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Tome 1, Chapitre 7 « En attendant juin. » Tome 1, Chapitre 7
Malgré, la grande excitation qui l’anime, l’équipe est consciente qu’on lui fait un grand honneur. Le Capitaine O’Commara, la navigatrice Vargas et le mécanicien Galo savent qu’ils n’ont pas le droit d’échouer. La survie de l’Agricole est en jeu et par la même celle de l’Arche.
    Ils doivent se montrer dignes de la confiance que leur a témoignée la vice-amirale à leur égard. Patrick O’Commara a même envisagé de déserter s’il n’arrivait pas à ramener à bord ces foutus vers indispensables à la culture dans l’espace.
    
    Il passe de nombreuses heures dans le simulateur de vol et étudie attentivement toutes les fonctions de la Navette. Rien ne doit être laissé au hasard, s’ils veulent réussir un tel coup. Bien sûr, ils en ont informé la vice-amirale. Évidemment, elle est consciente des risques qu’ils prennent.
    La date est fixée. Ils leur restent une vingtaine de jours avant le départ.
    
    Ce sera sans aucun doute leur plus grosse intervention. O’Commara rêve ensuite d’intégrer le Sextant et retourner à l’académie afin de pouvoir rallier les Galactics.
    Marcel se voit déjà, rejoignant l’Espérance et son Havre de Paix pour retraités. Il serait sûrement le plus jeune, mais qu’importe. Ne plus rien faire, tel était son plus grand espoir.
    Daniella ne veut rien changer à sa vie. Elle trouve qu’elle a tout ce qu’elle désire : des amis, une jolie chambre et un travail passionnant. Si tout se passe comme prévu, elle regrettera juste cette équipe avec qui elle commençait à bien s’entendre.
    
    Si le plus haut gradé de l’Agricole a dû être tenu au courant de leur technique d’approche, c’est parce que cela est peu conventionnel. Il s’agit, en réalité, d’une idée de Marcel.
    
    Ils répètent cette nouvelle manœuvre, qui demande dextérité, précision et coordination. Chacun a un rôle bien précis. Tous les jours, douze heures sur vingt-quatre, ils reproduisent inlassablement la même manœuvre.
    Le capitaine O’Commara est fatigué. Il en a assez de cette promiscuité. Il espère vraiment qu’ils réussiront. Il fait confiance à la vice-amirale, elle ne l’a jamais trompé. Elle lui a promis une énorme récompense et c’est une femme de parole. Cela le motive lorsqu’il a des envies de meurtre à l’encontre de Daniella ou de Marcel.
    
    Ses compagnons ont le même genre de ressentiment vis-à-vis de lui. Il est autoritaire et intolérant. Infatigable, il leur ferait sauter la pause déjeuner s’il le pouvait. Malgré tout, il fait rire Marcel par son perfectionnisme et Daniella se voit progresser de jour en jour. Ils savent tous deux que bien qu’exigeant, il tient de plus en plus à eux et ne supporterait pas que cette mission soit un échec, pour son avancement personnel, bien sûr, mais aussi pour le leur.
    
    Pour l’instant, il n’est pas prêt à leur dire qu’il a besoin d’eux. Cependant, entre deux ordres, quelques mercis et pardons font leur apparition.
    
    
oOo

    
    Ils ne sont qu’à trois jours du grand départ. Ils n’arrivent toujours pas à coordonner leurs manœuvres. Le Capitaine O’Commara est exténué. Il a besoin de se concentrer, de faire le vide, littéralement parlant.
    Il ordonne à ses coéquipiers de se reposer et de prendre un peu de temps pour eux avant le départ. C’est l’unique moyen qu’il a pour finir sa préparation sans les avoir sur le dos. Lui reste tout le jour et le début de la nuit au simulateur de vol. Il recommence encore et encore.
    Il essaye même en se bandant les yeux, ne réussissant qu’à renverser sa tasse de café sur le tableau de bord.
    
