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Tome 1, Chapitre 6 « Paladions (deuxième partie) » Tome 1, Chapitre 6
Lukas suivit l’équipe dans le hangar… et s’arrêta net. C’était une chose de connaître leur existence… mais une toute autre chose de les approcher. Majestueux même dans leur inertie, quatre Paladions gisaient allongé sur de vastes plates-formes. Jusqu’à ce jour, il n’avait jamais eu l’occasion d’approcher ces machines – mis à part sous forme de jouets. Des robots humanoïdes pilotés ; chacun aussi haut qu’un immeuble – même si dans leur position couchée, il était difficile de se faire une idée précise de leur taille.
    
    Il n’y avait pas deux modèles similaires. Il n’eut pas trop de peine à déterminer à qui était attribué chacun d’entre eux : le modèle élancé, argenté et blanc, avec une finition digne des plus beaux engins de course de Stellae, aurait pu avoir « Ayrith » inscrit sur la carrosserie… En y regardant mieux, c’était effectivement le cas : sur la cuisse gauche de la machine, en caractères stylisés. Lukas se demanda si la firme de motoglisseurs avait eu son mot à dire dans l’affaire. Le modèle puissant et utilitaire, avec une patine couleur bronze, était sans nul doute dévolu à Varen, tandis que le noir aux reliefs agressifs correspondait clairement à Sila. Ce qui laissait le dernier, un engin massif, d’un gris utilitaire et hérissé de gadgets technologiques, pour Shimmer.
    
    Une autre forme reposait à l’arrière du hangar, perpendiculairement aux autres, sous une bâche épaisse. Sans doute un Paladion de secours – étant donné le genre de menaces que ces machines devaient affronter, il semblait prudent de prévoir un remplacement, au cas où.
    
    « Alors, qu’en penses-tu ? demanda monsieur Benz en observant Lukas d’un œil amusé.
    
    — C’est juste… »
    
    Il chercha les mots justes, sans succès, et se contenta finalement d’un « waow ! » sonore qui fit sourire le directeur, Vodo, Varen et Ayrith. L’expression de Sila demeura neutre – mais c’était tout de même une amélioration en ce qui la concernait – tandis que Shimmer gardait sa mine pensive.
    
    « Vous pilotez vraiment ces engins ? »
    
    Sila plaça ses mains sur ses hanches :
    
    « Bien sûr que non, rétorqua-t-elle sèchement. Ils sont là pour faire joli. »
    
    Lukas décida de l’ignorer, même s’il ressentait un pincement au cœur à chaque manifestation d’hostilité de la jeune fille :
    
    « Mais… quel rapport avec le fait de… plonger ?
    
    — Suis-moi, je vais te montrer », l’invita Vodo en se dirigeant vers la machine la plus proche, celle d’Ayrith.
    
    Le mécanicien grimpa sur la passerelle métallique qui surplombait le Paladion. S’installant derrière un pupitre chargé d’écrans, de boutons et de manettes, il activa une commande : aussitôt, la partie avant du torse se souleva, dévoilant ce qui ressemblait, à défaut d’autre comparaison, à un bocal pour poisson rouge géant muni d’un sas étanche. On pouvait y distinguer une multitude de branchements.
    
    « Cet espace est empli d’un fluide qui permet d’amortir les secousses et de garder le corps du plongeur dans un état de relaxation totale. Les tuyaux branchés à son casque lui apportent de l’oxygène et différentes sangles évitent les chocs, même si dans l’absolu le fluide suffit. Des capteurs vérifient en permanence son état de santé… »
    
    Lukas écarquilla les yeux : le concept lui semblait particulièrement étrange. Il ne put s’empêcher de songer à un bébé monstrueux dans le ventre d’une énorme mère métallique ; mal à l’aise, il effaça bien vite cette image de son esprit.
    
    « Mais… il n’y a pas de commandes ?
    
