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Tome 1, Chapitre 9 « L'ancrage » Tome 1, Chapitre 9
Le capitaine prend la direction des opérations, passant en mode manuel. Il réduit l’alimentation, coupant presque les moteurs. Le sol apparaît maintenant. Il approche extrêmement vite. Le jeune pilote remet un peu les gaz lorsque sa navigatrice signale que la cible est en vue. Patrick O’Commara commence à freiner.
    Les détails à la surface de la Terre se révèlent clairement. Tout d’abord, il y a différentes nuances de vert parsemées de points blancs. Ensuite, un immense parc avec dans le fond un manoir de brique rouge, il a une tourelle à chacun de ses angles et un toit en ardoises. Il semble sorti d’un livre d’histoire qui se trouve dans la bibliothèque de l’Arche.
    
    Tout cela, ils ne le voient pas encore nettement de leurs propres yeux, mais c’est la caméra à distance qui le leur montre.
    Un long mur de béton indique leur destination. Il s’agit des hangars du Manoir, leur but. L’altitude de l’EP 200 est toujours suffisamment élevée pour qu’ils ne soient pas repérés, mais l’équipage n’en est pas sûr.
    Le capitaine O’Commara décide de profiter de la météo, nuageuse. Il se sert des stratus pour dissimuler leur existence.
    
    Daniella n’a pas besoin d’ordres pour passer en mode thermique. Elle est étonnée de découvrir que cette vieille demeure semble remplie. De nombreuses silhouettes orangées sont présentes. L’écran les montre immobiles. La navigatrice est contrariée lorsqu’elle réalise que la plupart des taches colorées sont probablement des enfants.
    
    Que peut bien faire le Pouvoir Central dans un tel endroit ? se demande-t-elle. Elle fait un signe de la tête à Marcel.
    
    Ce dernier ne lui répond pas, trop absorbé. Il est en train d’équilibrer les différentes jauges. Le Bay chauffe. En mélangeant le carburant des réservoirs secondaires, non utilisé, à celui de la citerne principale, il a réussi à gagner quelques degrés. C’est assez pour stabiliser les réacteurs.
    Agacé par les coups répétés qu’il reçoit dans le bras, il se tourne. Il regarde sa coéquipière, surpris. Il jette un œil distrait à l’écran du radar thermique et comprend.
    Il souffle. Il hausse tristement les épaules, confirmant l’appréhension de Daniella.
    
    Il s’agit bien d’enfants.
    
    Le capitaine pilote uniquement grâce aux informations de sa navigatrice. Ils avancent à l’aveugle pour l’instant, ne pouvant voir que la masse blanche et cotonneuse qui les entoure. La cible clignote en rouge sur l’écran à droite de Patrick O’Commara. Tant que la couleur ne passera pas au vert, leur objectif ne sera pas accessible. Le détecteur est calibré pour se verrouiller sur l’intérieur des hangars, il ne donnera l’autorisation que lorsque les portes se seront ouvertes.
    
    Ils ont déjà effectué deux circonvolutions afin de rester cachés. Maintenant, l’EP 200 ralentit.
    
    La sortie brusque d’un nuage plus court que prévu leur donne un accès visuel. Ils ont le bon angle, mais pour l’instant leur objectif n’est pas verrouillé. Le voyant clignote rouge. Ils sont à découvert, totalement à la merci de l’ennemi.
    
    
    Marcel s’assure, une fois de plus, que les réacteurs ont assez de puissance en réserve. Tout se déroule comme dans le simulateur de vol, durant les mois précédents. Le plus délicat est à venir. L’ancre solaire n’est pas faite pour fonctionner sur Terre. Comme son nom l’indique, elle utilise les rayonnements de l’astre pour stopper un vaisseau. Normalement, elle n’est sortie que dans l’espace.
    
    Le fait de vouloir s’en servir ici explique aussi la réserve supplémentaire de carburant. En l’absence d’ondes électromagnétiques de forte intensité, l’ancre nécessite beaucoup d’énergie. Marcel a mis au point un amplificateur d’ultra-violets. Placé sur le dessus de l’appareil, il permettra au grappin de fonctionner correctement en lui procurant l’énergie dont il a besoin. Par contre, cette nouvelle technologie est gourmande en Bay.
    Le mécanicien espère que les réserves qu’il a prévues suffiront.
    
