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Tome 1, Chapitre 25 « Le père que nous voudrions avoir (première partie) » Tome 1, Chapitre 25
« Pourquoi n'as-tu rien dit à Vodo ? »
    
    Le regard de monsieur Sig était incisif, empli de reproches implicite, mais aussi subtilement amusé ; Lukas se frotta le cou avec gêne :
    
    « Je ne pensais pas qu'il y aurait des conséquences.
    
    — Pas de conséquences... ? Alors que l'affaire était supervisée par Tachyon Veyz ! »
    
    Le nom complet de l'homme rappela à Lukas qu'il l'avait déjà entendu... à Mercurius, précisément. Il se sentit un peu confus en réalisant qu'il s'était trouvé en face de quelqu'un d'aussi important. Cela dit, Vodo n'avait pas eu l'air d'être troublé par ce détail.
    
    « Mais franchement, à quoi pensais-tu ? »
    
    Lukas serra les poings :
    
    « Monsieur Sig, la seule chose que j'ai fait de mal, c'est de dissimuler mon Xtrace. Mais je n'ai pas demandé à ce que Blue intervienne. Et puis ce n'est pas comme s'il était... vraiment dangereux, non ?
    
    — Pas vraiment... sauf comme pilote de motoglisseur ! glissa Vodo.
    
    — Il est vraiment très habile ! protesta Lukas. Et puis qu'est-ce que je pouvais faire face à ses pouvoirs ? »
    
    Les deux adultes échangèrent un regard avant de se tourner de nouveau vers Lukas :
    
    « Tu l'as vu s'en servir ?
    
    — Oui, il a... projeté devant moi. Il a fait démarrer mon Xtrace à distance !
    
    — J'aurais voulu voir cela », murmura Benz, les yeux brillants.
    
    Lukas remua un peu sur la chaise en face du bureau de son directeur. Quelque chose lui trottait dans la tête, sans qu'il parvienne à mettre le doigt dessus.
    
    « Lukas ? »
    
    Il reporta son attention sur Vodo, qui l'avait interpellé. Il se souvint soudain des paroles exactes du voleur :
    
    « Blue a dit qu'il était une... anomalie. Qu'est-ce que cela veut dire ?
    
    — Dans son cas, c'est difficile à dire, remarqua monsieur Sig d'une voix pensive. Il se dissimule tellement...
    
    — Mais monsieur Veyz, objecta Lukas, ne se dissimule pas, lui ! »
    
    Les deux hommes lui lancèrent un regard surpris :
    
    « Qu'est-ce que tu veux dire par là ? demanda monsieur Sig.
    
    — Que monsieur Veyz... a juste les mêmes pouvoirs que Blue.
    
    — Comment tu le sais ? demanda nerveusement le mécanicien.
    
    — Quand il a tenté de nous intercepter, il a arrêté mon motoglisseur de la même façon que Blue l'avait fait démarrer. Mais il y a une chose que je ne comprends pas... »
    
    Une parmi tant d'autres, faillit-il ajouter, mais s'il voulait une réponse, autant aborder une chose à la fois !
    
    « A priori, monsieur Veyz est un infusé... Alors comment se fait-il qu'il puisse projeter, et avec cette puissance ? Je pensais que seuls les naturels pouvaient projeter. Est-ce qu'il est un naturel infusé ? Pourquoi est-ce que les naturels ne se font pas tous infuser si cela les rend aussi puissants ? »
    
    Vodo se frotta la nuque, consultant son directeur du regard. L'intéressé se pencha en avant, posant les coudes sur la table et joignant sous son menton ses deux mains, la véritable et le prosthétique.
    
    « En théorie, Lukas, les naturels infusés ne devraient pas exister. Pour la bonne raison que la grande majorité d'entre eux est... instable. »
    
    Lukas serra les poings sur ses genoux, se demandant quelle pénible réalité recouvrait ce terme : était-ce un problème physique ? Ou même... psychique ?
    
    « Il est formellement interdit d'infuser un naturel, poursuivit Vodo, les bras croisés, debout derrière Sig. Pourquoi donc crois-tu que les filles n'ont pas le droit d'être infusées ?
    
    — Parce que... c'est dangereux pour elles ? hasarda Lukas.
    
    — Pas directement, expliqua son directeur. Les enfants portés par une mère infusée naissent toujours infusés. Mais il existe toujours l'infime chance qu'un de ces enfants soit en même temps... naturel, c'est pour cela que l'on préfère écarter tout danger. De toute façon, les naturels infusés ne possèdent pas automatiquement la puissance d'un Blue... ou même d'un Tachyon Veyz. »
    
    Lukas hocha la tête en signe de compréhension, mais il demeurait stupéfait par cette révélation. C'était une décision vraiment rude ! Il y avait bien des femmes qui ne voulaient pas d'enfants ? Pourquoi leur imposer une telle restriction ?
    
    « Mais dans ce cas, comment se fait-il que ce monsieur Veyz... et peut-être aussi Blue existent ?
    
    — C'est bien ce qui m'étonne, avoua monsieur Sig. Pour Blue, je peux comprendre : il navigue dans l'Untercity, après tout... personne n'y suit vraiment les lois du gouvernement central. Mais pour ce qui concerne Tachyon Veyz, c'est pour le moins surprenant. Et il voulait engager Blue, dis-tu ? »
    
    Lukas acquiesça :
    
    « D'après ce que j'ai compris. Mais Blue a refusé catégoriquement ! »
    
    Le ton triomphant de sa voix fait sourire le directeur :
    
    « En tout cas, je constate que tu fais à présent partie des fans de Blue.
    