    Les résultats de l’équipe sont loin d’être excellents, mais il devra s’en contenter. Il doit se rendre à l’évidence, il a besoin de dormir.
    
    Sa cabine se trouve sur le troisième pont et la grande baie vitrée, qui en emplit tout le fond, a vue sur la Planète gazeuse. L’ensemble des Vaisseaux de la Résistance se cachent à l’intérieur des anneaux de Saturne et derrière Jupiter.
    
    L’Agricole a l’avantage de posséder les logements les plus vastes. Chaque résident à sa propre cabine. Il existe différentes tailles en fonction des besoins. Tous les appartements se trouvent entre le deuxième et le troisième pont. Seule la vice-amirale Mc Ferson loge sur le pont principal. Sa cabine jouxte le poste de commandement.
    
    Patrick O’Commara n’a pas apporté sa touche personnelle à sa chambre, du moins pas comme Daniella.
    La jeune femme a placé des tentures aux fenêtres et mis des coussins colorés sur son lit. Elle a fait encadrer les mains gagnantes qu’elle a eues au poker. Elle a aussi une photo holographique de l’équipe lors de leur premier jour de travail.
    Marcel est sur l’Agricole depuis tellement longtemps qu’il est l’un des rares privilégiés à en connaître le secret alors qu’il n’est pas un gradé. Il a dans sa cabine une collection d’orchidées exceptionnelle. Son amitié avec Meyer, le jardinier-chef, lui permet d’entretenir sa passion loin des regards indiscrets. Il n’a pas besoin de sortir les pots de chez lui lorsqu’il y a un problème, c’est Franz Meter qui vient à lui. En contrepartie, l’horticulteur n’attend jamais si un des systèmes d’aération est défaillant.
    
    Chaque habitation possède sa propre cuisine. Il s’agit d’un recoin muni d’un automate qui vous délivre directement les repas préparés dans les cuisines centrales grâce à un système de tube à poussée pneumatique. Les aliments arrivent généralement froids ou en bouillie. C’est ce que préfère Marcel.
    
    Daniella Vargas prépare elle-même ses repas. Elle fait des choses simples grâce à son robot multifonction. Il cuit, pâtisse et mélange tout seul.
    Le Capitaine O’Commara pour sa part, ne mange qu’au réfectoire en compagnie des autres pilotes. Plus exactement assis à côté d’eux. Il donne le change, mais certains ne sont pas dupes. Son attitude ne fait pas de lui le pilote le plus apprécié de l’Agricole.
    
    C’est aussi pour cette raison qu’il rêve de rejoindre les Galactics. Ils viennent à bord du Canonnier. Cependant, bien qu’ils s’entraînent ensemble, ils vivent séparément. De plus, ce sont des francs-tireurs, des navigants complets, seuls à bord de leur vaisseau de combat. Ils sont à la fois mécaniciens, navigateurs et pilotes. Ils n’ont pas d’attache.
    
    
oOo

    
    Dans deux jours, c’est le grand départ. Marcel a fait le déplacement jusqu’au logement de son chef. Il adore faire enrager le jeune homme et l’appelle constamment patron. Récemment, il a remarqué que le capitaine ne lui en tient plus rigueur. Il croit même l’avoir vu sourire. Il sait au fond de lui que le pilote égocentrique qui n’aime personne n’est qu’une façade. Il se souvient du garçonnet qui a perdu ses parents.
    
    Les pleurs de l’enfant si discret et si sage avaient ému tout l’Agricole à l’époque. Il se remémore aussi parfois, l’adolescent bagarreur, premier de sa promotion, qui lors de son départ pour l’académie, s’était juré de ne jamais finir sa carrière ici.
    Marcel connaît bien Patrick, même si aujourd’hui il le nomme patron là où il aurait dû l’appeler capitaine. Il le comprend. Il sait que ce vaisseau recèle nombre de souvenirs que le jeune homme veut oublier tellement ils sont douloureux.
    
