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Tome 1, Chapitre 45 « Petit-déjeuner » Tome 1, Chapitre 45
Kalena n’a encore jamais parcouru les couloirs de l’Agricole librement. Elle suit Patrick de quelques enjambées, laissant son regard errer sur ce qui l’entoure. Elle est émerveillée. La technologie ici est partout et le grand vaisseau est très lumineux. Il n’est pourtant que sept heures. La Novice n’ose pas imaginer les reflets irisés qui doivent éclairer les lieux à la tombée du jour ou encore la blancheur éblouissante qui doit y régner aux alentours de midi.
    
    La jeune fille sourit et salue tous ceux qu’elle croise. La plupart la fixent comme si elle était une bête curieuse. Pourtant, tous lui rendent son bonjour, certains plus hésitants que d’autres. La cafétéria ou réfectoire général se trouve au premier niveau. C’est un immense espace ouvert où des plantes exotiques et autres arbustes dessinent des zones plus petites. Rien qu’en observant la couleur des uniformes, Kalena en déduit que les gens se mélangent peu.
    
    Au centre, une place de forme arrondie, délimitée par des lauriers roses en fleurs est réservée aux gradés. Voyant la vice-amirale attablée, Kalena se précipite, heureuse de revoir Lauren. Patrick O’Commara la rattrape par la ceinture de son pantalon et lui montre une table vide non loin, mais en dehors du mess tout de même.
    Un peu déçue, la jeune fille le suit après avoir fait un grand mouvement en guise de bonjour. Lauren Mac Ferson ne peut retenir un petit rire et salue à son tour la Novice.
    
    
oOo

    
    À peine sont-ils assis que la majorité des regards se tournent vers eux. À cette heure-ci de la journée le restaurant est plein. Jardiniers, navigateurs, mécaniciens, pilotes et gradés sont présents. Malgré les travaux, ce repas fait salle comble. Il est également le seul à offrir un café digne de ce nom. Patrick explique à Kalena que de toute évidence le self est fermé et qu’ils devront se contenter d’une boisson chaude et d’une tartine. Cela n’est pas plus mal, le restaurant ayant la réputation de faire des œufs brouillés calcinés. Le pilote montre à la jeune fille où se rendre afin de se servir. Il devra venir avec elle, car pour l’instant elle n’a pas de badge pour payer.
    
    O’Commara soupire, il doit prendre sur lui pour donner le change. Il préférerait tellement être dans son appartemnet à siroter un café infect en mangeant des crackers ! Installés loin des tablées de ses collègues, ces derniers le regardent avec mépris. Le jeune homme sait ce qu’ils pensent. Ils imaginent qu’il les snobe, qu’il se croit supérieur... Si seulement !
    
    Patrick retient Kalena sur le point de se lever afin d’aller se servir. D’un geste du menton, il lui montre qu’il y a la queue. Le capitaine lui explique ensuite qu’il n’a pas l’intention de patienter debout. Ils peuvent attendre, ils ne sont pas pressés. Le jeune homme sait qu’il a rendez-vous ainsi que la Novice à quatorze heures avec le docteur Ly Maxwell. Il a tout planifié. O’Commara reprendra une douche et se rasera de frais, même s’il l’a déjà fait le matin même. Il mettra son uniforme propre et ses bottes cirées.
    L’argumentation de Patrick est prête ; Ly Maxweel ne pourra pas le retenir plus longtemps chez lui... Il énumérera tous les avantages qu’aurait l’Agricole à le réintégrer au personnel navigant. Bien sûr, il a aussi un petit mensonge dans sa poche, comme quoi il serait heureux d’aider le praticien dans ses recherches.
    
    Patrick doit se rendre à l’évidence, il n’y a plus personne qui attende pour un café chaud et des tartines. Il se lève et tire sur la manche de Kalena. Cette fille a tout d’une girouette tellement sa tête pivote de droite à gauche. Ses yeux grands ouverts lui donnent une certaine ressemblance avec une chouette ou alors un hibou.
    
    
oOo

    
    Marcel entre dans la cafétéria d’un pas lent. Au loin, ses élèves mécaniciens le hèlent, désirant que leur professeur et chef préféré se joigne à eux. La surdité circonstanciée de Gallo a décidé qu’il ne voulait pas les entendre. Il ne souhaite pas infliger cela à Carol qui se trouve à sa droite. La jeune femme est l’ombre d’elle-même et la tristesse qui se lit sur son visage est un crève-cœur pour son nouveau tuteur.
    
