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Tome 1, Chapitre 23 « Monsieur Veyz (première partie) » Tome 1, Chapitre 23
Lukas resta longtemps silencieux, incapable de répondre. Il avait le sentiment que derrière ses larges lunettes, le regard de Blue brillait d’amusement et d’autre chose, une sorte de feu profond. Mais peut-être se l’imaginait-il.
    
    « Que s’est-il passé ? demanda-t-il d’une voix tremblante.
    
    — Ce monsieur avait oublié, semble-t-il, que les armes high-tech de ses laquais fonctionnaient également à l’argentium. Ça a été sa première erreur. Il en a commis une seconde en pensant que ses dons égalaient les miens, même s'il a réussi à me surprendre… »
    
    Comme il prononçait ces paroles, son ton était devenu un peu pensif.
    
    « Et la troisième, c’est qu’il s'est laissé aller à discuter, ce qui a perturbé sa concentration. »
    
    Lukas secoua la tête : il comprenait mieux ce qui faisait la réputation de Blue. Il ne possédait pas seulement un don puissant, il était aussi habile et intelligent. Même si le garçon lui en voulait de l’avoir entraîné dans cette aventure, il commençait à éprouver pour lui une indéniable admiration.
    
    Blue s’écarta de son motoglisseur :
    
    « Allez, récupère-le ! Merci pour le prêt et désolé pour les éraflures. Ça ne devrait pas être trop dur à réparer… D’ailleurs, si j’étais toi, je me débrouillerais pour maquiller ton Xtrace, histoire de ne pas avoir d’ennuis. »
    
    Le voleur ôta sa mallette de son épaule ; quand il la posa au sol, deux ailerons latéraux surgirent. Il se pencha pour déloger une poignée attachée à l’engin par deux câbles, sous le regard médusé de Lukas.
    
    « Tu n’as jamais vu de planoplanche ? » lança-t-il avec amusement.
    
    Lukas n’en avait jamais vu employer à Stellae, mais il savait que ces appareils étaient particulièrement délicats et passablement dangereux à manœuvrer. Il ajouta « casse-cou » à la liste de qualificatifs qu’il avait déjà attribués à Blue. Le voleur monta sur l’engin, qui s’éleva légèrement au-dessus du sol avant démarrer. Il adressa un dernier signe de la main à Lukas et disparut dans la courbe de la rue.
    
    Le garçon soupira… Il devait à présent retrouver son chemin vers la baraque de Maïa et de Cluz, ce qui ne serait pas une mince affaire. Il se baissa pour inspecter les éraflures sur le tampon chromé du Xtrace : heureusement, les dégâts étaient très superficiels. Il ne savait trop que penser de toute cette aventure. Le destin avait choisi de ne pas le ménager, en le jetant dans les ennuis à chaque tournant de rue. Malgré tout, il ressentait encore l’excitation profonde de ces derniers instants. Blue était décidément un personnage hors du commun ! Lukas espéra croiser de nouveau sa route – mais si possible dans des circonstances un peu plus calmes.
    
    Par contre, l’homme qui accompagnait la police l’inquiétait : si, réellement, il travaillait pour Aurora, sa présence confirmait le poids de la grande firme sur Cyrga, ou tout au moins à Terra. Mais un autre détail étrange avait retenu son attention : s'il était capable de projeter, cela signifiait qu’il était un naturel ; cependant, les lignes sur son visage indiquaient qu’il avait été infusé. Était-ce ce qui expliquait la force de ses dons ? Pourquoi semblait-il être le seul dans ce cas ? À part Blue, manifestement…
    
    Il haussa les épaules ; ce n’était pas son problème. Pour l’instant, il devait retrouver son chemin dans l’Untercity. À contrecœur, il activa sa montre-relais et appela Maïa Laurn. Le visage de la jeune femme s’afficha dans le petit écran :
    
    « Hey, Lukas ! Tout va bien ? Tu veux que je vienne te chercher ?
    
