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Tome 1, Chapitre 19 « Sous la ville (première partie) » Tome 1, Chapitre 19
La mission de forage pour Mercurius s’était achevée sans encombre. Le bras de l’Ayrith avait tenu bon, en grande partie parce que Monsieur Sig avait ordonné au Paladion argenté de se placer en position de repli de façon quasi systématique et l’avait assigné à l’attaque des créatures les plus faibles. Même s’il en comprenait les raisons, le jeune homme aux cheveux bleus avait visiblement mal vécu cette mise à l’écart ; il s’était montré de plus en plus renfermé et maussade au fil des jours, au grand agacement de sa partenaire qui ne manquait pas une seule occasion de le lui reprocher.
    
    Si ces disputes incessantes étaient plutôt drôles au début, elles avaient fini par devenir pénibles pour tout le monde. Même Lukas devait reconnaître qu’elles n’étaient quasiment jamais du fait d’Ayrith ; la jeune fille trouvait toujours une raison pour tomber sur son partenaire, pourtant en théorie son supérieur. Lukas commençait à partager l’avis du directeur : Ayrith aurait dû être capable de se faire respecter. Il bravait des monstres bulbeux et terrifiants sans broncher… mais il n’osait pas rabrouer une fille de cinq ans plus jeune que lui !
    
    Après un dernier adieu à au personnel de Mercurius, tout particulièrement Svanne, Sun et Firens, l’équipe d’Armatis repartit vers les quais de Terra. Quand, enfin, l’immense barge retrouva son appontement, l’art de faire dispraître les bosses et les éraflures sur les carcasses des Paladions n’avaient plus un seul secret pour le garçon. Il aurait pu s’étonner de cette nécessité de soigner l’apparence des machines, mais son expérience des courses de motoglisseurs lui avait appris que ce point n’était jamais à négliger pour s’attirer l’intérêt du public… ou d’un employeur.
    
    En attendant le prochain contrat, la priorité était de réparer le bras de l’Ayrith. Lukas espérait qu’il pourrait se joindre à Vodo dans sa visite à Terra pour se procurer du matériel, même si les stocks de Firens les avaient bien aidés à rafistoler les dégâts. À la table du petit déjeuner, le lendemain de leur retour, Lukas guettait la moindre référence à cette virée en ville à laquelle il aspirait tant… autant par curiosité, que parce qu’il aurait enfin l’occasion de récupérer son Xtrace.
    
    Plus le temps passait, plus il craignait de ne pas retrouver son précieux engin. Des possibilités plus déprimantes les unes que les autres lui traversaient l'esprit : et si le propriétaire du box réalisait que ce qui s'y trouvait lui rapporterait bien plus que le loyer versé ? Et que le prix qu’il pouvait tirer du motoglisseur de course valait bien le sacrifice de son honnêteté ?
    
    « Allez, déclara Vodo, dès que tout est débarrassé, on file direct. J’ai eu Maïa à l’Holocom. Elle et Cluz sont déjà sur le coup… »
    
    Ayrith releva le nez de son plateau ; son visage s’éclaira pour la première fois, peut-être, depuis son combat contre le glisseur.
    
    « Je t’accompagne, Vodo ! » lança-t-il d’un ton empressé.
    
    Sila leva les yeux au ciel ; heureusement, pour une fois, elle s’abstint du moindre commentaire.
    
    
    « Tu m’accompagnes… ou tu vas juste faire le trajet avec moi ? demanda le mécanicien avec amusement.
    
    — Fiche-lui la paix, Vodo. Après tout, c’est chez lui aussi, intervint Sig avec bonne humeur. Et puis comme ça, Maïa pourra constater que nous prenons bien soin de lui. »
    
     Lukas piqua du nez : il n’y avait qu’une place passager dans la fourgonnette de Vodo. Il repoussa son mug à moitié plein avec un soupir : ce n’était pas encore aujourd’hui qu’il parviendrait à récupérer son Xtrace. Sa déception ne resta pas inaperçue aux yeux du directeur :
    
    « Tu as un souci, Lukas ? »
    
    Le garçon sursauta légèrement et releva les yeux, un peu gêné :
    
    « Je pensais… Je voulais… aller en ville. J’ai laissé des choses que je pensais récupérer à Terra… »
    
    Vodo éclata de rire :
    
    « Et pourquoi tu ne l’as pas dit ? Tout le monde a le droit de s’exprimer ici, tu sais !
    
