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Tome 2, Chapitre 4 « Ileana » Tome 2, Chapitre 4
Ileana ouvrit les yeux avec lenteur. Tout son corps était comme engourdi et chacun de ses membres trop lourd à bouger. Cela lui rappela désagréablement les instants où elle émergeait après avoir été droguée par les briseurs. Néanmoins, hormis ce sentiment de déjà-vu, elle était plutôt bien. Certes, la fatigue tardait à la quitter, mais elle n'avait ni mal ni peur, se sentait même en sécurité et relativement sereine.
    
    Une deuxième respiration, lente et profonde attira son attention. Elle tourna la tête et distingua dans la pénombre les cheveux nouvellement blancs de Vince qui dormait.
    
    Ileana n'était pas sûre de comprendre ce qui s'était passé la veille. Si quelques jours auparavant, probablement même simplement heures, elle aurait hurlé ou serait tombée en cherchant à s'éloigner, aujourd'hui, cela la laissait indifférente. Elle avait la sensation que cet écart de conduite ne pourrait être pardonné qu'à Vince. Et peut-être uniquement parce qu'ils ne se touchaient pas, chacun à son extrémité du lit, emmitouflé dans ses propres draps et couvertures.
    
    La luminosité changeante attira son attention, la porte entrebâillée pivotant doucement et sans un bruit. Aymeric se glissa dans la pièce en jetant un dernier regard derrière son épaule. Il avait l'air furieux, mais l'expression disparut très vite lorsqu'il constata qu'elle avait les yeux ouverts. Il lui adressa un sourire non sans observer furtivement son jeune frère qui ne montrait aucun signe de réveil.
    
    — Je peux m'asseoir ? demanda-t-il à voix basse.
    
    Elle décala de quelques centimètres son genou et il considéra cela comme une invitation. Il prit place sur le coin du lit en prenant garde à ne pas écraser ses pieds ou ses mollets.
    
    De nouveau, Ileana tourna la tête en direction de Vince. Ce dernier ne bougeait toujours pas dans son sommeil. Cela l'inquiéta un peu. Comme s'il avait deviné ses craintes, Aymeric reprit la parole :
    
    — Elaine affirme qu'il va bien, qu'il est stable pour le moment.
    
    Sans effort, Ileana ressentit les pulsations émanant de Vince. Effectivement, elles étaient très calmes. Bien plus que lors de leurs rencontres à Roraima. Avec le recul, elle n'aurait su dire si c'était sa présence qui rendait le jeune homme nerveux à l'époque ou si son don était particulièrement apaisé à cet instant.
    
    — Ileana, ça va ?
    
    Elle tourna lentement la tête pour dévisager le frère aîné. Il avait l'air inquiet. La réponse à la question ne lui semblait pas si évidente. Dans les grandes lignes oui, mais elle se sentait également désorientée et son corps ne voulait pas sortir de sa torpeur. Elle finit néanmoins par acquiescer en voyant qu'Aymeric s'apprêtait à lui redemander son état. Il lui adressa un nouveau sourire soulagé.
    
    Le silence s'installa quelques instants avant qu'il ne le rompe à nouveau, visiblement pas très à l'aise :
    
    — Tu aimerais prendre une douche ?
    
    L'idée de quitter le lit ne l'enchantait pas. Mais d'un autre côté, savourer la sensation de l'eau sur sa peau et les courants magiques la traversant la tentait. Elle acquiesça, pas certaine de réussir à se mettre debout sans faire de malaise. Il lui fallut beaucoup de temps pour se basculer sur le côté et s'asseoir sur le bord du lit les pieds sur la moquette. Presque autant pour trouver la motivation de pousser sur ses bras et essayer de se lever. Elle fut agréablement surprise de tenir sur ses jambes et de pouvoir faire quelques pas sans perdre l'équilibre. Aymeric la devança, ouvrant la porte pour lui libérer le passage. Sans un mot, mais avec quelques œillades d'encouragement, il lui fit traverser une cuisine donnant sur un salon, vide, et la conduisit jusqu'à la salle d'eau à l'autre bout de ce qui ressemblait à une villa.
    
    À l'intérieur, il lui sortit deux serviettes d'un placard sous le lavabo :
    
    — Il y a ce qu'il faut pour se laver dans la cabine de douche. Les jumelles sont parties faire quelques courses donc tu devrais avoir quelque chose de propre à te mettre quand tu auras fini.
    