    Voyant la fille de Kaïla sourire doucement, il suit son regard et observe dans un coin de l’immense salle Kalena et Patrick. Marcel va faire quelque chose qu’il n’a jamais fait : se joindre à un pilote pour le petit-déjeuner. Il est prêt à endurer Patrick et ses sarcasmes si cela peut faire du bien à sa pupille. Il tourne donc les talons et se dirige vers le self, désirant avoir son café avant de s’installer. Sans le liquide noir et fumant, il pourrait dire ses quatre vérités à son patron.
    
    Aujourd’hui, ses rhumatismes le font souffrir, aussi le mécanicien tient avec difficulté son plateau, tremblant très légèrement. Le mouvement, bien qu’imperceptible, n’a pas échappé à Carol. La jeune fille se saisit de la tablette et dans un sourire interrogatif montre la table du capitaine et de la Novice. Marcel acquiesce, c’était de toute façon son intention. Le vieux militaire passe au milieu des pilotes dont certains se gaussent ouvertement de son âge.
    Regardant sa pupille s’arrêter à quelques pas devant lui, il craint qu’elle ne supporte pas les quolibets de ces crétins, elle est si fragile ! Mais Marcel a tort et Carol le lui prouve dans l’instant. D’un mouvement gracieux de la tête, elle replace ses boucles. Un immense sourire éclaire maintenant son visage, un sourire hypnotique qui capte l’attention de tous. Puis prenant un air moqueur, elle fait demi-tour et embrasse Marcel sur la joue. Les sifflets fusent dans tout le réfectoire. Carol hausse les épaules et répond :
    
    « Ne les écoutez pas, ce ne sont que des idiots... »
    Marcel éclate de rire et répond en tapant doucement sur l’épaule de mademoiselle Johnson :
    « Allez, jeune fille, avance… Si tu continues à te moquer d’eux, je vais finir par avoir des ennuis. »
    
    Le mécanicien observe sa pupille, comme s’il venait de la rencontrer pour la première fois ; une force immense se dégage maintenant de son visage souriant. Une détermination impressionnante se lit dans le regard de mademoiselle Johnson, suivie d’une incommensurable joie à la vue de Kalena.
    
    
oOo

    
    Ethna est dans son bureau. À quatre pattes sous sa table de travail, elle fouille dans de vieux cartons à la recherche d’éventuelles recettes lorsqu’un commis entre sans frapper :
    
    « Chef... les filles de chez vous... elles sont là ! Purée, elles sont jolies comme vous ! C’est même moi qui leur ai servi le café ! »
    
    Voulant se redresser trop vite, la Préceptrice se cogne violemment la tête. Elle ronchonne en se frottant le cuir chevelu. Elle est maintenant dans la cuisine. Tous nettoient et réorganisent les paillasses selon ses directives. Elle fait un signe au sous-chef de garde pour lui dire qu’il fait du bon travail avant de monter sur un tabouret. Le commis qui a suivi sa responsable lui tend une casserole et une louche. Ethna sourit, sa réputation est faite. Elle tambourine et interpelle ensuite les employés présents :
    
    « Mesdames, Messieurs... Tout d’abord, merci pour votre travail, grâce à votre pugnacité nous allons ouvrir deux jours plus tôt que prévu. »
    Les sifflets et bravos fusent de toute part. Les collaborateurs sont heureux de savoir que leurs efforts n’ont pas été vains. L’aînée des Davenport leur fait signe de se taire et poursuit :
    « Je souhaiterais vous communiquer une information primordiale. Les Terriennes n’ont ABSOLUMENT pas le droit de boire de l’alcool ou du café. Celui qui leur en servira dans cette cafétéria, et ce à partir d’aujourd’hui, aura affaire à moi. Compris !
    — Compris chef ! répondent-ils d’une seule voix.
    — Ensuite, j’aimerais bien prendre mon petit-déjeuner avec ma sœur, mais je ne veux pas que cela engendre des commérages et autres rumeurs de favoritisme !
    — Je dîne bien avec ma femme ! Alors, Madame, tant que vous êtes disponible si nous avons besoin de vous, vous avez aussi droit à une pause, s’exclame le sous-chef depuis le secteur des pâtisseries.
    — Merci. »
    
