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Tome 1, Chapitre 8 « Premier jour (deuxième partie) » Tome 1, Chapitre 8
Quand il arriva dans la salle à manger adjacente, le personnel d’Armatis était déjà réparti autour de la table, présidé par Monsieur Sig. En dépit de sa contrariété, Lukas s’appliqua à servir chacun avec efficacité. Le directeur lui offrit un sourire chaleureux :
    
    « Merci, Lukas ! »
    
    Ses yeux brillaient à la seule vue de son plateau. À sa droite, Ayrith accueillit sa part avec tout autant de plaisir. Lukas s’étonna qu'il soit à l’heure, après son escapade de la veille ; il paraissait un peu fatigué, mais pour le reste, fidèle à lui-même. Le garçon ne put s’empêcher de songer à ce que lui avait révélé Brem Vodo : le plongeur avait-il réellement souffert de la faim durant son enfance ? Certes, ses cheveux bleus l’identifiaient comme originaire de l’Extérieur, mais il semblait éduqué, distingué même.
    
    En dépit de son air renfrogné, Sila lui adressa un petit signe de tête ; Shimmer plissa le nez en découvrant son plateau, en particulier le pain de céréales :
    
    « Y'a pas autre chose ? demanda-t-il avec contrariété.
    
    — Eh non ! rétorqua Vodo. Tu veux t’occuper du petit déjeuner à notre place, demain ? »
    
    Le blond fronça les sourcils :
    
    « Mais c’est bourré de grains, on en a plein les dents après… »
    
    Sila lui lança un regard sombre :
    
    « Arrête de te plaindre, tu mâcheras mieux ! »
    
    Les membres d’Armatis attendaient visiblement que chacun soit assis pour commencer. Lukas s’apprêtait à se glisser vers une place disponible, de l’autre côté de la table, quand Vodo l’arrêta :
    
    « Non, toi tu vas là-bas ! » déclara-t-il en lui désignant l’espace libre à côté de monsieur Sig.
    
    Bien qu’intimidé à l’idée de se trouver si près de son employeur, il obéit sans discuter. Une fois Vodo assis à son tour, Sig Benz entama son plateau, le signal attendu par tous pour se jeter sur le petit déjeuner. Le garçon s’efforça de ne pas regarder la main artificielle, même s’il était fasciné de la voir se mouvoir avec tant de facilité, comme si seule son apparence la différenciait de sa sœur de chair et d’os.
    
    Il reporta son attention sur la nourriture : il prit une petite bouchée du pain, étonné par la consistance à la fois souple et moelleuse, autant que par les graines sucrées et épicées qui craquaient légèrement sous la dent. Contrairement à Shimmer, qui le grignotait de mauvaise grâce, il trouvait la sensation plutôt plaisante. Il se décida ensuite à goûter la « pêche cyrgane », qu’il retourna entre ses doigts en se demandant s’il devait l’éplucher ou non ; la texture duveteuse de la peau ne devait pas être des plus agréables. Mais voyant que personne ne se donnait la peine de la dépouiller, le garçon s’enhardit : il mordit dans la chair moelleuse, légèrement gluante, mais pas assez pour le dégoûter ; la saveur était proche de ce qu’avait décrit Vodo, avec un arrière-goût indéfinissable, mais assez plaisant, une sorte de fraîcheur aquatique. Au cœur du fruit, il découvrit un centre gélatineux qui le rebuta un peu. Peut-être apprendrait-il à l’apprécier avec le temps.
    
    Le liquide chaud dans son mug surprit Lukas plus agréablement encore : il s’était attendu à du café au lait végétal, ou quelque chose de ce genre. En fait, la boisson se rapprochait plus du chocolat, avec une texture veloutée et une saveur entêtante. La pâte verte l’enthousiasma beaucoup moins : un peu amère, elle lui évoqua de l’herbe broyée. Il se força malgré tout à la finir : elle n’était pas répugnante, juste peu appétissante.
    
    Tout en mangeant, il écoutait d’une oreille attentive les conversations de ses collègues : considérations générales sur l’état de Margarita et l’humeur de la planète, remarques techniques concernant les Paladions… Pas mal de choses lui échappaient, mais il espérait pouvoir rapidement combler ses lacunes. Quand tous les sujets importants furent épuisés – à part pour Sila dont les récriminations semblaient ne jamais se tarir, monsieur Sig se tourna vers lui :
    
    « Et toi, Lukas, est-ce que tout va bien ? As-tu passé une bonne nuit ?
    
    — Oui, merci », déclara le jeune homme avec sincérité, omettant juste le fait qu’il avait été réveillé un peu tôt à son goût.
    
    Il prit son courage à deux mains avant de poursuivre :
    
    « Est-ce que… vous savez par quoi je vais commencer… ? »
    
    Le directeur avala sa dernière bouchée de pêche, avant de répondre :
    
    « Aucun d’entre nous n’est très doué pour l’administration. Tu pourrais peut-être mettre en ordre les dossiers de notre serveur, pour que nous puissions nous y retrouver plus facilement ?
    
    — Mais… Je ne connais pas grand-chose à vos activités, protesta le garçon. Vous n’avez pas peur que je mélange tout ?
    
    — Ce sera toujours mieux que le classement type vrac de Sig, répliqua Ayrith, le regard brillant.
    
    — Tu peux parler, intervint Sila d’un ton méprisant. Tu n’es pas non plus un modèle d’ordre.
    