    La manœuvre est dangereuse et dépend des vents solaires. Même s’ils sont fort loin d’ici, leur influence énergétique fera la différence. Pour l’instant, les conditions sont optimales pour l’exécution de leur mission. Le détecteur ionique indique une fenêtre de moins d’une heure.
    Ils patientent, encore.
    La sueur coule le long de la nuque du capitaine O’Commara. Il s’essuie les sourcils. Heureusement, sa navigatrice réagit, extrêmement vite. Le voyant est vert. Elle confirme manuellement les coordonnées. Son instinct lui dicte de ne pas attendre que le logiciel automatique finisse le décryptage. Elle entre une série de chiffres et les lettres à une vitesse presque irréelle.
    
    Le temps est suspendu. Marcel et le capitaine sont obnubilés par les doigts de la navigatrice et leur célérité. Il ne leur reste plus que vingt minutes.
    
    « Coordonnées verrouillées, souffle Daniella.
    – OK, Marcel, à mon signal, puissance maximale.
    – OK Patron.
    – Trois, deux, un. Action.
    – Puissance maximale engagée : demi-puissance, trois quarts puissance, puissance maximale atteinte.
    – Daniella, cible en visuel ?
    – Ouverture maximale des portes !
    – Excellent timing, comment se comportent les réacteurs ?
    – Tout est OK Patron !
    – OK. Commande manuelle, sortie de l’ancre, Daniella point d’ancrage ?
    – 4.06.02, validé !
    – Marcel ?
    – Amplificateur OK. Ionisation OK.
    – Ancrage engagé, accrochez-vous. »
    
    La tension est palpable dans le petit habitacle de la cabine de pilotage. Le taux d’adrénaline est au plus haut. Les moniteurs médicaux, qui transmettent les données prises par les détecteurs de leur combinaison, indiquent une tachycardie générale. Un instant, Patrick espère que Marcel ne va pas faire un arrêt cardiaque pendant la manœuvre.
    Ils ont besoin de lui pour rentrer. Il se concentre.
    
    Même dans l’espace, l’ancrage est une intervention d’urgence. C’est un moment de bravoure pour tous les pilotes qui sont obligés de s’en remettre à cette mise en situation extrême.
    Lorsque les vents solaires sont contraires, il faut trouver un point fixe en dehors de l’espace-temps venteux. Une fois celui-ci validé manuellement, le pilote envoie une sonde magnétique. Enfin, il sort l’ancre, en mode automatique, afin de stabiliser son vaisseau hors des courants dangereux.
    Les navettes de grande taille, pour arriver à naviguer dans de telles conditions, ont souvent recours à ce procédé. Cependant, lors de grosses tempêtes, il y a eu de nombreuses pertes et aucun pilote dirigeant une EP n’est jamais rentré vivant suite à une telle manœuvre. Les vents transforment, la plupart du temps, ce genre de vaisseau en fétu de paille.
    Les EP 200 ne se servent de l’ancrage que pour s’autoriser une réparation, permettant au personnel de sortir sans que l’esquif dérive.
    
    Sur Terre, il s’agit d’un acte désespéré. C’est sûrement pour cela que cette tactique n’a encore jamais été tentée. Il n’y a pas de vent solaire important, il n’y a que des résidus. Si la technologie de Marcel fonctionne mal, ils s’écraseront. Si les courants d’altitude retombent, le résultat sera le même. Si le verrouillage de la cible les lâche sous l’impulsion de la vitesse, ils seront pulvérisés sur les murs des hangars.
    Pour survivre, ils n’ont qu’une solution : réussir.
    
    L’EP 200, lancé à pleine puissance, se dirige droit sur la porte du hall huit, situé à l’est du bâtiment principal. Elle s’ouvre telle une bouche béante prête à avaler l’esquif.
    Le capitaine O’Commara contrôle l’EP 200, tenant les commandes vibrantes sous l’effet de la vitesse. Il attend le bon moment. Il ferme les yeux, respire un grand coup et baisse le levier de direction.
    Les vents solaires sont nuls.
    Marcel fixe avec attention les cartes spatiales, actualisées en temps réel depuis l’Agricole. Il essuie son front ruisselant d’un revers de manche.
    Les mains de Daniella se crispent sur les accoudoirs de son siège. Elle espère que ses calculs et sa programmation sont justes.
    
    La sonde qui précède l’ancre se dirige vers le point de coordonnées 4.06.02. Le voyant, indiquant sa trajectoire, clignote en orange sur l’écran de contrôle. Une couleur verte apparaît. De violents vents solaires sont signalés. Marcel sourit. Les prévisions étaient bonnes. Le capitaine O’Commara enclenche la sortie définitive du grappin. Il suit le trajet de la sonde. En moins de quelques secondes, ils sont fixés au sol du hangar numéro huit du Manoir.
    
