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Tome 1, Chapitre 41 « Enlacés » Tome 1, Chapitre 41
Kalena se réveille péniblement. La tête lui tourne. Elle n’a plus d’équilibre, l’intérieur de son corps tangue lui donnant la nausée. Le pire c’est que dès qu’elle bouge le crâne, elle a envie de vomir. La jeune fille a l’impression que là où se trouvait son cerveau a pris place un tambour. Elle ouvre péniblement les paupières.
    Sa tête est blottie contre le torse nu d’un homme. Il respire calmement et ses bras l’enlacent, diffusant une douce chaleur. La Novice jette un regard à son compagnon. Elle le reconnaît. Il s’agit du militaire qui l’a soignée à bord du vaisseau. Kalena inspire puis expire longuement. Elle doit faire taire cette douleur sourde qui la maintient dans cet état brumeux.
    Cherchant dans sa mémoire, elle se souvient. Le gradé s’appelle Patrick O’Commara, il est capitaine. Elle préfère de loin le surnom qu’elle lui a donné : PO. S’il est d’accord, elle le nommera ainsi. Les images affluent peu à peu dans l’esprit de la Novice. Les interrogatoires, les tournesols, la promesse de la vice-amirale et la Douleur. Intolérable. Inacceptable.
    
    Doucement, les larmes coulent le long des joues de Kalena. Elle se remémore avoir voulu mourir. Des bribes éparses lui racontent que c’est le jeune homme contre lequel elle se repose qui lui a sauvé la vie. Ils partagent tous deux un lien particulier. Il la soulage. Elle a l’impression qu’il aspire ses maux… ou du moins qu’il les rend tolérables.
    La cadette des Davenport se rappelle certaines histoires : des contes pour enfants parlant de Pures et de Preneurs. Elle aimerait tant qu’ils soient réels, qu’il existe quelque part quelqu’un pouvant lui enlever sa Douleur. D’ailleurs, le mal de tête de la jeune fille a presque disparu. Il ne lui reste qu’un élancement dans la poitrine. Elle a l’impression que son cœur manque de place.
    
    Elle repense un instant à PO, à leurs différentes rencontres. Ce capitaine est bizarre. Pourtant, sans vraiment savoir pourquoi, il la fait rire. Kalena décide qu’ils seront amis. Mieux, il sera son grand frère. À cette idée, elle s’apaise. La jeune fille laisse le sommeil l’emporter, elle doit se reposer, elle est si fatiguée.
    
    
oOo

    
    Patrick a trop bu, c’est la seule explication. Il a une gueule de bois magistrale. Le pilote en a même oublié comment il est rentré chez lui. Il n’ose pas bouger de peur de vomir au moindre mouvement. Il respire doucement, essayant de maîtriser son corps.
    Il a pourtant l’habitude de ce genre de situation. Il a dû forcer comme jamais auparavant pour ne plus arriver à ouvrir les yeux. O’Commara secoue sa tête violemment et rage contre lui-même. Telle une aiguille traversant son crâne, une brusque douleur l’assaille. Il geint fortement. Au même moment, quelqu’un se presse contre lui et lui caresse le torse. Le jeune homme est dubitatif. Il n’arrive pas à croire qu’il ait été suffisamment saoul pour avoir outrepassé sa sacro-sainte ligne de conduite. Il a ramené une fille chez lui !
    
    Patrick O’Commara se gratte la base du crâne avant de glisser sa main sous sa nuque. Il n’est pas encore sorti du brouillard dans lequel l’alcool le retient. Il patiente. Peu à peu, ses idées s’éclaircissent. Il se rappelle qu’il était de garde à la serre numéro quatre. Davenport II a fait un malaise. Le jeune homme se revoit entrer dans l’immense champ de tournesol. Il sent encore l’odeur de sang et de boue mêlés.
    Les couloirs vides, la panique, la douche... le pilote se souvient de tout. Il déglutit avec difficulté. Une main imaginaire serre son estomac et l’empêche de respirer correctement. Il expire, se concentre et ouvre les yeux. Elle est là... au creux de ses bras. Elle est vivante et sourit dans son sommeil. Rien à voir avec tous ces faux-semblants qu’elle essaye de faire passer pour de la joie. C’est différent, elle est en paix.
    À l’admirer ainsi, Patrick a le cœur serré et les larmes au bord des yeux. Il ne comprend pas ce qu’il lui arrive, mais cette fille en est la cause. Il en est sûr. La colère monte, incontrôlable. Il est furieux contre lui-même pour être venu en aide à cette inconnue sans aucune raison valable. Il peste contre la vice-amirale d’avoir validé son plan et l’avoir laissé partir sur Terre. Il maugrée contre son apprentissage qui a fait de lui un as du pilotage. Pire, il en veut à ses parents de l’avoir éduqué en homme de parole ! Il se mord violemment les lèvres essayant de contenir la fureur qui le consume, mais n’y arrive pas et se met à hurler.
    
    « NON, MAIS... C’est quoi ce délire ? »
    
    Il est sur le point de rééditer son appel lorsque le docteur Ly accompagné d’une des prisonnières entre précipitamment dans sa chambre.
    
