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Tome 1, Chapitre 40 « Nounou » Tome 1, Chapitre 40
Moustache en a assez. Sa patronne n’arrive pas à trouver le sommeil. Elle bouge et gigotte de façon anarchique mettant à mal le repos du félin. Le chat au pelage gris se lève et de sa démarche souple rejoint le bord du lit. Il saute et va faire un tour dans la cuisine. Là, après avoir bu, il retourne vers la chambre de Daniella.
    
    Si elle ne veut pas dormir, elle n’a qu’à s’amuser avec lui ! Moustache va lui miauler la sérénade. Il est sûr que ses chants dans les aigus rendront folle de joie la navigatrice.
    
    Daniella Vargas n’est pas du même avis que son compagnon à quatre pattes. Déjà qu’elle a du mal à dormir, si en plus ce dernier se met à miauler à la lune, elle n’est pas là de prendre un peu de repos. La jeune femme se lève. Elle a failli tomber sur Moustache qui dans un ronronnement de plaisir se frotte contre ses jambes afin de lui signifier qu’elle a eu bien raison de se mettre debout. Ils vont pouvoir jouer.
    
    Mademoiselle Vargas n’a pas vraiment l’amusement en tête à ce moment précis. Elle se dirige vers la cuisine et s’y sert un verre d’eau. Il ne lui reste que peu de jours avant l’arrivée de ses deux nouvelles colocataires. Elle se demande bien comment tout cela va finir. Se supporteront-elles ? Deviendront-elles amies ?
    
    Daniella sort sur son balcon et regarde le grand bassin luire dans la nuit. Il lui semble voir la vice-amirale en compagnie de cette putain, Myriam Lancaster, qui purge sa peine à bord. La distance est importante et la jeune femme doit avoir des hallucinations. La navigatrice secoue la tête, elle a besoin de repos…
    
    
oOo

    
    Myriam Lancaster, assise sur un banc de bois, regarde le grand bassin. Elle a l’impression que l’immense étendue d’eau est la seule à pouvoir absorber son chagrin. Pourtant, elle connaissait la réputation du gaillard avant même qu’il ne s’intéresse à elle… Elle s’était promis de ne pas être triste, de ne pas ruminer, de ne pas fantasmer sur un éventuel changement de vie.
    
    La lavandière essuie une énième larme avant de se moucher bruyamment. La nuit artificielle enveloppe depuis quelques heures le gros vaisseau, cachant aux autres habitants le chagrin amoureux de l’ancienne prostituée. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas souffert autant. Machinalement, elle masse sa tempe droite. À la lisière de son cuir chevelu, une petite boursoufflure la ramène vers son passé.
    
    La trace a presque disparu. Peu d’habitants de l’Arche sont marqués de la sorte. Seuls les anciens prisonniers ayant échappé aux galères en possèdent une. Il s’agit de la cicatrice laissée par l’implantation du senseur de secret de Mickel. Petite araignée de métal vivant, elle réside à l’intérieur du cerveau de Myriam et contrôle toutes ses pensées.
    
    Le module microscopique a été calibré de façon à ce que l’ancienne prostituée n’oublie jamais son passé. Pourtant, cet arachnide a aussi une autre fonction, elle empêche l’ex-détenue de parler. En effet que ce soit sous la torture ou encore exposée aux senseurs de vérité de Mickel, Myriam ne pourra jamais exprimer ni ses souffrances ni ses souvenirs. La technologie mickellienne rend tout partage impossible.
    
    Des tests sur des condamnés aux galères ont été menés. Aucun prisonnier n’a jamais réussi à écrire, dire ou communiquer de quelque façon que ce soit — même sous hypnose — la moindre information. La blonde sait néanmoins qu’elle a eu beaucoup de chance. Perdue dans ses pensées, un bruit derrière elle fait sursauter Myriam.
    « Il ne manquerait plus que je croise un couple d’amants », se dit-elle.
    Mais en lieu et place d’amoureux en quête d’un endroit calme pour leurs ébats se trouve la vice-amirale Lauren Mac Ferson. La militaire s’avance et prend place à côté de Myriam.
    