    L’EP 200 fait un tête-à-queue.
    
    O’Commara tourne la barre de toutes ses forces vers la droite afin de faire virer le transporteur vers la gauche. Tel un coup de fouet, l’amarre claque, laissant la navette onduler avant de se retourner. Ils progressent, maintenant, en marche arrière, glissant vers la porte, sans aucun contrôle sur les instruments qui s’affolent.
    Toutes les constantes sont mauvaises, car les EP 200 sont conçus pour avancer, seulement, vers l’avant.
    Le but, d’une manœuvre aussi violente que peu conventionnelle, est faire rentrer le petit vaisseau en marche arrière dans l’immense hall. La porte grande ouverte semble les avaler dans un souffle.
    
    La vitesse est bien supérieure à tout ce qu’ils ont pu calculer ou simuler. Les parois métalliques craquent. Les gémissements de la carlingue sont tels des cris d’horreur. Stridents et ininterrompus, ils plongent l’équipe dans une certaine angoisse. Les rythmes cardiaques continuent d’augmenter. Les corps, perlés de sueur, tremblent.
    
    Des étincelles commencent à apparaître sur le cockpit. Elles laissent, de suite, la place aux flammes. La chaleur à l’intérieur de l’habitacle devient à peine supportable.
    Ils ont atteint un point critique au-delà duquel il n’y aura pas de retour.
    L’amarre claque sous l’effet de la tension, ralentissant cette fois de façon significative le transporteur. C’est gagné !
    L’embrasement cesse aussi vite qu’il a commencé, soufflé par le système de sécurité à nouveau fonctionnel.
    
    Il leur a fallu à peine quelques minutes pour se trouver dans le hangar huit. Tout se passera bien tant que la porte de ce dernier restera ouverte. Ils ont un peu moins de deux heures. L’équipe de l’EP 200 n’est sûre de rien. Ce ne sont que des suppositions basées sur les autres missions, celles qui ont échoué.
    
    Les trois coéquipiers n’en croient pas leurs yeux. Ils sont à l’intérieur. Il y a un éclairage important. Un grand nombre de navettes et vaisseaux en tout genre sont alignés dans un ordre parfait sur la droite. À gauche, une multitude de caisses sont rangées méthodiquement.
    Ils sont stupéfaits. Tout est entreposé sans surveillance. Pas de grillage infrarouge, pas de caméras ni thermiques ni de mouvements, l’immense zone de stockage est sans défense. Il n’y a pas, non plus, de robot régulateur afin de scanner les visages et encore moins de mitrailleuses automatiques.
    
    Patrick, Marcel et Daniella se regardent, médusés. Cela semble presque trop facile.
    
    La porte s’ouvre de façon programmée, uniquement pour que les machines procèdent au nettoyage. O’Commara comprend, maintenant, pourquoi l’ouverture n’a lieu qu’une fois l’an. De ce côté-ci du bâtiment, les issues ne servent pas aux navettes. Une rampe de lancement se situe au fond du hangar. Tout a été automatisé, il s’agit d’une simple zone de stockage.
    
    Le capitaine, ainsi que son équipage, espère que ce qu’ils sont venus chercher est bien là. Quelque part dans l’un de ces nombreux caissons pressurisés qui s’empilent sur des centaines de mètres de haut, ils souhaitent trouver des vers.
    Patrick O’Commara essaye de reprendre les commandes. Il manœuvre de façon à garer l’EP 200 entre deux vaisseaux de guerre de taille supérieure. Il pense avoir vu une place libre et se dirige, toujours en marche arrière, vers elle.
    
    Cependant, son esquif réalise avec difficulté ce genre de déplacement. La vitesse avec laquelle il fait volte-face est importante, surprenant l’équipage. La navette continue de s’engager vers le fond du hangar. Au même moment, la porte d’entrée latérale s’ouvre, laissant passer un petit transporteur.
    
    Une musique assourdissante règne dans la cabine du véhicule. Le voiturier responsable de la précieuse cargaison s’ennuie. Il n’a que ces airs vieillots pour égayer sa journée. Il n’en est qu’à son premier aller-retour. Il s’appliquera, pendant les deux prochaines heures, à relâcher ce foutu ver dans la pelouse devant le hangar numéro huit.
    
