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Tome 1, Chapitre 21 « Une rencontre improbable (première partie) » Tome 1, Chapitre 21
Le motoglisseur de Maïa était assemblé de bric et de broc, tout comme, semblait-il, la plupart des véhicules issus de l’Untercity. Mais surtout, elle n’avait pas tenté de le cacher, et son aspect composite transparaissait clairement. Malgré tout, Lukas fut surpris par sa souplesse et sa maniabilité. Même si, dans le dos d’une jeune femme au physique avantageux, les bras passés autour de sa taille mince, il avait de la peine à songer mécanique. Ses joues le brûlaient sous les pièces frontales de son casque d’emprunt.
    
    La récupératrice se frayait habilement un chemin dans la circulation de Terra, avec l’aisance de l’habitude. Aucun système de contrôle ne prenait la main sur les commandes, même sur les artères principales. Lukas se dit que la tôle froissée ne devait pas être rare. Deux ou trois fois, un véhicule les frôla de si près qu’il ne put s’empêcher de fermer les yeux, attendant une probable collision que Maïa évita de justesse.
    
    « Tout va bien ? »
    
    Il sursauta légèrement quand la voix de la jeune femme résonna dans les relais auditifs du casque.
    
    « Euh… oui , répondit-il, pas vraiment convaincu.
    
    — On devrait y être dans pas longtemps. Si je me souviens bien, ce sont des box, dans ce coin-là, non ? »
    
    Il hésita avant de répondre : il n’avait pas vraiment envie de parler de ce qu’il cachait là-bas. Si monsieur Bel ou une autre personne bien intentionnée découvrait qu’il avait dissimulé le Xtrace pour en éviter la saisie, il risquait au mieux de se le voir confisqué, au pire de subir des pénalités supplémentaires – ce qui, à la réflexion, ne changerait pas grand-chose à sa situation.
    
    « C’est possible », fit-il évasivement.
    
    Elle éclata de rire :
    
    « Je te trouve bien cachottier ! Tu vas voir une fille, c’est ça ? »
    
    — N… non ! Bien sûr que non ! protesta-t-il, de plus en plus gêné.
    
    — Mais il n’y a pas de honte, poursuivit-elle. C’est normal à ton âge.
    
    — Je ne vais pas voir une fille ! rétorqua-t-il avec humeur.
    
    — Oh, excuse-moi. Je ne pensais pas que c’était sensible à ce point. Au fait, nous sommes presque arrivés. »
    
    Il regarda autour de lui, reconnaissant vaguement les environs. Il espérait que le Xtrace se trouvait toujours dans le box blindé où il l’avait laissé. Le motoglisseur de Maïa freina brutalement.
    
    « C’est bon, tu y es… »
    
    Avec soulagement, le garçon mit pied à terre et déverrouilla le casque, avant de le tendre à Maïa :
    
    « Merci beaucoup ! »
    
    Elle hocha la tête, les yeux brillants derrière la visière, puis leva le poignet, exposant une montre relais :
    
    « Transmets-moi ton numéro. Si je te perds en ville, Vodo m’en voudra à mort. Et Ayrith aussi, probablement.
    
    — Ça m’étonnerait… Monsieur Vodo est responsable de moi, mais Ayrith ne me connaît pas depuis assez longtemps.
    
    — Détrompe-toi. Je fréquente cette crevette bleue depuis assez longtemps pour savoir qu’il est toujours attentif aux autres. Alors, tu me laisses ton numéro ou non ? »
    
    Avec un soupir, il accepta son indicatif et lui renvoya le sien.
    
    « Super ! À tout à l’heure !
    
    — Au revoir… Et merci ! »
    
    Elle lui adressa un signe de la main avant de remettre le motoglisseur en marche. Il la regarda disparaître dans les rues encombrées, en se demandant s’il serait obligé de la rappeler ou s’il pourrait rentrer à la barge sur son Xtrace. Il se retourna vers le bâtiment et se dirigea vers les bureaux attenants au hangar.
    
    Il dut sonner trois fois pour qu’on daigne enfin lui ouvrir ; des bruits d’holoTV lui parvenaient de l’intérieur de la baraque. L’homme qui apparut derrière le battant était bien celui à qui il avait remis un mois de loyer : il reconnaissait sa bedaine, son goût pour les chemises criardes et, surtout, les trois poils qu’il cultivait en guise de moustache.
    
