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Tome 1, Chapitre 38 « Nouvelle base » Tome 1, Chapitre 38
À la fin de la première journée, seuls Jane et Frantz sont encore présents. Lauren Mac Ferson en personne ainsi que le contre-amiral Jansen leur ont monté des plateaux-repas ainsi que des lits de camp. Quelques heures auparavant, ils ont évité le drame de peu. Juste après le déjeuner, Ethna s’est mise à vomir du sang. La Préceptrice a essayé de minimiser son mal, mais le docteur Ly n’a rien voulu savoir. La jeune femme a supplié et hurlé, désirant qu’ils lui permettent de rester auprès de sa sœur. L’aînée des Davenport démontrant une soudaine vitalité, le praticien a dû utiliser un tranquillisant afin de l’hospitaliser dans les meilleures conditions.
    
    Depuis, à tour de rôle, ils attendent. Ils surveillent Kalena afin de s’assurer qu’il n’y a plus aucun risque de contamination. Ils patientent, espérant que la Douleur de Kalena prenne fin au plus vite. Lorsqu’ils sont de garde, aucun d’eux n’arrive à détacher le regard du corps frêle qui gît sur la terre battue au milieu des tuyaux d’arrosage. Régulièrement, des hurlements sauvages déchirent le silence pesant qui règne entretemps dans la cabine d’observation.
    
    
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    Jane n’a plus le courage de discuter. Elle a abandonné le troisième jour, en début d’après-midi, lorsque les cris ont cessé, laissant place à des râles sourds… Une part d’elle-même a perdu tout espoir tandis qu’une autre, bien qu’infime, s’interdit de baisser les bras.
    
    Frantz Meyer, lorsqu’il est d’astreinte, lit les différents manuels de botanique. Le chef jardinier expose qu’il n’y a pas de bon ou de mauvais moments pour commencer la préparation au concours. Il comprend que la prisonnière a déjà de solides bases, mais quelques précisions sur la survie des plantes dans l’espace ne peuvent pas lui faire de tort.
    
    Lauren Mac Ferson observe, silencieuse. Son poste et ses responsabilités ne lui permettent pas de rester plus de deux heures par nuit. Durant ce temps, elle laisse aller ses larmes et sa culpabilité. Elle partage sa passion pour la musique avec la Novice, en diffusant ses morceaux préférés, ne connaissant pas les goûts de la jeune fille en matière de quatrième art. La militaire a toujours cru que quelques notes, bien interprétées, avaient un pouvoir bienfaiteur.
    
    Dieter Jansen explique les avantages qu’il y a à lutter. Le contre-amiral précise tous les privilèges qu’il y a à vivre à bord de l’Agricole. Il vante le brillant avenir qui attend Kalena si elle trouve au fond d’elle la force de sortir de cette effroyable épreuve. Le militaire perd par certaines fois son flegme et laisse un léger sanglot emplir sa voix. Il a participé à de nombreux interrogatoires, arrêté de dangereux criminels et les a envoyés sur Durell sans l’ombre d’un remords. Mais par moment, face au corps chétif de Kalena il est désemparé.
    
    Marcel commence toujours son tour de garde en remerciant Kalena et en la suppliant de survivre afin qu’il puisse la prendre dans ses bras, mais cette fois sans effleurer sa peau. Il se méfiera et portera des gants lui assure-t-il. Lorsque le cœur lui en dit, il évoque la forêt verticale et promet à la jeune fille de lui montrer la zone polaire où la neige et le froid règnent en maîtres.
    
    Daniella ne s’occupe que de l’intendance. Elle apporte les repas en tenant compte des goûts de chacun. Elle change les draps des lits et ramène régulièrement de l’eau fraîche. Elle fait aussi le lien avec l’infirmerie de façon à ce que tous soient au courant de l’avancée de la Douleur.
    
    Ethna est encore trop faible. Elle a plusieurs ulcères perforants à l’estomac dus aux nombreuses maltraitances qu’elle a subies au Manoir. L’aînée des Davenport ne reste pas inactive. Elle veille Kaïla mourante et apporte son soutien à Caroll. Les deux jeunes femmes ne quittent plus madame Johnson dont le sort est définitivement scellé.
    
    Le docteur Maxwell travaille en collaboration avec Jane afin de mettre au point un protocole pour sauver Kalena dès qu’elle ne sera plus contagieuse. Il a ainsi appris, car la Mère Intermédiaire a bien voulu servir de cobaye, que les Pures peuvent être parfaitement soignées à l’aide de médicaments. Les dosages doivent simplement être revus à la baisse.
    
    Kalena a hurlé de façon quasi continue les trois premiers jours. Le quatrième matin, un rush important a ravagé son visage de minuscules cloques blanches. En plus des furoncles et autres pustules qui étaient apparus dès le premier jour, une rougeur massive a recouvert l’ensemble de son corps lors de la cinquième nuit. À la cent cinquantième heure, la jeune fille s’est mise à trembler et aux alentours de la cent-soixantième elle a commencé à avoir du mal à respirer. Au matin du huitième jour, ni les convulsions ni les récents vomissements ne se sont interrompus.
    
