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Tome 3, Chapitre 2 « Ileana » Tome 3, Chapitre 2
Sans aller jusqu'à le qualifier de luxueux, l'hôtel choisi par Janaya n'était pas à la portée de toutes les bourses. Aymeric s'en étonna.
    
    — On aurait peut-être été plus discrets dans un établissement moins huppé.
    
    Piqué à vif, Janaya devint narquoise.
    
    — Oh, je suis vraiment désolée ! Comment ai-je pu oublier que tu étais un expert en matière de fuite ! Promis, la prochaine fois, je te demande ton avis.
    
    Face aux moqueries de la Colombienne, le visage d'Aymeric se ferma. Si Janaya pouvait se montrer très patiente avec Vince ou elle, Aymeric ne bénéficiait pas du même traitement de faveur. Finalement, ce fut Vince qui expliqua ce choix :
    
    — Avec notre physionomie d'Occidentaux, nous ne pouvons pas passer inaperçus. Néanmoins, en privilégiant le centre-ville et ce type d'hôtel, il y a plus de chances qu'on soit noyé dans la masse des étrangers. Théoriquement, nous ne devrions pas rester très longtemps, autant profiter d'un minimum de confort pour nous reposer. Dans deux jours, on changera de planque et si ça s'éternise, on reverra nos critères à la baisse.
    
    La fatigue frappait Vince de plein fouet et cela se voyait physiquement. Plus voûté que jamais, les traits défaits, le teint cendreux, il se laissait entraîner plus qu'autre chose. Ils avaient acheté un bonnet et une écharpe dans une supérette pour qu'il dissimule son visage marqué par le manque de sommeil. Son état inquiétait de plus en plus Ileana qui regrettait de ne pas avoir évoqué ses doutes au moment de prendre le bus un peu plus tôt.
    
    Janaya observa les clés qu'elle tenait avec hésitation.
    
    — On va monter dans la chambre avec les trois lits, on verra après pour la répartition.
    
    Tandis qu'ils étaient dans l'ascenseur, Ileana chercha ses repères dans les flux d'énergie et les Autres qui peuplaient l'hôtel. En ce début d'après-midi, les lieux étaient en grande partie vides et bien qu'elle passât rapidement d'un étage à un autre, elle n'avait aucun mal à repérer les clients et employés qui allaient et venaient. Rien de particulier ne l'alerta et elle se concentra sur les courants magiques.
    
    Le flux près du sol était inhabituellement agité au point qu'elle se demanda si c'était naturel. Comme ses camarades ne réagissaient pas, elle en conclut que c'était normal. Elle avait déjà noté des différences entre les grandes villes et les zones rurales, mais là, c'était encore autre chose. Bien que l'énergie gardait sa lenteur caractéristique, elle était parfois traversée par de violents soubresauts.
    
    Lorsque les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, Ileana sursauta, trop concentrée sur l'analyse de la magie locale. Janaya fut la première à sortir. Elle leva le nez à la recherche de la direction à prendre pour les chambres et pesta.
    
    — Merde, elles sont à l'opposé l'une de l'autre.
    
    Bien qu'ils aient les chambres 818 et 820, la première pointait vers la droite alors que la deuxième était indiquée sur la gauche. Agacée, Janaya jouait avec les clés tout en réfléchissant. Son regard coula en direction de Vince, ce qui sembla sceller sa décision.
    
    — On verra plus tard si on en change une des deux… On ne devrait pas s'attarder trop longtemps de toute façon.
    
    Tandis qu'ils avançaient sur la moquette qui étouffait leurs pas, Ileana s'intéressa au jeune homme. La magie se connectait et se déconnectait à Vince à un rythme effréné sans que cela aboutisse à une quelconque démonstration physique. Inquiète, elle s'approcha de lui et lui prit la main. Vince ne rendit pas l'étreinte de ses doigts, mais ne fit rien pour s'en dégager. Malgré le long manteau noir qu'il portait, elle vit ses épaules s'affaisser et sentit son aura se calmer. Les flux le contournèrent, les connexions se firent plus rares.
    
    — On y est, s'exclama Janaya, de toute évidence ravie d'être arrivée.
    
    Elle ouvrit et invita sa sœur à passer devant. Ileana, juste derrière elle, découvrit une chambre à première vue propre et assez grande pour accueillir un lit où deux personnes pourraient tenir sans problème. Un autre plus petit avait été calé dans un coin de la pièce. Une fenêtre donnait sur la ville, le rebord arrivant à mi-mollet de la jeune femme. Devant, un fauteuil en similicuir clair était tourné vers l'intérieur. Sous l'énorme écran plat, une bouillotte, trois tasses et quelques sachets de thé et café instantané étaient à la disposition des clients.
    
