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Tome 1, Chapitre 44 « Règle numéro un » Tome 1, Chapitre 44
Kalena attend. Allongée, les yeux fermés, elle a tout son temps. La jeune fille espère un jour découvrir une nouvelle planète. Si ce rêve semblait fou lorsqu’elle habitait sur Terre, cela lui paraît tout à fait envisageable aujourd’hui. Comme tous les matins depuis ces dix derniers jours, elle se réveille à la pointe du jour. La Novice sait et comprend qu’il s’agit d’une réalité artificielle. Cependant, la luminosité est si bien rendue qu’elle a l’impression d’être un jour de mai et... elle adore cette période de l’année.
    
    Ce sera dorénavant sa saison préférée. L’hiver et la neige ont toujours son admiration, mais le printemps... c’est celle de l’évasion. Elles se sont enfuies. Elles ont survécu. La demoiselle Davenport a réussi à endurer toutes les épreuves et aujourd’hui elle a rendez-vous avec son destin ! Le docteur Ly. S’il la déclare apte, elle sera comme n’importe quelle jeune fille de son âge. Elle sera quelconque. Enfin ! Kalena saute hors de sa couchette d’un bond. Elle plie les draps et range la partie-lit du canapé.
    
    La Novice s’amuse à l’avance de la question qu’elle va poser au pilote. Elle adore ennuyer PO dès le matin. Il a beaucoup de mal à se faire à sa présence, mais cela ne l’empêche pas de bien l’aimer... elle en est sûre. Par moment, il lui fait penser à Ethna par son égoïsme et sa bougonnerie, mais la comparaison s’arrête là. Elle aussi a des points communs avec lui : la maîtrise de soi et les sourires factices. Par contre, Patrick sait se faire des amis enfin surtout des amies.
    
    Kalena espère qu’elle aura de nouveaux camarades lorsqu’elle rentrera à l’école de botanique. Si elle est admise. Le concours est dans six mois. La jeune fille inspire doucement puis expire. Pas question de se laisser gagner par la panique. Posant son nécessaire de nuit sur l’étagère que PO lui a donnée dans le placard de l’entrée, elle en profite pour choisir ses affaires du jour. La Novice n’a pas beaucoup de vêtements, seulement quelques vieilleries ayant appartenu au capitaine O’Commara : une chemise, deux T-shirts, un pantalon et un caleçon court.
    Elle commence son yoga. Le pyjama, trop grand pour elle, entrave ses mouvements, mais ce n’est pas grave. La Terrienne est d’autant plus heureuse de faire sa gymnastique que rien ne l’y oblige : ni les Mères du Manoir ni la préparation d’une quelconque évasion.
    
    Aujourd’hui, Kalena va faire traîner sa pratique en longueur. Elle se dit que si PO arrive le premier, il rangera enfin ses affaires. C’est une chose qui l’insupporte, ce garçon est désordonné !
    Elle sent le regard du pilote sur elle. Il est levé. Une fois Patrick dans la salle d’eau, la jeune fille cesse son activité et écoute, espérant entendre le bruit que fait l’air comprimé lors de l’utilisation du bac à linge sale. Rien. Aucun vêtement n’est en route entre l’appartement du capitaine O’Commara et la buanderie. Une colère silencieuse envahit la Novice. Elle ne se reconnaît pas... elle est hors d’elle.
    D’un pas décidé, elle se dirige vers la douche. S’il ne le sait pas encore, PO ne va pas tarder à apprendre qu’il ne fait pas bon être dans la ligne de mire de Kalena Davenport lorsqu’elle est furieuse.
    
    
oOo

    
    Le réveil sonne longuement avant que Patrick ne se décide à l’éteindre. Tirant à lui les draps, il se tourne profitant encore quelques minutes de la chaleur de son lit. Il soupire puisse lève. Debout devant la porte, le capitaine n’a pas envie d’aller plus loin. Il sait que la « crevette » l’attend pour le petit-déjeuner. Elle aura sûrement déjà replié le canapé-lit et les couvertures. Cela ne le dérange pas. Ce qui l’ennuie c’est qu’elle parle dès le matin. Elle va encore le questionner : quand débarrasse-t-il l’autre chambre ? Elle désire avoir un endroit à elle.
    
    O’Commara pousse un nouveau soupir et regarde sa montre. Il est à peine six heures, il a peut-être une chance de passer à la salle de bain avant elle aujourd’hui. Levant la sécurité de sa porte, le pilote sourit. Il se demande bien pourquoi il s’enferme à clef. Il n’a rien à craindre. Cependant, c’est là le seul moyen qu’il a trouvé pour marquer son territoire.
    La paroi coulisse dans un bruit métallique troublant la quiétude matinale. Le capitaine observe sa colocataire. Toujours dans le salon elle effectue des mouvements gracieux... son yoga. Patrick penche la tête sur le côté et s’aperçoit qu’elle a déjà ordonné toutes ses affaires.
    D’une démarche maladroite, il se précipite vers la salle de bain. Aujourd’hui, le pilote sera prêt le premier. Un exploit. Il n’a jamais été dans le tempo durant les dix derniers jours, depuis qu’ils ne sont plus alités en fait.
    
