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Tome 4, Chapitre 8 « Vince » Tome 4, Chapitre 8
Les yeux perdus dans son café, Vince tentait de revenir à la réalité. Cela faisait un peu plus d'une heure qu'il était réveillé, mais il avait du mal à se sentir alerte. Il était également préoccupé par Ileana. Le regard qu'elle lui avait adressé quand il avait émergé ne laissait rien présager de bon.
    
    Sa mère préparait le dîner à ses côtés. Bien qu'elle n'ait rien dit, se contentant de le serrer contre elle lorsqu'il s'était approché, le fracas des ustensiles prouvait son trouble.
    
    Il s'en voulait d'avoir inquiété tout le monde, mais pas au point de regretter. Il se sentait bien et satisfait, la Surcharge n'était plus qu'un lointain souvenir. L'aura de ses ancêtres était plus claire que jamais. D'une simple pensée, il pouvait se connecter à eux, sans même avoir besoin de fermer les yeux pour se projeter dans son esprit. Depuis son réveil, la présence de Lucien dominait celles des autres, même si parfois Magalie prenait un court instant le dessus, comme lorsque leur mère avait été dans son champs de vision.
    
    — Où est Covalt ?
    
    — Ton père lui montre sa chambre pour cette nuit. On attend encore des nouvelles de nos collègues…
    
    — Vous le considérez comme sûr ?
    
    — Rien ne nous laisse penser le contraire, Ileana ressent uniquement de la peur et du chagrin dans son aura. Même s'il est très bon comédien, je vois mal comment il pourrait tromper une Sensible.
    
    Vince acquiesça, déjà en train de se projeter dans de futurs essais magiques.
    
    — Tu comptes vraiment lui venir en aide ? poursuivit Éloïse.
    
    — Peut-être. Ça va dépendre de ce que donne ma maîtrise de la magie. Jaelyn tranchera. Je lui fais confiance pour le faire en toute objectivité.
    
    — Vincent, je ne sais pas ce qu'il s'est passé et je ne suis pas sûre de vouloir le savoir, mais Ileana a été très secouée.
    
    — J'ai vu.
    
    — Elle t'a défendu quand on a voulu descendre pour t'arrêter. Vous avez parlé ?
    
    — Pas encore.
    
    Elle n'ajouta rien, mais cela suffit à Vince pour se sentir coupable. La tasse toujours en main, il descendit les marches puis continua jusqu'à sa chambre, vide. Il revint sur ses pas et tenta sa chance dans celle d'Ileana. Un écoulement d'eau dans la salle de bain lui indiqua qu'il était au bon endroit. Vince s'immobilisa lorsque la voix de sa Dimidiam lui parvint, étouffée.
    
    — Je monte dès que je suis habillée.
    
    — Je veux parler.
    
    — Il y a quelque chose à dire ?
    
    Il y avait beaucoup d'amertume dans sa réponse. Vince s'assit sur le lit. Il se demandait ce qui provoquait sa soudaine rancoeur. Elle savait ce qu'il allait faire dans le Subsidium et d'après leurs échanges elle avait conscience que ça pourrait se révéler dangereux. Il se doutait qu'il s'était produit quelque chose qui avait dû la perturber, mais était incapable de définir ce que ça aurait pu être.
    
    Plongé dans ses pensées, il finit son café en attendant que la jeune femme sorte et déposa la tasse sur la table de chevet. Depuis leur première rencontre, les « discussions » avec Ileana avaient souvent tourné à la dispute. Il n'avait jamais été doué pour entamer sereinement le dialogue. Elle l'interpella depuis l'autre pièce :
    
    — On va aller aider Prosper ?
    
    L'échange s'annonçait encore plus délicat que prévu.
    
    — Je ne sais pas si je vais y aller, il faut d'abord que je fasse quelques tests. Jaelyn les supervisera.
    
    Ileana sortit de la salle de bain en marmonnant le prénom de leur amie sur un ton plein d'amertume. Elle avait des cernes qui n'étaient pas là le matin. Il poursuivit, conscient qu'il faudrait crever l'abcès à un moment ou à un autre.
    
    — Mais toi…
    
    Elle se tourna vers lui, les larmes au bord des yeux. Des larmes de fureur.
    
    — Mais moi, non ? Qu'est-ce qu'il te faut exactement pour que tu cesses de me considérer comme un poids ? Que je m'entraîne au point de ne plus tenir debout ? Non, ça ne suffira toujours pas… mmmmh, il faut que je tue quelqu'un ? Je fais tout ce que je peux, je sais qu'en l'état je n'ai pas les compétences de Jaelyn, mais je…
    
    Vince tombait des nues.
    
    — Je t'assure que tu n'es pas un poids.
    
    Le reniflement dédaigneux qu'elle lui adressa lui servit de réponse.
    