    Bien que l'espace soit en grande partie occupé par les meubles, ils entrèrent sans peine à cinq, Ileana et Aymeric s'assirent sur les lits pour permettre à Janaya et Jaelyn de bouger plus librement. Les sacs à dos furent empilés sur les oreillers du plus grand. Vince retira son manteau, son bonnet et son écharpe pour les poser sur le dossier du fauteuil et s'affala dedans. Il poussa un soupir d'aise et laissa sa tête partir en arrière.
    
    À présent qu'il n'y avait rien pour dissimuler ses traits, les signes de fatigue et de surcharge étaient d'autant plus visibles. Les cernes n'étaient que la partie émergée de l'iceberg. Ses cheveux avaient repris leur couleur blanche. Ses yeux étaient injectés de sang et il peinait à les garder ouverts. Sa respiration, bien que lente, était laborieuse. Il était d'une pâleur inquiétante, la teinte de ses lèvres se confondant avec celle de son visage. Ses joues s'étaient creusées.
    
    Vince ne les regardait pas. Il fixait le plafond où se formaient des arabesques noires et crème. Il expira plus profondément. Il ferma les yeux et Ileana sentit de nouveaux changements dans sa magie : il dormait. Rassurée, elle reporta son attention sur les jumelles. Jaelyn hochait la tête et Janaya se tourna vers Ileana et Aymeric.
    
    — On va chercher de quoi manger.
    
    Tandis qu'elle jetait un coup d'œil à Vince, elle poursuivit :
    
    — Je doute qu'il se réveille sous peu donc on y va maintenant. Ileana ?
    
    — Oui ?
    
    — Il n'y a rien de particulier à signaler ?
    
    Ileana vérifia par acquit de conscience et secoua la tête avec assurance.
    
    — Parfait ! s'exclama Janaya. On ne devrait pas mettre trop longtemps, une demi-heure maximum.
    
    Les jumelles se rhabillèrent sous le regard anxieux d'Aymeric qui n'était pas tranquille. Peut-être à tort, Ileana ne se sentait pas en danger : Vince enfin endormi, sa magie s'était apaisée, ce qui jouait sur son humeur, elle commençait à le réaliser. Aymeric se leva et s'assit sur le large rebord de la fenêtre. Le front collé à la vitre, il avait le regard vague.
    
    — Ça ne va pas ? demanda Ileana.
    
    — La fatigue me tombe dessus… Tout s'est passé si vite, je crois que je réalise seulement maintenant que je ne reverrai jamais Roraima. Je m'imaginais architecte dans la colonie et je ne sais pas ce que je vais pouvoir faire d'autre à présent. Et certains courants d'énergie sont assez désagréables, ajouta-t-il après un instant. Je pense que ça n'aide pas !
    
    — Donc c'est bien anormal ? Je les trouvais bizarres.
    
    — Oui et non. C'est normal pour le Japon. Nous sommes sur une zone très sismique. Cela a un impact important sur la magie.
    
    — Oh ! Je ne l'aurais pas analysé ainsi.
    
    Aymeric lui offrit un demi-sourire avant de se tourner de nouveau vers la ville. Ileana extirpa son sac des autres et fit deux pas en direction de la salle de bain, mais s'immobilisa.
    
    — On a été ensemble, murmura-t-elle.
    
    Le jeune homme l'observa, troublé.
    
    — C'est une question ? Une affirmation ?
    
    — Une affirmation. Je me trompe ?
    
    — Non, répond-il, devenant pour la première fois avare en mot.
    
    — On était encore en couple au moment de ma disparition ?
    
    — Oui et non, souffla-t-il, la tête basse.
    
    — Qu'est-ce que ça veut dire ?
    
    À présent qu'Ileana était lancée, elle souhaitait aller au bout, même si cela déplaisait à Aymeric et qu'il n'y mettait pas du sien.
    
    — Je pense qu'on aurait pas tardé à rompre.
    
    — On se disputait souvent ?
    
    — Moins que toi avec Vince, s'amusa-t-il. Mais dans notre cas, ce n'était pas de simples chamailleries.
    
    — C'est à cause du lien de Dimidiam ?
    
    — Bien sûr que ça a joué, je n'arrivais pas à accepter ce que ça impliquait. Emi m'a rappelé quelques fois que si je te demandais de choisir entre lui et moi, tu n'aurais pas véritablement le choix. Si je voulais réellement avoir une relation avec toi, il fallait que j'accepte le lien si particulier qu'est celui des Dimidiams.
    
    Il se tut et Ileana allait poser une nouvelle question lorsqu'Aymeric poursuivit :
    
    — J'avais l'impression de te partager. Emi avait beau me répéter que la relation qu'on avait était très différente de celle que toi et Vince entreteniez, je n'arrivais pas à m'y faire. Tu as essayé maintes fois de me l'expliquer également, mais ça ne m'atteignait pas.
    
