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Tome 1, Chapitre 18 « Après la bataille (deuxième partie) » Tome 1, Chapitre 18
La salle commune de l’équipe se trouvait sur la partie arrière des bâtiments du pont supérieur. Elle était éclairée d’une large verrière qui se poursuivait en une terrasse sécurisée par une rambarde chromée. La pièce elle-même était un espace versatile et agréable : de profonds canapés étaient agencés autour d’une table basse ; une rangée de microstats longeait le côté droit, tandis qu’une file de sièges escamotables et un énorme écran d’holoprojection occupaient le gauche. Les vitres pouvaient à loisir être opacifiées ou teintées pour bloquer des lumières trop intenses. Seuls l’aspect légèrement élimé des fauteuils et le fait que la technologie ne soit pas exactement du dernier modèle indiquaient que l’essentiel était issu des entrepôts des récupérateurs.
    
    Installée confortablement en face des membres d’Armatis, Svanne, qui était venue à bord avec Firens et Sun, écoutait avec attention le débriefing de monsieur Sig. Même si le directeur lui avait transmis un rapport technique complet, rien ne remplaçait une conversation directe, surtout quand des problèmes avaient eu lieu.
    
    « Je ne sais comment vous remercier, déclara gravement la femme blonde. Jamais je ne me serais imaginé que des monstres pareils pouvaient se promener sur ce bout de côte…
    
    — Nous non plus, répondit sombrement monsieur Sig. Je pense que vous devriez faire un bilan environnemental plus complet avant la prochaine opération d’exploitation. »
    
    Il tendit la main, prévenant la réaction probable de Svanne :
    
    « Je ne tiens surtout pas à ce que vous vous sentiez responsable. Jamais ce glisseur n’aurait dû se trouver là. Et nous avons encore eu de la chance qu’il soit un catégorie quatre, pas un cinq ou six, ou même Ayrith n’aurait pas réussi à le maîtriser seul. »
    
    Svanne hocha lentement la tête :
    
    « J’ai bien compris, Sig, ne t’inquiète pas. Comment va Ayrith ?
    
    — Un peu secoué, mais sans plus. J’ai tenu à ce qu’il se repose, mais nous avons quasiment dû l’attacher sur son lit pour qu’il accepte de se tenir tranquille.
    
    — Et son engin ?
    
    — Une articulation bien amochée, répondit Vodo. J’ai fait ce que je pouvais, mais elle va rester fragilisée jusqu’à ce que je puisse la réparer à Terra. »
    
    Firens, qui était resté silencieux jusque-là, intervint timidement :
    
    « Nous avons un peu de matériel et quelques compétences à Mercurius… Si cela peut aider…
    
    — Merci, Firens. Je verrai cela avec vous, alors… J’espère que cela ne vous manquera pas.
    
    — Nous vous dépannerons avec plaisir ! » renchérit Svanne avec un sourire.
    
    Elle se leva soudain et alla jeter un regard par la grande baie vitrée :
    
    « Je me demande quand même ce qui se passe dans la tête de ces gens, poursuivit-elle avec amertume. Ils n’ont aucun amour pour cette planète ? À croire que seul le profit les intéresse ! »
    
    Elle secoua rageusement sa crinière blonde :
    
    « Je ne comprends pas Magnus. Je ne prétends pas le connaître, mais il avait la réputation d’être un visionnaire, un génie éclairé. À présent, il détruit tout ce qui se dresse devant lui sans le moindre état d’âme… Et il n’y a personne pour lui tenir tête ! »
    
    Le regard de monsieur Sig se durcit :
    
    « Il a fait d’Aurora une véritable machine de guerre. Lorsqu’il a nommé son nouveau directeur des prospections, je pensais que les choses changeraient, au moins un peu. Pour une fois, ce n’était pas un bureaucrate de Stellae ou du Croissant intérieur. Un natif de l’extérieur et un infusé, qui plus est… mais c’est devenu pire encore depuis qu’il tient les rênes. »
    
    Svanne renifla avec mépris :
    
    « C’est pour cela qu’il l’a choisi ! Tachyon Veyz est jeune, il sait que son avenir est devant lui, mais seulement s’il se soumet aux lubies de Magnus. On dit qu’Aurora contrôle de plus en plus de secteurs de l’économie Cyrgane. Difficile de dire si Magnus aime cette planète à la folie… ou s’il la hait au point de vouloir sa destruction. »
    
    Lukas baissa la tête, repensant à sa mère et sa haine brûlante pour Cyrga.
    