    — Pour quelle raison crois-tu que nos plongeurs sont tous des infusés ou des naturels ? Ils n’en ont pas besoin. Les interfaces auxquelles ils sont branchés leur permettent de contrôler directement les circuits de sang d’argent à l’intérieur du Paladion ! »
    
    Il adressa un clin d’œil au garçon :
    
    « À ton avis, pourquoi a-t-on donné à ces machines un aspect humanoïde ? Tout simplement parce que c’est ce que notre cerveau est habitué à coordonner ! Sinon, elles seraient sans doute en forme de crabe, ou quelque chose de ce style… À tout prendre, ce serait bien plus pratique ! Une machine humanoïde, c’est juste le plus mauvais plan possible. Mais au fil du temps, on a quand même réussi à créer des modèles qui fonctionnaient convenablement. »
    
    Lukas hocha la tête, ne sachant que dire : cet univers lui semblait si étranger… mais au même temps, assez fascinant. Il posa la main sur la carrosserie argentée, étonné qu’elle ne soit pas froide sous ses doigts, mais tiède et parcourue d’une légère vibration, comme si elle était quelque sorte… vivante.
    
    « Et donc ces machines… combattent les monstres de Margarita ? »
    
    Au bas de la passerelle, il entendit Varen rire gentiment :
    
    « Combattre est un bien grand mot, Lukas. Nous ne devons pas les blesser et encore moins les tuer. Sur Cyrga, toutes les formes de vie communiquent et tout particulièrement au cœur de Margarita. Si l’un des océaniens éprouve trop de souffrance, toutes les créatures des environs peuvent tomber dans un état de frénésie à côté duquel le glitz n’est rien.
    
    — Le… glitz ?
    
    — Quand un forage a lieu, expliqua Vodo, il y a toujours des émanations de sang d’argent qui s’échappent. Pour les océaniens, c’est une véritable drogue. Il suffit qu’ils en absorbent un peu pour être dominés par le besoin d’en absorber plus, à n’importe quel prix. Leurs yeux deviennent phosphorescents sous l’effet de l’intoxication et ils se mettent à attaquer aveuglément les modules d’extraction. Heureusement pour nous, le glitz ne dure jamais très longtemps : il passe comme une vague et les laisse épuisés. Du coup, les Paladions ont juste à les tenir hors de portée le temps qu’il faut. Une fois cette crise passée, les créatures tombent dans un état quasiment apathique et il est facile de les écarter. »
    
    Lukas n’était pas sûr d’avoir tout compris, mais il aurait le temps d’approfondir plus tard. Il avait déjà tant de choses à intégrer qu’il en avait le tournis.
    
    « Mais… comment devient-on plongeur ?
    
    — Cela dépend des endroits, expliqua Vodo en refermant la cavité du Paladion argenté. Dans les petites boîtes comme la nôtre, il suffit d’entrer en apprentissage. Si tout se passe bien, au terme de trois ans, tu peux être agréé en tant que plongeur à part entière. Shimmer est entré à Armatis il y a six mois et Sila est chez nous depuis deux ans déjà. Si tu n’es pas naturel, que tu es un garçon et que tu as plus de quatorze ans, tu peux demander à être infusé avec le sang d’argent. »
    
    Le garçon resserra sa main gantée sur la rambarde de la passerelle : il sentait l’excitation l’envahir. Mouvoir ces superbes engins pour affronter des créatures étranges venues du fond de l’océan, cela semblait bien plus passionnant que faire des courses de motoglisseurs ! Et puis, si Shimmer et Sila avaient pu y arriver, pourquoi pas lui ?
    
    « Si un jour tu es tenté, intervint monsieur Benz depuis le sol du hangar, il n’y a aucune raison pour que tu ne puisses pas devenir un excellent plongeur. Mais ce n’est pas une décision que l’on prend à la légère. »
    
    Lukas se retourna pour regarder son employeur : son visage parcouru de lignes argentées, son œil artificiel, son sourire chaleureux… C’était un infusé, lui aussi, comme Ayrith et Shimmer. Il se demanda s’il plongeait encore, même s’il ne faisait plus partie des équipes actives : était-ce son accident qui l’avait écarté des Paladions, ou sa responsabilité de directeur ?
    
    Et quand bien même la perspective était enthousiasmante, il ne pouvait s’empêcher de ressentir un frisson d’horreur à la simple idée d'introduire dans son corps cette étrange substance. Un des mutagènes les plus puissants de la planète, qui transformerait son métabolisme et lui ferait perdre, au moins partiellement, sa qualité de Terrien… Il s’en voulait de penser de cette manière, mais une chose était sûre : il n’était pas prêt et ne le serait probablement pas avant un bon moment.
    