    Ileana regarda la robe qu'elle portait jusque-là. Elle était tachée, imprégnée de poussière et avait quelques accrocs au niveau des manches et du jupon.
    
    — Je ne peux pas la garder ? Une fois lavée, je veux dire ?
    
    Aymeric fit la moue :
    
    — Malheureusement, je ne pense pas que ce soit possible quoiqu'on décide de faire dans les jours qui viennent : elle est aux couleurs de Roraima et est brodée avec le symbole des mages. Ce ne serait pas prudent de s'afficher ainsi.
    
    Ileana se rangea à l'avis du jeune homme à regret. Ce dernier ressortit et lui adressa quelques mots en refermant derrière lui :
    
    — Si tu as besoin de quelque chose, n'hésite pas à appeler !
    
    Une fois seule, Ileana se dénuda. L'air était moite malgré le vasistas ouvert. Elle inspecta son corps à la recherche de plaies, mais à part des écorchures et de beaux hématomes en formation, elle ne découvrit pas grand-chose de grave. Même sa main ne semblait pas si abîmée que cela avec le recul. Elle se força ensuite à faire face à son reflet dans le miroir. Sa tempe avait été plus touchée que le reste et du sang coagulé l'empêchait de voir clairement ce qu'il en était. Elle lissa ses cheveux pour tenter de mieux observer sa blessure, mais grimaça en sentant que cela tirait sur les chairs. Elle renonça à inspecter plus avant, se disant que ce serait sûrement plus simple une fois sa douche finie.
    
    La jeune femme entra dans la cabine en hésitant sur la température à adopter. Le froid lui donnerait probablement un coup de fouet bienvenu, mais le chaud serait plus agréable. Elle choisit la deuxième option, soupirant d'aise lorsque le liquide coula sur ses épaules. Ileana perdit la notion du temps, profitant pleinement des sensations que lui offrait la douche. Enfin, elle finit par un jet d'eau fraîche qui lui permit d'éclaircir un peu ses idées.
    
    Alors qu'elle se séchait, on frappa à la porte :
    
    — Oui ?
    
    — C'est Janaya, je peux entrer ?
    
    Elle s'enroula dans la serviette avant de l'inviter à la rejoindre. La Colombienne pénétra dans la pièce avec tout le dynamisme qui la caractérisait. Le regard vif, l'air conquérant, elle portait une robe légère mettant ses formes en valeur. En la voyant, il était difficile d'imaginer qu'ils venaient de survivre à un tremblement de terre, de faire des heures de marche dans la jungle en pleine nuit et qu'ils étaient dans une situation précaire.
    
    — Tiens ! dit-elle en tendant un sac en toile. On t'a pas pris de soutien-gorgeS. On ne connaissait pas ta taille mais on y retourne cet aprèm au besoin.
    
    — J'en porte pas, marmonna Ileana.
    
    — Pratique !
    
    Janaya la fixa comme si elle était capable de voir à travers la serviette et Ileana referma ses bras autour du tissu pour se protéger du regard intrusif.
    
    — Jaelyn avait raison, finit-elle par soupirer. J'ai vu un peu grand. On réajustera lors des prochains achats. On t'a pris de la crème hydratante aussi.
    
    Elle déposa un sac plein de produits divers et variés qu'Ileana était très tentée d'ignorer.
    
    — Il faut qu'on achète de la crème solaire ! Sinon dès que tu mettras le nez dehors, tu tourneras écrevisse avant qu'on ait dit ouf !
    
    La Colombienne poursuivit, l'esprit ailleurs :
    
    — Aymeric aussi en aura sûrement besoin : même si sa peau est plus tolérante, il est peu sorti ces derniers mois.
    
    — Janaya ?
    
    — Mmmmmh ?
    
    — Je peux me changer ?
    
    — Ah oui, bien sûr !
    
    Le regard de la Colombienne se posa sur son ancienne robe :
    
    — Il va falloir brûler ça ! Tu peux t'en charger ?
    
    Renoncer à cette tenue était une chose, la détruire en était une autre. Janaya sentit ses doutes :
    
    — Jaelyn le fera ! Il faudra qu'on s'occupe de tes cheveux aussi…
    
    — J'en ai pas très envie.
    