    « Tu veux quoi ? »
    
    Manifestement, la mémoire de l’individu était plus courte que la sienne. Lukas sortit de sa poche intérieure une carte magnétique qui portait le logo de la société de location et le numéro du box.
    
    « Ah ouais, celui-ci…
    
    Le gérant se gratta la nuque et verrouilla la porte du bureau, avec un regard de regret en réalisant qu’il louperait la suite du programme TV.
    
    « Suis-moi. »
    
    Le garçon s’engagea à sa suite dans l’allée centrale du vaste hangar, bordée de part et d’autre par des portes de fer. Une fois devant la bonne, Lukas se servit de la carte pour déverrouiller la serrure magnétique et poussa un soupir de soulagement en voyant apparaître son motoglisseur de course. Une fine couche de poussière ternissait la peinture métallisée, ce qu’il n’aurait jamais laissé arriver quand il vivait à Stellae. Du bout du doigt, il traça un sillon brillant, révélant l’éclat vert de la carrosserie. Le garçon sentit une boule se former dans sa gorge : le Xtrace symbolisait tant de choses… C’était la dernière preuve qu’il avait un jour mené une autre existence, qu’il avait bénéficié d’une place stable dans un univers qu’il maîtrisait.
    
    Du moins l’avait-il cru…
    
    « Bon, tu fais quoi ? grommela le gérant, qui avait hâte de retrouver son holoTV et son fauteuil.
    
    — Je vais y aller. Il reste des formalités ?
    
    — Nan, tu me rends juste la carte.
    
    — Voilà… »
    
    L’homme l’empocha :
    
    « T’as eu de la chance. Une semaine de plus, je forçais la porte et ta machine partait…
    
    — Je n’en doute pas… maugréa-t-il. Au revoir. Et merci pour tout. »
    
    Lukas enfila son casque et enfourcha le motoglisseur, sentant monter l’accélération familière, mais il la garda au minimum le temps de sortir du hangar.
    
    Une fois dans la rue, il hésita un moment : devait-il rentrer directement à la barge, ou retourner vers l’Untercity ? Il serait bien en peine de retrouver son chemin jusqu’à la baraque des deux technotraffiquants. Il essaya de charger un plan sur sa montre relais, mais il comprit vite qu’il ne faisait pas bon ralentir ou s’arrêter, à moins d’essuyer les récriminations des autres conducteurs. Le garçon décida de gagner les ruelles secondaires.
    
    Il y était plus facile de circuler même si les allées étaient plus étroites : moins de passage, moins de piétons… Et pourtant, Lukas se sentait étrangement mal à l’aise. Il n’aimait pas les regards que les gens lui lançaient… Ils n’avaient sans doute pas l’habitude de voir machine aussi luxueuse dans les rues de Terra. De plus en plus nerveux, il finit par tourner dans une petite impasse totalement vide, bordées de baraques plutôt bien tenues, avec des bouts de jardin plantés d’espèces indigènes bizarres. Il devait s’agir de l’équivalent des quartiers résidentiels de Stellae.
    
    Il stoppa le Xtrace, ôta son casque qu’il replaça dans son casier et mit pied à terre. Appuyé contre la machine, il appela la carte sur la montre-relais et demanda une projection holographique pour plus de clarté. Il pouvait s’estimer heureux qu’Armatis prenne à sa charge son forfait de connexion au réseau central. L’utilitaire la localisa sans mal : il n’était pas si loin de l’Untercity, dont les hauts piliers étaient vaguement visibles, mais la route pour y retourner risquait d’être un peu compliquée. Comme la lumière ambiante le gênait pour voir la projection, il se dirigea vers l’ombre d’un bouquet d’arbre – si on pouvait qualifier comme tels les espèces de plumeaux à tronc torsadé et aux feuilles parme qui se dressaient au-dessus de lui.
    
    Le garçon commença à programmer un chemin pour le rentrer dans l’ordinateur de son Xtrace. Il songea qu’il faudrait qu’il déconnecte les systèmes de liaison avec les modules de circulation de Stellae : peut-être qu’il pourrait se faire aider par Shimmer. Le petit blond semblait être une sorte de génie de l’informatique.
    