    — C’est le directeur qui a déteint sur moi ! » prétexta le jeune homme en lançant un coup d’œil effronté vers son employeur.
    
    Ce dernier haussa les sourcils :
    
    « Bien entendu, puisque j’ai dû tout t’apprendre ! »
    
    Lukas se ratatina dans sa chaise : il se sentait mal à l’aise face à la familiarité qui régnait parmi les membres d’Armatis. Mais ce n’était pas au bout d’une demi-journée qu’il parviendrait à comprendre les relations – pas forcément faciles – entre les employés. Monsieur Sig avait eu l’air de bien prendre la pique d’Ayrith : il se montrait clairement indulgent envers le plongeur – un peu trop, peut-être... Le fait que son existence n’ait pas toujours été simple justifiait-il ce traitement d’enfant gâté ?
    
    Sans doute était-ce ce qui agaçait tant Sila : il y avait quelque chose de rigoureux, voire rigide chez la jeune fille, visible même dans sa façon rapide et méthodique de manger. Elle avait été la première à finir ; elle repoussa son plateau, pressée de se lever, mais monsieur Sig lui fit signe de demeurer à table :
    
    « Puisque nous sommes tous là, autant que je vous parle du programme de la journée. Nous avons obtenu un contrat avec un exploitant côtier, la société Mercurius.
    
    — Mercurius… répéta pensivement Varen. La firme de Svanne Öffer, avec qui nous avons travaillé il y a trois ans ?
    
    — Tout à fait. La satisfaction était mutuelle. Ces dernières années, Mercurius a opéré dans le sud du Croissant extérieur. Après son retour, elle a directement fait appel à nous.
    
    — Elle t’a renseigné sur la durée prévue ? demanda Ayrith.
    
    — Ce n’est pas un gisement très important : elle table sur environ cinq jours d’exploitation. Je sais que ça ne va pas nous rapporter beaucoup, mais c’est un travail plutôt confortable en attendant une mission plus importante.
    
    — Mais ça veut dire que nous ne serons pas disponibles pour un éventuel contrat océanique », objecta Sila en arrangeant nerveusement ses couverts sur son plateau.
    
    Ayrith haussa les épaules :
    
    « Les exploitants océaniques n’attendent pas après nous, Sila. Sauf s’ils ont une urgence ou un remplacement à faire.
    
    — Bien sûr… Tu peux te permettre de voir les choses comme ça ! Le salaire que tu touches ne représente rien pour toi, vu que tu vas tout claquer à Terra dès que tu en as l’occasion ! » lança la jeune fille avec acidité.
    
    Monsieur Sig toisa la plongeuse d’un regard sévère :
    
    « Sila. Tu penses ce que tu veux, mais Ayrith a assez d’expérience pour donner son avis sur la question.
    
    — Et moi, je ne suis qu’une apprentie, marmonna-t-elle amèrement. Le message est passé, monsieur Sig. Je ferai ce qu’on me dit de faire, de toute façon. Si vous voulez bien m’excuser. »
    
    Elle se leva, plaça son plateau sur son chariot et sortit la tête haute. Seul Shimmer la suivit du regard : les autres gardaient les yeux sur les restes de leur petit déjeuner, le mur ou le plafond.
    
    Lukas se sentait horriblement gêné. Il n’arrivait pas à donner totalement tort à la jeune fille : c’était toujours très pénible de voir son avis méprisé. Il avait compris, cependant, que ce n’était pas tant son désaccord qui avait entraîné l’irritation du directeur que la façon dont elle l’avait formulé. Après tout, Ayrith pouvait faire ce qu’il voulait de son salaire, il était majeur et n’avait sans doute pas des monceaux de dettes à rembourser, lui…
    
    Le plongeur aux cheveux bleus fut le premier à reprendre la parole :
    
    « Sig, tu aurais pu au moins l’écouter… »
    
    Le directeur toisa le chef de l’équipe intérieure sans plus d’aménité :
    
    « Ayrith, nous en avons déjà parlé. Elle est ton apprentie : je ne comprends même pas pourquoi tu la laisses te traiter comme elle le fait ! Même s’il y a des choses à redire sur ta conduite privée, en ce qui concerne ton travail, je n’ai plus rien à t’apprendre. Alors j’attends de toi que tu montres un peu plus d’autorité : pour ton bien comme pour le sien. »
    
    Son regard s’adoucit un peu :
    
    « Et je suis parfaitement conscient de ce qui motive sa position : tu crois que je ne sais pas que l’essentiel de son salaire est envoyé à ses parents ? Mais j’ai une entreprise à faire vivre, des employés à rémunérer, des fournisseurs à payer… Je ne peux rester les bras croisés en l’attente d’un contrat plus juteux. Je n’ai pas besoin de te l’expliquer. »
    
    Ayrith crispa les mâchoires, mais garda le silence. Le directeur se tourna vers Lukas, à qui il adressa un sourire rassurant :
    
    « Tu dois te dire que tu es tombée dans la cage au lion. Mais ne t’en fais pas… Nous avons un tempérament un peu vif, mais nous savons nous serrer les coudes quand il faut. Quand Sila aura fini de bouder, tout redeviendra normal. »
    
    Lukas hocha la tête avec une expression neutre, espérant qu’il disait vrai.
    
    

Texte publié par Beatrix, 12 mai 2016 à 22h59
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