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Tome 1, Chapitre 7 « Premier jour (première partie) » Tome 1, Chapitre 7
Une sonnerie stridente résonna dans la chambre ; aussitôt, les vitres opacifiées redevinrent translucides, laissant entrer à flots la lumière d’or pâle du matin. Lukas gémit et enfonça sa tête sous son oreiller, tentant de faire disparaître cette agression sonore par sa seule volonté de prolonger un peu la nuit. Hélas pour lui, le monde ne fonctionnait pas de cette manière. Il finit par se mettre sur son séant et regarda autour de lui avec confusion : il se rappela seulement qu’il ne se trouvait plus au foyer, mais dans sa propre chambre sur la barge d’Armatis. Il pouvait sentir l’énorme structure vibrer doucement, très loin au-dessous de lui.
    
    Le garçon s’extirpa de son lit et demeura un moment assis sur le bord de la couche, le temps que ses idées s’éclaircissent. La pièce était étonnement confortable, avec un module sanitaire individuel, un bureau doté d’une station d’accueil pour sa microstat et deux chaises. Ses affaires ne remplissaient qu’une minuscule portion du vaste placard qui longeait tout un mur. Sur son chevet, il avait posé un cadre holonumérique qui contenait les quelques clichés qui lui restaient de sa mère.
    
    « Tu serais horrifiée de me voir là, je pense… » déclara-t-il en levant à hauteur de ses yeux l’image toujours un peu mélancolique de Jada.
    
    Il soupira un peu tristement, passant une main dans sa chevelure emmêlée.
    
    « Mais d’un autre côté, ajouta-t-il avec une pointe de ressentiment, si tu ne m’avais pas laissé que des dettes, je n’en serais pas arrivé là. »
    
    Il reposa le cadre et se leva pour se préparer. Il était lavé et habillé, en train de fixer son bracelet-relais à son poignet quand un bip annonça l’arrivée d’un message. Il activa le petit écran pour le déchiffrer :
    
    « Je t’attends aux cuisines. Signé : Vodo. »

    
    Aux cuisines ?
    
    Lukas se rappela qu’il était censé aider le mécanicien, également préposé à la restauration sur la barge, à préparer le petit déjeuner que le personnel prenait en commun. Il avait dîné la veille avec les autres employés et monsieur Sig, comme l’appelaient Sila et Shimmer. Ayrith était absent – d’après les allusions qu’il avait cru saisir, le plongeur aux cheveux bleus avait à peine terminé son entraînement qu’il avait filé en ville, un fait dont il était coutumier. Personne, pas même Sila dont le regard flamboyait d’agacement, ne s’était autorisé à en dire plus, ce qui laissait supposer que le sujet était plutôt épineux. Il se demanda si le jeune homme serait de retour pour le petit déjeuner.
    
    Le garçon dut faire un effort de mémoire pour se souvenir du chemin des cuisines : celles-ci étaient situées juste sous le pont supérieur ; seuls les bureaux, les chambres et la salle commune se trouvaient en surface. Espérant ne pas être trop en retard, il déboula dans la pièce immaculée où ronronnaient les congélateurs de la barge. Vodo l’attendait, vêtu d’une surcombinaison blanche ; il lui en tendit une semblable :
    
    « Allez, au travail, mon garçon ! Nous avons une demi-heure avant qu’ils déboulent tous… »
    
    En enfilant le vêtement, Lukas se sentit un peu mortifié : certes, aider en cuisine n’avait rien de honteux, mais il avait espéré commencer son travail par une activité un peu plus… cérébrale ?
    
    « Avant toute chose, je voudrais que tu renseignes ce questionnaire, déclara le doyen d’Armatis en lui désignant une microstat dans un coin de la pièce. Après, tu pourras consulter les informations du reste de l’équipe avant de préparer les plateaux.
    
    — Ce ne sont pas les machines qui le font ? demanda le garçon un peu plaintivement.
    
