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Tome 1, Chapitre 20 « Sous la ville (deuxième partie) » Tome 1, Chapitre 20
Dès que les véhicules furent dégagés des encombrements du port, Ayrith passa devant le fourgon grâce à une manœuvre fluide. En constatant avec quelle aisance le plongeur pilotait l’engin avec lequel il semblait faire corps, Lukas ne put s’empêcher de ressentir une part de jalousie.
    
    Petit à petit, les terrains vagues laissèrent place à l’urbanisme désordonné de Terra. Le garçon regarda par la fenêtre d’un air blasé, assez peu enclin à se rappeler ses quinze jours calamiteux dans la ville extérieure. Vodo la traversa sans s’y arrêter.
    
    Stellae se dressait sur la partie inférieure de la péninsule, où s’étendait la plus importante implantation humaine de Cyrga, diamétralement opposé au port d’attache de la barge.
    
    Au-delà des structures de préfabriqués, Lukas pouvait apercevoir les énormes piliers qui soutenaient son socle de métal. Les plus au sud reposaient directement dans le fluide de Margarita, au milieu des tourbillons paresseux de l'océan nacré. Le garçon se souvenait s’être tenu juste à cet endroit la veille de sa disgrâce… Il y avait moins de trois semaines de cela, mais il avait déjà le sentiment que toute une vie le séparait de son ancienne existence.
    
    Il préféra se concentrer sur le dessous de la ville, un univers dont il ne connaissait rien. Il remarqua la présence d’excroissances circulaires disposées sur tout le pourtour de la face inférieure du socle : certains prétendaient que Stellae avait été bâti sur ce qui restait d’un vaisseau monde, ou d’une plate-forme qui avaient servi à transporter des matériaux jusqu’au sol de la planète colonisée. Il s’agissait peut-être de légendes… Après tout, plus personne ne se souvenait réellement de cette époque, même si elle remontait à moins d’un siècle. Mais il devait avouer que ces structures qui émergeaient de l’entrelacs des tuyaux d’évacuation ressemblaient tout de même de façon troublante à des réacteurs.
    
    Plusieurs immenses casses s’étaient amassées au fil du temps, sur la surface glaiseuse, d’un rouge brun qui tournait parfois au verdâtre, de la terre nue de Cyrga. Des habitations avaient été construites à partir du contenu même de ces dépotoirs, assemblés en abris composites qui constituaient – à part quelques bâtiments préfabriqués similaires à celles de Terra – l’essentiel de l’Untercity. S’il existait un plan défini à ce bidonville, il peinait à le déterminer. Malgré tout, on discernait de larges artères ainsi que des rues plus modestes, largement parcourues par des piétons, des véhicules de toute sorte. Des voitures et des motoglisseurs croisaient leur route, pour la plupart à peine fonctionnels tant ils étaient rouillés et rafistolés, mais on voyait aussi des modèles flambant neuf, voire de luxe. Une foule variée se frayait un passage entre eux, parfois de façon périlleuse. Les habitants du lieu arboraient des styles vestimentaires pour le moins originaux, des tatouages ou des coiffures aberrantes aux couleurs diverses. Le garçon contemplait cet univers étranger avec un bizarre mélange de fascination et de répulsion.
    
    Finalement, au détour d’un monceau de carcasses méconnaissables pour qui n’était pas mécanicien, ils parvinrent à ce qui avait dû être un jour un module de vie ambulant, mais qui semblait avoir perdu tout système de locomotions. À l’arrière du module, une enceinte avait été élevée à partir de pieux métalliques de section et de hauteur différentes, entre lesquelles avaient été vissées des plaques de matériaux divers ; à travers les interstices, on pouvait voir divers types de véhicules plus ou moins complets et quelques formes reposant sous des bâches.
    
    La fourgonnette comme le motoglisseur s'arrêtèrent en face de l’installation ; horrifié, Lukas regarda autour de lui : Vodo pensait vraiment trouver du matériel dans ce trou à rat ? Ayrith ôta son casque et le harnais de protection, qu’il rangea dans le casier sous la selle, libérant sa longue natte bleue. Il se dirigea vers la porte du local et entra sans prendre la peine de frapper.
    
    Vodo descendit en faisant signe à Lukas de le suivre. Une fois dehors, il le saisit par l’épaule et lui glissa à l’oreille :
    
    « Je sais que ça ne doit pas être le genre de coin où tu traînes habituellement, mais tu n’as pas intérêt à faire de commentaire désobligeant. C’est compris ? »
    
    Un peu mortifié, Lukas acquiesça ; il savait se tenir, tout de même ! La mine renfrognée, il suivit le mécanicien dans le module. Celui-ci était plus vaste qu’on pouvait le supposer en le voyant de l’extérieur. Composé d ’un seul espace, il se divisait plus ou moins en un secteur de vie meublé de bric et de broc et un atelier où traînaient toutes sortes d’outils et d’assemblages métalliques. Deux personnes se tournèrent vers eux : l’un d’eux était un homme grand et corpulent, les oreilles bordées d’une collection impressionnante de clous et d’anneaux qui le faisait ressembler à une quincaillerie ambulante, les yeux couverts de lunettes de soudure qui semblaient presque fusionnées avec son visage. Ses cheveux se hérissaient en une courte crête d’un rouge vif.
    