    — Est-ce que tu peux me raconter ce qu'il s'est passé durant ma crise ?
    
    Sa colère disparut soudainement, elle serra ses bras autour d'elle.
    
    — Tu as failli mourir. Ton aura a disparu durant quelques secondes. Si Jaelyn t'avait injecté la drogue, je suis persuadée qu'elle t'aurait tué.
    
    Vince fit le rapprochement avec le moment où Agathe l'avait envoyé contre le mur. Il avait eu la sensation d'avoir perdu conscience et de toute évidence ce n'était pas qu'une impression. Il s'était réveillé dans une bulle d'eau où Agathe ne pouvait plus l'atteindre, et il avait eu besoin d'un certain temps pour retrouver un peu de force et reprendre le combat. Lucien avait été d'une grande aide à ce moment-là.
    
    — J'ai ressenti ta présence. Ça m'a aidé à remonter.
    
    — C'est tout ce que je pouvais faire ! Ça et m'accrocher à l'idée que tu allais y arriver. Et tu me demandes de recommencer ? Tu veux partir pour une mission, seul, sans aucune garantie et avec peu de renforts.
    
    — Seulement si Jaelyn…
    
    — Arrête. Tu aurais vraiment fait tout ça pour finalement accepter de ne pas y aller ? Soit tu te mens à toi-même, soit tu me prends vraiment pour une imbécile !
    
    — J'ai envie de me croire raisonnable…
    
    — Dit-il alors qu'il vient d'anéantir le travail d'un Équilibreur en libérant sa Surcharge sur une simple conviction.
    
    — On est d'accord qu'à la base ce n'est pas une tendance naturelle…
    
    Elle lui offrit un maigre sourire avant qu'un frisson ne le fasse disparaître.
    
    — Ce vide… Je n'arrive pas à me défaire de la sensation. Tu as vécu avec ça durant neuf mois ?
    
    — Parfois j'avais l'impression de ressentir ta présence. Je pensais que c'était des sensations fantômes, mais peut-être que c'était parce que tu étais moins droguée. Et puis, je me suis plongé dans le travail. Ça m'a aidé à tenir. Mais de l'avis de Janaya, j'avais l'air déconnecté en permanence.
    
    — Qu'est-ce qui va se passer demain quand tu seras éloigné ?
    
    — Ça ne va pas être agréable, je pense que tu l'as compris. Mais tu pourras te rattacher à mon aura. Même de loin, tu la ressentiras. Le mieux est de rester concentrée dessus, ça rend les choses plus faciles.
    
    — Quand est-ce que tu vas faire ton test ?
    
    — Je vais demander à Jaelyn de m'assister après le dîner. La sieste m'a fait du bien. Tu veux venir ?
    
    — Je pense qu'il ne vaut mieux pas. Ça va m'énerver de te voir avec elle.
    
    — Tu es jalouse de Jaelyn ?
    
    Son silence répondit pour elle. Vince ne put retenir son rire tant cela lui semblait incongru. Il retrouva son sérieux face au regard noir d'Ileana.
    
    — Non, mais… après ta disparition, j'ai fait équipe avec des Mages. Je détestais ça, prendre le contrôle de ce qu'ils créaient provoquait au mieux une légère migraine, au pire des nausées irrépressibles ! Même si c'est moins désagréable avec Jaelyn, j'espère éviter d'avoir à me lier à sa magie si je le peux.
    
    — Tu penses réellement que ce sera possible ? Alors que vous serez en mission ?
    
    — On n'est pas mauvais l'un et l'autre et Jaelyn n'y tient pas plus que moi. On ne liera nos magie que si nous y sommes forcés.
    
    Lorsque des coups à la porte se firent entendre, Vince sursauta. Ileana indiqua sans prononcer les syllabes qu'il s'agissait d'Aymeric et elle l'invita à entrer.
    
    — On ne va pas tarder à manger.
    
    — On monte, répondit Ileana.
    
    Elle se dirigea vers la porte sans un regard pour Vince. Il était rongé par la culpabilité. Il s'était juré de la protéger. Il était hors de question qu'elle aille en mission sans y être suffisamment préparée. Mais il lui imposait une autre sorte de souffrance et s'en voulait. Il aurait aimé se promettre de l'épargner ensuite, une fois Prosper mis à l'abri, mais étant donné les mois compliqués qui s'annonçaient, il doutait de pouvoir tenir parole.
    
    xxx
    
    Concentré sur l'étendue de l'étang, Vince créait un clapotis digne d'un océan. Les canards sauvages, agacés d'être ainsi dérangés, n'en finissaient pas de cancaner. Il sentait Magalie réagir en diapason et sa joie enfantine avait quelque chose de plaisant et lui donnait le sourire.
    
