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Tome 1, Chapitre 12 « Préparatifs (deuxième partie) » Tome 1, Chapitre 12
Contrairement à ses espérances, Lukas apprit qu'il allait devoir patienter un peu avant de voir évoluer les géants de métal : l'équipe d'Armatis devrait tout d'abord faire un tour du site et un bilan de ce qui se cachait sous les « eaux » de Margarita. Les quatre plongeurs et monsieur Sig embarquèrent avec Svanne et Sun dans une petite navette, qui les attendait juste devant les bâtiments de Mercurius. Alors qu'il les regardait monter à bord avec un léger pincement au cœur, monsieur Sig lui fit signe :
    
    « Allez, monte ! Autant que tu voies ça une fois dans ta vie ! »
    
    Le garçon sentit son cœur bondir dans sa poitrine ; il accourut et sauta à bord. Il y avait trois rangs de trois sièges : Svanne s'empara des commandes ; Sun et monsieur Sig s'installèrent à côté d'elle, tandis que Varen et Ayrith prenaient la seconde banquette. Lukas se retrouva à l'arrière, coincé entre Sila et Shimmer. La jeune fille semblait de meilleure humeur, sans doute grâce à l'excellent repas offert par Mercurius et à la perspective d'enfin plonger. Un harnais se boucla automatiquement autour de lui et la navette décolla.
    
    La directrice commença par longer le littoral, en leur expliquant les particularités du site :
    
    « Le terrain est en pente douce. Au niveau de l'araignée, il ne doit pas y avoir plus de cinq mètres de fond.
    
    — Vous avez déjà fait le point de l'activité animale sous la surface ? demanda monsieur Sig, les yeux braqués sur les écrans du tableau de bord.
    
    — Nous avons aperçu quelques formes plutôt placides, expliqua Sun, pas plus de trois ou quatre mètres de long. Ça ne devrait pas être trop compliqué pour vous de les tenir à l'écart ;
    
    — Par contre, elles risquent d'être rapides. Quelle est leur densité ?
    
    — Pas plus de cinq répartis dans le périmètre habituel. Un seul Paladion pourrait suffire à les écarter, mais dans le cas où ils seraient tous pris de frénésie en même temps, il est préférable d'intervenir à deux, je pense.
    
    — Tu es toujours sur des systèmes légers ?
    
    — Vu la taille de nos installations, nous n'avons pas besoin de gros canaux argentiques.
    
    — Tu as beaucoup d'infusés dans ton équipe ?
    
    — Sur mes vingt-deux hommes, il y en a quatre, dont Firens. Pas assez pour faire la différence... »
    
    Lukas les écoutait en silence, buvant le paysage des yeux, même si sa place n'était pas la meilleure pour percevoir le panorama. Le soleil brillait sur Margarita, rendant sa surface presque aveuglante. Encore une fois, il se demande s'il était dangereux de toucher cet étrange fluide.
    
    Enfin, l'araignée se profila, toute proche d'eux : elle était bien plus grande que ne l'avait estimé Lukas en l'apercevant à distance. Elle possédait exactement huit pattes sur le pourtour de sa partie centrale. De son vente, s'étendait vers les profondeurs la longue colonne de la foreuse-pompeuse, qui attendait de remplir son office. Le tout lui paraissait gigantesque, même après avoir entendu à maintes reprises qu'il s'agissait d'une toute petite exploitation.
    
    « Est-ce que le sol est cartographié ?
    
    — Bien sûr... Nous vous enverrons nos repérages, y compris la conformation de la nappe à exploiter, pour que vous puissiez les entrer dans la mémoire de vos Paladions.
    
    — Nous aurons besoin que vous nous définissiez deux périmètres spécifiques. L'équipe de Varen s'occupe généralement de la zone extérieure, celle d'Ayrith de la sécurité rapprochée des forages. »
    
    Lukas savait qu'il allait encore se couvrir de ridicule, mais il ne put s'empêcher de demander :
    
    « Ce n'est pas possible de mettre... une sorte de barricade ? »
    
    Sun éclata de rire :
    
    « Oh, des dizaines de gens y ont pensé. Mais les créatures viennent se cogner dessus jusqu'à se blesser, voire se tuer, ce qui provoque des crises de frénésie chez tous les Océaniens à proximité. Il reste plus simple de les prendre à bras le corps comme des enfants pas sages et de les rejeter loin des forages. »
    
    L'image avait quelque chose d'étrange et de décalé ; Lukas ne put s'empêcher de rire à son tour, à l'idée d'un énorme Paladion en train de danser le tango avec un monstre de Margarita.
    
