LC logo
Découvrir     Romans & nouvelles     Fanfictions     Poèmes     Blog     Forums
Connexion
Bienvenue visiteur !
Se connecter ou S'inscrire
Pourquoi vous inscrire ?
«
»
Tome 1, Chapitre 4 « Se relever (deuxième partie) » Tome 1, Chapitre 4
« Ainsi, tu es Lukas, déclara monsieur Benz avec un léger sourire. Je suis ravi de te rencontrer.
    
    — Mer… Merci », bafouilla le garçon en serrant ses poings sur ses genoux.
    
    Sigfried Benz saisit la microstat posée sur la table afin de parcourir le contenu de son dossier. Lukas s’aperçut que la main gauche du directeur d’Armatis était elle aussi artificielle, un assemblage de métal organique et d’un souple matériau noir qui couvrait les articulations et le bout des doigts. Il se demanda quel genre d’accident l'homme avait pu subir pour avoir été ainsi mutilé. Il espéra que ce n’était pas lié à son travail.
    
    « Voyons cela… Tu es un excellent élève, dis-moi ! »
    
    Lukas se sentir rougir légèrement : aucun employeur potentiel n’avait jusqu’à présent souligné ce fait.
    
    « Si tu acceptes de nous rejoindre, poursuivit l’homme, ce serait une bonne chose que tu continues à te former par correspondance, pour préparer ton diplôme. Bien sûr, il faudra que ce soit en dehors des heures de travail, mais nous pouvons aménager ton emploi du temps en fonction ; nous avons deux jeunes apprentis dans le même cas. »
    
    Lukas le fixa avec stupéfaction : cette fois, il soupçonnait une farce cruelle. Il se tourna vers sa tutrice, rencontrant son regard froid et dur, qui lui intimait de se taire et de ne surtout pas demander d’explications. Il fut saisi d'une vague d'inquiétude : et si c'était un piège ? Monsieur Benz comptait peut-être le revendre comme manœuvre dans une exploitation agricole du Croissant Intérieur. Il avait entendu parler de cas similaires dans des émissions d’holoTV.
    
    C’était juste impossible… L’administration devait quand même contrôler un minimum les employeurs et surveiller que tout se passait bien pour les jeunes gens qu'elle plaçait… non ?
    
    « Monsieur Benz, intervint-il timidement, que pensez-vous me faire faire ? Je n’ai aucune véritable formation. Je ne vois pas à quoi je pourrais vous être utile… »
    
    Sa tutrice le fusilla du regard, mais Benz se fendit d’un large sourire :
    
    « Excellente question, mon garçon ! Pour tout t’avouer, j’aurais été plutôt déçu que tu ne la poses pas ! Vois-tu, Armatis n’est pas une entreprise ordinaire. Nous aimons donner leur chance à des personnes que d’autres employeurs auraient négligées pour une raison ou une autre. Nous croyons en la possibilité pour nos protégés d’apprendre sur le tas. Je pense que quelqu’un d’aussi brillant que toi pourra nous rendre de grands services. »
    
    Lukas hocha la tête, pas vraiment convaincu.
    
    « Et… euh… je serai payé ?
    
    — Bien sûr ! Au taux de rémunération des apprentis, ça va de soi. Approximativement dix decyrs de l’heure. »
    
    Le garçon soupira intérieurement : il ne s’attendait pas à un revenu mirifique, mais cette somme lui semblait ridiculement petite : comment parviendrait-il à assurer sa subsistance, surtout après les prélèvements de ses créanciers ? Devinant sa déception, monsieur Benz leva sa main droite, celle de chair et de sang :
    
    « Tu n’as pas d’inquiétude à avoir. Je sais que les deux tiers de ton salaire doivent servir au remboursement de tes dettes. Mais ça ne sera pas vraiment un souci, puisque tu seras nourri et logé, comme tous les membres de l’entreprise. »
    
    Lukas s’effondra presque de soulagement. Il ne se sentait pas pleinement rassuré, mais l’opportunité était unique ; une chance perdue le restait souvent à jamais. Au pire, si les choses se passaient mal, rien ne l’empêchait de faire marche arrière. De toute façon, s’il refusait, sa tutrice ferait de sa vie un enfer. C’était en tout cas ce que lui promettait l’air implacable qu’arborait la fonctionnaire.
    