    
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    Patrick O’Commara est saoul et à jeun depuis presque six jours. En fait, il s’isole et ne décolère pas. Le pilote a accepté la nouvelle que Mac Ferson sera la tutrice des sœurs Davenport avec calme et sagesse, du moins extérieurement. Intérieurement, la rage d’être pris pour un incapable et de ne pas avoir le libre arbitre sur l’utilisation de son butin le consume. En réalité, le jeune homme ne peut pas s’avouer qu’il est terrorisé à l’idée de manquer à sa parole.
    
    Lorsqu’il est de garde, il fixe sans jamais la lâcher du regard la cause de son courroux. En fait, il ne lui en veut pas personnellement, il peste contre lui-même. Le capitaine aurait dû être plus sévère avec son équipage et renoncer à ouvrir ce troisième caisson. Il devait prendre des sanctions, mais il n’en a pas vu l’immédiate nécessité. Le jeune homme a été cupide et maintenant il en paye le prix.
    
    Patrick O’Commara se retrouve seul avec sa gueule de bois en compagnie de Kalena qui agonise dans le fond de la serre. Elle ne lui inspire que du mépris. Il faut être idiote pour endurer un tel cauchemar sans avoir la certitude d’être libre ensuite. Pour lui, elle a un dédain malsain pour la vie et ne sait pas l’apprécier à sa juste valeur. Il reste là silencieux des heures durant.
    
    Kalena a cessé de vomir, sa respiration est de plus en plus faible. D’un coup, tout s’arrête. Plus un seul son ne sort du petit interphone. Patrick, interdit, la croit morte. Dans un dernier souffle, la Novice demande de l’eau avant de perdre à nouveau conscience.
    
    Sans prendre le temps de la réflexion, O’Commara se précipite vers la porte et fonce à l’intérieur de la serre numéro quatre. Il délie Kalena des tuyaux qui la retiennent. Le capitaine soulève délicatement la jeune fille et, pendant qu’elle se love au creux de ses bras, se dirige vers le niveau trois.
    
    Le pilote court à perdre haleine. Les couloirs sont vides à cette heure tardive de la nuit. Il ne sait pas vraiment où il va. Surpris, il se retrouve devant la porte de son appartement. D’un mouvement rapide, il cale sa prisonnière sur son épaule tandis qu’il tape le code d’accès.
    
    Après être entré et avoir allongé Kalena sur son lit, Patrick est pris de panique. Cela ne dure que quelques secondes. D’un pas déterminé, il court à la salle de bain et enclenche la forme baignoire avant d’ouvrir le robinet. Il programme une température modérée et revient au plus vite. Le capitaine se mord les lèvres tout en déshabillant la jeune fille. Il ne voudrait surtout pas aggraver ses blessures. Le pilote la reprend dans ses bras et le plus délicatement dépose Kalena, encore toute recroquevillée, au fond du bac. Ensuite, il sort un instant afin de pouvoir utiliser son télécommunicateur.
    
    Il appelle le docteur Ly et lui explique la situation. Ce dernier est en train d’assister Kaïla qui vient de faire une crise cardiaque. Le médecin demande au capitaine de bien hydrater la victime, il fera son possible pour arriver au plus vite.
    Retournant dans la salle de bain, Patrick découvre Kalena en train de se noyer dans à peine cinq centimètres d’eau. La Novice a basculé sur le côté gauche et son bras obstrue la zone d’évacuation. Laissant les longues réflexions et délibérations en tout genre pour un autre moment, O’Commara ôte sa chemise et ses bottes d’un geste vif et rejoint la jeune fille. Il ne réalise pas vraiment que sa gueule de bois le fait agir en dépit du bon sans. Ses réflexes sont enlisés dans les vapeurs d’alcool et un maillet tambourine à l’intérieur de sa tête. Il soulève la prisonnière, l’aidant à se tenir debout. Patrick la ceinture de ses bras. Leurs corps sont au contact l’un de l’autre et les pieds de Kalena sont sur ceux d’O’Commara.
    
    Le pilote regarde intensément le visage de la Novice à la recherche du moindre signe de vie. La tête de la jeune fille a basculé mollement vers l’arrière, aussi le capitaine change-t-il de position. De son bras droit, il la plaque intimement contre lui tandis que du gauche il tient doucement sa nuque. Patrick O’Commara pivote et expose ainsi leurs deux corps enlacés aux fines gouttes d’eau.
    Par-dessus l’épaule de Kalena, le pilote arrête son regard sur le dos puis la chute de reins de sa prisonnière. La couleur rouge vif disparaît peu à peu. Les bubons encore intacts éclatent les uns après les autres, libérant le pus. Certaines taches noires deviennent brunes. Patrick souffre d’une immense douleur à la tête. Ses muscles sont étrangement courbaturés et sa peau se tend de façon inexpliquée.
    
