deux guichets où des hôtesses à l'allure soignée attendaient, souriantes. L'homme s'adressa au bureau de gauche, ce qui la renvoya de fait à celui de droite.
    
    Elle posa ses nombreux sacs de nourritures entre elle et "Monsieur Parfait", espérant ainsi dissimuler son appartenance à la classe économique, les business pouvant déjeuner dans les lounges. Ce fut à ce moment-là que tout bascula. Un couple de Russes entra en se disputant suivit de quatre Anglaises d'âge mûr. Les deux premiers hurlaient, empêchant les agents au sol d'effectuer les contrôles dans le calme. Les quatre suivantes ne comprenaient pas comment il était possible d'attendre autant, trois minute à peine, lorsque vous aviez payé si cher votre billet.
    
    D’un geste ample du bras, la jeune femme slave invectivât son compagnon qui bascula sur l'un des nombreux bagages de cabine britanniques. Sa chute et le capharnaüm qui s'en suivit eurent une conséquence inattendue. L'hôtesse, distraite, ne regarda pas son écran. Sans savoir que Sara n'avait pas d'autorisation, elle lui fit signe d'entrer prestement avant de se lever pour régler la situation. Sans réfléchir, la Française attrapa ses affaires et partit d'un pas rapide.
    Patienter gratuitement, dans les salons des classes affaires, ne se refusait pas.
    
    Elle entendit alors l'homme d'une trentaine d'années l'interpeller dans son dos. Se croyant prise en flagrant délit de fraude, elle accéléra et prit la direction des toilettes. Elle n'allait pas se laisser gâcher le plaisir d'attendre dans un fauteuil moelleux par un rabat-joie en costume-cravate.
    Une fois arrivée devant la porte des commodités, elle se trouva arrêtée par un digicode. Paniquée à l'idée d'être rattrapée, elle regarda de tous les côtés jusqu'à croiser le regard d'une blonde. Sara mit sa main sur sa bouche, feignant une forte envie de vomir. Cela fonctionnait à chaque fois ! La femme se précipita pour entrer sur le clavier les quatre chiffres donnant accès aux lavabos.
    
    Arrivant dans son dos, "Monsieur Parfait" la reconnut. Il tourna dans sa direction. Une dizaine de mètres à peine les séparaient l'un de l'autre lorsque la jeune femme pénétra dans les WC. Elle souffla, rassurée, ce genre d'homme n’entrant pas dans les toilettes pour dames. Persuadée qu'il ne devait pas avoir beaucoup de patience, la Française estima que dix minutes suffiraient à le décourager. La jeune femme laissa errer son regard et s’apercevant qu'il y avait une douche, sourit.
    Une jeune Malaisienne sortit des toilettes. Elle se lava les mains, la salua et partit. À la grande surprise de Sara, l'homme se saisit de cette opportunité et passa la porte. Il la fusillait du regard.
    
    Il pointa vers elle un index menaçant tout en avançant lorsque le courant se coupa soudainement les plongeant tous deux dans le noir.
    
    
***

    
    L’Aéroport international Netaji-Subhash-Chandra-Bose avait été rénové quelques années auparavant. Il était maintenant très lumineux et possédait une quatrième piste d’envol. La zone de transit, bien que peu étendue, n’avait rien à envier à celles des autres aéroports internationaux Indiens. Quelques magasins de souvenirs ou de luxe y partageaient l’espace trop climatisé des stands de restauration rapide.
    
    John Moore était un grand jeune homme blond. À dix-huit ans, il n’était pas encore en âge de boire de l’alcool et travaillait néanmoins pour la NSA. L’Américain était souvent qualifié de “simple”. Pourtant, la personnalité du Texan était loin d’être facile à cerner.
    Fils d’une junkie et d’un cowboy de rodéo, il avait été retiré à la garde de sa mère lorsqu’il avait quatre ans. Il avait alors rejoint sa grand-mère à Dumas comté de Moore, au nord du Texas. Le sable, les serpents à lunettes et la bibliothèque municipale étaient ainsi devenus ses seuls compagnons de jeu.
    
    Zohn, comme il souhaitait parfois qu’on le nomme, n’avait pas été maltraité. Il n’était pas introverti. “Z” dernier patronyme de ses personnalités multiples était différent. Hacker de génie et champion du monde de tir à la carabine -il était d’ailleurs le favori de cette discipline aux prochains jeux olympiques. John Moore était un paradoxe : un solitaire extraverti. Les inconnus lui collaient facilement une étiquette de débile dans le dos et l’Américain ne les détrompait jamais.
    
