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Tome 1, Chapitre 14 « L’Éveil des géants (deuxième partie) » Tome 1, Chapitre 14
« Les diagnostics sont terminés, annonça Vodo aux autres plongeurs. Vous pouvez y aller. »
    
    Les servomoteurs qui commandaient les membres des Paladions se mirent en action. L’un après l’autre, d’un pas pesant qui faisait résonner l’ensemble de la barge, ils quittèrent leur emplacement attitrée pour se diriger vers l’arrière du hangar en évitant la silhouette inerte sous la bâche. La paroi s’était escamotée, pour donner accès à une plate-forme qui surplombait les flots nacrés. Quand le Colossus s’avança dessus, elle s’abaissa vers les hauts fonds de Margarita. Le Paladion descendit, pour laisser sa place aux suivants. Tout d’abord le Kobol, lourd, disgracieux, mais investi d’une puissance stupéfiante. Puis le Dark Knight et l’Ayrith, aux mouvements incroyablement souples et fluides pour des engins de métal.
    
    Tiré de son malaise par le spectacle extraordinaire des machines en action, Lukas les observa, bouche bée, les mains crispées sur la rambarde. Quand elles furent toutes en position, le garçon laissa son enthousiasme l’emporter : il se précipita en bas de la passerelle et courut vers l’arrière de la barge, jusqu’à la plate-forme qui venait de remonter.
    
    Elles se tenaient toutes les quatre en ligne, immergées jusqu’à la taille dans le fluide océanique, l’équipe extérieure sur la gauche, l’équipe intérieure sur la droite. Lentement, les Paladions se retournèrent, braquant sur lui leurs yeux miroitants. Lukas resta immobile, tandis que cette incroyable vision s’imprimait sur sa rétine.
    
    Le Colossus et l’Ayrith levèrent la main en guise de salut, avant de se diriger, suivis du Kobol et du Dark Knight, vers l’araignée de forage de Mercurius. Lukas demeura un long moment à les regarder évoluer dans les tourbillons de Margarita, jusqu’à ce qu’il sente quelqu’un le saisir par l’épaule. Il tourna la tête, pour rencontrer les prunelles brillantes de Vodo :
    
    « Allez viens, ce n’est vraiment pas sûr de rester ici. Nous allons réintégrer la salle de supervision avec Sig. Ou non… Il y a encore mieux ! Suis-moi. »
    
    Il conduisit Lukas vers la porte du Hangar. À cet endroit se dressait un étrange cylindre qui occupait l’un des coins les plus proches de l’entrée. Quand il interrogea le mécanicien du regard, Vodo le poussa en avant avec un sourire. Les panneaux incurvés coulissèrent sur le côté, leur livrant un passage vers un espace circulaire. Dès que la porte se fut refermée derrière eux, le sol frémit et commença à s’élever.
    
    « Un ascenseur ? Nous allons où ? »
    
    Le doyen d’Armatis prit un air mystérieux :
    
    « Ça… tu verras bien ! »
    
    Finalement, la cabine s’arrêta et les parois s’escamotèrent, les laissant au milieu d’une pièce ronde, entièrement vitrée.
    
    « Un poste d’observation ? Je ne l’avais pas aperçue de l’extérieur !
    
    — On ne peut pas dire qu’il se remarque vraiment, en temps normal. Quand il n’est pas déployé, il dépasse à peine du toit.
    
    En regardant mieux, le garçon réalisa qu’ils se trouvaient sur une section de toiture demeurée en place quand le reste s’était ouvert. Les battants relevés pour permettre le passage des Paladions obstruaient une partie de la vue.
    
    « Ça ne sert pas à grand-chose », soupira-t-il.
    
    Les yeux pétillants, Vodo pressa quelques boutons sur une console que Lukas n’avait pas remarquée. Aussitôt, le toit du hangar se referma, puis le poste d’observation commença à s’élever au-dessus de la bâtisse. Le garçon poussa un cri de surprise : il avait à présent une vision imprenable sur l’araignée de forage, les quatre Paladions et une bonne portion du paysage.
    