    Jaelyn rompit le charme de l'exercice répétitif.
    
    — Je pense qu'on peut s'arrêter là : tu as fait tes preuves, tes parents se sont même rangés à mon avis ce qui était loin d'être gagné. À présent, on a l'un et l'autre besoin de dormir pour être prêt demain.
    
    Vince relâcha le contrôle qu'il avait sur l'eau de l'étang et il ressentit la déception de sa soeur. Très vite sa présence disparut au profit de celle de Lucien, stable, rassurante.
    
    — Il est quelle heure ?
    
    — Vingt-deux heures.
    
    — Déjà ?
    
    Jaelyn avait donné son aval une heure plus tôt après une pratique de la magie en commun. Ils l'avaient fait par obligation, ne prenant aucun plaisir à l'expérience. Même si Vince n'en avait rien dit, il trouvait l'aura de son amie changée, plus pesante que dans son souvenir, comme si un poids restait sur ses épaules pendant qu'ils pratiquaient en duo. Cela n'était néanmoins pas douloureux : la jeune femme pouvait se connecter à n'importe qui ou presque sans effets secondaires handicapants.
    
    Ses parents s'étaient présentés peu après, bien décidés à donner leur propre avis. Ils n'avaient rien trouvé à dire, bien que, Vince en était persuadé, sa mère ait cherché un long moment. Il avait retrouvé sa puissance et sa maîtrise. Elle était même meilleure puisque la matière qu'il manipulait n'était plus agitée de soubresauts comme par le passé. Il supposait que c'était l'effet de ses ancêtres sur sa magie qui était à l'origine de ce changement. Il n'était pas rentré ensuite, il avait ressenti le besoin de poursuivre ses expérimentations pour s'habituer à la présence de ses ancêtres.
    
    Bien que ce fut agréable, Jaelyn avait raison : il était temps de rentrer. Il suivit son amie vers la maison où ils trouvèrent Covalt qui fumait devant la baie vitrée. À la vue du nombre de mégots qui s'accumulaient dans le cendrier, cela faisait un moment qu'il était là.
    
    — Vous êtes sûrs de vous ? demanda-t-il, la main agitée de tics.
    
    Jaelyn lui adressa un sourire sarcastique.
    
    — Un peu tard pour vous répondre par la négative, non ? Ne vous en faites pas pour nous, on est rodés à ce genre de mission et on n'a pas tout oublié en quelques semaines. Et vous nous avez donné assez d'infos pour nous y préparer. Infos qui ont en plus été recoupées par des collègues de Kamil et Éloïse, un vrai luxe !
    
    Vince ressentit des changements dans l'aura de sa Dimidiam.
    
    Il s'excusa en quelques mots avant de descendre. Il avait à peine poussé la porte de la chambre d'Ileana qu'il fut accueilli par un coussin. Très vite suivi d'un deuxième. Ileana était sur son lit, la joue, mouillée de larmes, posée sur un de ses genoux. Elle détourna rapidement les yeux. Il ramassa les projectiles inoffensifs et vint s'assoir près d'elle, les mains croisées entre les cuisses.
    
    — Un cauchemar ?
    
    — Bien vu, Sherlock !
    
    Elle renifla bruyamment. Il n'aurait pas dû, mais il ne put retenir un sourire. Ce n'était pas la première fois qu'il la voyait dans un tel état et il y avait quelque chose de réconfortant à retrouver un peu de l'Ileana d'avant.
    
    — On travaillera quand je serai de retour. Ensemble.
    
    — Tu as intérêt à rentrer demain. Ou je te traque et je te tue. À nouveau, si c'est nécessaire.
    
    — C'est noté.
    
    — Je vais me rincer le visage. Tu me laisserais ?
    
    — Bien sûr.
    
    Il quitta la pièce et referma doucement la porte derrière lui. L'idée d'Ileana lui parut bonne et il prit une douche qui lui fit le plus grand bien. Lorsqu'il sortit, il sentit l'aura d'Ileana se troubler pour la deuxième fois. Il récupéra une couverture et se dirigea à nouveau dans la chambre de sa Dimidiam. Il entra sans frapper. Elle ne bougea pas, roulée en boule sous ses draps.
    
    — Pousse-toi un peu, grogna-t-il.
    
    Elle se décala et il put s'allonger sur la couette à ses côtés. Il se couvrit et tourna le dos à la jeune femme.
    
    — Bonne nuit, Ileana. Essaye de dormir.
    
    Elle se colla contre lui et il ne fit rien pour s'éloigner. Par expérience, Vince savait que lorsque l'angoisse de perdre son Dimidiam était forte, rien ne valait le contact physique pour apaiser la sensation. Il espérait que ça l'aiderait à trouver le sommeil.

Texte publié par Sizel, 26 février 2018 à 14h16
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