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Tome 1, Chapitre 3 « Se relever (première partie) » Tome 1, Chapitre 3
Quinze jours…
    
    Quinze jours déjà que Lukas était logé dans un foyer pour adolescents nécessiteux à l’extérieur de Stellae, après son passage devant la commission de reclassement social.
    
    On ne lui avait laissé que deux jours pour préparer ses affaires et régler tout ce qui devait l’être, avant de l’expulser de son appartement et de son école. Monsieur Bel avait effectué toutes les démarches officielles pour lui, en faisant bien remarquer que c’était par pure bonté d’âme, étant donné qu’il ne touchait plus aucun salaire de la société familiale Pratz.
    
    Lukas n’avait averti aucun de ses amis : il n’avait pas envie de découvrir dans leur regard de la pitié ou du mépris. Il disparaîtrait juste de leur horizon et s’effacerait progressivement de leur mémoire, pour être remplacé par une nouvelle idole. De toute façon, une fois qu’il serait contaminé par le monde extérieur, personne ne voudrait plus entretenir la moindre relation de près – ni même de loin – avec lui.
    
    Il s’était efforcé, cependant, de sauver ce qui pouvait encore l’être : en utilisant ses dernières liquidités, il était parvenu à louer un box hors de Stellae afin d’y mettre à l’abri son motoglisseur, évitant ainsi qu’il ne soit saisi. Il avait payé un mois d’avance, mais lorsque ce délai serait écoulé, il n’aurait plus aucune solution pour protéger la seule possession à laquelle il tenait réellement.
    
    La sonnerie commune de l’établissement l’avait tiré du sommeil où il avait appris à se réfugier pour ne pas faire face, pour un moment du moins, à la triste réalité. Il avait somnolé encore une heure, pour finalement ouvrir un œil ensablé, rencontrant la surface grisâtre du mur en face de lui. Le grand garçon brun et taciturne qui partageait sa chambre était déjà levé et finissait de s’habiller. Il ne lui accordait pas la moindre attention, ce que Lukas trouvait plutôt appréciable. Les premiers jours, il s’était fait chahuter par les autres pensionnaires, qui avaient pris un malin plaisir à pointer du doigt le « garçon riche tombé de son piédestal ». L’ancien résident de Stellae les avait stoïquement ignorés, décidé à ne pas leur donner la satisfaction de le voir craquer sous leurs quolibets. Au bout de quelques jours, ses tourmenteurs avaient fini par se lasser.
    
    La porte de la chambre claqua. Demeuré seul, Lukas se mit sur son séant et se frotta les yeux en bâillant. Aujourd’hui, la tutrice qui lui avait été affectée devait le présenter à deux nouvelles entreprises susceptibles de le prendre en apprentissage. Le garçon avait vite réalisé que personne ne voulait d’un lycéen sans la moindre expérience pratique, nu aucun diplôme valide.
    
    L’administration judiciaire et sociale aurait été bien plus avisée de le laisser finir ses études ; une fois doté d’un métier prestigieux et rentable, il aurait été plus à même de payer les dettes faramineuses que sa mère lui avait abandonnées en héritage. Mais sa tutrice le considérait davantage comme une marchandise à écouler le plus rapidement possible, à n’importe quelle condition, que comme un être humain. Dans ces circonstances, même si quelqu’un acceptait de l’employer, il passerait sans doute sa vie entière à rembourser.
    
    Les directeurs d’entreprise devant lesquels Lukas avait dû paraître s’étaient appliqués à le mettre sur la sellette. Il les soupçonnait d’avoir pris un malin plaisir à lui faire avouer son absence de qualification, malgré son statut d’ancien citoyen de Stellae. Le garçon comprenait mal cet esprit de revanche ; il était plutôt soulagé de ne pas avoir été engagé par des individus qui jugeaient qu’en tant qu’ex-privilégié, il devait payer pour tous les autres.
    
    À regret, il quitta le petit lit dur et étroit ; la pièce était si exiguë qu’on pouvait à peine circuler autour des meubles. Après un saut dans la cabine sanitaire, il tira quelques habits du caisson qui recelait toutes ses possessions et les enfila rapidement : un simple polo vert sombre sous une veste de toile, avec un pantalon à poches multiples. Seuls ses gants et ses lourdes bottes rappelaient son ancien style : il n’avait pris avec lui que ses vêtements les plus « passe-partout ». De toute façon, sa garde-robe n’avait jamais été très fournie.
    
    Lukas passa en bandoulière la besace qui contenait sa microstation informatique et sortit de la chambre. Il s’arrêta au réfectoire juste assez longtemps pour attraper une barre énergétique et remplir son gobelet nomade de boisson caféinée, puis quitta le foyer en direction du bâtiment gouvernemental où il était attendu pour son premier rendez-vous. Il vérifia l’heure sur son bracelet-relais et constata avec soulagement qu’il n’avait pris aucun retard. Il avait vite appris que les transports dans la ville extérieure étaient rares et aléatoires ; mieux valait faire confiance à ses pieds.
    