    Ileana ne savait plus vraiment pourquoi elle continuait à être à ce point attachée à ce bleu délavé qui avait tourné vert avec le temps, mais elle n'envisageait toujours pas de le faire disparaître, même si la longueur lui aurait sans doute permis de les couper.
    
    Janaya n'insista pas et quitta la pièce avec la même démarche vive qu'à son arrivée. Une fois la porte refermée, Ileana soupira avec lassitude : la Colombienne se montrait volontiers brusque quand elle s'y mettait. Si parfois, cela avait aidé Ileana à sortir de sa coquille, souvent cela l'usait simplement. Emi et son approche plus douce lui manquaient. Sa mort lui revint en mémoire et elle se figea, le chagrin l'envahissant avec violence. Il lui fallut de longues minutes pour réussir à s'extirper de ses sombres pensées pour finir de se sécher et fouiller dans le sac laissé par Janaya.
    
    Après quelques minutes supplémentaires passées à se préparer et s'habiller, Ileana inspecta de nouveau sa plaie à la tempe et réalisa avec soulagement qu'elle était finalement très superficielle. Profitant de la vision d'ensemble offerte par le miroir de plain-pied, la jeune femme regarda avec scepticisme la tenue choisie par les Jumelles. C'était une robe en coton à capuche légèrement grande pour elle. Elle était gris clair avec le numéro 58 devant et une poche kangourou juste en dessous. Elle s'arrêtait au-dessus des genoux, mettant à nu ses jambes trop maigres à son goût.
    
    Ileana finit de lacer les baskets en toile montante avant de sortir. La paire de chaussures était confortable et devrait lui permettre de marcher longtemps sans souffrir de douleurs aux pieds.
    
    Elle quitta la moiteur de la salle de bain et trouva Aymeric assis à une grande table à manger devant un ordinateur portable. Jaelyn était affalée dans le canapé, un magazine féminin en espagnol sur les genoux. Derrière elle, Janaya avait les avant-bras appuyés sur le dossier et fixait la télévision mise en sourdine.
    
    Sur l'écran, Ileana reconnut le mont Roraima survolé par les hélicoptères. Le Tepuy était éventré à la pointe nord et le plafond s'était écroulé sur l'étage supérieur. Elle prit réellement conscience de ce à quoi elle avait survécu et de l'effort surhumain qu'avait dû fournir Vince pour les sortir des décombres.
    
    — Ah, tu es là !
    
    Ileana sursauta en réalisant que sa mère était entrée à son tour dans la pièce, refermant son téléphone à clapet :
    
    — Si tu le permets, je voudrais qu'on ait une petite discussion.
    
    Elle ne semblait pas réellement demander son autorisation. Ileana ne voyant pas comment éviter le tête-à-tête, choisit de garder le silence. Du doigt, Elaine l'invita à la suivre et ce fut avec méfiance qu'elle s'engagea dans le couloir menant aux chambres. Sa mère ouvrit la porte en face de celle où dormait Vince. Elle s'installa sur le couvre-lit, l'encourageant à faire de même :
    
    — Viens t'asseoir !
    
    Ileana préféra un fauteuil un peu raide, placé près de la fenêtre. À travers le léger voile les protégeant des regards indiscrets, elle vit qu'ils se trouvaient dans une zone pavillonnaire qui semblait calme. Le soleil, haut dans le ciel à cette heure de la journée, expliquait sûrement que les rues soient complètement vides. Grâce aux flux magiques, la jeune femme sentait une nouvelle vague de pluie arriver, mais la mousson ne permettrait d'échapper à la lourdeur de l'air que pour quelques heures seulement.
    
    — Je suppose que tu as pas mal de questions à me poser sur ta famille.
    
    — Pas vraiment, marmonna Ileana.
    
    Il y eut plusieurs secondes de silence. Elaine donnait l'impression d'avoir été giflée et Ileana faisait tout son possible pour ne pas croiser son regard. Finalement, sa mère se reprit :
    
    — Tu as été pas mal bousculée ces dernières heures, je comprends que ce soit difficile pour toi d'intégrer toutes ces nouveautés d'un coup. Prends ton temps et si tu as une question, n'hésite pas à revenir vers moi quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit.
    