    Le garçon se redressa sur sa chaise et se força à sourire :
    
    « Je… je crois que c’est bon alors. Je serai ravi de travailler pour vous, monsieur Benz. »
    
    Le visage du directeur s’illumina. Il tendit la main à Lukas, qui la serra timidement.
    
    « Parfait ! Quand peux-tu être à Armatis ?
    
    — Dès que vous le souhaitez… »
    
    Ce n’était pas comme s'il avait beaucoup d’affaires à préparer, de toute façon.
    
    « Mettons… en début d’après-midi ? Treize heures trente HC, cela te va ? J’enverrai quelqu’un te chercher.
    
    — Merci, monsieur Benz. »
    
    Il se tourna vers sa tutrice :
    
    « Excusez-moi, madame, mais… est-ce que je n’avais pas un autre rendez-vous prévu pour aujourd’hui ?
    
    — Je vais l’annuler, répliqua la femme qui arborait, pour la première fois qu’il la connaissait, un sourire satisfait. Permettez-moi de vous reconduire, monsieur Benz. Je dois avouer que votre proposition a été une très heureuse surprise. Vous m’ôtez une fameuse épine du pied… »
    
    Lukas serra les dents : comment pouvait-elle parler de lui comme s’il n’était pas dans la pièce ? Il ne lui avait jamais causé le moindre problème. Combien de temps devrait-il payer le fait d’être né à Stellae ?
    
    « Non, répliqua monsieur Benz, l’heureuse surprise est pour moi. Je suis surpris que vous n’ayez pas réussi à caser plus tôt un jeune homme aussi méritant. »
    
    Son ton sévère contrastait si fortement avec la chaleur qu’il avait montrée envers Lukas que le garçon en resta figé sur place, la bouche ouverte. Tandis que le directeur d’Armatis quittait le bureau, la tutrice l’accompagna en bafouillant quelques excuses inintelligibles. Sans prêter attention à ses prétextes embrouillés, Benz se retourna pour adresser un clin d’œil à son nouvel employé. Tiré de sa stupeur, il sentit, pour la première fois depuis ce pénible réveil quinze jours plus tôt, un sourire éclore sur son visage.
    
    C’est alors, seulement, qu’il réalisa qu’il avait oublié de demander une chose essentielle ; en quoi pouvait bien consister l’activité d’Armatis ?
    
    
    
SB - SB - SB

    
    
    Pour la dixième fois, Lukas consulta sa montre-relais : jamais le temps n’avait passé aussi lentement. Debout devant le foyer, avec son caisson d’affaires posé à côté de lui, il scrutait la rue, essayant d’apercevoir le véhicule qui viendrait le chercher. Il n’avait aucune idée de son modèle, ni même de son apparence : ici, à Terra, la circulation n’était pas régulée par un ordinateur central et les voitures n’avaient rien de standardisé.
    
    Il en voyait de toutes les tailles et de toutes les catégories, depuis les automobiles individuelles ovoïdes semblables à celles de Stellae, jusqu’à de larges fourgons qui prenaient toute la voie, en passant par les motoglisseurs qui se faufilaient avec audace entre les transports plus massifs. Ce qui ne manqua pas de rappeler au garçon que son engin croupissait toujours dans son box. Il espéra que monsieur Benz lui permettrait de le garder.
    
    Une camionnette à la carrosserie rouillée, qui tanguait légèrement sur ses répulseurs, stoppa brusquement devant lui ; la portière s’ouvrit pour livrer passage à un homme d’une cinquantaine d’années, doté d’une barbe et d’une tignasse grisonnantes. Il portait une combinaison de mécanicien, avec des outils fourrés aléatoirement dans les poches. En apercevant le garçon, il esquissa un large sourire :
    
    « Alors, c’est toi le nouveau ?
    
    — Vous êtes d’Armatis ? demanda prudemment Lukas.
    
    — Oui, bien sûr ! »
    
    L’inconnu lui tendit la main :
    
    « Brem Vodo. Responsable du secteur logistique. C’est Sig qui m’envoie te chercher. Tu lui as fait une bonne impression, à ce qui paraît ! »
    
    Un peu confus, Lukas ne sut quoi répondre.
    