    — Donc tu penses qu'à cause de ça on aurait rompu ?
    
    — Je ne crois pas qu'on aurait réussi à trouver notre équilibre. Certains y parviennent, mais je ne pense pas que j'aurai fini par l'accepter. Et puis…
    
    — Oui ?
    
    — Je me demande si je n'étais pas amoureux de quelqu'un qui n'existait plus.
    
    — Je ne comprends pas…
    
    — Tu changeais. Le fait que tu deviennes agent, que tu fasses équipe avec Vince, que tu vieillisses tout simplement, tu évoluais et vite. Je retrouvais moins en toi ce qui m'avait tant fait craquer. Enfin tout ça pour dire qu'on avait quelques problèmes de communication et je crois qu'on se posait beaucoup de questions chacun de notre côté. On avait beaucoup de moments agréables que je ne regrette pour rien au monde, mais je doute qu'on aurait été beaucoup plus loin ensemble.
    
    — C'est très franc.
    
    — Je m'attendais à cette conversation, s'expliqua-t-il dans un murmure, je m'y étais préparé. Au début, je pensais te dépeindre une relation plus idyllique, mais je ne veux pas te mentir.
    
    — Merci.
    
    Elle était touchée par son aveu. Elle hésita à lui demander s'il avait encore des sentiments pour elle, mais n'y arriva pas. De toute évidence, la discussion avait été pénible pour lui et elle ne voulait pas insister. Lorsqu'il lui parlait, il semblait plus détendu, moins dans l'attente d'une quelconque réaction de sa part. C'était peut-être le signe qu'il faisait son deuil de leur relation.
    
    — Je vais prendre ma douche, dit-elle un peu penaude de ne rien trouver d'autre à ajouter.
    
    Il hocha la tête, le front de nouveau contre la vitre, le regard perdu dans le vague. Une fois la porte refermée, la jeune femme se dépêcha de se dévêtir pour filer sous le jet chaud. Cela faisait deux jours, peut-être trois avec le décalage horaire, qu'elle n'avait pas pu se laver et elle réalisa combien cela lui avait manqué. Elle ne put en profiter néanmoins, car le sol trembla sous ses pieds. Une si courte secousse qu'elle se demanda si elle ne l'avait pas rêvée. Cependant, cela se reproduisit et elle sortit en prenant tout juste le temps de s'enrouler dans une serviette.
    
    Ileana se précipita vers Vince. Aymeric était debout près de lui, le regard affolé. Ileana s'accroupit, posa la main sur celle du jeune homme et tenta de tempérer sa magie. Ce dernier réagit à sa sollicitation et ouvrit les yeux. Ils étaient vitreux et il mit quelques secondes à revenir à la réalité.
    
    — Désolé, finit-il par murmurer.
    
    Vince se frotta le visage, angoissé.
    
    — Qu'est-ce qui ne va pas ? s'inquiéta-t-elle.
    
    — Lucien…
    
    — Qui ?
    
    — Lucien, celui lié à la terre. Il a pris le dessus, il ne cherche jamais à le faire.
    
    Vince jura et se passa de nouveau la main sur le visage.
    
    — Peut-être que c'est à cause de l'agitation sismique, tenta d'expliquer Aymeric. Les flux sont vraiment particuliers. Même moi, il me serait difficile d'en faire usage.
    
    — Peut-être, concéda Vince.
    
    Un violent courant d'air émana de lui et fit perdre l'équilibre à Ileana. Elle poussa un petit cri de surprise, mais tomba sans mal sur la moquette. Remise de sa stupeur, elle saisit la main que Vince tendait dans sa direction.
    
    — Tu t'es fait mal ? demanda-t-il avec sollicitude.
    
    — Non.
    
    Vince se laissa aller contre le dossier du fauteuil. Il paraissait furieux.
    
    — Sa magie est stabilisée ? s'inquiéta Aymeric, inconscient des émotions qui agitaient son frère.
    
    — Oui, répliquèrent les Dimidiams en cœur.
    
    — Alors Ileana, tu devrais peut-être finir ta douche.
    
    La jeune fille jeta un coup d'œil à sa tenue, mais ne bougea pas pour autant. Elle planta son regard dans celui de Vince.
    
    — Je peux te lâcher ?
    
    — La crise est passée, dit-il, en retrouvant un visage impassible.
    
    De retour sous l'eau, elle reconnut l'aura familière des Jumelles en approche. Elles représentaient de véritables spots d'énergie au milieu des présences si effacées des Autres. La magie vive de Janaya et celle de Jaelyn, plus calme, mais qu'un rien suffisait à agiter de violents remous. Quelques minutes plus tard, elle entendit la porte s'ouvrir et s'empressa de finir. Son estomac criait famine.

Texte publié par Sizel, 3 septembre 2017 à 15h56
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