    
    « Vous permettez ?
    — Madame, je suis votre hôte sur ce vaisseau. Vous n’avez pas à demander... vous le savez. Si vous désirez que je m’en aille… »
    
    La haut-gradée pose sa main sur celle de Myriam et lui sourit. Elle lui signifie ainsi que sa présence ne la gêne en rien. En fait, la militaire a besoin de compagnie. Elle a passé toute la journée à se trouver des excuses afin de ne pas rendre visite au capitaine O’Commara et à sa « prise ». Kalena. Quel étrange prénom et quelle drôle de fille ! La vice-amirale sait qu’elle devra affronter un jour ou l’autre les grands yeux verts de la terrienne. Elle soupire profondément, espérant que ce moment n’arrive jamais. Pourtant, elle n’est pas dupe, elle fera face à sa culpabilité et s’excusera de son attitude même si elle sait que cela ne lui enlèvera jamais le poids qu’elle a sur l’estomac.
    La journée de Lauren Mac Ferson a été bien remplie. Elle a pris contact avec Franz Meyer et lui a expliqué que la serre était enfin libre d’accès. Le chef jardinier lui a confirmé que tous les plans, sans exception, étaient en excellente santé. Il a aussi demandé des nouvelles de la jeune Davenport, mais la vice-amirale a préféré rester sur sa réserve tant que son mieux-être n’était pas confirmé.
    Lauren Mac Ferson a également menti, une fois de plus, à l’amiral. Dieter Jansen et Franz Meyer l’ont accompagnée dans ce parjure. L’avenir des sœurs Davenport ainsi que celui des autres prisonnières est maintenant chevillé au leur. Cependant, la militaire a la sensation d’avoir bien agi même si les moyens utilisés sont peu conventionnels. Elle espère seulement ne pas avoir à s’en mordre les doigts.
    
    Soudain, elle se met à rire. Elle a une famille ! Deux filles dont elle sera la tutrice légale toute leur vie durant. Mademoiselle Lancaster, toujours assise à ses côtés, jette une œillade surprise à la vice-amirale :
    
    « Madame, tout va bien ? ose-t-elle questionner.
    — Oui… Enfin, je crois. Myriam, puis-je vous demander un service ?
    — Bien sûr, après tout ce que vous avez fait pour moi... Parlez, j’écoute.
    — Tout d’abord, la rumeur selon laquelle O’Commara se vautre en ce moment même dans la luxure avec quatre créatures magnifiques est infondée.
    — Vraiment ? interroge Myriam dont la voix trahit le retour de l’espoir.
    — Vraiment. Pourtant, ce que j’ai à vous demander est très difficile et je comprendrais si vous refusiez.
    — Cela a un rapport avec Patrick ?
    — Malheureusement... oui.
    — Je vous écoute, mais je ne vous promets rien.
    — Voilà, ce que je peux vous dire sans trahir de secrets. O’Commara va devoir s’occuper d’une jeune fille de dix-sept ans dont je suis la tutrice légale. Elle ne peut pas vivre avec moi, car pendant les six prochains mois elle est assignée à résidence chez lui.
    — C’est une Terrienne, c’est bien ça ? Sont-elles vraiment aussi belles que les soldats le prétendent ?
    — Assurément. Elles sont surtout différentes... plus exotiques dirais-je.
    — Qu’attendez-vous de moi ? demande Myriam la voix enrouée par l’anxiété.
    — J’ai un emploi à vous proposer. Il implique que nous vous implantations un senseur de secret de Mickel de façon… non officielle…
    — J’en ai déjà un suite au procès qui m’a valu de sortir de la prostitution et de venir purger ma peine ici. Je suis sûre qu’il a un petit souci et qu’il nécessiterait une maintenance surtout si je change d’emploi... Pour faire quoi d’ailleurs ? »
    
    En parlant ainsi, l’ancienne belle-de-nuit prouve à la cheffe militaire qu’elle est prête à enfreindre quelques règles si cela peut rendre service.
    De plus, son idée est plutôt bien trouvée, Lauren Mac Ferson se félicite d’avoir suivi son instinct et d’avoir choisi Myriam. La haut-gradée reprend avec une certaine malice :
    
    « Nounou…
    — NOUNOU ! Madame, vous vous moquez de moi ! s’exclame Myriam.
    — Non je suis extrêmement sérieuse.
    — Excusez-moi, Madame, mais je n’y connais rien aux enfants !
    — Je souhaiterais que vous babysittiiez Kalena Davenport. Elle est ma pupille et la “prise” de O’Commara.
    — Oh ! Je vois... vous êtes effrayée à l’idée qu’il lui fasse son éternel numéro de charme et vous comptez sur moi pour le tenir loin d’elle.
    — Pas vraiment... non, répond la vice-amirale la voix chevrotante.
    — De quoi avez-vous donc peur ?
    — De vous à moi et sans plaisanterie aucune... j’ai peur qu’il ne la tue… »
    
    L’ancienne prostituée se lève et fait quelques pas, stupéfaite, non seulement parce que la situation est étrange, mais aussi parce que ce qu’elle vient d’entendre la surprend. Elle n’a jamais envisagé que Patrick O’Commara puisse être capable de violences gratuites. Myriam Lancaster ne voit en lui que le jeune homme fougueux qui passe par intermittence lui rendre visite à la buanderie. La lavandière se met à faire les cent pas devant le banc où elle était assise précédemment. Elle essaye d’assimiler les différentes informations de façon à poser les bonnes questions.
    