    « Et tu n’as pas tout vu… »
    
    Le mécanicien s’approcha d’un des pans de verre et glissa son doigt sur la surface : aussitôt, l’image s’agrandit, comme à travers des jumelles numériques.
    
    Il pouvait distinguer les quatre engins d’Armatis comme s’il se situait juste à côté d’eux : ils avaient adopté une disposition en diamant, sur les quatre côtés du forage, les deux machines les plus massives se trouvaient plus éloignés de l’araignée que les deux plus rapides. Lukas comprenait mieux à présent les concepts d'« équipe intérieure » et « équipe extérieure ». Le Kobol et le Colossus formaient un premier rempart contre le gros des attaques, tandis que le Dark Knight et l’Ayrith constituaient la seconde ligne de défense.
    
    La voix de monsieur Sig résonna subitement, se déversant d’un haut-parleur installé au plafond :
    
    « Je viens d’avoir Mercurius, ils vont lancer les opérations. Tu restes dans la salle d’observation avec Lukas ?
    
    — Oui, il va avoir droit à un spectacle comme il n’en a jamais vu sur l’holoTV !
    
    — Parfait ! Je peux très bien superviser seul en bas, vu que la mission n’est pas trop sensible. En cas de soucis, je peux toujours te rappeler !
    
    — Compris, Sig ! »
    
    Le silence retomba. Les mains collées à la vitre, Lukas respirait à peine ; il tremblait d’expectative.
    La surface de Margarita demeurait opaque, car le fluide dont il était constitué renvoyait la lumière. Mais au-dessous, d’après les reportages qu’il avait vus à l’holoTV, l’océan était relativement limpide, juste un peu brumeux. Il se demanda s’il arrivait aux Paladions de se mouvoir dans les profondeurs cachées sous cette étendue miroitante.
    
    « Mercurius nous a transmis un bilan de repérage organique. Les plongeurs l’ont également reçu. Pour l’instant, on a repéré sept entités dans les parages, de catégorie un à trois. Probablement tous des quadriclopes à pointes, vu leur environnement et leur forme générale. De vraies petites saletés, ces trucs. Il y en a deux à l’intérieur du périmètre ; Dark Knight et Ayrith vont adopter une position préventive en fonction de leur position, Colossus et Kobol assureront la couverture globale. »
    
    Comme pour illustrer ces propos, les machines argent et noir se déplacèrent légèrement, même s’il restait pour l’instant impossible de distinguer quoi que ce soit, voire d’imaginer ce qui pouvait se terrer sous les tourbillons paresseux de Margarita.
    
    L’araignée s’ébranla : les pattes se replièrent légèrement, tandis que la foreuse centrale descendait pour s’enfoncer dans le sol invisible et atteindre la nappe d’argentium. Même depuis la barge, le léger ronronnement du système demeurait audible.
    
    Le calme perdurait ; peut-être qu’il ne se passerait rien, après tout ! Ce qui serait sans doute mieux pour tout le monde, mais Lukas savait qu’il s’en sentirait déçu. Il avait plus que hâte de voir à quoi pouvaient bien ressembler ces créatures, autrement qu’à travers un écran. Un million de questions se bousculaient dans sa tête.
    
    « Qu’est-ce que cela veut dire, catégorie un à trois ?
    
    — Cela correspond à la taille des créatures. Les bestioles de catégorie un mesurent moins de deux mètres. Les catégorie deux sont compris entre deux et trois mètres. Les catégorie trois, entre trois et cinq mètres… et ainsi de suite. Mais dans les faits, c’est assez approximatif. Et au-delà du degré 6, qui comprend les océaniens entre quinze et vingt mètres, on cesse de compter.
    
    — Vous voulez dire qu’il y en a de plus grands ? bredouilla le garçon, en fixant le mécanicien d’un regard effaré.
    
    — Oh, oui, répondit Vodo comme si cela n’était qu’un détail, largement plus grandes… Les plus imposantes qu’on ait repérées sur la planète devaient bien mesurer dans les trente mètres. Bien sûr, on ne les trouve que dans les hauts fonds. Ici, c’est du menu fretin. »
    
    Lukas sentit sa gorge se nouer : les paroles de Vodo suscitaient au fond de lui une peur profonde, presque enfantine…
    
    « Est-ce que les Paladions arrivent à les affronter ? Il y a des Paladions assez grands ?
    
