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Tome 3, Chapitre 4 « Vince » Tome 3, Chapitre 4
Vince avait du mal à rester concentré. Si Ileana ne se préoccupait pas qu'il les suive, il y aurait fort à parier qu'il se serait perdu depuis longtemps. Janaya cherchait un café où ils pourraient s'installer pour qu'Aymeric se renseigne sur la situation en Europe. La veille, ils avaient passé une bonne partie de la journée à récupérer aussi bien du décalage horaire que des derniers évènements. En vérité, Vince n'avait pas vu les heures s'écouler, plongé dans un lourd sommeil qui l'engluait encore.
    
    — Celui-ci ? interrogea Jaelyn.
    
    Elle pointait du doigt un étroit commerce surpeuplé. Janaya détailla la vitrine, les yeux plissés. Elle fit un pas de côté pour ne pas gêner le passage des Japonais qui se pressaient dans la galerie marchande souterraine. Le large couloir qui donnait sur de petites devantures surchargées d'articles était une vraie fourmilière, mais étrangement, Vince ne se sentait pas oppressé même si l'absence d'échappatoire l'inquiétait.
    
    — Au moins, il a l'air d'y avoir du WiFi gratuit, énonça Janaya. Bon par contre, pas sûr qu'on trouve une place assise pour tout le monde. Jaelyn et moi, on entre en éclaireurs. À tout de suite !
    
    Ileana, Aymeric et Vince se rapprochèrent de la vitrine pour s'écarter du flux humain et ne pas se faire bousculer. Les mains dans les poches, la tête basse, Vince fixait le carrelage, le regard éteint. Il entendait à peine Ileana et Aymeric faire des commentaires plus ou moins discrets sur les jeunes gens qui passaient.
    
    Avec peine, il reprit le contrôle d'une vague d'énergie tellurique. Dans son inconscient, Lucien retrouva sa place derrière son bureau. Vince l'avait vu succinctement en fin de nuit et son ancêtre avait l'air d'avoir vieilli de dix ans. Ses cheveux avaient grisonné, ses yeux bruns se perdaient dans les ombres violacées de ses cernes. Lucien luttait contre les courants qui l'emportaient, mais y parvenait avec de plus en plus de difficultés. Vince était souvent obligé d'intervenir pour calmer sa magie et ses pulsions. Cela le fatiguait d'autant plus. Ils avaient pensé à beaucoup de choses pour optimiser leur fuite, mais pas à l'instabilité de la terre au Japon qui attisait sa surcharge.
    
    — Vince ? l'appela Ileana à ses côtés.
    
    — On ne pourra pas rester ici bien longtemps… pesta-t-il.
    
    — On en parle à l'intérieur ?
    
    Il leva la tête, surpris d'entendre Janaya : il n'avait pas remarqué qu'elle était revenue.
    
    — Il y a de la place ? s'étonna Vince.
    
    — On s'en est fait, s'amusa-t-elle le sourire en coin.
    
    Les Japonais étaient d'une nature craintive et Vince n'avait aucun mal à imaginer Janaya en terrifier quelques-uns en parlant fort ou à l'aide de regards appuyés. En d'autres circonstances, il lui aurait fait la morale, mais pas aujourd'hui. Il était de toute façon fort probable qu'elle n'aurait pas agi ainsi si la situation ne l'avait pas imposé. Ils se faufilèrent jusqu'à une table contre la vitrine et Vince s'écroula plus qu'il ne s'assit.
    
    — Je vous prends quoi ? demanda Jaelyn.
    
    — Un café ! s'exclama Vince.
    
    Plusieurs Japonais leur lancèrent des regards étonnés et le jeune homme se tassa sur son siège. Les autres passèrent commande de façon plus discrète et Jaelyn s'éloigna.
    
    — Tu sors l'ordi, Aymeric ? le pressa Janaya.
    
    Pendant qu'il ouvrait son sac, elle se tourna vers Vince.
    
    — Qu'est-ce que tu disais dehors ?
    
    — Que je ne vais pas pouvoir rester trop longtemps sur le sol japonais : l'instabilité des courants augmente les risques de crise et leur force. Ces dernières heures, ça me demande une concentration constante pour ne pas plonger. Ça m'épuise. Mon ancêtre lié à la terre qui est pourtant le plus calme des quatre, a également du mal à rester à sa place.
    
    Janaya prit soudain une expression fuyante. Elle joua avec une serviette abandonnée là par les clients précédents.
    