    Le Capitaine O’Commara interroge ses compagnons d’un regard inquiet. Ils entendent, comme lui, des sons étranges. Ils sont incapables de savoir d’où vient le bruit. Il met son index droit sur ses lèvres et coupe les moteurs. D’un dernier coup d’œil à ses coéquipiers, il s’assure qu’ils ont bien compris.
    Le moindre son leur serait fatal.
    Lentement, mais sans aucune maîtrise le EP 200 s’avance, glissant invisible et inaudible. L’énergie cinétique de l’esquif le fait se déplacer malgré le fait que les propulseurs soient totalement stoppés.
    
    Il ne s’agit pas d’une place libre, mais le capitaine O’Commara et son équipe ne le savent pas. Cet espace est dédié aux petits transporteurs. Une fois l’an, ils traversent les anciens hangars de l’armée. Ils utilisent ce chemin par simple flemme de faire un détour.
    Personne n’est au courant que les jardiniers passent de ce côté des bâtiments. Cela leur permet de relâcher un nombre important de vers en un minimum de temps.
    
    Le parc du Manoir est la plus grande réserve de vers vivants du monde et personne ne le sait. Les employés déchargent ici la moitié des stocks qu’ils transportent. Ils viendront ensuite, juste avant les premières gelées, les faire sortir de terre avec du miel.
    Le liquide ambre est le mets favori des lombrics géants. Trop gourmands, ils se laissent capturer aisément. Les jardiniers n’ont qu’à les revendre au marché noir. Cela n’est possible que parce que le Pouvoir Central est tellement imbu de lui-même qu’il ne pense pas à recompter les cargaisons. Il est sûr d’inspirer suffisamment la peur pour que personne n’ose jamais rien. Il a tort.
    
    Le transporteur entre, sans se douter que le choc est imminent. La collision a bien lieu. Elle n’est pas violente.
    O’Commara et ses coéquipiers n’ont rien vu venir. Ils entendent toujours la musique, mais n’aperçoivent pas le petit véhicule. Ils sortent leurs armes.
    Les trois membres de l’Arche descendent et s’assurent à l’aide du scanner thermique que le pilote est bien mort.
    
    Daniella tend l’appareil vers l’arrière du transporteur. Il contient trois caissons pressurisés. Elle tape sur l’épaule de son capitaine et fait un signe de tête au mécanicien. Marcel déverrouille la porte latérale du véhicule endommagé sous le choc.
    
    Tous trois s’arrêtent nets. La cale accueille bien trois sarcophages marqués d’un dessin de vers blancs et des initiales VAM (Vernicula albanica mundi). Un tel coup de chance leur semble irréel.
    La navigatrice tente de scanner l’intérieur. Impossible de savoir si la cargaison est vivante ou non, les parois, trop épaisses, ne permettent aucune détection.
    
    L’équipe de l’EP 200 hésite. Elle met quelques instants avant de réaliser. La manœuvre a été difficile, mais la recherche n’a pas duré longtemps. Le Saint Graal de tout un peuple est là, devant eux.
    Il ne faut pas tarder, il faut réussir : échouer si près du but n’est pas possible.
    Ils ouvrent totalement le flanc droit du petit transporteur après de nombreuses minutes d’acharnement au laser découpeur. Ils transfèrent, en le faisant directement glisser dans la soute de leur vaisseau, leur butin. Ils déplacent ensuite les caissons dans les différentes cabines libres afin de pouvoir leur assurer une température constante. C’est ce que Franz Meyer, le jardinier, a expliqué à Marcel avant qu’ils ne s’en aillent.
    
    Ils remontent à bord et remettent les moteurs en route espérant repartir au plus vite. La sortie est maintenant face à eux. Le capitaine s’occupe du décollage pendant que la navigatrice entre leurs nouvelles coordonnées.
    Marcel s’introduit dans la cabine numéro quatre afin de transférer les réserves de Bay dans la soute. Le deuxième caisson a été rangé ici. Il est le plus endommagé par le choc. Le couvercle se soulève légèrement. Le mécanicien, curieux, se penche. Il veut voir ce qui a failli leur coûter la vie.
    
    Il allume sa lampe de poche et s’approche. Il regarde avec attention. Il porte sa main droite à son holster. Son arme dans une main et la torche dans l’autre il recule. Il est trop vieux pour vivre de pareilles angoisses. Il ne sait pas quoi faire. Terrorisé, il reste immobile.
    
    Merci à FFMonrise pour sa relecture attentive

Texte publié par Isabelle , 14 avril 2016 à 10h12
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