    « Patrick, calme-toi !
    — Ne me dites pas ce que je dois faire ! Que fait cette gonzesse dans mon pieu !?
    — Patrick ! Tu te calmes ou je le fais », ordonne le médecin-chef.
    
    Il menace le pilote à l’aide d’un petit pistolet armé de pastilles vertes, des tranquillisants. Son patient cesse son agitation et respire fortement. O’Commara contient sa rage. Il serre les mâchoires tellement fort qu’il fait grincer ses dents. Le capitaine ne veut plus être drogué. Vu le pétrin dans lequel il s’est mis, il tient à avoir les idées claires afin d’éviter de s’enliser davantage. La situation est déjà suffisamment complexe comme cela.
    
    
oOo

    
    Ly Maxwell s’assied au bord du lit et fait signe à Jane de retourner au salon. Il contrôle ensuite les valeurs données par les différents moniteurs. Ses patients sont stables, mais certainement pas hors de danger. Les poumons du pilote sont encore contaminés par des spores de champignons et le cœur de Kalena, plus exactement son péricarde, est enflammé suite aux différents chocs qu’il a subis. Un nouveau grognement sort le médecin de ses analyses. Patrick O’Commara essaye de s’extirper de son lit.
    
    « Patrick, il n’est pas question que tu ailles ailleurs que dans ce lit !
    — Regardez-moi !
    — Patrick... vous êtes comme des symbiotes…
    — Quoi ? Foutez-moi la paix Doc ! Avec tout mon respect, vous m’emmerdez ! hurle le pilote hors de contrôle.
    — Je comprends, Pat… »
    
    Une main douce et délicate se pose sur le bras du médecin-chef, celle d’Ethna. Avec un sourire et un signe du menton, elle indique au praticien que Kalena aussi est réveillée. Sans pour autant être d’accord, Ly Maxwell comprend que le jeune homme doit expérimenter par lui-même sa nouvelle condition. Il tapote la main d’Ethna et se tourne de façon à faire signe à Jane et à Carol, venues avec le fauteuil de l’aînée des Davenport, qu’elles peuvent retourner dans l’autre pièce. Le médecin-chef se lève à son tour et suit les jeunes femmes. Il s’arrête dans l’embrasure de la porte, ne prenant pas le risque de laisser ses deux patients seuls.
    
    Dire que Patrick O’Commara est furieux est un euphémisme. Il a dépassé le stade de la colère. Plus que ses mâchoires crispées ou ses yeux rageurs, c’est son calme qui le rend inquiétant. Le pilote dégage la tête de la Novice de son épaule gauche. Il prend appui sur ses bras et s’assied. Comme s’il venait de recevoir un violent coup de poing dans l’abdomen, le jeune homme est plié par la moitié. Il suffoque. Sa respiration siffle à l’égal d’une grosse crise d’asthme.
    De l’autre côté du lit, Kalena grimace. Son visage se crispe. Son corps se soulève dans un soubresaut. Les moniteurs indiquent que son péricarde n’est plus assez élastique pour permettre à son cœur de battre normalement. Le médecin-chef se précipite sur la jeune femme. Il lui donne les premiers soins espérant qu’il n’est pas trop tard. Pendant ce temps-là, Ethna s’est levée péniblement de son fauteuil roulant. Elle s’est approchée du pilote et lui murmure une phrase à l’oreille. Patrick fixe l’aînée des Davenport. Il met sa main sur son épaule et lui demande de l’aide. Elle assiste le capitaine afin que ce dernier se retourne vers sa sœur.
    
    Patrick O’Commara respire à peine. Il se glisse jusqu’à Kalena et la blottit contre lui. L’effort qu’il fait pour arriver à ses fins est immense. Il tourne la jeune fille sur le dos et s’allonge sur elle. Le médecin-chef l’a laissé faire. Il regarde une fois de plus les moniteurs, rien ne change. Patrick va mourir étouffé et Kalena d’une crise cardiaque.
    Le temps semble suspendu. Tous fixent la scène, espérant un retour à la normale, même s’ils ne savent pas vraiment ce qu’ils entendent par-là. Le médecin est impuissant. Il ne peut pas donner plus de médicaments à Kalena de peur qu’elle ne fasse une réaction exagérée. La position de Patrick ne lui permet pas non plus de lui administrer le moindre aérosol. Ly Maxwell enfonce ses mains dans les poches de sa blouse et serre les poings. Il se sent inutile.
    
    Un son aigu et régulier se fait entendre. Il s’agit des battements du cœur de la Novice. Cette mélodie si particulière emplit de joie les personnes présentes. De l’autre côté, le sifflement inquiétant en provenance des voies respiratoires du pilote a disparu. Ils vont mieux.
    Le médecin-chef vérifie une fois de plus l’état de ses patients, tous les signaux s’améliorent. La guérison est en vue. La crise qu’a faite Patrick n’a en rien compromis ni sa santé ni celle de la Novice. Le praticien est tout de même très surpris, car les deux jeunes gens se sont endormis profondément, comme si de rien n’était.
    
    
oOo

    
    Mademoiselle Davenport se réveille paniquée. Elle étouffe. Le poids qu’elle a sur la poitrine est immense, il l’empêche de faire le moindre mouvement. La Novice ouvre la bouche cherchant un peu d’air. Ses lèvres se plaquent sur une surface douce et tiède. Elle fait ventouse augmentant encore un peu plus sa détresse respiratoire.
    