    À seize ans, il avait été recruté par la NSA après avoir piraté leur système, voulant connaître les antécédents du nouveau jardinier de sa grand-mère. Sans vraiment savoir comment, les hommes en costumes noirs, venus l’arrêter, étaient repartis avec non seulement un accord de confidentialité, mais également avec un contrat de travail signé John Moore.
    
    Depuis le jeune homme naviguait dans les dessous peu recommandables du web. Il encodait des plans et des informations pour le gouvernement à l’intérieur de jeux vidéos. Il s’amusait comme un fou, sans avoir à sortir de chez lui. Zohn ayant fait une crise de panique lors de son premier jour à Washington, l’agent de la NSA responsable du jeune homme avait décidé, sur les conseils de “Z” qu’il serait plus facile que John Moore travaille depuis Dumas. Évidemment, l’homme en noir avait eu l’impression de toujours s’adresser à la même personne...ce qui était un leurre !
    
    Six mois auparavant, avant qu’elle ne décède, sa grand-mère lui avait fait promettre de prendre soin des Calamity de Dumas. Il s’appliquait à honorer son serment. C’était d’ailleurs cela qui avait amené John Moore à Calcutta. Le club de vieilles femmes dont il était maintenant le président honorifique avait cessé de tirer au revolver depuis longtemps, mais elles n’avaient pas renoncé à voyager pour autant.
    D’ailleurs, maintenant qu’ils étaient tous en train de faire la queue au Burger Prince, Madame Jones ne cessait de se plaindre. Une odeur d’oignon rance lui donnait la nausée et ces indiens n’étaient peut-être pas aussi propres qu’il n’y paraissait. Peut-être ferait-elle mieux de jeûner. Peut-être allait-elle pleurer ? John, de sa haute stature, fit le tour de la zone des restaurants pour voir s’il trouvait l’origine ce parfum nauséabond.
    
    Il comprit immédiatement sa provenance lorsqu’une fille aux cheveux bleus s’approcha de lui afin de lire le menu. L’Américain lui sourit et la laissa passer. Madame Jones allait encore râler, mais cela ne durerait pas. Il était son “petit John” depuis toujours, cela n’allait pas s’arrêter de sitôt. Au moins s'était-il assuré que la source de l’inconfort de son amie disparaisse en un temps record !
    
    Une fois que toutes ces dames furent installées pour manger John, le tireur d’élite, partit faire un tour en buvant son soda. Devant la boutique du cachemire il bouscula, bien involontairement, un homme d’affaire au costume impeccable. Zohn, le hacker timide, s’excusa platement avant de rejoindre son groupe agglutiné dans la partie sans fenêtres de la zone de restauration, non loin des frigos du stand chinois.
    
    Il s’y trouvait encore lorsque le courant fut brusquement coupé.
    
    
***

    
    Simus Walker Grant regardait la tache de soda qui décorait sa chemise, comme s’il avait eu le pouvoir de la faire disparaître. Il récupéra ses paquets cadeaux et se dirigea vers le lounge des premières pour lequel il avait un accès permanent. Entre oublier Lara, devoir faire les courses lui-même et se faire asperger de cola...sa journée commençait à être pénible !
    
    Il fut surpris de constater que la fille aux boucles azur n’était pas en économique. En effet, elle se trouvait au guichet du lounge de “Global Flight” juste à côté du sien. Des Russes et des Anglaises, se disputant dans son dos, l’avaient distrait un instant. Lorsqu’il voulut récupérer ses affaires, posées à ses pieds, elles avaient disparu. Du moins, les présents pour sa sœur. Il leva les yeux pour se rendre immédiatement compte que le « schtroumpf » était, en fait, une voleuse.
    
    Cela faisait deux fois qu’il ne l’avait pas vue venir ! Lui, qui en temps normal, ne se trompait jamais sur les gens ! Il la suivit facilement, ses cheveux la rendant reconnaissable entre mille. La maraudeuse disparut dans les toilettes pour femmes. Il attendrait, la patience étant l’une de ses principales qualités. La seule en fait. Sa pause ne dura pas longtemps. Une Malaisienne sortit en lui jetant une œillade surprise. Il l’ignora et entra, pointant un index vers la kleptomane...furieux.
    
    Au moment même où il s’apprêtait à la réprimander, la lumière s’éteignit subitement...les laissant seuls occupants des toilettes pour dames de l’aéroport de Calcutta.
    

Texte publié par Isabelle , 8 septembre 2016 à 09h55
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