    « Je… Je suis très impressionné, enfin… je veux dire… Ce que vous faites a l’air terrible, déclara-t-il d’un ton mal assuré, mais je crois que ce n’est pas mon truc. Enfin, pas pour l’instant. »
    
    Il baissa le nez vers le bout de ses bottes, un peu gêné, avant d’ajouter :
    
    « Et puis, ce n’est pas pour cela que vous m’avez engagé, vous avez besoin de quelqu’un dans l’intendance, non ? »
    
    Vodo posa une main sur son épaule, cherchant son regard :
    
    « Ne t’en fais pas, ce n’est pas le rêve de tout le monde, flotter à l’intérieur d’un jouet géant et faire du catch avec les monstres de Margarita ! Ça n’a jamais été le mien : je préfère bichonner ces bébés que les démolir… »
    
    Il lança un coup d’œil appuyé à Ayrith, nonchalamment adossé sur les montants de la passerelle d’en face. Le jeune homme aux cheveux bleus haussa les épaules :
    
    « S’il n’y avait pas quelques coups et quelques bosses à réparer de temps à autre, tu t’ennuierais, Vodo, répondit-il avec désinvolture.
    
    — C’est clair que ce genre de raisonnement est très constructif, râla Sila. De toute façon, il est temps de se préparer pour l’entraînement. Pousse-toi de là, Pratz, tu vas gêner. »
    
    Les sourcils froncés, Benz se tourna vers la jeune fille :
    
    « Je te prie d’être un peu plus aimable, Sila. Lukas vient tout juste d’arriver et je tiens que chacun de vous fasse en sorte de l’intégrer à la famille. »
    
    La… famille ?
    
    Lukas n’avait qu’une idée vague et idéalisée de ce que ce terme pouvait signifier, mais il se voyait mal considérer des gens qu’il connaissait à peine comme des membres de sa... famille. Surtout Sila. Il descendit de la passerelle, lançant un regard en biais à la jeune fille : pourquoi se montrait-elle aussi agressive ? Parce qu’il était nouveau et qu’elle ressentait le besoin de défendre son territoire ? Il ne travaillerait même pas avec elle !
    
    Peut-être la plongeuse n’avait-elle pas apprécié qu’il l’admire de façon un peu trop… visible. Même s’il n’en avait vraiment eu conscience que lorsqu’elle l’avait rabroué. Lukas espérait que les choses s’arrangeraient quand elle le connaîtrait mieux : après tout, il avait toujours été considéré comme quelqu’un de sociable et d’agréable à fréquenter.
    
    Mais c’était dans sa vie d’avant, quand il était brillant, riche et respecté, et pas un miséreux engagé par pitié.
    
    « Ce n’est pas vraiment contre toi », murmura une voix à côté de lui.
    
    Il pivota vers celui qui venait de parler et découvrit les grands yeux graves de Shimmer.
    
    « Elle est comme ça avec tout le monde au début. Fais-toi oublier, elle finira par te lâcher. »
    
    Lukas cligna des yeux, un peu surpris d’entendre l’adolescent blond, apparemment si renfermé, lui donner délibérément un conseil.
    
    « Mais… Elle est encore plus désagréable avec Ayrith, alors qu’elle est son apprentie depuis deux ans. C’est à croire qu’elle ne l’aime vraiment pas… ? »
    
    Le regard vert de Shimmer brilla d’amusement :
    
    « C’est… compliqué entre eux, il vaut mieux ne pas trop chercher à comprendre. »
    
    Son visage aux traits fins reprit son sérieux :
    
    « Il faut que je me prépare pour l’entraînement. À tout à l’heure ! »
    
    Le garçon regarda le blond s’éloigner vers un local aménagé dans un coin du hangar, pour rejoindre les autres plongeurs qui l’avaient devancé. Cette manifestation de sympathie l’avait touché : fréquenter des amis de son âge lui manquait. Même si Shimmer était visiblement très différent de ses camarades d’école.
    
    « Lukas ? »
    
    Il reporta son attention vers son directeur, qui poursuivit :
    
    « Viens, je vais te montrer tes quartiers. Tu disposes de l’après-midi pour prendre tes marques et t’installer. Tu ne commenceras ton travail que demain. »
    
    Le garçon hocha la tête et suivit son nouvel employeur en direction des bâtiments. Il inspira une grande goulée de l’air frais et piquant qui portait avec lui les senteurs ambrées et légèrement métalliques de Margarita, si éloignées de l’atmosphère fade de Stellae.
    
    L’air qu’il respirerait désormais.

Texte publié par Beatrix, 9 avril 2016 à 12h06
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