    — Tu as conscience que tes ancêtres n'existent pas réellement ?
    
    — Ils ont existé, répliqua-t-il.
    
    —Peut-être, concéda la Colombienne. Mais malgré tout, c'est juste un délire qui s'appuie sur des faits réels. Ton ancêtre ne t'aide pas à garder le contrôle Vince, tu es le seul à agir.
    
    — Tu en riais, il y a quelques jours.
    
    — Il y a quelques jours, tu te qualifiais toi-même de fou et tu ne sous-entendais pas que l'un d'eux puisse prendre le contrôle…
    
    Le jeune homme aurait aimé se défendre, mais il ne voyait pas comment le faire sans confirmer les doutes de la Colombienne concernant sa santé mentale. Il avait conscience que sa folie s'accentuait : être hanté par ses défunts ancêtres, ne lui posait plus de problème particulier et même, il ne le remettait plus en question. Néanmoins, il avait la sensation qu'ils l'aidaient à maintenir sa magie sous contrôle. Pour lui leur existence était réelle, leur rôle également.
    
    — Vince ? insista Janaya.
    
    — Ils font partie de moi. De ma capacité à me maîtriser également.
    
    — Garde à l'esprit que c'est un signe de folie et peut-être que ça en restera là.
    
    Son état attristait Janaya et Vince le savait. Elle s'inquiétait pour lui, bien plus que pour sa sécurité à ses côtés. Il aurait pu acquiescer pour la rassurer, mais ça aurait été lui mentir et il ne le souhaitait pas : elle devait prendre conscience que les choses s'aggravaient et que cela ne se limitait pas à une fatigue chronique.
    
    — Janaya, je sais que c'est difficile à comprendre : je n'y arrive pas moi-même, mais leur présence, même si ce n'est que dans ma tête, a un réel impact. Je ne sais pas si ça durera, mais pour le moment, ils cherchent à m'aider.
    
    — Tu ne dois…
    
    Ileana la coupa d'une voix rêveuse :
    
    — C'est vrai que maintenant que tu le dis, ta magie est différente, même si je ne peux pas faire de comparaison avec celle que tu possédais avant ta surcharge : je ne t'ai jamais vu l'employer.
    
    Janaya et Vince réagirent de concert.
    
    — Pardon ?
    
    — Quand tu parles de tes ancêtres qui ont le contrôle jusqu'à un certain point, je sens effectivement des variations. Jusqu'à un certain stade d'agitation, tu es passif et pourtant, cela ne dégénère pas. Et lorsque la magie prend des proportions dangereuses, c'est comme si tu reprenais les choses en main. C'est assez difficile de mettre des mots dessus, mais je crois ressentir ce que tu viens d'expliquer.
    
    Janaya la dévisageait avec stupeur et Vince n'avait aucun mal à reproduire le cheminement de ses pensées. Il voyait le doute naître dans ses yeux. Il savait que jusque-là, la Colombienne faisait confiance aux intuitions d'Ileana. Malgré l'inexpérience, malgré l'amnésie. Parce qu'elle n'avait pas le choix. Parce qu'Elaine ne leur avait pas dit de s'en méfier. Parce qu'il s'agissait d'Ileana et qu'il y avait de bonnes raisons de penser que c'étaient ses souvenirs qu'elle avait oubliés et non sa maîtrise. Néanmoins, il comprenait que Janaya ne pouvait croire que ses ancêtre aient un rôle tangible. Aux yeux de cette dernière ce n'était qu'un effet secondaire de la surcharge. Il la connaissait assez pour savoir qu'elle jugeait la confirmation d'Ileana au mieux comme étant irresponsable car elle confortait Vince dans sa folie, au pire comme une raison de mettre en doute ses capacités de Sensible.
    
    Il mourrait d'envie de lui adresser une remarque cinglante, mais la retint. Il ne voulait pas ajouter des tensions, ce n'était pas le moment. De toute façon, la connaissant, cela ne durerait pas.
    
    — Aymeric ? appela la Colombienne alors que son regard passait toujours de Vince à Ileana.
    
    — Ouais, j'ai trouvé le bon sujet.
    
    — Ça donne quoi ? le relança Vince avec espoir.
    
    — C'est compliqué.
    
    Jaelyn les rejoignit et déposa un plateau chargé de boissons et de cookies appétissants. Elle jeta un coup d'oeil suspicieux à sa sœur qui fit un discret signe de la main pour lui signifier qu'elles en parleraient plus tard. Le geste aurait pu passer inaperçu, mais Vince les connaissait trop bien pour que ça lui échappe. Janaya revint à Aymeric, comme si de rien n'était.
    