    — Tu monteras avec Vodo et je prendrais mon motoglisseur… »
    
    En entendant ce mot magique, Lukas se redressa, les yeux brillants :
    
    « Tu as un motoglisseur ? Quel modèle ? Tu as déjà fait des courses ? »
    
    Ayrith leva la main comme pour contrer cette déferlante de questions :
    
    « Tu serais déçu, tu sais… C’est une machine composite, bricolée de bric et de broc… Je l’ai montée avec Cluz à l’époque où je vivais encore à Untercity.
    
    — Mon… montée ? » bafouilla Lukas.
    
    Comment pouvait-on monter un motoglisseur ? S’agissait-il d’un modèle déclassé qui avait été totalement modifié, ou de pièces assemblées à partir de rien ? Lukas éprouvait un certain scepticisme, qui ne suffisait pas, malgré tout, à altérer sa curiosité. L’idée de construire soi-même sa machine aurait été impensable à Stellae. Et même s’il ne connaissait pas le dénommé Cluz ni l’étendue de ses compétences en mécanique, il avait peine à croire que le plongeur pouvait posséder un quelconque talent en la matière.
    
    « Tout le monde n’a pas les moyens de s’acheter un engin de marque, Lukas, intervint Varen. Nous avons tous des motoglisseurs pour pouvoir être autonomes si nécessaire, sauf Vodo qui reste fidèle à son fourgon et Sig, qui possède une voiture. Nos modèles sont des machines basiques, des MagTracks et des Roders… Mais le sien est de loin le plus performant.
    
    — Tu veux le voir ? demanda Ayrirth, visiblement enthousiaste à l’idée de montrer sa machine à quelqu’un qui était capable de l’apprécier. Vodo nous rejoindra plus tard, au moment de filer… »
    
    Il s’apprêtait à acquiescer, mais il fut vite ramené à d’autres considérations quand il se rappela qu’il était censé aider Vodo à tout débarrasser après le petit déjeuner.
    
    « Je suis désolé, Ayrith, s’excusa-t-il, un peu penaud. Ce sera pour une autre fois… J’ai du travail.
    
    — Pas cette fois, déclara le mécanicien. Tu m’as bien aidé pendant la mission, tu as mérité un peu de relâche. Filez, les garçons. Shimmer, Sila, c’est votre tour aujourd’hui.' »
    
    Sila se mit à protester, tandis que l’adolescent blond laissait échapper un soupir audible. Mais Lukas n’avait pas attendu qu’on le lui dise deux fois : il sauta sur ses pieds et fila à la suite d’Ayrith, en direction de l’espace du pont inférieur où étaient garés les véhicules. Il n’avait pas fait attention à ce qu’il y avait vu le premier jour, mais il était bien décidé à se rattraper.
    
    Il devait bien avouer qu’accompagner l’équipe d’Armatis lors de la mission pour Mercurius lui avait été salutaire : il se sentait enfin intégré et pouvait se permettre de songer à sa passion de toujours.
    
    Quand il aurait remis la main sur son Xtrace, tout irait pour le mieux.
    
    
* * *

    
    Le garage du pont inférieur ressemblait à un grand hangar métallique, où avaient été stocké un petit essaim de véhicules, tous protégés par des housses, à part la fourgonnette rouillée de Vodo et une voiture ancienne, peinte en vert pâle, qui devait appartenir à monsieur Sig. Avec une efficacité née d’une longue habitude, Ayrith ôta d’un seul mouvement la bâche qui recouvrait son engin et se retourna pour épier la réaction de Lukas. Le garçon fronça les sourcils : il n’avait jamais rien vu de semblable, à part peut-être des prototypes dans des reportages. Le motoglisseur chromé ne ressemblait à aucun modèle connu, qu’il s’agisse des Xtraxce, Ayrith, Flingend, MagTracks ou Roders… Il était bien plus fuselé même que son propre véhicule, sauf vers le bas où il s’évasait légèrement. L’arrière comportait un aileron horizontal. Mais ce n’était pas le plus étrange :
    
    « Il n’a pas de commandes ? s’étonna Lukas en examinant le guidon sous toutes les coutures.
    
    — Pour quoi faire ? Je n’en ai pas besoin », répondit sereinement Ayrith en s’appuyant nonchalamment contre la machine.
    
    Lukas ouvrit de grands yeux, avant de réaliser l’évidence :
    
    « Parce que tu es infusé ? »
    
    Il se renfrogna :
    
    « Bon sang, c’est pas juste ! Du coup, je ne pourrais même pas l’essayer !
    