    Entrant dans la pièce d’eau, il pousse du bout du pied le pantalon qu’il a laissé là la vieille et pénètre dans la baignoire. Il enclenche la fonction multijet-savon intégré et se met même à fredonner. O’Commara est de bonne humeur. Il a rendez-vous, ainsi que Kalena, afin de valider leurs aptitudes auprès du docteur Ly Maxwell.
    
    Sa joie ne sera que de courte durée. La porte de la douche s’ouvre et le froid s’engouffre dans la cabine. Patrick d’un geste vif se tourne de façon à protéger son intimité après avoir saisi la serviette que la « crevette » lui tend. O’Commara est hors de lui :
    
    « Bordel de merde ! T’es pas finie ou quoi ! »
    
    Les jurons fusent telles des balles, sifflant agressivement. Maintenant enroulé dans le drap de bain, le pilote arrête le jet d’eau. Il est trempé. Face à lui, Kalena le regarde sans dire un mot. Elle patiente. Son œil est perçant, la jeune fille réfléchit. Cependant, Patrick ne lui laisse pas le temps d’attaquer et renchérit toujours aussi menaçant :
    
    « Écoute-moi bien la “crevette” soit tu sors immédiatement, soit je t’assure que tu vas regretter d’être venue !
    — J’attends ! affirme, sûre d’elle, Kalena qui fixe PO.
    — T’attends ! Mais t’attends quoi exactement ?
    — J’attends que tu ranges tes affaires. Tu fais ce que tu veux dans ta pièce, mais j’ose espérer un minimum de respect dans les parties communes et... le rangement est la première des politesses.
    — Je ne sais pas qui t’a appris ces bêtises, mais je suis ici chez moi, je fais ce que je veux. T’es ma prise, tu fais ce que je t’ordonne de faire... Range…
    — Si tu m’obliges à toucher à cette chose, dit Kalena en montrant le pantalon à ses pieds, je me jette contre le mur, nous verrons ce qu’en dira Maxwell lorsqu’il devra suturer mon visage. De plus, je t’interdis de critiquer les principes de ma sœur !
    — Tu... Quoi ? T’oseras jamais… s’étonne Patrick face à l’aplomb de la jeune fille.
    — Vraiment ? Tu parles à quelqu’un qui n’a pas hésité à s’enfermer vivante avec des vers... qui est entré volontairement dans un champ de tournesols malades... qui…
    — Qui est née pour me pourrir la vie. On a compris ! »
    
    Patrick sort de la douche et toise Kalena. Il fronce le regard comme lui seul sait le faire. En dernier recours, il croise les bras sur la poitrine. Il s’apprête à la menacer. Faisant un pas en avant, il pose le pied sur le pantalon et glisse. O’Commara se retrouve sur le dos, grimaçant de douleur.
    
    
oOo

    
    La cadette des Davenport s’accroupit. Elle remet en place une mèche derrière son oreille et penche ensuite la tête à droite. Elle observe son colocataire. Kalena semble réfléchir et même se retenir de rire. Elle sourit à outrance et affirme :
    
    « PO, tu me feras le plaisir d’arrêter de faire le zouave et de ramasser cette chose !
    — Oh toi ! Merde... ne pousse…
    — Alors premier principe : range tes affaires, deuxième principe : on ne dit pas de vilains mots parce que c’est vilain justement... et si tu n’es pas content tu vas voir directement Ethna. Elle t’énumérera la liste de ce qui est ou non autorisé !
    — Oh vraiment ! Je vais lui expliquer que ses trucs... c’est du bidon !
    — Hé bien… Bon courage ! Parce que c’est grâce à ses “trucs”, elle et moi avons survécu au Manoir ! Une chose est sûre... douillet comme tu es et avec le bazar que tu sèmes les Mères se seraient fait un plaisir de te corriger ! »
    
    À ces mots, les deux jeunes gens se relèvent dans un même mouvement. Ils se fixent. Les yeux dans les yeux, ils attendent que l’un d’entre eux cède. La tension est palpable. Kalena inspire profondément et se retourne, faisant mine de vouloir se frapper la tête contre le mur. D’un geste vif, Patrick la retient et l’attire contre lui.
    
    « Tu es l’enfer fait femme ! Tu le sais...
    — Je ne suis pas une femme, d’après tes dires, je serai une gamine... plus exactement une “crevette” de la famille des Palaemonidae et… »
    
    Kalena s’arrête. Elle a gagné ; de toute évidence, Patrick n’imagine même pas comment en finir avec cette situation grotesque. Il vient de ramasser ses affaires et les enfourne dans le conduit réservé au linge sale. D’un geste du menton, il lui montre la sortie. La jeune fille ne se fait pas prier et retourne dans le salon.
    