    — Tu peux être plus précis ?
    
    — Les aéroports de Munich et de Francfort sont sûrs la plupart du temp, mais ça reste instable et les briseurs y font encore des rapts.
    
    Jaelyn reposa sa tasse pour prendre la parole d'un ton professoral :
    
    — Pour résumer, en partant d'ici, on peut savoir ce qu'il en est en Europe, mais la situation peut évoluer durant le vol.
    
    — Oui, il n'y a aucune garantie, approuva Aymeric.
    
    — Alors peut-être qu'on peut prendre le risque de quitter le Japon rapidement, énonça Janaya qui dévisageait Vince avec insistance. Une fois sur place, entre Jaelyn et moi qui avons l'habitude de gérer les situations délicates et Ileana qui repère les anomalies grâce à sa Sensibilité, nous sommes probablement mieux armés que la moyenne.
    
    Vince reposa sa tasse, vidée d'un trait.
    
    — Il est sacrément dilué leur café ! Quand tu parles de rapidement, tu veux dire quelques jours ? Heures ?
    
    — Pas ce soir, mais demain si possible. Tu ne pourras pas dormir dans l'avion, il y a trop de risques que tu perdes de nouveau le contrôle. Autant que tu profites d'une bonne nuit avant de partir. Autre chose Aymeric ?
    
    — C'est bien le Millionnaire qui est responsable des dégâts à Roraima. Même si nous n'avons fait aucune annonce, les informations évoquent de plus en plus des pertes humaines. Des locaux sont interviewés et parlent de lieux hantés, d'étranges habitants sous la montagne. Il y a des vidéos de gens fuyants par les flans ou dans la forêt, donc il va forcément en ressortir quelque chose.
    
    — Et concernant l'existence des Mages ?
    
    — Pareil, il est de plus en plus difficile de le dissimuler. Les preuves se multiplient aussi bien en vidéo qu'en témoignages divers et varié, mais rien n'a été officiellement annoncé : ni par nous ni par les autorités gouvernementales.
    
    — Qu'est-ce qui domine pour le moment ?
    
    — Ça varie beaucoup. Et c'est délicat de se faire une idée précise en se fiant à ce que je peux voir sur Internet : les réactions y sont souvent exagérées et ce sont les positionnements extrêmes qui ressortent. Certains souhaitent imposer un fichage, d'autres voudraient qu'on prenne la parole. Beaucoup se demandent quelle proportion de la population est touchée, si ça se limite à un continent… Bref, beaucoup de questions et de méfiance.
    
    — Je doute que Rasma s'exprime, mais Dumont l'envisage peut-être, évoqua Vince.
    
    Le dirigeant de la colonie européenne était bien plus porté sur la communication et le paraître que son homologue sud-américaine. Il n'avait jamais plu à ses parents et Vince n'avait pas réussi à le cerner l'unique fois où il l'avait rencontré. La méfiance de ses parents renforcée par la sienne expliquait qu'il soit parti étudier en Amérique du Sud bien qu'il soit français. Rasma était autoritaire, poussait souvent ses agents dans leurs retranchements, mais elle les respectait et faisait preuve d'une franchise qui était toute à son honneur.
    
    — Il vaudrait probablement mieux, commenta Jaelyn. Dans le cas contraire, ça va être un joyeux bazar et ceux qui seront écoutés, ne seront peut-être pas les bonnes personnes. Certains mages ont des idées d'une race supérieure et autres conneries du genre. Un mot en trop et ça va devenir explosif.
    
    — Il est clair qu'on ne peut écarter le risque d'affrontement à grande échelle, soupira Janaya. Bon si on a fini, on rentre à l'hôtel pour préparer le retour en Europe puis en France.
    
    Vince serait bien resté un peu plus longtemps assis, mais se leva néanmoins. Sans enthousiasme, il retrouva la foule de Japonais qui se pressait dans les couloirs souterrains du métro. Sans mettre le nez dehors, ils rejoignirent leur hôtel relié au réseau.
    
    Jaelyn s'arrêta au milieu des marches et regarda les lettres dorées qui composaient le nom de leur point de chute.
    
    — Peut-être qu'il vaudrait mieux qu'on change d'hôtel pour ce soir ?
    