    « Mais... Après, ils ne reviennent pas à la charge ?
    
    — Pas vraiment. Une fois calmés, ils retournent se terrer dans le fluide. »
    
    Le garçon hocha la tête, pas certain d'avoir tout saisi ; sans doute comprendrait-il mieux le déroulement des opérations quand il pourrait voir les Paladions en action.
    
    La navette tourna plusieurs fois autour de l'araignée, afin que les plongeurs puissent se faire une bonne idée de sa structure et de ses proportions. Lukas songea que sa forme était vraiment judicieuse ; elle lui permettait de s'adapter à n'importe quel terrain. Il essaya de s'imaginer comment la machine se déplaçait ; il ne pouvait s'empêcher de la visualiser comme un énorme faucheux, se promenant sur ses huit pattes.
    
    « Vous êtes au point ? demanda Svanne à monsieur Sig.
    
    — C'est parfait, merci beaucoup. Nous allons procéder à la mise en action des Paladions dès notre retour sur la barge.
    
    — J'ai hâte de voir ça ! »
    
    La navette se pencha légèrement dans la courbure d'un long virage qui la ramena vers le siège d'Armatis. Sitôt qu'elle fut posée sur le pont supérieur, les portes s'ouvrirent, libérant Sig et son équipe. Aussitôt, Svanne redécolla pour préparer les opérations de forage. Vodo consulta sa montre-relais et annonça avec un vaste sourire :
    
    « Bien, les enfants, il serait peut-être temps de commencer à vous préparer, non ? »
    
    Varen acquiesça :
    
    « Autant ne pas tarder. Mercurius compte sur nous ! »
    
    Les plongeurs partirent enfiler leur tenue, tandis que Lukas demeurait sur le pont, les bras ballants, avec plus que jamais l'impression d'être inutile. Le mécanicien lui tapa amicalement sur l'épaule :
    
    « Allez viens, tu vas nous accompagner au pupitre de supervision. Je suis sûr que ça va te plaire. »
    
    Retrouvant le sourire, Lukas se dirigea avec Vodo et monsieur Sig vers l'escalier qui descendait au pont inférieur, sous les installations dont il avait connaissance jusqu'à présent, comme la cuisine ou la salle de sport. Après un bref trajet dans un couloir métallique, ils débouchèrent dans une pièce aux murs recouverts d'écrans ; tout un côté était occupé par une longue console constellée de commandes, derrière laquelle se dressait une rangée de fauteuils vissés au plancher.
    
    « Nous gardons un œil sur les opérations tout au long de l'intervention, expliqua monsieur Sig, de façon à pouvoir intervenir en cas de soucis. Par exemple, si un plongeur n'est plus en mesure de piloter, il est possible de prendre le contrôle du Paladion, au moins pour le désengager. Nous pouvons aussi lancer des diagnostics d'urgence en cas d'avaries. »
    
    Cette notion de pilotage à distance rappela désagréablement à Lukas le système de circulation de Stellae.
    
    « Nous contrôlons surtout les signaux vitaux des plongeurs, poursuivit Vodo. C'est important que leur corps ne soit pas soumis à un stress trop intense. Nous avons un profil personnalisé pour chacun d'entre eux, afin de suivre au mieux les réactions de son métabolisme.
    
    — C'est d'autant plus important, ajouta monsieur Sig, qu'ils perdent toute conscience de leur corps : ils ne ressentent et contrôlent plus que celui du Paladion. »
    
    Lukas frémit : s'il avait pu être tenté de se soumettre à l'infusion, l'idée lui était vite passée. Il fallait être un peu fou pour s'interfacer avec une gigantesque machine humanoïde. Une question lui vint à l'esprit :
    
    « Mais dans ce cas... les pilotes ne souffrent pas quand leur Paladion est endommagé ?
    
    — Ils le sentent, mais pas en termes de douleur, ou cela les rendrait moins efficaces. »
    
    Encore heureux, songea-t-il avec un léger frisson.
    
    « Et les écrans ? demanda-t-il, histoire d'aborder un sujet moins perturbant.
    
