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Tome 1, Chapitre 34 « Combien ? » Tome 1, Chapitre 34
Patrick O’Commara s’appuie contre le mur. Il vient de sortir du local des jardiniers. Mais que lui a-t-il donc pris d’être si peu professionnel ? C’est comme s’il avait confiance en cette fille. Elle a raison, ils sont « amis ». Si dans un premier temps son physique gracieux l’a attiré, maintenant il la prendrait plus pour sa petite sœur ou pour une confidente, comme si elle le comprenait sans avoir besoin de parler.
    Le capitaine se frotte les tempes. Il a perdu la notion du temps. Son transpondeur vibre dans son oreille, il appuie dessus. La voix de Lauren Mac Ferson se fait entendre. Elle est furieuse et lui ordonne de revenir : immédiatement !
    Le pilote sourit. Ils ne peuvent pas se passer de lui. Heureusement, il n’est pas loin. Ils n’auront pas longtemps à l’attendre. Il expire et de sa démarche décontractée se dirige vers le réduit de la serre à quelques mètres de là. Sur le point d’ouvrir la porte, le jeune homme entend des pas précipités dans le couloir. Il se tourne et regarde le contre-amiral Jansen courir. Il arrive au pas de course et lui fait signe de l’attendre :
    
    « O’Commara ! J’espère que vous avez pris votre pilule de diplomatie parce que de toute évidence nous allons être secoués !
    — Pourquoi ?
    — Les terriennes ont un peu remis Mac Ferson à sa place…
    — Waouh ! Aussi, si je puis me permettre, monsieur... Rock’n Roll.
    — Rock’n Roll, O’Commara ! »
    
    L’expression, caractéristique des pilotes, est utilisée lorsqu’ils doivent passer la ceinture d’astéroïdes de la galaxie quatre. Elle signifie qu’ils vont être secoués et qu’il faut s’accrocher. Les deux hommes entrent, souriant. Le silence est pesant. La vice-amirale les charge de maintenir l’ordre et les menace même de mettre un terme à leur carrière si jamais un débordement quelconque se produisait.
    Mademoiselle Brives, Ethna Davenport et sa sœur Kalena sont dans l’angle près de la porte qui donne sur la serre. Elles sont en train d’écrire et de lister tout ce dont elles auront besoin. Bien qu’elles se parlent, leur voix ne trouble en rien le silence. Elles sont si discrètes qu’elles sont presque inaudibles pour les Résistants présents dans la pièce, Patrick doit tendre l’oreille et se concentrer pour les comprendre.
    Jane règle les détails. Elle connaît bien les protocoles, car elle s’occupait de ceux du Noviciat. De plus, elle assistait de façon systématique la Mère Suprême lors des Pratiques de niveau trois.
    Elle redoute que Kalena souffre des jours durant avant de mourir. Jane ne sait que trop ce qui risque de se passer : les hurlements, l’odeur des chairs subissant la putréfaction... l’horreur tout simplement. O’Commara est dubitatif, se serait-il trompé ?
    
    
oOo

    
    La vice-amirale fait signe. Il est l’heure, tout le matériel dont la Novice a besoin est prêt. Il l’attend à l’intérieur de la serre numéro quatre.
    Avant de passer la porte, Kalena se tourne une dernière fois vers Ethna et Jane. Dans un sourire, elle leur dit « Adieu ». Les larmes de Jane coulent en silence, celles d’Ethna sont plus bruyantes. La Mère Intermédiaire balbutie un : « Courage » que tous entendent. Par contre, le « Je t’aime » d’Ethna n’est ouï de personne. Seule sa sœur peut lire les trois mots formés par les lèvres à peine entrouvertes de la Préceptrice.
    
    
    Les deux jeunes femmes observent la cadette des Davenport descendre les quelques marches qui mènent aux plans de tournesols. La Novice s’arrête. Elle semble étudier la topographie de la serre numéro quatre. Tournant lentement la tête Kalena les regarde. Bien qu’elles ne puissent pas l’entendre, les deux jeunes femmes lisent le même message sur les lèvres, à peine entrouvertes de la Novice : elle souhaiterait pouvoir leur parler. Jane prend les devants et demande s’il y a une possibilité de communiquer de quelque manière que ce soit avec l’intérieur de la serre. Franz Meyer signale qu’il y a bien un interphone ainsi que des caméras de surveillance. La Mère Intermédiaire est soulagée de savoir que le chef jardinier n’est pas contre leur utilisation. Dans un mouvement d’épaule, Ethna soupire, de toute évidence apaisée de pouvoir comprendre sa cadette.
    
