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Tome 1, Chapitre 12 « Reste avec moi » Tome 1, Chapitre 12
La nuit avait été courte. Allongés dans le local de la classe affaires, les membres du petit groupe avaient souffert de l’inconfort dû à des installations inadaptées. Les fauteuils moelleux étaient loin d’offrir le repos d’un bon lit. Les corps étaient courbaturés et les estomacs gargouillaient. Sara et Ladli partirent en tête. Tandis que les deux jeunes femmes arrivaient au bas des anciens escaliers roulants, elles aperçurent deux formes grises et brumeuses. Interdites et se demandant quelle nouvelle catastrophe allait encore leur tomber dessus, elles arrêtèrent net leur avancée. Les hommes arrivant à ce moment-là stoppèrent à leur hauteur.
    
    “Eh bien, Mesdemoiselles. Che passa ?”
    
    S’enquit Guillermo, impatient de trouver à manger. Simus observa Sara. Livide, cette dernière fixait un point en face d’elle. Le marchand d’armes pivota, cherchant à savoir ce que la jeune femme regardait ainsi. Il ne trouva rien. Rien d’inhabituel du moins.
    John s’était planté devant Ladli, tout aussi immobile que la Française. Le hacker tournait la tête de droite à gauche afin d’attirer l’attention de la Dalit. L’Indienne restait inerte, réfléchissant au meilleur moyen de tuer les nouveaux venus.
    Les lèvres de Sara se mirent à trembler et dans un murmure elle déclara :
    
    “Nous ne sommes pas seuls…
    — Mais bien sûr ! Mademoiselle de Montalivet de Giron auriez-vous des visions, se moqua sarcastiquement Simus.
    — Nous...nous...ils, elles… deux formes sont là… balbutia-t-elle en levant le bras droit en direction des “autres”
    — Le Schtroumpf ! Les blagues les plus courtes sont, toujours, les meilleures.”
    
    Les larmes aux yeux la Française secoua la tête. Elle scruta le hall, les fumées de formes humaines avaient disparu. Sara reprit donc sa progression en regardant ses pieds. Ladli, dès qu’elle fut sortie de sa torpeur, se précipita à côté d’elle et lui prit la main. La Dalit savait pourquoi l’ancienne étudiante en médecine était terrorisée. Pour l’instant les deux jeunes femmes préféraient se taire. Dans un accord télépathique, elles décidèrent de voir la tournure que prendraient les événements. Peut-être avaient-elles été sujettes à une illusion d’optique ? La fatigue ? La faim ?
    
    Une fois les compagnons de cette aventure arrivés dans la zone de restauration, ils se séparèrent. Bandhu partit avec Guillermo explorer les frigos. Simus se dirigea vers le comptoir de fruits pressés, cherchant des oranges encore comestibles, ainsi pouvait-il garder un œil sur Sara. Cette dernière était restée à côté de John qui essayait de rentrer en contact avec d’éventuels survivants à l’aide de son ordinateur. Ladli furetait d’un stand à l’autre à la recherche un couteau non seulement maniable, mais également tranchant. La jeune Indienne avait une idée très arrêtée de ce qu’elle ferait la prochaine fois qu’elle verrait une de ces formes obscures.
    Au milieu du silence pesant, faisant sursauter tout le monde, un feulement déchirant traversa la zone de restauration. Dans un même réflexe, tous les survivants rejoignirent Sara et John. Tiger arriva le dernier. Sous sa forme animale Bandhu avançait vers ses amis la tête baissée. Il vint se placer à côté de la Française qui le caressa comme elle l’aurait fait avec un gros chat.
    
    “Vous les avez vues ? Si vous les avez vues Bandhu, il faut redevenir humain. Il nous faut en discuter.”dit-elle d’une voix nouée par l’angoisse.
    
    L’animal tourna en rond un moment avant de disparaître d’un bond derrière le comptoir du fast-food. Monsieur Tandraya réapparut, un torchon autour de la taille, essayant de protéger au mieux son intimité. Simus le rejoignit et transforma le bout de tissu rouge en une combinaison complète.
    
    “Elle devrait s’adapter à tous vos changements de forme… enfin, je crois… c’était mon intention en tous les cas.
    — Merci, Monsieur Princesse, c’est fort aimable…nous verrons bien. Mais pour l’instant… il nous faut parler des “autres”.”
    
    Tandis que Sara, Ladli et Bandhu expliquaient le phénomène dont ils avaient été les témoins, Zohn avait repris les commandes dans la tête de John Moore. Il écoutait avec attention tout en observant leur environnement.
    