    Il est donc là, se remémorant d’un passé pas si lointain lorsque le capitaine O’Commara arrive. Les yeux encore embrumés de sommeil, il est pourtant déjà rasé et en uniforme.
    
    « Capitaine, mes respects, dit Marcel au garde-à-vous.
    – Repos, Marcel. Qu’est-ce qui t’amène ?
    – Jour de révision.
    – Quoi ? »
    
    Le Capitaine semble complètement pris à contre-pied. Il a un moment de flottement. Il doit vraiment se reposer. Il a dû présumer de ses forces.
    
    « Patron, c’est toi qui as fait le planning, viens pas te défiler. Daniella est déjà au vaisseau », dit Marcel un grand sourire aux lèvres.
    
    Patrick O’Commara se souvient. Il a mis au point une liste de contrôle plus longue que son bras afin de s’assurer que l’EP 200 censé les emmener sur terre soit opérationnel. Bien sûr, il s’est mis à dos bon nombre des gars de la maintenance en prévoyant ce double contrôle, mais il n’en a cure.
    
    Il emboîte le pas de son mécanicien en direction des hangars.
    
    Les EP 200 sont des vaisseaux cargos de petite taille qui ressemblent à des boîtes à sardines. Ils sont rectangulaires. Ils possèdent seulement une ouverture à l’arrière. Les deux plaques vitrées situées à l’avant sont les seuls hublots de l’appareil. Six énormes réacteurs, disposés sous l’ensemble, lui donnent l’impression d’être monté sur roulettes.
    
    La liste de contrôle est interminable. L’équipage y passe toute la journée. Épuisés, ils retournent chacun à leur quartier, espérant dormir.
    
    
oOo

    
    C’est le dernier jour, le quatre juin. Le départ est prévu pour demain et l’arrivée sur Terre aux alentours du quinze. Depuis qu’ils maîtrisent l’hypertemps, les humains vivant dans l’espace n’ont plus de problèmes pour rejoindre la planète bleue, ou même d’autres galaxies, en des temps raisonnables pour les équipages.
    
    Aujourd’hui, Patrick ne passe pas son uniforme. En réalité, il ne met simplement pas sa veste. Il sort en bras de chemise après une bonne nuit de sommeil. Il se sent mieux, mais a tout de même été un peu au-delà de ses forces. C’est idiot, il le reconnaît.
    
    Il passera sa journée comme toutes celles qui précèdent un départ en mission.
    Il va petit-déjeuner au réfectoire général. Il fait quelques blagues et parle avec d’autres pilotes. Il joue un rôle, car il ne veut pas que tous se rappellent de lui comme d’un sale type.
    
    À n’en pas douter, Myriam se souviendra de lui. Myriam Lancaster, du secteur des buanderies, est une femme pleine de surprises. Elle a trente-quatre ans. Elle est la maîtresse de Patrick depuis à peine un peu plus de deux mois.
    Rien que pour cela, elle a l’admiration de ses collègues. C’est la relation la plus longue que le jeune homme ait jamais eue. Il faut dire que depuis trente jours, il passe son temps à s’entraîner. Même s’ils ne se sont pas vus, Myriam considère qu’ils sont toujours ensemble.
    
    Cette ouvrière est sur l’Agricole depuis quinze ans. Les dix premières années, elle purgeait une peine pour prostitution. Elle avait été affectée aux conserveries. Le travail y est difficile. En tant que détenue, elle y restait douze heures par jours. Elle a fini par s’habituer aux odeurs de poissons ou de viandes macérées.
    
    Son temps terminé, elle a choisi de rester. Bien qu’elle ne se fasse plus payer ses services, Myriam est connue pour avoir eu beaucoup d’amants. Elle ne demande aucune faveur. Elle vit sa vie. Contrairement à Patrick, elle a besoin de la présence des autres. Ils la rassurent. Elle ne s’est jamais prostituée par choix. Elle ne parle pas de sa vie d’avant, jamais.
    