    « Kali… Normalement, tu nous entends ? demande l’aînée des Davenport dans le vide. 
    — Jane, tu m’entends ? » répond Kalena, qui apparemment n’a pas ouï sa sœur.
    Mademoiselle Brives tourne la tête de droite à gauche, ne sachant comment utiliser l’interphone. Franz Meyer s’approche et appuie sur la surface lisse devant elle. Un panel tactile se révèle alors. Il effleure celui en bas à gauche et fait signe à l’ancienne Mère Intermédiaire :
    « Je suis là !
    — Jane, comment faire pour limiter les dégâts ?
    — C’est maintenant que tu te poses la question ? »
    Intervient Ethna, en colère maintenant. Sa sœur se sacrifie sans même savoir ce qui l’attend. Jane caresse le dos de la Préceptrice afin de la soulager de la tension qui l’habite. Elle reprend. La Mère Intermédiaire ne comprend que trop bien ce qui va se passer :
    « Eh bien, cela n’a rien à voir avec tout ce que tu as déjà connu. Tu vas être confrontée à une situation équivalente à des tests d’aptitude de niveau trois.
    — Ceux que tu n’as jamais passés, s’amuse la Novice.
    — Kalena, il n’y a pas de quoi plaisanter. Reste concentrée, cela pourrait te sauver la vie. Bien, pour commencer, il va falloir que tu te déshabilles. Cela augmentera la surface de contact et évitera peut-être que tes mains ne tombent ! ironise Jane.
    — Je croyais qu’il ne fallait pas dire de bêtises ! » répond la jeune femme.
    Sans se préoccuper de ce qu’il se passe, Jane continue :
    « Tu le sais, la Douleur est ton adversaire, mais TU es ton pire ennemi.
    — Je connais…
    — Commençons ! Tu n’as pas besoin de tenir chaque tournesol, il suffit d’être en contact avec l’ensemble. Ouvre tes bras et circule entre les plans. Quadrille méthodiquement toute la pièce.
    — Combien de fois ?
    — Au vu du nombre de tiges, je dirais… au moins trois... mais pas plus.
    — Quand les premiers signes ?
    — Tu vas commencer à avoir mal à partir du deuxième passage, du moins, je le crois. Pense surtout à calculer ton trajet pour être le plus près des sangles lorsque tu auras de la difficulté à marcher.
    — Merci, Jane, et pardon. Pardon à vous deux. Je suis désolée que vous assistiez à ça !
    — C’est plus fort que toi, tu as toujours eu besoin d’aider, intervient Ethna, maitrisant ses sanglots.
    — C’était à moi de vous protéger ! s’insurge mademoiselle Brives.
    — Jane, nous sommes ta famille et c’est pour cela que nous adorons nous chamailler avec toi. C’est parce que tu es comme une tante pour moi que je te confie ma sœur. Je n’aurais jamais demandé cela à une inconnue, l’interrompt Kalena.
    — Cela fait dix ans que tu la protèges en la sortant de tous les mauvais pas. Tu es là depuis dix ans lorsqu’elle rentre des laboratoires ! Dix ans, que tu la soignes ! Jane, nous savons toutes les deux que tu n’as aucune chance... là où la probabilité que ma sœur puisse survivre est réelle ! »
    
    Continue Ethna dont la voix forte et déterminée a surpris tout le monde, elle y comprise. La Mère Intermédiaire est interdite. Les filles Davenport ont tout de même des caractères exceptionnels ! La cadette reprend avec assurance :
    
    « C’est à mon tour de vous protéger, je ne te dis pas que je fais cela dans la joie et l’allégresse ! Tu sais parfaitement que si quelqu’un peut résister ici ou mieux encore : survivre… c’est moi ! Alors, ne sois pas triste. Grâce à ton plan d’évasion, tu nous as donné l’occasion d’embrasser une nouvelle vie. J’ai choisi. Cette fois-ci, ma Douleur ne sera pas vaine, c’est à vous toutes que je l’offre, faites-en bon usage. Jane, guide-les, montre-leur le chemin de la dignité et... merci de m’avoir rendu la mienne. »
    
    Jane et Ethna sont hypnotisées par Kalena. Elles suivent chacun de ses mouvements. Elle enlève sa combinaison de jardinier. La Novice est habillée simplement d’un débardeur blanc sans manches et d’une culotte d’un ton identique. Les deux jeunes femmes sentent un instant, tous les regards masculins se tourner dans la direction de la cadette des Davenport. Ethna et Jane n’y prêtent aucune attention, habituées à n’avoir aucune intimité. Daniella et Lauren sont outrées. La navigatrice tousse exagérément, ramenant ses collègues à la réalité.
    