    Lukas se renfrogna :
    
    « Pas exactement... c'est juste que... D'une certaine façon, je l'aime bien. Il est courageux et plein de ressources. Même si je sais que ce qu'il fait n'est pas honnête, et que j'aurais pu être une de ses victimes... je ne crois pas qu'il soit capable de faire du mal à quelqu'un. Et on raconte qu'il aide les gens d'Untercity avec ses profits, c'est pour cela qu'il est autant aimé, non ? »
    
    — Bref, conclut monsieur Sig. Tu es fan de Blue. »
    
    Il se pencha légèrement :
    
    « Je peux comprendre, Lukas. J'aurais eu ton âge, j'aurais réagi comme toi. Mais tu dois être conscient du fait que Blue est un criminel recherché. Comme tu le sais, nous avons recours à du matériel de provenance douteuse, mais c'est admis parce que dans une certaine mesure, nous sommes utiles à l'économie de Cyrga ! C'est pour cela que cette tolérance existe. Mais par son absence de discrétion et son héroïsme ostentatoire, Blue met tout cela en danger. Est-ce que tu en es seulement conscient ?
    
    Les mots du directeur sonnaient clairs ; cette implacable réalité heurta le garçon comme un mur de briques :
    
    « Non, monsieur Sig, murmura-t-il. Je dois avouer que je n'y avais pas pensé.
    
    — Ce qui est arrivé n'est pas de ta faute. Mais je ne veux pas que Blue devienne un modèle facile. Il y a beaucoup à redire sur ses agissements. Qu'Ayrith l'admire, je veux bien l'admettre : il a vécu à l'Untercity jusqu'à l'adolescence ; il y est chez lui autant qu'à Armatis. Mais ce n'est pas ton cas et... »
    
    Ayrith.
    
    Encore, toujours Ayrith.
    
    Il releva la tête et toisa le directeur avec une expression amère :
    
    « Alors, lui a le droit de penser ce qu'il veut, mais pas moi ? C'est entendu, monsieur Sig, je le garderai en mémoire. »
    
    Profitant du silence abasourdi de son employeur, il pivota sur ses talons et quitta le bureau. Il galopa jusqu'au pont supérieur, ignorant les bruits de pas derrière lui, refusant de se retourner pour voir si monsieur Sig ou Vodo l'avaient suivi.
    
    Il enrageait littéralement : comment pouvaient-ils se montrer aussi injustes ? Ce n'était pas comme s'il avait voulu devenir le complice de Blue.
    
    Il s'assit au pied du hangar et laissa son regard filer vers l'horizon au-delà de la rambarde, contemplant les longues traînées irisées qui parcouraient le ciel. De multiples interrogations tournaient dans sa tête, mais son éclat d'humeur lui avait fait perdre toute possibilité de recevoir une réponse. Une fois encore, il ne comprenait pas ce qui le poussait à agir de la sorte : Ayrith ne lui avait rien fait... rien de plus, du moins, que lui lancer quelques moqueries sans grandes conséquences.
    
    Et même si le jeune homme l'agaçait, en quoi était-il en droit de juger l'attitude de monsieur Benz et de Vodo envers lui ? Il passa une main dans ses cheveux... Une boule se forma au creux de son ventre. Il espérait de tout cœur que son employeur lui pardonnerait sa réaction un peu vive. Il réalisait qu'en dépit de tout, il aimait travailler à Armatis. Il avait eu une chance inouïe d'y être engagé, alors qu'en toute honnêteté, il ne servait pas à grand-chose...
    
    Alors qu'il était plongé dans ses réflexions, des éclats de voix attirèrent son attention :
    
    « C'est à cette heure-ci que tu te ramènes ?
    
    — Sig, je t'assure, j'ai fait aussi vite que je le pouvais...
    
    — C'est ça. Tu ne crois pas que tu aurais mieux fait de tirer parti de ta matinée pour faire ton entraînement ?
    
    — Je me rattraperai cet après-midi...
    
    — Et si nous recevons un avis de mission entre-temps ? Quand est-ce que tu réaliseras que c'est une nécessité pour toi ?
    
    — Parce que tu crois que je ne le réalise pas ? Et que j'ai vraiment besoin de Vodo et de toi pour me le rappeler sans arrêt ? »
    
    Lukas jeta un rapide regard en arrière, même s'il savait pertinemment ce qui se passait : Ayrith était de retour, à une heure trop tardive aux yeux de leur employeur. Et malgré les remontrances qu'il devait supporter, tout serait sans doute oublié dans l'heure. Comme d'habitude.
    
    « Tu devrais savoir mieux que quiconque, Sig, qu'il y a des choses qu'on n'oublie pas, et qui se rappellent à vous à chaque instant. Alors ce n'est pas la peine de me faire la morale. Je n'ai plus quatorze ans, je suis capable de prendre soin de moi... Et si je ne fais pas tout ce qu'il faut, je peux tout à fait l'assumer ! »
    
    La voix du jeune homme tremblait légèrement ; son ton était chargé de douleur et d'amertume. Mais ce fut d'un pas ferme qu'il s'éloigna, en direction du bâtiment de vie de la barge. Lukas entendit monsieur Sig soupirer. Personne n'était conscient de sa présence silencieuse, mais c'était sans doute mieux ainsi. Il savait qu'il n'aurait pas dû écouter l'échange, mais il ne pouvait pas l'ignorer. Il se posait de plus en plus de questions sur Ayrith.
    
    Il s'apprêtait à quitter discrètement la place, quand il perçut un nouveau bruit de pas sur le métal du pont supérieur.
    
    

Texte publié par Beatrix, 17 décembre 2017 à 22h57
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