    Mais ce fut la jeune femme qui attira le regard de Lukas : il n’avait jamais vu personne comme elle. Mince, élancée, vêtue d’un pantalon moulant, de lourdes bottes et d’un bustier qui ne cachait rien de sa plastique, elle exsudait une aura de liberté et d’insolence. Ses cheveux, coiffés en dreadlocks tombant jusqu’à sa taille, empruntaient toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Lukas se demanda vaguement si c’était naturel. Dans son visage aux traits audacieux brillaient de grands yeux d’un bleu violet. En voyant Ayrith, elle poussa un cri de joie et se précipita pour se pendre à son cou :
    
    « Eh, la Crevette, ça commençait à faire long ! »
    
    Ayrith éclata de rire et lui rendit brièvement son étreinte. Lukas se demanda, interloqué, comment elle pouvait donner le qualificatif de « crevette » a quelqu’un qui la dominait d’une demi-tête.
    
    « Ce sont de vieux amis », expliqua laconiquement Vodo.
    
    L’homme aux cheveux rouges salua le nouveau venu plus sobrement, frappant son poing contre le sien.
    
    « Ça faisait un moment !
    
    — Nous étions en mission dans le croissant extérieur, explique le plongeur.
    
    — Et c’est pour cela que nous sommes là, ajouta Vodo. Il a encore bousillé sa machine, ajouta-t-il en désignant des yeux le plongeur aux cheveux bleus.
    
    — Comme si c’était de ma faute », protesta Ayrith.
    
    Cluz haussa un sourcil écarlate :
    
    « C’est toujours de ta faute. Je me souviens de mon premier motoglisseur… »
    
    Ayrith prit l’air innocent :
    
    « Il y a longtemps de ça… il y a prescription.
    
    — Mouais… pas sûr, grommela son interlocuteur. Au fait, qui c’est le nouveau gamin, là ? ajouta-t-il ne désignant Lukas du menton.
    
    — Lukas Pratz, expliqua Vodo,. On l’a engagé pour renforcer l’équipe logistique. Lukas, voici Maïa Laurn et Jon Cluz, des... relations de travail.
    
    — Apprenti homme à tout faire, quoi, ricana Cluz. Sig l’a ramassé où, celui-là ? »
    
    Lukas serra les poings, offensé par la remarque, mais Vodo lui lança un regard comminatoire.
    
    « Dans un organisme de placement, tout simplement.
    
    — Si tu le dis.
    
    — Je comprends pourquoi Sig l’a choisi, remarqua Maïa avec un rire un peu rauque qui envoya un étrange frisson dans le dos du garçon. Même s’il n’est pas trop souriant, on croirait presque un Sig miniature !
    
    — N’importe quoi, grommela le mécanicien. Y'a rien à boire ici ?
    
    — Je vais chercher ça, proposa la jeune femme avec gentillesse. Pendant ce temps, tu expliqueras à Cluz ce dont tu as besoin.
    
    — C’est d’accord, répondit le mécano en s’installant dans un canapé à demi défoncé. Mais pas d’alcool pour le gamin, il n’a pas l’âge.
    
    — Parce qu’il y a un âge ? remarqua Ayrith, négligemment appuyé contre le mur. »
    
    Cluz lui lança un sale regard par-dessus ses lunettes noires :
    
    « Du balai, les gosses ! On cause entre grands ici !
    
    — Je n’ai à faire, de toute manière », répondit nonchalamment le plongeur.
    
    Lukas se mordit la lèvre, ne sachant que faire : il n’avait pas envie de rester dans cet endroit qui sentait le métal chauffé et la vieille bière. Si Armatis n’était pas son environnement naturel, l’Untercity l’était décidément encore moins. Il avait le sentiment d’être tombé dans un traquenard.
    
    « Moi aussi, bafouilla-t-il. Je… je dois retourner à Terra, j’ai… une course à faire. Est-ce qu’il y a un moyen d’y aller… quand on n’a pas de transport ?
    
    — Est-ce qu’on a une tête de taxi ? grommela Cluz.
    
    — Vas-y mollo avec lui, recommanda Ayrith avec un sourire. Il n’a pas encore l’habitude de ton caractère de cochon. »
    
    L'homme aux cheveux rouges lui lança un sale regard, qui n’eut par l'air de l’impressionner outre mesure. Maïa mit une main sur l’épaule de son collègue :
    
    « Ne sois pas si ronchon, Cluz. Je pensais y faire un saut de toute façon. Je peux te déposer, si tu veux, Lukas… c’est bien ça ? 
    
    Le garçon sentit ses joues s’empourprer violemment.
    
    « Je… oui, parvint-il à bafouiller, si ça ne vous dérange pas… »
    
    La jeune femme lui sourit gentiment :
    
    « Non, ça ne me dérange pas du tout. Allez, viens ! »
    
    Vodo, qui avait commencé à discuter technique avec Cluz, lui lança un bref coup d'oeil :
    
    « Essaye de ne pas revenir trop tard. Je tiens à être de retour avant le déjeuner.
    
    — Je vous tiendrai au courant ! » promit le garçon en désignant sa montre-relais.
    
    Si tout allait bien, Lukas pourrait revenir par ses propres moyens sans avoir besoin de la charité de Maïa Laurn. C’était du moins ce qu’il espérait.

Texte publié par Beatrix, 18 octobre 2017 à 20h28
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