    — Non, se hâta-t-il de répondre, ça ne sera pas la peine. J’ai… trouvé un véhicule. Est-ce que vous pouvez juste… me dire comment revenir chez vous ? »
    
    Il s’attendait à ce que Maïa lui rie au nez, mais la technotrafiquante se contenta de sourire gentiment :
    
    « C’est normal que tu ne t’y retrouves pas, c'est la première fois que tu viens, après tout ! Où es-tu ?
    
    Le jeune homme regarda autour de lui, cherchant un repère à donner :
    
    « Je me trouve au niveau du pilier sud de Stellae.
    
    — Ne bouge pas, je viens te chercher !
    
    — Merci… Vous… vous êtes sûre que ça ne vous dérange pas ?
    
    — Bien sûr que non. Cluz m’a dit qu’il avait presque fini avec Vodo.
    
    — D’accord… et merci ! »
    
    Lukas éteignit sa montre-relais et s’appuya contre le Xtrace, les bras croisés. Il regarda autour de lui, espérant que la jeune femme ne serait pas trop longue. Le garçon tremblait légèrement du fait de la chute d’adrénaline. Il se laissa glisser le long du véhicule et entoura ses genoux de ses bras. Au-dessus de lui s'étendait le gigantesque socle supportant son ancien univers. Il se demanda qui vivait à présent dans son appartement – ou s’il était resté vide. Est-ce qu’il manquait à ses amis ? Il avait volontairement bloqué leur adresse, pour éviter d’être confronté à leur pitié ou à leur silence.
    
    Levant les yeux, il observa le dessous du socle : son regard accrocha une protubérance qui ressemblait à un réacteur : Stellae avait-elle été réellement édifiée, comme le prétendait la légende, sur la plate-forme d’atterrissage d’un vaisseau-monde ? Pouvait-elle encore décoller ? Les premiers Terriens étaient arrivés sur Cyrga moins de cent cinquante ans plus tôt : principalement des scientifiques, qui avaient choisi de quitter leurmonde pour récolter des informations sur un monde potentiellement colonisable. S'il s’était révélé impropre à la vie humaine, ils seraient remontés à bord pour retrouver leur module d'hibernation et auraient regagné la Terre. Mais les voyageurs avaient découvert cet étrange et fascinant écosystème où ils s'étaient aisément établis, après avoir transmis à leur planète d'origine une sonde chargée des données essentielles sur Cyrga. Leurs enfants avaient été les premiers à naître sur Cyrga. Il avait fallu attendre presque quatre-vingts ans pour qu’arrivent les premiers vaisseaux mondes.
    
    Les nouveaux arrivants avaient trouvé une communauté déjà modifiée par l'environnement de la planète. Très vite, les humains de Cyrga s’étaient divisés en deux  : ceux qui vivaient dans les zones protégées, dont ils sortaient le moins possible, de peur de voir leur précieux capital génétique contaminé, et ceux qui avaient accepté cette altération. À cette même époque, les colons avaient commencé à exploiter le sang d’argent.
    
    Un bruit sur sa gauche lui fit relever la tête : le motoglisseur de Maïa venait d’arriver. Elle ôta son casque et laissa échapper un sifflement appréciateur :
    
    « Beau joujou ! Tu as trouvé ça où ?
    
    — Je ne l’ai pas trouvé… Il est à moi. »
    
    La jeune femme aux cheveux arc-en-ciel écarquilla les yeux :
    
    « Mais... comment ? Il doit valoir la peau des fesses ! »
    
    Lukas ignora sa remarque :
    
    « On y va ?
    
    — J’en déduis que tu n’as pas envie d’en parler… remarqua la jeune femme avec résignation. Tu ne l’as pas volé, au moins ? »
    
    Le garçon lui lança un regard si éberlué qu’elle éclata de lire.
    