    “C’est parce que nous zommes au purgatoire, z’en suis sûr…
    — Zohn, je t’aime bien, dit Sara. Mais, je ne vois pas pourquoi MOI, je mériterais le purgatoire !
    — Oh et nous oui ! s’indigna Simus.
    — Oui, vous oui ! continua-t-elle bouleversée. Qu’ont en commun : une psychopathe, un tueur à gage, un marchand d’armes, un croyant fanatique et un massacreur de mexicains ayant des personnalités multiples… Ce sont de mauvaises personnes ! VOUS êtes le rebut de l’humanité… pas moi !
    — Au moins les choses sont claires, siffla l’Anglais. Je connais le fond de votre pensée.
    — Ze ne voulais pas donner matière à débat ! maugréa Zohn. Ze voulais dire qu’il y avait zoixante-quinze cadavres ici... hier et qu’il n’y en a plus que zoixante-et-onze. Bandhu a vu quatre ombres. Z’en déduis que les “autres” zont des âmes en attente au purgatoire. En plus, vous dites qu’il y en a des grands et de petits, de ronds et des tout fins. Ze pense qu’ils zont aussi différents les z’uns des z’autres que nous le zommes.
    — Ma tu peux compter tout ça ? Ma che tu é spirituoso. Et nous ? s’enquit Guillermo dont l’air renfrogné témoignait qu’il n’avait pas apprécié l’intervention de Sara.
    — Nous… Ze pense que nous zommes en attente pour le paradis et Sara pour l’enfer, dit-il en tirant la langue à cette dernière.”
    
    Ils essayèrent d’envisager différentes théories, mais la peur, la colère et le défaitisme les empêchaient de penser à quoi que ce soit d’autre : ils étaient morts et attendaient dans l'antichambre de l’enfer.
    Cependant, Ladli faisait exception. Maintenant armée d’un petit couteau bien affûté, elle partit en chasse. À demi-pliée sur ses jambes, elle avançait à pas de loup en quête de sa prochaine proie. Son corps souple enjambait les obstacles en silence et se contorsionnait en fonction des besoins du terrain.
    John admiratif tentait de ne pas la perdre du regard.
    Guillermo fit un sourire en coin, la traque pouvait commencer. Si ce petit bout de fille avait le courage de combattre, il la soutiendrait. Gun s’assura que son fusil était en bon état de marche et épaula, un œil dans le viseur. Il monta sur une table et attendit en pivotant lentement à l'affût de la première ombre.
    Bandhu regrettait amèrement de ne pas avoir son sabre avec lui. Ne sachant comment aider, il se transforma en aigle. Une bague rouge, résidu de sa combinaison, cerclait sa patte droite lorsqu’il prit son envol désireux de débusquer les “autres”.
    Simus debout en face de Sara, toujours assise, la fixait sans même prêter attention à ce que faisaient les membres du groupe. Après l’avoir traité de rebut, la Française n’osait plus regarder l’Anglais. Une nouvelle vague de mélancolie venait de l'assaillir, lui donnant envie d’en finir.
    
    Il ne fallut qu’une petite demi-heure aux petit groupe pour se retrouver face à leur désespoir commun. Les deux femmes et les quatre hommes n’essayaient même plus de lutter, les ombres ayant été absolument insensibles au coups de poignard de Ladli et aux balles de Guillermo. Les “autres” semblaient ne pas les voir, ne pas les sentir.
    Ladli et John partirent s’asseoir à la table où se trouvait encore l’ordinateur de l’Américain. Guillermo mangeait des chips trouvées chez le buraliste un peu plus loin, laissant Bandhu assis en tailleur, en pleine méditation à côté du stand chinois. Le silence s’installa. Simus n’arrêtait pas de se frotter le visage, essayant de clarifier ses idées. Sara attendait, en observant le nombre d’ombres grandir pendant que celui des cadavres diminuait. Le cœur serré et les mains moites, elle pensait mériter sa place dans ce groupe, elle avait été si inconséquente !
    Cinq minutes plus tard, l’Anglais qui venait de voir passer un “autre”, se leva et déclara :
    
    “Bien, faute de mieux c’est l’hypothèse de Zohn qui l’emporte.
    — Il n’y a pas eu d’autres hypothèses, remarqua Ladli mentalement, permettant ainsi à tous de l’entendre.
    — Nous manquons de tout, aussi je vous propose de partir pour Trongsa, au Bhoutan. Là-bas, la Brothers Grant Compagnie possède une base secrète qui regorge de nourritures lyophilisées ainsi que de presque tout ce dont nous aurions besoin.
    — Comment savez-vous qu’elle est toujours intacte ? demanda Bandhu.
    — Je n’en sais rien ! C’est un risque à prendre, mais elle n’a même pas été inaugurée donc à part si mon frère a survécu -ce que Simus espérait secrètement- et qu’il s’y soit rendu, elle sera inoccupée. Je préfère agir plutôt que de rester ici à attendre Dieu sait quoi !
    — Ma ! Ne blasphéme pas Simus !” intervint Guillermo.
    
    Après avoir passé un court laps de temps à délibérer, la troupe décida à l'unanimité qu’il s’agissait de leur meilleure option. L’Anglais étant pilote, il se proposa d’emmener tout ce petit monde au milieu des sommets himalayens à l’aide de MI-Mil, son hélicoptère.
    