    Lauren Mac Ferson regarde la blonde à la démarche élégante passer et passer encore devant elle. À bord de l’Agricole la vice-amirale est la seule à connaître vraiment l’histoire tragique de cette femme prostituée par son frère, petite frappe sans morale. La militaire n’a aucun apriori, Myriam a purgé sa peine sans faire de problèmes, elle travaille consciencieusement à la buanderie et a mérité une vie plus tranquille.
    La vice-amirale n’avait pas planifié cette rencontre, mais le hasard fait bien les choses. Mademoiselle Lancaster s’occupera très bien de Kalena, du moins... si elle accepte la proposition que Lauren Mac Ferson est sur le point de lui faire.
    
    « Myriam ?
    — Oui, Madame, répond en sursautant mademoiselle Lancaster.
    — En réalité, je ne vous ai encore rien expliqué de concret... donc... Kalena Davenport n’a pas vraiment eu une éducation... classique. Cette jeune fille est... particulière. Elle ne supporte pas qu’on la touche. Votre travail consistera à lui tenir compagnie lorsque Patrick O’Commara sera occupé avec la préparation de son brevet de Galactic. »
    
    L’ancienne belle-de-nuit a repris sa place. Assise à côté de la militaire, elle se tourne légèrement afin de voir cette dernière. Lauren Mac Ferson l’imite. Les deux femmes se font maintenant face. Myriam continue d’une voix plus assurée :
    
    « Madame... pourquoi moi ? Et n’allez pas trouver des explications compliquées, vous savez que je ne peux rien vous refusez… Je vous dois trop.
    — Eh bien... Elle et vous avez en commun de connaître la souffrance et d’être résilientes. De plus, vous avez de vrais sentiments pour Patrick et… vous ne le laisserez pas s’autodétruire. Vous devez bien être l’une des rares personnes à qui il parle à bord de ce vaisseau.
    — Madame, vous avez mentionné que l’éducation de cette jeune fille était singulière. Pourquoi ? Et les autres détenues sont-elles différentes ?
    — Sur ce point, elles sont semblables. Leur instruction est loin d’avoir été normale. Elles vivent emprisonnées depuis leur plus jeune âge. Elles n’ont jamais interagi avec un environnement extérieur.
    — Bien… Alors, il me semble qu’il ne vaut mieux rien prévoir et improviser… Je commence quand ?
    — Demain. Passez à la première heure à mon bureau que je contrôle votre senseur de secret de Mickel.
    — Madame, le réglage sera de quel niveau ?
    — Niveau trois... répond en se mordant les lèvres la vice-amirale.
    — C’est un secret d’État ?
    — Pire… C’est le secret de l’Agricole. Vous n’êtes peut-être pas au courant, mais nous sommes les meilleurs de l’Arche dans ce domaine.
    — Mais… et si je parlais involontairement d’ici demain ?
    — Pour l’instant, vous ne savez rien, demain je vous expliquerai plus en détail la situation. Comme lors de votre procès, vous vous souviendrez de tout. Cependant, vous ne serez pas capable d’évoquer le sujet que ce soit sous la contrainte ou sous l’action des senseurs de vérité de Mickel. Je serai la seule à connaître le code de déblocage… Si j’avais pu…
    — Je sais, Madame. Je suis consciente que mon passé fait partie de moi. Vous m’avez déjà tant offert. Je ne vous en veux pas.
    — Myriam, en acceptant ce poste… C’est moi qui vous suis redevable. »
    
    La grande femme aux cheveux gris replace ses lunettes sur le haut de son nez. Ce soir, elle a l’air particulièrement vieille. Elle serre l’épaule de mademoiselle Lancaster avant de partir et lui sourit. Lauren Mac Ferson a encore tant à faire.
    

Texte publié par Isabelle , 27 juillet 2017 à 08h53
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