    Elle ne cache pas avoir fait des erreurs, mais rappelle à tout importun qu’elle a purgé sa peine. La vice-amirale n’est pas dupe des relations que l’ancienne détenue entretient avec certains de ses pilotes. Tant qu’elle n’en fréquente qu’un à la fois et ne dissimule pas la nature de leur relation, la gradée n’y voit aucun problème. C’est même elle qui lui a trouvé cette affectation, moins difficile, à la buanderie numéro deux.
    
    Aujourd’hui, Patrick ne se rend pas chez Myriam. Il la rejoint sur le lieu de son travail. Il remonte le couloir. De chaque côté, d’immenses machines tournent dégageant vapeurs et mauvaises odeurs. Son amie, si elle peut être nommée ainsi, est à son poste.
    
    « Tu as pris ta pose ?
    – Salut toi, ça faisait un moment ! dit Myriam en lui souriant.
    – Je sais, j’ai été pas mal occupé.
    – C’est ce que j’ai cru comprendre.
    – Alors ta pause !
    – Tu as remarqué que je suis en train de programmer un cycle complet.
    – Et alors ? répondit Patrick avec un haussement d’épaules.
    – Alors lorsque j’aurai fini, il restera environ vingt minutes avant que tous ces uniformes ne sortent lavés, repassés et pliés. À ce moment-là, je devrai les empaqueter.
    – Je peux être rapide, vingt minutes me semblent suffisantes.
    – Tu veux faire ça ici. Vraiment, t’es un grand romantique ! s’exclame Myriam dans un éclat de voix.
    – Non, je ne le suis pas et tu le sais, si ça te pose un problème dis-le de suite. Dire que je t’apprécie justement parce que tu poses pas de question.
    – Je plaisantais. Et en plus, t’es beaucoup plus beau lorsque tu es en colère. »
    
    Elle essuie ses mains sur son grand tablier. Il la prend par la taille et la pousse entre deux machines. Il n’est certes pas romantique, mais la fougue de ses vingt ans suffit à satisfaire Myriam.
    
    Il passera le reste de sa journée à vérifier les données de sa mission à venir.
    
    
oOo

    
    Daniella et Marcel ont eu des journées calmes eux aussi.
    
    La navigatrice est allée, après le petit-déjeuner, faire un tour dans le quartier des artisans. Elle a acheté un massage, une bonne bouteille de vin et quelques provisions. En rentrant, elle a jeté la balle massante dans l’eau de son bain.
    
    Elle trouve qu’elle en a eu pour son argent, aucune partie de son corps n’a été oubliée. Elle se sèche et va dans sa cuisine. Elle a acheté des fruits de mer. Ils sont hors de prix, mais d’un autre côté si elle ne revient pas, elle mourra satisfaite de les avoir mangés. Elle débouche la bouteille de vin blanc.
    Elle écoute tranquillement de la musique pendant que son chat lèche les coquilles restant sur le plan de travail. Elle s’endormira saoule ce soir. Ce n’est pas professionnel, mais c’est une joueuse. Elle aime prendre des risques. Elle compte sur la décharge d’adrénaline du décollage pour lui faire reprendre ses esprits. Ce n’est pas la première fois qu’elle fait ça, elle espère que ce ne sera pas la dernière.
    
    Marcel passe sa journée, comme il le fait en temps normal. Il lit et parle avec ses plantes. Lorsque Frantz Meyer vient le chercher, le mécanicien est prêt. Ils vont faire une partie d’échecs au réfectoire. Ensuite, il prendra une verveine et ira se coucher.
    
    
    Merci à FFMonrise pour sa relecture attentive

Texte publié par Isabelle , 20 mars 2016 à 15h31
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