    Ethna descend de son estrade improvisée. Elle rend les instruments au commis avant de lui frotter la tête. L’adolescent semble soulagé : il a sûrement cru un instant qu’il allait avoir des ennuis pour avoir servi du café aux Terriennes. L’aînée des Davenport prend la direction du réfectoire, elle est aux anges... sa sœur est là.
    
    
oOo

    
    Patrick O’Commara occupe la place d’honneur. À sa droite, Kalena et à côté d’elle Marcel discutent des souffrances du vieil homme. À sa gauche, la bouche pleine de pain et de confiture de myrtille Carol mâche silencieusement son petit-déjeuner. Le pilote soupire, il voudrait que tout cela ne soit qu’un cauchemar. Sa mauvaise humeur a besoin de s’exprimer. De ce fait, il s’en prend-il à son collègue :
    
    « OK, le mécano rigolo... on a tous des douleurs ! Change un peu de sujet ! »
    
    Marcel n’a pas le temps de réagir que Kalena lui a déjà saisi le poignet. Il ouvre des yeux ronds, soulagé de sa peine l’espace d’un instant. La jeune fille le lâche aussi vite qu’elle l’a touché. Le mécanicien ne répond toujours pas. Patrick laisse faire, préférant voir ce que la Novice a en tête. Il comprend immédiatement sa manœuvre lorsqu’elle pose sa main sur la sienne. Après un mouvement vif du bras, le pilote se redresse.
    « Yatchi ! C’est quoi ça ? demande-t-il en bougeant ses doigts.
    — Un petit cadeau de la part de Marcel... et de moi, sourit Kalena, satisfaite.
    — Tu es vraiment l’enfer fait femme ! »
    
    S’exclame Patrick dont le regard se fronce comme lui seul sait le faire. Il serre les mâchoires tandis que Carol et Marcel éclatent de rire. Il ouvre la bouche, mais une voix forte lui coupe la parole :
    
    « Heps ! Fais attention à ton langage, joli cœur ! C’est pas une façon de parler aux Dames. »
    
    Dans le dos du pilote, son collègue Morton, accompagné de O’Brian, le toise. Lentement, Patrick se retourne. Il pousse sa chaise et se lève. Les deux jeunes hommes sont maintenant face à face.
    
    « Ed, que nous vaut l’honneur de ta présence ? demande O’Commara glacial.
    — Ladies, je me présente Édouard Morton, pour vous servir. Ed pour les intimes.
    — Oh ! Alors vous êtes l’intime de O’Commara. Je suis ravie de rencontrer son copain, sourit Kalena sans malices.
    — Je... nous
    — Bienvenu dans mon enfer, Morton. »
    Répond simplement Patrick. Avant de se rasseoir, il tape sur l’épaule de son collègue puis lui fait signe de prendre place.
    « Zach, tu te joins à nous ? »
    Demande-t-il espérant que les nouveaux venus aient quelque chose d’intéressant à raconter. Zachary O’Brian s’assied aux côtés de Morton qui a pris place sur la chaise à la gauche de Carol.
    « Morton, O’Brian, je vous présente les Terriennes, explique Patrick. Vous connaissez déjà mon méca Marcel.
    — Elles s’appellent Kalena et Carol, spécifie le chef Gallo. Pas la peine de préciser : les Terriennes, je pense que tout le monde le sait. Messieurs, on regarde, mais on ne touche pas ! Compris !
    — Heps ! Marcel... elles m’ont l’air assez grandes pour se défendre seules, le reprend Morton.
    — Non, il a raison. Nous sommes différentes. Si vous nous touchez, nous allons hurler... pendant des jours. De vraies hystériques ! complète Carol.
    — Vous êtes malades m’a-t-on dit. C’est quoi comme affection ? s’enquiert calmement O’Brian.
    — Nous sommes haptophobes. En fait, afin de fuir nos bourreaux nous nous sommes enfermées avec des vers et depuis…
    — Depuis elles ne supportent pas que quiconque les approche, conclut Marcel.
    — Pourtant je l’ai vues vous prendre ta main et celle de Patrick, remarque Morton malicieusement en désignant Kalena du menton.
    — Ce n’est pas pareil ! C’est la famille ! » s’exclame haut et fort Daniella, arrivant du self et accompagnée de Jane.
    