    D’un regard, elle embrasse la pièce et se demande comment elle pourrait remercier PO d’avoir rangé. Elle se souvient des soupes d’Ethna. C’était toujours un grand réconfort lorsqu’elle rentrait de longues heures d’études d’avoir un bol fumant sur sa table de nuit, quelle que soit l’heure.
    Voilà ce qu’elle va faire : à manger. Depuis qu’ils sont sortis de leur lit, ils ne se nourrissent que de sachets préconisés par le médecin. Kalena se dit qu’elle devrait arriver à mélanger des céréales avec un peu de lait... cela ne doit pas être très compliqué. Lorsqu’elle aura un peu plus de liberté de mouvement, la jeune fille ira voir sa sœur afin qu’elle lui apprenne deux ou trois recettes.
    
    La cadette des Davenport cherche dans les placards et trouve son bonheur. Verse le laitage sur le maïs et dispose les bols sur la table. Patrick O’Commara vient de sortir de la salle de bain fraîchement rasé. Il rentre dans sa chambre afin de se préparer. Pendant ce temps-là, la Novice va prendre sa douche. Dorénavant, Kalena adore s’habiller. Les vêtements ne possèdent pas de fermeture éclair ou encore de col qui gratte comme au Manoir. Ici, il suffit d’appuyer sur le bouton sous l’encolure de la chemise pour que cette dernière s’ajuste automatiquement. Il en est de même pour les pantalons et autres affaires. Elle vient de finir de se natter les cheveux lorsqu’un bruit sourd suivi d’un cri la fait sortir en courant de la salle de bain.
    
    
oOo

    
    Le capitaine est écarlate, il vient de recracher sa cuillerée dans une quinte de toux. Il a bien failli s’étouffer. Il fusille Kalena du regard :
    
    « J’ai été beaucoup trop gentil avec toi, hurle-t-il.
    — Je... Qu’est-ce… bredouille Kalena.
    — Ce sont des grains de maïs pour pop-corn, pas des céréales du matin... Enfin ! Comment peux-tu ignorer un truc pareil ? Oublie, tu ne sais rien faire... tu… Bref. Ta vie a été un enfer, maintenant c’est mon tour. À partir d’aujourd’hui, tu ne touches plus à rien. Tu ne prends aucune initiative. OK.
    — Pourquoi ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Je voulais… »
    
    Patrick ne comprend pas pourquoi, mais la jeune fille a les larmes aux yeux. Les perles fines commencent à couler irriguant abondamment ses pupilles et les rendant encore plus vertes. Le cœur du pilote se serre, il n’aime pas la savoir malheureuse. O’Commara s’interroge : « Ne l’apprécie-t-il pas du tout ? » Se ment-il lorsqu’il lui répète régulièrement qu’il préférerait avoir été amputé d’une jambe plutôt que de devoir la supporter. Kalena déglutit. Les bras ballants, elle fixe le vide.
    
    En fait, Patrick souffre dès qu’elle est triste. Cela doit venir du lien qui les unit, car en temps normal les pleurnichards l’énervent plus qu’autre chose. Avant même de s’en être rendu compte, il a pris la jeune fille dans ses bras. À son contact, il peut ressentir sa peine. Il soupire, résigné, et lui chuchote à l’oreille :
    
    « OK, Léna... Ici, c’est chez moi. Par conséquent, on applique mes règles. D’accord ?
    — D’accord, renifle Kalena.
    — Règle numéro un : le rangement est la première des politesses.
    — Merci PO, murmure-t-elle en se serrant un peu plus contre lui.
    — Je n’ai pas fini... et arrête de me coller, maugrée-t-il en la repoussant gentiment. Règle numéro deux : à partir d’aujourd’hui, nous prenons tous nos repas à la cafétéria. Et enfin règle numéro trois : tu m’appelles une fois PO en public... je te tue ! »
    
    Kalena bouge doucement le bout de son nez essayant de retenir la goutte qui désire en sortir. Elle regarde ses pieds comme une enfant qui aurait fait une bêtise. Elle se tait un instant avant de répondre :
    
    « D’accord, je te nommerai PO uniquement lorsque nous serons seuls.
    — Tu vois Léna... quand tu veux !
    — J’aime bien quand tu dis Léna…
    — Ne rêve pas la “crevette” ! Je t’appelle comme ça que quand tu m’énerves !
    — Laisse-moi avoir un doute... PO. Je crois, moi, que tu apprécies d’où le Léna... ce n’est pas grave... »
    
    Kalena sourit franchement. Ce genre de sourire rare, vrai est magique. Il emplit l’estomac du pilote de papillons. Une chose est sûre, il se pense victime d’une malédiction. Pourquoi a-t-il fallu qu’il soit son Preneur ? Il aurait pu être simplement celui qui avait ouvert son caisson ! Si son attitude ne vient pas de la révélation de ce lien, il ne comprend pas pourquoi il se ramollit autant. Chassant ces idées d’un geste de la tête, il invite la jeune fille à sortir... ils vont devoir affronter la cafétéria pour le petit-déjeuner.
    

Texte publié par Isabelle , 29 septembre 2017 à 07h51
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