    Lukas était si absorbé qu’il remarqua à peine le léger bruit du moteur qui revenait à la vie. Quand il leva les yeux, ce fut pour voir son motoglisseur se mettre en route… seul. Sans prendre la peine d’éteindre la projection, il bondit vers son engin qui gagnait déjà de la vitesse.
    
    « Non, c’est pas vrai ! » gémit-il en courant après le véhicule. Comment avait-il pu démarrer spontanément ?
    
    Quand le Xtrace tourna dans une rue adjacente, il comprit qu’il ne pourrait plus le rattraper, mais il n’avait pas le cœur à renoncer. Mais contre toute attente, le motoglisseur stoppa de lui-même. Les yeux écarquillés de stupéfaction, il s’approcha sans trop y croire et posa la main sur la carrosserie encore vibrante.
    
    « Mais comment… »
    
    Il secoua la tête, éberlué.
    
    « Alors comme ça, c’est à toi qu’appartient ce bijou ? » lança une voix au-dessus de lui, un peu métallique comme celle des synthétiseurs des Paladions, et clairement moqueuse.
    
    Il se tourna, pour apercevoir, debout sur le toit d’un baraquement, une figure pour le moins étrange. L’homme – si c’en était bien un – était vêtu d’un long manteau d’un bleu profond, dont le col relevé cachait le bas de son visage, et de hautes bottes renforcées comme les pilotes de motoglisseurs. Avec la grande casquette souple et les lunettes de protection qui dérobait à la vue le reste de ses traits, par une once de sa peau n’était visible. Même ses mains se dissimulaient sous des gants. Il portait en bandoulière une sorte de caisse métallique.
    
    Lukas écarquilla les yeux, ne sachant s’il devait avoir peur ou non. L’inconnu ne semblait pas armé, et son ton contenait plus d’amusement que de malice.
    
    « Ou… oui, balbutia-t-il. Est-ce que c’est vous qui…
    
    — L’a fait démarrer ? Oui, c’est moi.
    
    — Mais… comment… ? »
    
    L’inconnu ne répondit pas ; il baissa la tête, et derrière les lunettes réfléchissantes, naquit une lueur bleutée qui n’était sans rappeler la montée du Glitz dans les yeux des Océaniens. Aussitôt, le moteur du Xtrace se mit à vibrer.
    
    « Non ! s’écria Lukas en saisissant le guidon de l’engin, prêt à le retenir s’il devait redémarrer. Mais il n’en fut rien. La machine s’arrêta et la lumière dans le regard de l’homme mourut lentement.
    
    Le garçon fronça les sourcils en se souvenant des discussions qu’il avait eues avec le personnel d’Armatis et de Mercurius :
    
    « Vous… projetez… ? Vous êtes un naturel ? »
    
    L’homme éclata de rire :
    
    « Sans doute. En partie du moins. »
    
    Il haussa les épaules :
    
    « Disons que je suis… une anomalie. »
    
    Sous l’accent enjoué, Lucas crut entendre un peu d’amertume. Mais le garçon se moquait un peu des états d’âme de son voleur :
    « Vous n’allez pas me prendre mon Xtrace ? demanda-t-il, sur la défensive.
    
    — J’ai été tenté de le faire, je l’avoue. Mais quand je t’ai vu, j’ai changé d’avis. Je ne dépouille pas les gosses. Même les gosses de riche. »
    
    Lukas serra les poings, offensé par la remarque :
    
    « Je ne suis pas un gosse !
    
    — Hum… tu as quel âge ? Quinze ans ?
    
    — Non, seize ! »
    
    Il referma aussitôt la bouche, comprenant qu’il jouait le jeu du voleur. Ce type était encore pire qu’Ayrith.
    
    « Allons, ne fais pas cette tête. Je… »
    
    L’inconnu s’arrêta net et regarda vers l’extrémité de la rue. Des hommes en combinaison bleu pétrole, la couleur officielle de la police de la ville, fonçaient vers eux en courant. Un communicateur grésilla.
    
    « Nous avons repéré Blue ! Il se trouve avec un civil dans le secteur 12, rue 14, biveau 3. »
    
    

Texte publié par Beatrix, 28 octobre 2017 à 09h56
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