    — Pas ici, non, répliqua Vodo d’une voix amusée. Le budget de l’entreprise est serré ! Nous n’avons pas l’intention d’investir dans ce style d’équipement. »
    
    Traînant des pieds, Lukas s’approcha de l’écran : il s’agissait d’un simple formulaire sur ses intolérances et interdits alimentaires, ses dégoûts majeurs et ses préférences, ainsi que les types de plats qu’il n’avait jamais ou rarement goûté. Il eut vite fait de compléter la grille, avec une légère hésitation malgré tout : fut un temps, il aurait refusé catégoriquement de toucher la moindre denrée indigène à Cyrga. À présent, même s’il éprouvait toujours une certaine prévention contre cette idée, il devait se montrer réaliste. Il indiqua comme « jamais goûtée » toutes les productions de la planète - il soupçonnait cependant les préparations à peine reconnaissables servies au foyer de Terra de contenir des ingrédients qui n’avaient rien de terrien.
    
    Quand il eut complété la grille, il se tourna vers Vodo :
    
    « Vous tenez vraiment compte des préférences de chacun ? demanda-t-il avec curiosité.
    
    — Pas seulement. Nous ne voudrions pas que nos plongeurs, les plus jeunes en particulier, deviennent trop difficiles ! Cela vaut aussi pour certains employés de l’intendance », ajouta-t-il avec un petit sourire.
    
    Le garçon haussa les épaules :
    
    « J’ai grandi en pension. Ça ne porte pas à être chipoteur…
    
    — Hum… Je vois ce que tu veux dire. Mais à mon avis, le second choix des pensions de Stellae, ça doit être comme notre premier choix ! »
    
    Il se dirigea vers les armoires de conservation, examinant sur les listes tactiles le contenu de chacune :
    
    « Les menus doivent être bien équilibrés, selon les besoins de chacun. Tout particulièrement pour les plongeurs. Leur organisme est soumis à rude épreuve, c’est pourquoi leur santé est un souci constant. Même s’ils ne se servent pas de leurs muscles pour piloter les Paladions, ils font régulièrement de l’exercice pour entretenir leur souffle, leur rythme cardiaque et leur coordination. Mais ça se passe plutôt bien : à part Shimmer, ils sont tous sportifs de nature. Le petit, il faut le pousser un peu au train. »
    
    Il adresse un clin d’œil à Lukas :
    
    « Vu qu’il a l’air de t’apprécier, tu pourrais lui servir d’exemple… »
    
    Lukas piqua du nez : il ne se sentait pas l’étoffe d’un modèle, surtout en ce qui concernait l’exercice physique. Bien sûr, il avait un peu arpenté les salles de gym à Stellae, surtout pour améliorer sa maîtrise du motoglisseur, mais il était loin d’avoir un goût prononcé pour le sport en général.
    
    « Et… ils s’entraînent où ? demanda-t-il pour détourner la conversation.
    
    — Il y a une salle tout équipée sous le pont inférieur. Ce n’est pas le dernier cri, mais c’est déjà pas si mal… »
    
    Vodo ouvrit un des placards et en sortit un filet rempli de fruits à la peau duveteuse, d’une étrange couleur turquoise. Lukas les fixa avec surprise :
    
    « De la nourriture primaire ?
    
    — Toujours, mon gars. Ce serait sans doute plus simple que tout le monde ingurgite des formules toutes prêtes, mais manger doit rester un plaisir ! De la véritable nourriture, c’est toujours plus sympa que de la bouillasse au goût chimique, tu ne crois pas ?
    
    — Bien sûr. Mais ça doit vous demander plus de temps pour composer des menus, surtout sans gestion automatique de stock… et avec des crédits limités.
    
    — C’est ce qui fait tout le piquant de la chose. Et puis, Sig insiste toujours pour qu’on fasse au mieux pour les nôtres. »
    
    Lukas plissa le nez… Oui, il avait bien compris. Armatis était une « famille ». Bref.
    