    La navigatrice s’assied à califourchon sur la chaise après avoir retourné cette dernière. Elle se place à côté de O’Brian et Jane à côté de Marcel. Daniella mord rageusement dans sa tartine et présente la dernière venue, la bouche pleine de confiture à l’abricot.
    Malgré l’ambiance de plus en plus détendue, Kalena peine à sourire. Patrick devine que tout comme lui, elle a mal aux poignets. Elle n’aurait pas dû toucher Marcel. Le jeune homme sait qu’il vaut mieux qu’elle ne mange pas. Il comprend qu’elle préfère saisir sa tasse de café afin de s’hydrater.
    
    « Pose ça immédiatement ! entend Patrick dans son dos.
    — Ethna, crie Kalena en se retournant.
    — Salut ma puce. Pas de caféine, après vous allez être surexcitées... Jane, j’ai raison ?
    — Oui, mère la morale, répond en repoussant sa tasse mademoiselle Brives.
    — Je vous ai apporté du thé.
    — Mère la morale, le café n’a jamais tué personne, croit bon d’ajouter Ed Morton.
    — Pardon ? Vous êtes qui ? le fusille Ethna.
    — Heu... Ed Morton, mademoi…
    — Moi c’est : Madame ou Chef. Un problème avec les grades Capitaine de Corvette Édouard Morton ? »
    
    L’assurance d’Ethna rayonne autour d’elle la rendant plus séduisante que sévère. Les anciennes pensionnaires du Manoir la regardent. Patrick se demande si elle ressemble à Kaïla en les protégeant ainsi. Une lionne défendant ses petits ! Carol se lève et la serre dans ses bras, les larmes aux yeux. Elle chuchote un merci avant de retourner s’asseoir. L’aînée des Davenport attrape un siège à la table voisine et prend place entre Kalena et Marcel. O’Commara est triste, Kalena souffre toujours et sûrement plus que lui. Il pose nonchalamment sa main sur celle de la jeune fille et regarde ses deux collègues pilotes :
    
    « L’enfer les gars, je vous l’avais bien dit, grimace Patrick qui ressent la Douleur de Kalena.
    — De quoi tu te plains, tu as enfin des amis, sourit O’Brian.
    — Ah non ! Les gars vous êtes mes seules connaissances… Parce que ça, dit-il en montrant le reste de la table, c’est la “famille”. Je me retrouve avec cinq sœurs et un ancien tuteur. Tous n’ont qu’une idée en tête... me rendre fou !
    — Des sœurs ? Hum... intéressant, remarque Morton. Qui est l’aînée ? Toutes célibataires ?
    — Daniella. Viennent ensuite Jane, Ethna et les deux dernières à égalité Kalena et Carol, complète Patrick. Eh oui, elles sont seules, et non... tu n’auras certainement pas avec elles la relation que j’ai partagée avec ta frangine, s’esclaffe maintenant O’Commara.
    — C’est toi qui vas m’en empêcher peut-être ?
    — Non, c’est moi ! »
    
    Intervient le contre-amiral Jansen arrivé sans que personne ne s’en aperçoive. Les trois pilotes accompagnés du mécanicien et de la navigatrice se lèvent et se mettent au garde-à-vous. Kalena les imite, mais se pend au cou de l’officier. Patricck l’observe : elle fait bien attention de ne pas le toucher.
    
    « Kalena, nous en avons déjà discuté, je ne suis pas votre ami... vous me devez le respect et à la vice-amirale aussi.
    — Pourquoi ? Je vous considère comme des proches. Lauren et toi êtes mes nouveaux amis, Dieter.
    — Je…, nous en reparlerons plus tard. Je suis simplement passé vous dire que l’entretien avec le docteur Maxwell a été avancé d’une demi-heure. Morton, O’Brian... je compte sur votre professionnalisme. Mesdemoiselles, messieurs... bonne journée.
    — Bonne journée, Dieter, s’exclament d’une seule voix les anciennes pensionnaires du Manoir.
    — Bienvenu dans mon enfer, Monsieur », conclut ironiquement Patrick.
    

Texte publié par Isabelle , 12 octobre 2017 à 10h16
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