    Ileana hocha la tête plus par correction que conviction. La jeune femme n'avait jamais pensé à une éventuelle famille. Après tout, ses amis n'évoquaient pas les leurs et n'avaient pas spontanément parlé de la sienne. De plus, cela faisait partie de sa vie d'avant et elle ne voulait pas s'investir dans ce passé qui lui faisait peur. Ileana était déjà sur le départ, espérant que son refus lui permette d'échapper à la conversation, mais sa mère en avait décidé autrement :
    
    — J'aimerais également qu'on parle de ta sensibilité.
    
    — Je ne veux pas l'utiliser.
    
    — On n'a pas vraiment le choix, comme pour la magie, insista-t-elle. Elle prend toujours la même forme ? Des pulsations ?
    
    La question intrigua Ileana autant qu'elle l'inquiéta :
    
    — Oui, c'est inhabituel ?
    
    — Non, chaque sensible ressent les choses différemment, selon sa propre perception du monde. Personnellement, les magies de chacun prennent des allures d'auras colorées plus ou moins intenses selon la puissance du mage en question. Je ne peux pas vraiment l'expliquer avec précision, mais pour résumer j'ai comme un gros nuancier dans la tête et pour chaque variance, j'en déduis certaines choses. Les différentes couleurs quant à elles m'indiquent l'état d'esprit de la personne à laquelle je fais face.
    
    Ileana était fascinée par ce que lui racontait sa mère. Sans le réaliser, elle s'était penchée en avant pour écouter ce qu'elle lui disait à voix plus basse :
    
    — Pour certains de mes confrères, ça prend la forme de sons ou d'odeurs. C'est une des raisons pour lesquelles, il est difficile d'aider un sensible à appréhender son don : les sensations changent pour chacun. Ça demande au mage doué de sensibilité de bien se connaître afin de faciliter l'apprentissage et la lecture des informations qu'il reçoit. S'il n'y a pas d'urgence, si ça ne provoque pas de douleurs insupportables et chroniques, il est d'usage de commencer à apprivoiser sa sensibilité seulement après avoir obtenu sa maîtrise voire une des quatre expertises.
    
    — Pourquoi on en parle alors ? s'exclama Ileana plus sèchement qu'elle ne l'avait initialement voulu.
    
    — Tu sais ce qui différencie ta lecture des ondes de celles de la très grande majorité des mages ?
    
    — Oui, je crois. Les autres ne sentent que la magie qui est liée à l'environnement. Moi en plus, je sens la magie qui émane des gens. Elle est plus changeante et nuancée.
    
    — En très gros, c'est ça. Pour la plupart, la magie qu'ils dégagent les empêche de ressentir celle des autres. Ce n'est pas notre cas, mais pas par manque de puissance, plus parce que nos sens, ou plutôt un de nos sens est exacerbé. C'est pour ça qu'on appelle ça la sensibilité.
    
    — Je ne comprends toujours pas pourquoi on en parle. Certes, j'ai eu ma maîtrise, mais je pense qu'il y a plus urgent à s'occuper.
    
    — Oui et non. J'ai confiance en Jaelyn et Janaya pour assurer votre sécurité. Vince aussi, tant que sa surcharge le lui permettra. Néanmoins, tu pourrais les aider.
    
    — Comment ?
    
    — Notamment, en repérant les mages qui vous entourent. Tu pourrais également les aider à déterminer s'ils sont de votre côté ou non.
    
    — Leur magie me le permettrait ?
    
    — Non pas directement, mais elle te permettra d'identifier les sentiments qui les habitent. Il devient alors facile de déterminer qui ment ou non, sauf pour un mythomane professionnel. Avec le temps, tu pourras même percevoir celle, infime, qui émane des Autres. Les briseurs ont une présence très particulière, une fois rodée, on les reconnait à dix kilomètres aux alentours.
    
    — Je ne veux pas avoir affaire aux briseurs.
    
    — Malheureusement, je ne suis pas sûre qu'ils vous laisseront le choix.
    
    — Je ne veux pas utiliser mon don.
    
    — Ileana, je ne veux pas te brusquer, mais ça pourrait être une question de vie ou de mort.
    
    La jeune femme en resta sans voix. Sa mère la dévisageait avec un regard perçant, l'expression assurée. Elle était persuadée de ce qu'elle avançait.
    
    Soudain, la présence de Vince dans la chambre d'à côté se fit plus oppressante. D'un même geste, les deux femmes tournèrent la tête.
    
    — Une nouvelle crise, énonça Elaine dans un murmure inquiet.

Texte publié par Sizel, 31 octobre 2016 à 18h41
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