    — Chaque Paladion, expliqua Vodo, possède une caméra frontale qui permet de visualiser sa situation – et celle des autres Paladions. »
    
    Lukas opina ; il réalisa qu'à peine il obtenait une réponse, qu'une autre interrogation se mettait à le turlupiner :
    
    « Mais comment font les pilotes pour communiquer avec vous, s'ils flottent dans ce liquide ? Je veux dire... ça ne doit pas être des plus pratiques !
    
    — C'est plutôt simple, répliqua monsieur Sig en souriant : chaque Paladion est équipé d'une synthèse vocale, paramétrée pour ressembler à la voix du plongeur.
    
    — Enfin, en principe, ajouta Vodo en riant. Tu ne peux pas avoir le nombre de farces qui ont pu être faites sur ce truc... C'était drôle d'entendre Varen avec voix de fillette de huit ans, Sila avec un accent de poissarde, ou Ayrith retrouver la voix qu'il avait avant de muer... »
    
    Lukas les écouta avec une stupeur consternée : comment des gens qui exerçaient un métier aussi périlleux pouvaient-ils se faire ce genre de blagues de petite école ?
    
    « Je sais ce que tu penses, déclara monsieur Sig d'un ton amusé. Que mes plongeurs se conduisent comme des gamins. Mais quand on mène des missions aussi dangereuses, il est capital de pouvoir décompresser de temps à autre. C'est très important de ne pas se prendre trop au sérieux, tout en accomplissant correctement sa tâche. Mais tu comprendras cela avec le temps, je pense... »
    
    Vodo ricana :
    
    « Mais Sig, tu sais combien on est sérieux quand on est jeune... Il n'y a qu'à voir Shimmer et Sila ! C'est toujours un peu difficile de les dérider, ces deux-là. On croirait que le monde repose sur leurs épaules. Mais en réalité, c'est parce qu'ils n'en ont pas encore assez bavé. S'ils avaient dû faire face aux crasses que Varen et Ayrith ont traversées, ils apprendraient à faire la part des choses... »
    
    Lukas fronça les sourcils : il pouvait imaginer que Varen avait déjà une expérience solide et parfois difficile. Mais il parvenait moins bien à cerner Ayrith : sa désinvolture, le soin qu'il prenait à parfaire son apparence entraient en contradiction avec la pointe de cynisme qu'il manifestait par moments et sa vision très terre à terre de la société. Après l'exposé qu'il avait fait à Mercurius et les remarques de Vodo dans les cuisines, le garçon n'avait pu s'empêcher d'en tirer une conclusion un peu dérangeante :
    
    « Monsieur Sig... Ayrith... est-ce qu'il vient vraiment de l'Untercity ? »
    
    Le directeur d'Armatis s'enfonça dans son fauteuil en soupirant :
    
    « Il n'aime pas qu'on en parle, mais il ne le cache pas réellement non plus. Je l'ai rencontré il y a huit ans. J'étais allé chercher du matériel dans l'Untercity auprès de certains de mes contacts et ils m'ont envoyé ce gamin pour me guider... »
    
    Il fronça légèrement les sourcils :
    
    « Même s'il ne le montre pas vraiment, Ayrith est un garçon extrêmement intelligent, avec un très grand cœur. J'ai trouvé triste de laisser quelqu'un d'aussi prometteur perdu dans la jungle de l'Untercity. Je m'étonne même que personne ne lui ait jamais proposé de meilleures perspectives. Mais à part quelques petites sociétés telles que nous ou Mercurius, la plupart des employeurs sont aveugles aux talents bruts. Ils préfèrent aller directement chercher des plongeurs ou autres techniciens « prêts à l'emploi » formés dans les instituts du Haut Terra... ou nous prendre nos apprentis une fois que nous avons pris la peine de les former !
    
    — Sig a le don de ramener des chiens perdus sans collier », ajouta Vodo, un peu moqueur, le nez penché sur la console.
    
    Lukas ne savait pas ce qui le gênait le plus : l'appréciation un peu trop superlative de monsieur Sig à l'égard d'Ayrith, ou l'idée que lui-même faisait partie de ces « chiens perdus sans collier » dont parlait Vodo. Il décida de garder le silence.
    
    Le mécanicien se leva et se tourna vers le directeur :
    
    « Prends les écrans, Sig. Je pars au hangar superviser la plongée. Tu m'accompagnes, Lukas ? »
    
    Le garçon hocha la tête, soudain avide d'approcher de nouveau les gigantesques créatures métalliques.
    
    

Texte publié par Beatrix, 26 décembre 2016 à 17h04
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