    « Allez, je vais t’aider à mettre ça à l’arrière si tu veux. J’ai une plaque de chargement, ça se fera tout seul… »
    
    Une fois le caisson glissé sur l’engin, il ne fallut que quelques secondes pour l’installer à l’arrière du fourgon. Vodo lui ouvrit la portière du côté passager :
    
    « Allez, monte, mon gars. On n’en a pas pour très longtemps. »
    
    Le garçon obéit docilement, s'installant dans l'habitacle qui sentait le lubrifiant mécanique et le vieux plastique. Le fourgon bondit dans la rue et traça son chemin sans plus de rigueur que les motoglisseurs, même s’il était bien plus volumineux. Lukas se surprit à fermer les yeux plusieurs fois, mais Vodo possédait une chance insensée ou une habileté diabolique, car aucune collision ne fut à déplorer.
    
    Il s’attendait à gagner un autre secteur de la ville, aussi fut-il particulièrement étonné quand il réalisa qu’ils s’en éloignaient. Bientôt, le trafic se fit moins dense, les baraques en préfabriqué de part et d’autre des rues se raréfièrent, laissant place à une vaste zone inculte où s’épanouissait une végétation bizarre : des bouquets de hauts rameaux aux extrémités bulbeuses et une sorte de champignon dont le dessous laissait pendre de longues franges. Lukas les observa non sans perplexité, avant de demander à Vodo :
    
    « Mais… où allons-nous ?
    
    — Vers les quais.
    
    — Les quais ? »
    
    Déjà, une haute palissade de métal ajouré se dressait devant eux ; le mécanicien activa une commande qui fit coulisser les portes, livrant un passage assez large pour le fourgon. Au-delà Lukas aperçut de grands hangars, le long d’un port immense que venait lécher l’étrange fluide de Margarita. Des engins y étaient arrimés, depuis des petits véhicules semi-aériens jusqu’à de vastes plates-formes dont la partie inférieure disparaissait dans les tourbillons. Entre les zones de stockage, de morceaux de ville semblaient s’être recréés : boutiques en tous genres, restaurants, habitations. Il y régnait une animation surprenante.
    
    « C’est ici qu’est basé Armatis ? demanda le garçon en contemplant avec perplexité cette zone étrangère.
    
    — Pas tout à fait, Lukas. Nous y sommes presque. »
    
    Le fourgon finit par s’arrêter sur le quai même, devant une longue plate-forme mobile, dont une partie était occupée par un hangar de tôle. À l’autre extrémité se dressait un bâtiment à deux étages, où s’ouvraient de larges fenêtres. Entre les deux s’étendait un espace découvert bordé de rambardes. Le logo peint sur son flanc représentant une main métallique tenant dans sa paume une étoile, surmontant le nom de l’entreprise.
    
    « C’est ici, déclara fièrement Vodo. La barge d’Armatis. »
    
    Le garçon regarda bouche bée une rampe s’abaisser vers eux, permettant au véhicule de gagner l’espace situé en dessous du pont supérieur.
    
    « La barge… répéta Lukas. C’est là que je vais travailler… ?
    
    — C’est là que nous travaillons tous. Et que nous vivons aussi. »
    
    Lukas demeura silencieux tandis que le fourgon se garait parmi d’autres véhicules, indistincts dans la pénombre. Quand le moteur se tut, il demanda enfin au mécanicien :
    
    « Mais… que fait Armatis au juste ?
    
    — Nous assurons la sécurité aux alentours des forages d’argentium. Nous avons deux équipes de deux Paladions. »
    
    Des Paladions ? Lukas se demanda s'il avait mal entendu, tant cette perspective était improbable. Son visage dut exprimer l’étendue de sa perplexité, car Vodo sourit et lui asséna une tape sur l’épaule :
    
    « Allez, tu découvriras tout cela en temps voulu. Sig et les autres nous attendent ! »

Texte publié par Beatrix, 18 mars 2016 à 01h05
© tous droits réservés.
Commentaire & partage
Consulter les commentaires
Pour réagir â ce chapitre et poster une review, veuillez vous identifier ou vous inscrire !
«
»
Tome 1, Chapitre 4 « Se relever (deuxième partie) » Tome 1, Chapitre 4
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
878 histoires publiées
426 membres inscrits
Notre membre le plus récent est Elia
LeConteur.fr 2013-2017 © Tous droits réservés