    — Tu crois ? s'interrogea à son tour Janaya. On repart demain de toute façon. Si aucun vol ne nous convient, on prendra un hôtel près de l'aéroport.
    
    — On ne sait pas qui étaient ces types à l'aéroport, insista Jaelyn. Peut-être que c'était le hasard, mais peut-être que c'étaient des briseurs.
    
    — Ou des membres de la colonie asiatique, ajouta Vince.
    
    Janaya sembla soudain moins sûre d'elle. Elle fixait tour à tour Jaelyn et Vince.
    
    — La colonie asiatique, on les considère en amis ou ennemis ?
    
    — Dans le doute, autant s'en méfier. Leur positionnement n'a jamais été clair.
    
    — Ileana ? s'inquiéta la Colombienne. Tu sens quelque chose ?
    
    — Pas facile de se concentrer dans le couloir. Il y a beaucoup de passage.
    
    Vince appliqua une légère pression dans l'épaule de sa Dimidiam pour l'encourager à entrer.
    
    — Dans le hall, ça sera probablement mieux, exposa-t-il. Sinon, on verra dans les chambres ou à l'étage le plus haut pour limiter les interférences.
    
    — Si elle n'a pas une bonne visibilité dans les chambres, ça ne servira à rien d'aller sur les toits : passer la nuit ici sera de toute façon inenvisageable.
    
    Ileana s'offusqua :
    
    — Déjà je suis là et je peux parler en mon nom !
    
    Janaya marmonna des excuses alors que la jeune femme poursuivait :
    
    — Ensuite, j'ai dit que c'était compliqué dans les escaliers, pas impossible ! Je n'ai pas eu la moindre difficulté hier à user de ma sensibilité à l'aéroport, je ne vois pas en quoi ce serait différent aujourd'hui !
    
    Vince ne retint pas son sourire, tout comme Aymeric : cela faisait du bien de la voir retrouver un peu de caractère. Le jeune homme ressentait des changements jusque dans sa magie. Lorsque leur lien s'était réveillé, il avait senti qu'elle étouffait son don. À présent, celui-ci retrouvait une intensité familière. Il faudrait bientôt compter avec elle, elle ne resterait pas passive encore bien longtemps.
    
    Ileana prit la direction d'un petit salon placé dans un coin du hall d'accueil. Pendant qu'elle s'asseyait, Vince prit appui contre le mur près d'elle et Aymeric feuilleta d'un air faussement intéressé les prospectus sur un présentoir. Janaya et Jaelyn étaient en retrait et discutaient à voix basse. Le jeune homme observait l'échange sans en entendre un mot, mais cherchait un indice qui pourrait lui indiquer la raison de leur dispute. Il était rare de les voir montrer un désaccord de façon aussi ouverte. Sa surcharge devait en être en partie responsable, mais il y avait probablement autre chose.
    
    Vince retint sa respiration une fraction de seconde avant de relâcher son souffle. Lucien avait de nouveau failli perdre le contrôle. Il capta le regard d'Ileana et lui offrit un sourire. Elle ne prit pas la peine de le lui rendre.
    
    — Janaya a raison, affirma-t-elle. Plus vite nous quitterons le pays, mieux ce sera.
    
    Ileana se leva et chercha les jumelles des yeux. Lorsqu'elle comprit qu'elles étaient en plein tête-à-tête, elle s'adossa à son tour contre le mur. Vince murmura :
    
    — Quelque chose à signaler ?
    
    — Hormis que Jaelyn a une magie chaotique, non.
    
    — Jaelyn ?
    
    Vince jeta un coup d'œil à la jeune femme en question. Les signes de contrariété étaient bien moins visibles que chez sa sœur. Janaya arborait un air renfrogné et avait croisé les bras sur sa poitrine.
    
    — Sa magie est assez… ombrageuse. Calme puis s'agitant d'un coup ! Depuis quelques minutes, elle n'arrive pas à s'apaiser, même au contact de sa sœur.
    
    Une des seules fois où ils en avaient parlé, Ileana avait qualifié la magie de Jaelyn de lunatique. Avec le recul, ombrageuse était un mot qui convenait mieux à la Colombienne.
    
    — Qu'est-ce qui l'inquiète ? s'interrogea Aymeric.
    
    Vince ne l'avait pas entendu arriver. Ileana ne paraissait pas étonnée : sa Sensibilité la préservait de ce genre de surprises. Cette dernière haussa les épaules.
    
    — Aucune idée.

Texte publié par Sizel, 7 septembre 2017 à 10h10
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