    Il y avait cependant deux trois choses à faire avant le départ. Simus souhaitait que les magasins ainsi que la bagagerie soient fouillés afin de trouver des vêtements et des nécessaires de toilette appropriés pour chacun, la base n’étant pas pourvue en effets personnels. Les préparatifs allaient bon train et les allers-retours entre le hall des départs, le tarmac et le local à bagages dispersaient les compagnons aux quatre coins de l’aéroport.
    
    Les “autres” ne semblaient ni dangereux ni gênés par les déplacements des membres du groupe ; ils étaient simplement de plus en plus présents.
    
    
***

    
    Sara et Simus finissaient d’explorer les réserves du magasin de sport lorsqu'un son sourd se fit entendre. L’Anglais testait un mousqueton afin de savoir si sa résistance serait suffisante pour l’usage qu’il comptait en faire. Étonné par ce bruit bizarre, il se tourna, désirant partager son impression avec le Schtroumpf. Plus personne ! Son estomac se noua dans l’instant. Il se précipita là où il l’avait aperçue pour la dernière fois, entre deux étagères de pulls au rayon femmes. Le marchand d’armes trouva la jeune femme allongée, inconsciente au milieu d’un fatras de vestes en Gore Tex.
    Il s’assit par terre à ses côtés et la prit dans ses bras. L’homme d’affaires chercha son pouls et fut rassuré de sentir un battement calme et régulier. Il expira fortement et prit sa main droite dans la sienne. Cette fille avait un don pour s’attirer des ennuis en tout genre. Lui qui ne s’était jamais soucié de personne commençait à trouver que d’être lié à d’autres était un emploi à plein temps.
    L’Anglais souleva les paupières de la jeune femme et s’aperçut qu’elle avait les pupilles dilatées. Ne sachant que faire d’autre, Simus lui tapota les joues de la main gauche et commença à prononcer son prénom. Les minutes s’égrainant, l'homme d'affaires perdit de plus en plus son calme.
    
    Bandhu cherchait le pilote afin de lui dire qu’ils étaient prêts. Accompagné de Ladli, il entra dans le magasin de sport et découvrit le couple. La Dalit utilisa immédiatement son pouvoir de télépathie afin de prévenir Guillermo et John restés sur le tarmac. La jeune fille demanda par la pensée à monsieur Tandarya en quoi elle pouvait se rendre utile. L’ancien sergent de l’armée indienne lui expliqua qu’il fallait qu’elle trouve de l’eau et du sucre ainsi qu’une couverture. Le guide s’approcha ensuite des deux jeunes gens.
    
    “C’est peut-être un problème de tension...des fois le stress…
    — Merci Tiger, mais elle nous a déjà fait le coup de perdre ses cheveux… Il me semble que c’était largement suffisant côté stress ! maugréa Simus inquiet.
    — Ladli revient avec de l’eau ; au pire si Mademoiselle Schtroumpf ne se réveillait pas, nous pourrions toujours lui en asperger le visage.
    — Ce serait bien qu’elle réagisse rapidement parce que les “autres” me semblent de plus en plus nombreux.
    — Hum… Je me demande bien ce qu’ils sont ?”s’interrogea pour lui-même Bandhu.
    
    Levant la tête à ce moment-là, Simus s’aperçut qu’un nombre surprenant de silhouettes s’agglutinaient autour d’eux. Même si leur apparence restait proche de celle des fumées d’un feu sur le point de mourir, leurs contours étaient bien ceux d’êtres humains.
    
    “Bandhu ! Il faut faire vite ! Tous ces “autres” qui nous entourent… Cela ne me dit rien de bon ! Il faut qu’on la déplace !
    — OK ! Ladli arrive avec des couvertures, je lui dis de tout poser devant la boutique.
    — Pas la peine… elle… elle est glacée, ce ne sont pas deux trois couvertures qui vont suffire...”
    
    Répondit Simus dans un souffle à peine audible. Il souleva un peu plus Sara contre lui essayant de la réchauffer. Le corps inerte de la jeune femme se dématérialisa peu à peu.Tel du sable la chair du Schtroumpf glissait entre les bras du jeune homme, perdant toute consistance. Jusqu’au moment ou Sara ne ressembla plus qu’à la projection d’un vieux film en noir et blanc. Bientôt, la Française devint totalement transparente. Seule sa main droite fermement tenue par Simus semblait encore appartenir à ce monde. Le jeune homme embrassa les doigts de sa compagne d’infortune et tandis qu’une larme brûlait sa joue, il hurla :
    
    “SARA ! Reste avec moi !”
    
    L’immensité et le vide de l’aéroport international de Calcutta résonnèrent de l’écho de son cri. Il était douze heures trente-sept le vingt-cinq avril ; le soleil était au zénith et Simus Walker Grant maudissait ses derniers instants à Calcutta.
    
    

Texte publié par Isabelle , 30 janvier 2017 à 18h00
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