    « Je plaisante ! Ne me regarde pas comme ça ! Allez, suis-moi ! »
    
    Elle fila comme une flèche, ne lui laissant d’autre choix que de la suivre s’il ne voulait pas être distancé. Il n’avait pas réellement envie de lui raconter son aventure, autant, sans doute, pour éviter les soucis que pour garder pour lui cette expérience si spéciale.
    
    
    
---- oooOooo ----

    
    
    Quand Lukas arriva enfin au cabanon de Cluz et Maïa, Vodo et le technotrafiquant l’attendaient au-dehors ; l’espoir qu’il avait de passer inaperçu fut anéanti. Dès qu’il s'arrêta, le mécanicien considéra avec moue pensive le Xtrace :
    
    « C’était donc ça, ta course ? Tu as intérêt à avoir une bonne explication. Ce n’est pas exactement ce qu’on trouve au coin de la rue.
    
    — Un Xtrace ! Si tu veux le vendre, on peut t’en tirer un bon prix, déclara Cluz en s’approchant du motoglisseur pour l’examiner.
    
    Il fit courir ses mains sur la carrosserie avec un plaisir non dissimulé :
    
    « Par contre, il faudrait changer la couleur. Cette teinte de vert, c’est pas banal, mais ça plaît pas à tout le monde. Rouge ou bleu, peut-être. On peut t'arranger ça… Pour les éraflures aussi. »
    
    Il contempla les dommages avec circonspection :
    
    « C’est du gâchis de ne pas être capable de conduire un pareil bijou sans l’esquinter… »
    
    Lukas rougit de confusion :
    
    « Ce n’est pas moi qui l’ai abîmé, d’accord ? Et je ne veux pas le vendre ! »
    
    Vodo croisa les bras et lui lança un regard sarcastique :
    
    « Tu l’avais planqué quelque part en ville, c’est ça ? »
    
    Lukas piqua du nez, penaud.
    
    « Tu aurais pu au moins en parler… Allez, on y va ! J’ai tout ce dont j’ai besoin. Cluz, Maïa… »
    
    Le robuste technotrafiquant à la crête rouge hocha la tête :
    
    « À plus tard ! Et dites à la crevette qu’il peut continuer à bousiller son Paladion, c’est bon pour nos affaires !
    
    — C’est ça, grommela Vodo. Et en parlant d’Ayrith, dites-lui qu’il a intérêt à renter à temps pour son entraînement, quand il osera repointer son nez par chez vous…
    
    — C’est promis, répondit Maïa en agitant la main. Salut Vodo ! Lukas… »
    
    Le garçon adressa un sourire hésitant à la jeune femme avant de se préparer à suivre Vodo. Le mécanicien ferma l’arrière de la fourgonnette, où étaient chargées les caisses de pièces détachées.
    
    « Tu es sûr de ne pas vouloir qu’on charge ton engin ? »
    
    Lukas le regarda d’un air suspicieux :
    
    « Pourquoi ?
    
    — Parce que ton machin est voyant et cher, voilà pourquoi. »
    
    Le garçon repensa à la confrontation de Blue avec la police et l’inconnu ; les « forces de l’ordre » n’avaient probablement pas repéré ses traits, mais chevaucher un véhicule sur lequel Blue avait été identifié n’était peut-être pas la meilleure chose à faire. Sans doute serait-il effectivement plus sage de faire repeindre le Xtrace. Mais après ce long mois, il ne pouvait résister à l'envie de monter son engin sur la portion de route dégagée qui s’étendait jusqu’aux quais.
    
    « Nous partons sans Ayrith ? » demanda-t-il, soucieux de changer la conversation.
    
    Vodo haussa les épaules :
    
    « Je doute qu’on le revoie avant deux ou trois bonnes heures, ronchonna-t-il. Allez, il faut tracer. J’ai du boulot sur les Paladions. »
    
    Lukas mit son casque, enfourcha son motoglisseur et les deux véhicules démarrèrent pour retourner vers la barge.
    
    

Texte publié par Beatrix, 2 décembre 2017 à 16h20
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