    « Alors, que décidons-nous ? demanda Sun en écartant les mains. C’est bien joli de parler, mais dans de telles conditions, il semble difficile de poursuivre les forages selon le programme établi. Qu’en pensez-vous ? »
    
    Le directeur d’Armatis soupira :
    
    « Notre contrat est établi : je ne voudrais surtout pas vous faire faux bond. Ni vous ralentir dans votre campagne. Nous pouvons tenter notre chance en espérant qu’aucune créature inattendue ne viendra se pointer au bal. Mais d’un autre côté, notre équipe n’est pas à cent pour cent pour le moment. Je pense que vingt-quatre heures devraient suffire à Ayrith pour être de nouveau d’attaque. Un jour de retard, ce n’est pas encore trop grave… mais son Paladion restera vulnérable. Face à des quadriclopes, voire à quelques avaleurs de catégorie inférieure, il pourra éventuellement tenir le coup. Pas contre des créatures du large. »
    
    Sun pianota pensivement sur l’accoudoir du fauteuil :
    
    « Et si nous vous proposons un autre lieu de forage ? Je pensais à la boucle qui se trouve au sud. Les poches d’argentium sont moins importantes, mais le site est naturellement protégé. Nous avons obtenu les droits d’exploitation, mais nous pensions l’attaquer plus tard. Nous utiliserons le jour de relâche pour y transférer l’araignée… Qu’en penses-tu, Svanne ? »
    
    La femme blonde hésita, pour finalement acquiescer :
    
    « Tu as raison. Nous allons devoir faire plus de sessions, et moins longues. Mais ce sera plus sûr, autant pour notre équipe que pour Armatis.
    
    — C’est une bonne solution, en effet, approuva monsieur Sig. Vodo, Varen, qu’en pensez-vous ? »
    
    Les deux plus anciens employés d’Armatis opinèrent :
    
    « Ça devrait pouvoir le faire, déclara le mécanicien. Je vais quand même regarder avec Firens si je peux faire des réparations qui tiennent le coup sur l’Ayrith. Même si on lui répète d’être prudent, je ne pense pas que son plongeur sera prêt à ménager la mécanique… pas plus qu’il se ménagera lui-même.
    
    — Si seulement Ayrith pouvait comprendre qu’il n’a rien à prouver, ni à lui-même ni aux autres, cela simplifierait les choses », marmonna Varen non sans lassitude.
    
    Le directeur d’Armatis se pencha en avant, appuyant ses bras sur ses genoux :
    
    « Il est encore jeune, Varen… laisse-lui le temps.
    
    — Tu sais bien que ce n’est pas une question d’âge, rétorqua le géant au visage tatoué. Il n’était pas comme ça… avant… »
    
    Il laissa à dessin sa phrase inachevée, mais monsieur Sig sembla parfaitement comprendre ce qu’il avait omis. Une expression douloureuse apparut sur son visage, mais il la balaya en se levant et en rejoignant Svanne à côté de la verrière :
    
    « Si cela t’agrée, alors c’est bon pour nous. »
    
    La blonde sourit largement :
    
    « C’est parfait alors. C’est la sécurité des gens qui prime ! Aucune goutte d’argentium ne mérite le sacrifice d’une vie humaine. »
    
    Puis elle ajouta, plus bas et sur un ton qui n’était pas vraiment celui de la plaisanterie :
    
    « Après tout, nous ne sommes pas Aurora… »
    
    
* * *

    
    Une fois l’agitation passée, la cote avait retrouvé tout son calme. Il avait été décidé que le transfert de lieu se ferait pendant la journée du lendemain. Les forages ne reprendraient que le surlendemain, dans la matinée. Avant d’aider Vodo pour le dîner, Lukas profita un peu de la fraîcheur du soir sur le pont supérieur de la barge. Des essaims de nautaeriens, semblables à ceux qu’il voyait depuis le bord de la ville à Stellae, spiralaient dans l’air transparent, tandis que des créatures plus légères, aux vives couleurs métallisées, rasaient rapidement le sol pour attraper de minuscules proies volantes.
    
    Depuis que la lumière avait baissé, de toutes petites bêtes ailées avaient pris possession de chaque mètre carré d’air libre : elles présentaient autant de bizarre diversité que leurs frères des profondeurs de Margarita. Le garçon observa avec amusement ce qui ressemblait à un mini-glisseur rose, sans appendices buccaux ni queue-fléau, se poser sur sa manche. Ses trois yeux proéminents semblaient le fixer avec plus de curiosité que de peur. Puis il étendit ses ailerons et décolla, légèrement phosphorescent dans le jour déclinant.
    
    Soudain, un étrange spectacle attira son regard : des globes lumineux aux couleurs tendres et nacrées, traînant de longs tentacules fins comme des chevelures, s’élevaient en larges groupes vers le ciel. Il les observa, bouche bée.
    