    — Parce que tu crois que je t’aurais laissé ? » rétorqua le plongeur avec désinvolture.
    
    Se sentant insulté, Lukas serra les poings et se dressa sur la pointe des pieds pour se hausser à la taille de son interlocuteur :
    
    « Eh, tu me pends pour qui ? J’ai gagné deux fois le grand prix junior à Stellae ! »
    
    Ayrith se contenta de la regarder d’un air goguenard, les yeux mi-clos.
    
    « Tu as dit ça exprès pour te moquer de moi, hein ? » grommela le garçon.
    
    Le jeune homme inclina légèrement la tête :
    
    « À ton avis ? »
    
    Lukas haussa les épaules :
    
    « En tout cas, ce n’est pas plus juste pour autant…
    
    — Il faut bien qu’il y ait des avantages à être infusé.
    
    — Parce que ça a des inconvénients ? » maugréa Lukas en enfonçant ses mains dans ses poches.
    
    Ayrith leva les yeux au ciel :
    
    « Pas vraiment, si tu ne comptes pas les tempêtes psychophysiques, les risques de stress du système argentique et le fait d’être considéré comme sous-humain par les habitants des enclaves protégées. Mais cela peut se vivre assez bien, finalement… »
    
    Il releva la tête et planta son regard pâle dans celui de Lukas :
    
    « Alors, dis-moi, tu pilotais quoi à Stellae ?
    
    — Un Xtrace. Une machine géniale, un modèle plus original que ce que possédaient les concurrents. Ils préféraient souvent des engins standard et sans intérêt, du style Flingend ou Ayrith… »
    
    Il se mordit la langue, craignant d’avoir commis un impair. Mais le jeune homme se contenta de rire :
    
    « Est-ce que je dois y voir un message ? »
    
    Lukas rougit de confusion :
    
    « Ce n’est pas de ma faute si tu as un nom aussi tordu… grommela-t-il.
    
    — Et ça t’intrigue, n’est-ce pas ? »
    
    Le garçon baissa la tête, préférant ne pas répondre. Ayrith laissa reposer sa main sur le chrome étincelant de son prototype :
    
    « En tout cas, ça n’a pas dû être facile de laisser derrière toi un petit bijou comme ça… »
    
    Il contempla sa propre machine avec tendresse :
    
    « Mon motoglisseur est la seule chose que j’ai ramenée avec moi de l’Untercity quand j’ai intégré Armatis. »
    
    Lukas baissa légèrement la tête, en songeant à son Xtrace… Son unique lien avec son ancienne vie. Le parallèle était évident et paradoxal : si lui venait du dessus de la cité, qui abritait les privilégiés de ce monde, Ayrith avait grandi parmi ceux qui s’étaient réfugiés dessous, les laissés pour compte des colonies de Cyrga. Malgré tout, il avait toujours autant de mal à y croire, quand il considérait l’élégance un peu bizarre du jeune homme.
    
    « Vous êtes prêt, les jeunes ? demanda Vodo en entrant dans le garage.
    
    — C’est bon pour moi », déclara Lukas en ajustant sa besace sur son épaule.
    
    Ayrith enfila un blouson de simili blanc qui était accroché à une patère non loin, puis un harnais dorsal rembourré comme en portaient les plongeurs en mission, coinçant en dessous sa longue tresse pour qu’elle ne flotte pas au vent. Lukas s’étonna de cette précaution : même lors des courses, personne n'arborait une telle protection. Mais après tout, les plongeurs devaient rester dans le meilleur état physique possible pour se livrer à leur métier.
    
    « Tu vois, Vodo, déclara Ayrith, un peu sarcastique, je ne l’ai pas oublié cette fois ! »
    
    Le mécanicien détourna les yeux en soupirant :
    
    « Tu sais ce qu’il en est, Ayrith. Allez, on ne traîne pas. Monte, Lukas. »
    
    Le plongeur prit son casque dans le compartiment de son motoglisseur et le plaça sur sa tête ; les parties faciales se verrouillèrent, dissimulant son expression. Lukas s'installa à côté du conducteur et referma soigneusement la portière.
    
    La porte du hangar s’ouvrit et la rampe s’abaissa vers le quai. Le fourgon se mit en marche, suivi par le motoglisseur.
    

Texte publié par Beatrix, 8 octobre 2017 à 22h15
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