    Même au bout de deux semaines, la zone urbaine demeurait étrange à ses yeux : il l’avait déjà vue à l’holoTV, mais c’était très différent d’y circuler. Il avait découvert son nom, surprenant de prime abord, mais qui faisait sens, après réflexion : Terra. Elle avait été initialement constituée de baraques en préfabriqué : certaines étaient encore en l’état, d’autres avaient bénéficié d’extensions ou d’un nouveau revêtement. Puis, au fil du temps, s’étaient montés des bâtiments modulaires, plus grands et structurés, accentuant le côté désordonné et hétéroclite de l’ensemble.
    
    D’ailleurs, la population était tout aussi variée. Contrairement aux idées reçues fréquentes à Stellae, Lukas avait pu constater que tous les habitants de la zone extérieure n’avaient pas des cheveux de couleur étrange : il croisait bien quelques tignasses vertes ou bleues, mais personne n’y prêtait attention. À leur tenue et leur équipement, les citoyens de Terra devaient exercer des myriades de professions différentes : employés de l’administration, techniciens de toutes sortes, ouvriers des exploitations agricoles… Depuis son arrivée, le garçon réalisait pleinement que sans la population extérieure, jamais celle des enclaves protégées n’aurait pu vivre aussi confortablement.
    
    Le pôle d’orientation se dressait au cœur de la ville, à l’arrière d’une petite place ornée de végétaux en forme de plumeaux turquoise et outremer, alternant avec des tiges ramifiées couvertes de boules pourpres. Le fait qu’elles n’aient pas encore disparu indiquait clairement qu’elles n’étaient pas comestibles.
    
    Il montra à l’accueil sa carte d’identification et se vit dirigé vers le couloir F, salle 13. Il passa le quart d’heure qui suivait à tenter de se retrouver dans le dédale des allées aux embranchements aléatoires, avant de tomber presque par hasard au bon endroit.
    
    La lueur verte sur la porte signifiait qu’il pouvait déjà y entrer : il se glissa dans une pièce austère, aux murs d’un blanc aseptisé. Le bureau et les chaises métalliques paraissaient tout droit sortis d’une prison. Prison dont sa tutrice aurait pu être la gardienne, avec son maintien hostile et sa mine revêche. Son visage carré, casqué de courts cheveux rouges, semblait incapable de la moindre expression agréable. Mais pour une fois, ce ne fut pas elle qui retint l’essentiel de son attention, mais l’homme assis à ses côtés.
    
    Contrairement à tous les employeurs potentiels qu’il avait rencontrés jusqu’à présent, il portait une simple combinaison kaki aux parements bleus, constellée de poches pour la plupart utilisées, et son visage hâlé montrait qu’il passait une bonne partie de sa vie en plein air. Il posait sur le garçon un regard curieux et appréciateur – du moins pour l’œil qui n’était pas remplacé par une prothèse biomécanique : une sorte de caméra numérique, enchâssée au milieu des plaques de métal qui couvraient sa pommette et une portion de son sourcil gauche.
    
    Le reste de sa physionomie était plutôt avenante, avec des traits réguliers, une moustache discrète et des cheveux châtains à peine striés de gris. Mais ce qui frappa le plus Lukas, davantage encore que l’œil artificiel, fut les fines lignes brillantes qui formaient un tracé géométrique sur son visage : la marque des infusés, ceux qui avaient pris le risque de se faire injecter le sang d’argent au cœur même de leur organisme.
    
    « Lukas Pratz, annonça sèchement la tutrice, voici monsieur Sigfried Benz, directeur de la société Armatis. Il trouve votre parcours intéressant et semble décidé à vous donner une chance. »
    
    Le scepticisme avec lequel elle avait prononcé ces paroles montrait à quel point elle trouvait cette idée idiote ; Lukas songea que cette attitude était insultante aussi bien envers lui qu’envers monsieur Benz.
    
    Le garçon s’assit sans attendre d’y être convié, mais le regretta aussitôt : et s’il avait commis un impair ? Le fait que cet homme soit favorablement disposé à son égard ne devait pas lui faire penser qu’il pouvait tout se permettre. Il se sentit soudain bien plus impressionné que si l’inconnu s’était montré désagréable ou exigeant ; il s’efforça de se tenir droit et de prendre un air attentif, en tâchant d’oublier que ses intestins s’amusaient à faire des nœuds dans son ventre.
    

Texte publié par Beatrix, 3 mars 2016 à 23h33
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