    « Et c’est quoi, ça ? s’enquit-il en désignant les boules bleues.
    
    — Des pêches cyrganes. Ceux qui les ont nommées comme ça ne se sont pas foulés. En fait, elles n’ont pas de noyau et elles tombent du chapeau d’une sorte de champignon. Leur goût se rapproche plus de la poire avec un arrière-goût de menthe. Enfin, tu verras bien ! Si tu n’es pas allergique, bien sûr », précisa-t-il d’un air goguenard.
    
    Lukas n’était pas sûr de goûter la plaisanterie. Vodo commença à disposer les fruits sur des plateaux à compartiments, puis les compléta avec des biscuits de céréales et une coupelle d’un produit vert pâle à la consistance crémeuse. Enfin, il y plaça des mugs fermés par un couvercle, contenant un liquide chaud qui ne semblait pas être le même pour tout le monde, d’après les odeurs qui s’en échappaient.
    
    « Vous adaptez aussi les quantités à chacun ? »
    
    Vodo acquiesça d’un hochement de tête :
    
    « C’est nécessaire ! Prends Sig par exemple : ce n’est plus un jeune homme ! Maintenant qu’il ne plonge plus et qu’une bonne partie de son corps est artificielle, il n’a pas besoin de la même quantité de calories qu’auparavant. Mais il a bon appétit et c’est un vrai gourmet… alors je flatte ses papilles avant toute chose. Varen est le plus raisonnable : il pratique la musculation depuis des années et il a toujours adapté son régime à son activité. Ayrith, lui, possède un métabolisme extrêmement élevé ; il tend à manger beaucoup et de façon assez désordonnée… sans doute parce que lorsqu’il était enfant, il s’est souvent couché le ventre vide. Je suppose qu’il a toujours un peu peur de manquer. C’est le plus compliqué à gérer, vu qu’il s’absente très souvent et que personne ne sait ce qu’il avale quand il est à Terra. »
    
    Il secoua la tête, avec plus de résignation que de réprobation :
    
    « Sila, elle, a toujours peur de perdre du temps… elle expédie ses repas beaucoup trop vite. Et Shimmer fait souvent le difficile. Il a pourtant besoin de manger de tout, surtout à son âge ! »
    
    Il sourit avec fatalisme :
    
    « Tu vois, s’occuper de ces gens-là, c’est pire que de faire le papa ou la maman… Allez, aide-moi ! »
    
    Lukas hocha la tête et aida le mécanicien à charger les plateaux sur les deux niveaux d’un chariot à répulseurs. Tout en le poussant vers la salle à manger, il se tourna vers le vétéran :
    
    « Je ne comprends pas : vous êtes cuisinier, nutritionniste, entraîneur peut-être… Quoi encore ? Je pensais que vous étiez mécanicien !
    
    — Homme à tout faire est un terme plus exact, répondit Vodo sereinement, et pour être franc avec toi, tu seras chargé de me seconder – ainsi que Sig – dans beaucoup de domaines. »
    
    Lukas s’immobilisa, les yeux plissés par un soupçon soudain :
    
    « Alors… si je comprends bien, ma tâche ici, c’est… apprenti homme à tout faire ? »
    
    — C’est une façon de voir. Mais dis-toi que tu vas apprendre beaucoup de métiers différents en même temps !
    
    — Ouais… grommela le garçon. Comme balayer le pont de la barge ou astiquer les Paladions. C’est sûr que ça va me propulser vers une brillante carrière ! »
    
    Le mécanicien esquissa un sourire amusé :
    
    « Eh bien, tu sais ce qu’on dit… Il faut toujours commencer par la base. »
    
    Lukas n’était pas convaincu. Cependant, il était un peu trop tôt pour se faire une idée : il espéra que les autres tâches dont il serait chargé lui offriraient un peu plus de perspective.
    

Texte publié par Beatrix, 26 avril 2016 à 01h05
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