    « Des nimbulus, expliqua une voix derrière lui. On n’en trouve pas près des villes. Ils vivent, se nourrissent et se reproduisent dans le fluide de Margarita… »
    
    Il se retourna pour rencontrer le regard chaleureux de Varen Kariel. Le grand brun s’assit à côté de lui, s’absorbant à son tour dans la vision onirique que leur offraient les nimbulus. Lukas réalisa qu’il n’avait pas encore eu l’occasion de vraiment discuter avec le plongeur. L’homme avait quelque chose de rassurant ; il était probablement l’une des personnes les plus raisonnables à bord de la barge d’Armatis.
    
    « Vodo m’a dit que tu avais assisté à tout le combat depuis la tourelle, poursuivit-il en s’étirant légèrement. Qu’est-ce que cela fait de voir une intervention de Paladions en direct ? »
    
    Le garçon baissa la tête, pensif :
    
    « C’est… impressionnant. C’est toute autre chose que de se l’imaginer… ou le voir à l’holoTV. Surtout lorsqu’on a rencontré les gens qui les pilotent… »
    
    Il regarda les sphères brillantes se déployer dans la nuit, avant de se tourner de nouveau vers le plongeur :
    
    « Est-ce que ça arrive souvent… que ça tourne mal ? »
    
    Varen ne réagit pas de suite. Il garda les yeux perdus dans l’horizon qui se paraît de teintes vertes, bleues et parme avant de répondre, sans regarder Lukas :
    
    « Heureusement, non. Les incidents mineurs sont assez fréquents, mais il s’agit la plupart du temps de tôle froissée. Les accidents graves sont heureusement très rares. Mais il est impératif pour l’équipe qui reste à bord de rester attentive au moindre dysfonctionnement de la machine ou signe de stress pour le plongeur. C’est ce qui permet d’éviter la plupart des coups durs. À titre de prévention, la pause de demain fera du bien. »
    
    Lukas opina machinalement. Il prit une grande inspiration avant de poser la question fatidique, celle qui lui trottait dans la tête depuis longtemps, mais qu’il craignait toujours d’aborder :
    
    « Pour… monsieur Sig… Son œil et son bras… C’est en lors d’une plongée que c’est arrivé ?
    
    — En effet, répondit Varen sombrement. Dans des circonstances à peu près similaires. Une attaque imprévue dans une zone côtière où ce genre d’animal n’aurait jamais dû traîner. Sauf que c’était un catégorie huit. Il y a laissé non seulement un œil et un bras, mais une jambe aussi… C’est une chance qu’il soit toujours en vie. »
    
    Lukas sentit un frisson le parcourir, rien qu’à cette pensée.
    
    « Cela fait quatre ans à présent, reprit Varen. C’est déjà du passé pour nous. Les prothèses de Sig sont très fonctionnelles, il en vient même à les oublier. Mais il n’a plus le droit de plonger, parce qu’elles ne sont pas homologuées pour cet usage. »
    
    Le garçon hocha la tête et avala péniblement sa salive avant de poursuivre :
    
    « C’est pour cela qu’il était si remonté aujourd’hui ?
    
    — En partie. Les grandes firmes comme Aurora s’aventurent trop près du cœur de Margarita et prélèvent des quantités d’argentium bien trop importantes. Parfois, elles n’hésitent pas à employer des moyens qui sont en théorie proscrits : des ondes qui affolent les océaniens ou des substances qui brouillent leurs sens. On raconte même qu’elles mènent des expériences dangereuses sur la nature psychoactive de l’océan. Du coup, de grands spécimens surgissent loin de leur habitat naturel… et plus personne n’est à l’abri. »
    
    Le garçon appuya son menton sur ses genoux repliés : il sentait l’air se refroidir autour de lui. Varen, ressentant peut-être son malaise, se tourna pour lui adresser un sourire réconfortant :
    
    « Allons, demain est un autre jour. Tout le monde va bien ; le reste de la mission sera plus calme. »
    
    Des éclats de voix attira leur attention : de l’autre côté du pont, Ayrith s’était accoudé à la rambarde, profitant lui aussi de la quiétude ambiante, mais Sila l’avait débusqué et lui exprimait avec véhémence le fond de sa pensée :
    
    « Je te rappelle que tu es censé te reposer !
    
    — Ce n’est pas me promener sur le pont qui va me fatiguer…
    
    — Tu t’es vu au moins ? Tu tiens à peine debout !
    
    — Tu es pire que Sig ! Je deviens fou, enfermé là-dedans !
    — Eh bien, ça ne te changera pas beaucoup ! »
    
    Varen et Lukas échangèrent un regard, avant d’éclater de rire. Non loin de là, le duo terrible poursuivit sa discussion houleuse.

Texte publié par Beatrix, 3 octobre 2017 à 19h37
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