    Patrick a mal. Très mal. De nombreuses brûlures envahissent son torse, ses bras, son dos et même ses pieds. Le jeune homme baisse un instant le regard. Il observe la chevelure de Davenport ainsi que sa respiration. Elle semble si calme... enfin apaisée.
    Le pilote serre les dents. La douleur est de plus en plus violente. O’Commara soupire. Il est soulagé, il vient d’entendre le docteur Maxwell entrer. Il hèle difficilement au médecin afin de lui signaler sa position.
    
    
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    Dans un spasme soudain, Kalena ouvre les yeux. Ses mains jusqu’alors ballantes se meuvent et entourent le cou du capitaine. La Novice se serre encore plus contre lui et pose sa tête contre la poitrine du jeune homme. À ce stade, elle ne peut plus dire qu’elle a mal. Elle a dépassé cela. Elle est souffrance et cet intermède dans les bras de PO est la seule chose qui lui permette de rêver que cela va peut-être enfin se terminer.
    
    Kalena respire maintenant de façon régulière. Elle se sent plus légère et sa peine s’estompe avec la présence de l’eau. Elle clôt les paupières et s’autorise finalement à dormir. Elle sommeille debout, son corps meurtri s’accrochant désespérément à son sauveur.
    
    
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    Ly Maxwell a donné des ordres. Les terriennes doivent être traitées comme des membres de l’Arche à part entière et une attention particulière doit leur être portée. Le laxisme dont son personnel a fait preuve à l’égard des détenues lui fait honte. Dorénavant, il veut voir tous les rapports les concernant. Le médecin-chef est heureux d’avoir opéré lui-même Carol Johnson, au moins l’une d’entre elles s’en sortira sans séquelles.
    
    Un bip continu annonce qu’une de ces pensionnaires est en détresse vitale. Le médecin se précipite. Kaïla Johnson vient de faire un arrêt cardiaque. Il commence la réanimation tandis que son transpondeur siffle. Il appuie dessus dans un réflexe et répond à O’Commara. Dans un enchaînement de gestes précis, Ly Maxwell fait tout ce qui est en son pouvoir pour ramener la mère de Carol à la vie. Simultanément, il ne peut s’empêcher de penser à l’imprudence de Patrick, espérant ne pas perdre deux patientes dans la même demi-heure.
    
    Le praticien explique au capitaine que la situation est compliquée. Ce dernier va devoir se débrouiller seul en attendant l’équipe d’urgence. Le médecin sent une main frêle se poser sur la sienne. Carol Johnson lui demande d’arrêter. Sa mère est partie en paix et sans souffrances. Kalena a besoin de lui, il peut s’en aller sans avoir aucun reproche à se faire.
    
    Avant de quitter l’hôpital, le praticien jette un ultime coup d’œil à Carol et Ethna qui veillent Kaïla. Ly admire la force de caractère et l’amour qui habitent Carol. C’est une personne exceptionnelle. Mais il ne peut également s’empêcher d’avoir une pensée pour l’aînée des Davenport à qui il a annoncé de mauvaises nouvelles le matin même. Ly Maxwell n’est pas prêt d’oublier le regard empli de gratitude et d’infinie tristesse que la jeune femme lui a retourné. Elle aussi est loin d’être sans ressources
    
    
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    Ethna est aux côtés de Carol. Elle tient la main de cette dernière tout en séchant les larmes qui glissent doucement le long des joues d’ébènes de la jeune fille. L’aînée des Davenport est en fauteuil roulant. Elle a été opérée de l’estomac. De plus, les médecins de l’Agricole ont posé leur diagnostic trop rapidement et sont passés à côté de son hémorragie interne. Lorsque la Préceptrice s’est alimentée plus régulièrement cela a entraîné une ouverture importante de sa blessure au duodénum.
    
    Si son système digestif est entièrement rétabli, Ethna devra cependant rester encore quelques jours en fauteuil roulant. En effet, lors de son opération, le médecin-chef en a profité pour faire un bilan complet. Il a dû enlever l’utérus de la jeune femme. Elle sera stérile. Sa matrice avait été endommagée par les maltraitances qu’elle a endurées enfant. Une infection ancienne avait nécrosé tout l’endomètre et le risque d’hémorragie massive était trop important pour laisser l’organe in situ.
    
    Pourtant, l’aînée des Davenport ne réfléchit pas à cela à cet instant précis. Elle préférerait être à la place de Kaïla afin de faire disparaître les souffrances de Carol. Mais simultanément, elle pense à sa sœur. Son cœur se serre. Cela fait sept jours qu’elle ne l’a pas vue et elle ne peut s’empêcher de se faire du souci. Son chagrin est immense. Elle vient de perdre la personne qu’elle considérait comme sa mère, son mentor, sa protectrice... et en même temps, elle n’est pas sûre de pouvoir un jour embrasser à nouveau sa cadette. Si Kalena survit… elles repartiront sur de nouvelles bases.
    

Texte publié par Isabelle , 13 juillet 2017 à 12h54
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