    Ses yeux se sont habitués à la pénombre. Elle devine PO couché sur elle. Elle vient de trouver la raison de son inconfort. Le jeune homme l’oppresse, elle suffoque. La marge de manœuvre qui s’offre à la Novice est réduite. Ses mains peuvent bouger. Doucement, Kalena Davenport rapproche ses doigts des flancs du pilote. Elle y est ! Le plus vite possible, elle fait gigoter ses extrémités, chatouillant son compagnon.
    
    « Heps, la crevette ! Tu n’as pas bientôt fini. Je te signale que si nous en sommes là c’est à cause de toi !
    — PO… »
    
    La prisonnière manque d’air. Ses lèvres deviennent légèrement bleues avant qu’elle ne décide de fermer les yeux. Elle doit reprendre des forces.
    
    
oOo

    
    Patrick O’Commara est crevé. Cette expérience l’a vidé de ses dernières forces. Il n’a pas du tout envie de discuter avec sa « prise ». Il souhaite juste l’ignorer, c’est le seul moyen qu’il a pour gérer la situation sans prendre un blâme pour insubordination.
    Le pilote est surpris. La jeune fille n’a pas fini sa phrase. Il se soulève délicatement, elle semble évanouie. Son premier réflexe serait d’appeler à l’aide. Pourtant, aucun mot ne sort de sa bouche.
    Il se roule sur le côté, emportant avec lui Kalena. Le jour pointe légèrement à travers les occultants, lui permettant de l’admirer. Elle est si belle, si paisible. Le capitaine se souvient qu’il avait ressenti la même chose lorsqu’il l’avait vue la première fois. La « crevette » a ce pouvoir sur lui. Elle le calme. Délicatement, il écarte une mèche collée par la sueur sur son front. Il ne peut s’empêcher de lui caresser tendrement la joue comme il l’aurait fait avec sa sœur, s’il en avait eu une.
    
    « Léna, réveille-toi. S’il te plaît... je vais vraiment être dans un sacré pétrin si tu meurs. »
    
    La jeune fille ne bouge absolument pas. Sa respiration est régulière et ses lèvres ont repris une jolie couleur rose tendre.
    
    « Léna ? Réponds ! Qu’est-ce qu’il y a ? Ton but dans la vie c’est de pourrir la mienne ? »
    
    Patrick O’Commara chuchote. Il ne souhaite pas alerter le médecin qu’il suppose présent dans la pièce d’à côté. Le pilote pivote et tend l’oreille afin de s’assurer que sa théorie est la bonne. En effet, des bruits de conversations étouffées arrivent depuis le salon. Le capitaine se tourne une fois de plus. Quelque chose a changé. Il scrute le visage de Kalena à la recherche du moindre indice, mais n’en trouve aucun.
    Le jeune homme sourit, il sait que sa compagne est réveillée, mais fait semblant de dormir. De toute évidence, elle savoure le moment. Il serre un peu plus fort la Novice contre lui et bascule. Il se retrouve une nouvelle fois allongé sur elle. Il s’affale et lui murmure à l’oreille :
    
    « Léna pas la peine de te cacher, je sais que tu ne dors pas. »
    
    Comme seule réponse, Patrick obtient des chatouilles. Il ne peut retenir un rire franc et sonore. Il se soulève observant la jeune fille ouvrir les yeux.
    Le médecin-chef, Jane Brives, Ethna Davenport et Carol Johnson passent la tête. Patrick les regarde, amusé. Le docteur Ly Maxwell semble mal à l’aise et fait sortir les autres prisonnières. Le pilote entend qu’il appelle les gardes, il est temps d’organiser un peu mieux les choses. Patrick sourit et Kalena aussi. Heureux d’être vivants, ils se fixent. Le capitaine interrompt le premier le silence :
    
    « OK, la “crevette”, la prochaine fois essaye de te débrouiller seule.
    — Hum... Je préférais Léna…
    — D’accord, mais jamais en public, il manquerait plus que la vice-amirale pense que j’ai abusé de toi.
    — Abusé ? C’est quoi abusé PO ?
    — Pffft, je ne suis pas sorti des ennuis avec une attardée comme toi. Laisse tomber ! Bref, je t’appelle la “crevette” ou je vais avoir des problèmes.
    — D’accord !
    — Et... Ne me fais plus des peurs pareilles... OK, nous devons cohabiter six mois et ensuite fini... Je pars sur le Sextant et j’y reste.
    — C’est de ta faute.
    — Quoi ?
    — Si je t’ai fait peur, c’est de ta faute…
    — Vraiment ?
    — Tu m’écrasais… tu es trop lourd ! » s’esclaffe la jeune fille.
    

Texte publié par Isabelle , 3 août 2017 à 09h05
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