    — Cela arrive rarement de les croiser et généralement, ils sont plutôt lents. Pour qu’ils s’énervent, il faut vraiment aller taper dans le sang des profondeurs…
    
    — Le sang des profondeurs… » répéta Lukas, perplexe.
    
    Le terme avait quelque chose de mystérieux et de vaguement inquiétant.
    
    « Il s’agit de… »
    
    Mais avant que Vodo ait pu finir d’expliquer, le Dark Knight fut parcouru d’un soubresaut : quelque chose s’éleva droit devant lui, une tête au bout d’un cou sinueux, vaguement rosâtre. D’où il se trouvait, le garçon distinguait une face allongée, garnie d’une collerette de tentacules juste sous les mâchoires. Une forêt de pics de hauteurs différentes hérissait son museau. La créature possédait quatre yeux pédonculés, deux au-dessus de sa tête, et deux au-dessous. Lukas n’avait jamais vu quelque chose d’aussi bizarre de toute sa vie.
    
    « Les émanations sont encore faibles… Pour l’instant, c’est juste de la curiosité… »
    
    Le Paladion de Sila se positionna entre l’océanien et l’araignée, prêt à en découdre.
    
    « Quel est la catégorie de celui-ci ?
    
    — Deux. Une broutille… Mais les quadriclopes sont de vraies saletés ! J’avoue que si je me trouvais juste devant lui, je ne serais pas très rassuré ! ajouta Vodo en riant.
    
    — Moi non plus », avoua Lukas.
    
    Plus loin, la créature marquée par Ayrith surgit à son tour : un autre quadriclope, visiblement plus grand.
    
    « Ah, un catégorie trois… plus sérieux, celui-ci. »
    
    D’autres têtes pointèrent çà et là, un peu plus timidement. L’araignée poursuivait sa tâche, imperturbable, tandis que les créatures montraient des signes de plus en plus évidents de nervosité.
    
    « Qu’est-ce qui les fait réagir comme ça ? se demande Lukas à haute voix.
    
    — Les émanations de sang d’argent issues du forage. Cela éveille en eux une sorte de frénésie qui les conduit à en chercher encore plus. Plus la quantité augmente, plus ils deviennent instables. Jusqu’au moment où ils ne se contrôlent plus. Leurs yeux deviennent phosphorescents et ils se précipitent vers la source de l’argentium, prêts à tous pour y avoir accès… y compris aux attaques les plus violentes. C’est ce qu’on appelle le glitz.
    
    — Le glitz… répéta Lukas pensivement. Mais que se passe-t-il après ?
    
    — Les Paladions les saisissent à bras le corps pour les retenir sans les blesser.
    
    — Pourquoi ne pas simplement… les supprimer ?
    
    — Ce serait une très mauvaise idée ! Si l’une de ces créatures est blessée ou tuée, les survivantes tombent dans une rage destructive quasiment impossible à arrêter.
    
    — Mais les Paladions ne peuvent pas retenir les océaniens durant toute la durée du forage !
    
    — Heureusement, cette phase ne dure jamais très longtemps. Elle passa comme une vague et les laisse épuisés. Du coup, les Paladions doivent juste à les tenir hors de portée tant qu’ils sont affectés. Une fois cette crise passée, les créatures tombent dans une semi-somnolence et ne représentent plus aucun danger. »
    
    Lukas esquissa une petite grimace ; sans doute, son expression fut-elle éloquente, car le mécanicien éclata de rire.
    
    « Tu m’as l’air déçu… Sache quand même que quand les bestioles sont sous l’effet du glitz, leurs forces sont décuplées et leur dangerosité devient extrême… Mais je pense que tu ne vas pas tarder à t’en rendre compte par toi même ! »
    
    Il appuya ses paroles d’un hochement de tête. Le garçon glissa son doigt le long de la vitre, agrandissant une nouvelle fois l’image afin d’avoir une vision nette de la scène d’intervention.

Texte publié par Beatrix, 5 juillet 2017 à 23h01
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