    En même temps, Kalena a ouvert ses bras, telles les ailes d’un papillon. Elle se promène au milieu des fleurs, les effleurant de toute la longueur de ses membres. La scène pourrait être bucolique, mais la situation est dramatique.
    Dans la salle d’observation, une tension certaine règne. Mac Ferson n’a pas apprécié que Jane bafoue son autorité et la Mère Intermédiaire sent bien que la vice-amirale ne décolère pas. C’est une militaire, de haut grade, qualifiée, et compétente, mademoiselle Brives comprend qu’elle les prenne des mythomanes. D’ailleurs, Lauren a écouté la conversation des jeunes femmes. De toute évidence, elle n’affectionne pas le ton tragique qu’elles donnent à la situation.
    O’Commara demeure juste derrière Jane, surveillant tous ses faits et gestes. Il tend l’oreille en haussant par moment les sourcils, surpris par la teneur de ses propos. Jane peut lire sur le visage du jeune homme qu’il ne sait vraiment pas ce qu’implique le fait d’être une Pure.
    
    
oOo

    
    Kalena finit son troisième passage. Seuls Frantz Meyer et Jane Brives la suivent du regard. Ethna, ne peut pas supporter la souffrance de sa sœur et se détourne de la scène un instant. Les autres personnes sont trop incrédules vis-à-vis des capacités de Kalena pour vraiment prêter attention ce qui se passe. Le jardinier-chef coupe l’interphone et se tourne vers la Mère Intermédiaire les yeux pleins de questions :
    
    « C’est normal qu’elle titube ainsi ?
    — Ne vous inquiétez pas, elle est très résistante, elle arrivera jusqu’aux sangles sans encombre.
    — Vous êtes sûre… parce que les…
    — Vos tournesols ne s’en porteront que mieux ! Laissez-nous gérer sa Douleur… argue Jane.
    — C’est quoi cette histoire de Douleur, exactement ? Je pensais qu’elle se croyait magicienne ou un truc du genre, répond le jardinier-chef narquois.
    — Non, ce n’est pas vraiment un “truc” !
    — Que va-t-il donc lui arriver ?
    — Nous avons une particularité génétique qui nous permet de guérir presque toutes les maladies ! Un simple contact et, par exemple, les champignons passeront des tournesols à mon amie. Les plus douées d’entre nous peuvent même soigner des fractures ! »
    
    Frantz Meyer réenclenche l’interphone, puis se tournant vers Jane, la dévisage d’un œil nouveau. Cependant, il a bien remarqué qu’elle n’a pas répondu à sa question. Il n’est pas le seul dans ce cas. Les quatre militaires présents se trouvent confrontés à la même interrogation.
    Si elle existe vraiment, ce dont certains doutent, que peut bien être cette fameuse Douleur ? En quoi cela peut-il bien consister ? Ils auraient peut-être dû se poser la question avant.
    Jane est tremblante. Elle sait que cela va commencer La Mère Intermédiaire prend Ethna par les épaules et la serre fort contre elle. La Préceptrice a compris, elle se tourne et demande si elles ont droit à une chaise. La vice-amirale Mac Ferson n’est pas d’humeur.
    
    « Je pense que pour le peu que cela va durer vous pouvez rester debout !
    — Le peu que cela va durer ! s’insurge Jane.
    — Quand bien même, ce ne sont pas quelques heures statiques qui vont vous fatiguer ! »
    
    Les deux femmes ne prêtent plus aucune attention à ce qui se passe dans la serre. O’Commara, posant ses mains sur leurs épaules, les sépare. Il fait un signe du menton en direction de Kalena. La Novice semble vouloir parler.
    Jane ainsi que Lauren Mac Ferson se taisent et se tournent d’un même mouvement.
    
    La voix de Kalena est faible, à peine audible, obligeant l’assistance à tendre l’oreille.
    
    « Jane, dis-moi la vérité, combien de jours, supplie la jeune fille
    — Tu sais... c’est différent pour chacune d’entre nous. Je vais rester avec toi... Ethna est là. Si tu voyais, c’est elle qui me donne du courage. Ta sœur est aussi forte que toi !
    — Jane, je ne vais plus pouvoir parler très longtemps... ne me mens pas... Combien ?
    — Dix mille plans dont plus de la moitié au moins est atteinte, si j’ajoute à cela le fait que tu es très sportive et que tu as mis moins d’une heure pour ta première Douleur. Disons entre sept et neuf jours, pour la Douleur et la période où tu seras contagieuse à proprement parler. Ensuite, je pense que ton cœur risque de montrer les premiers signes de faiblesse. Si tu survis, il te faudra au moins vingt jours avant de t’alimenter normalement et… trois mois pour renouveler ta peau.
    — Madame la vice-amirale, donnez-moi votre parole... s’il vous plaît, supplie Kalena faiblement.
    — Si les plans sont guéris... vous avez ma parole, annonce la militaire.
    — Merci, Jane ? Dans combien de jours mon cœur va-t-il lâcher ?
    — Kalena, il n’est pas... tu vas, tu vas…
    — Jane, redis-moi combien ?
    — Sept à neuf jours.
    — Jane, assure-moi que tu me parleras de la neige et des étoiles même si tu as du mal à te faire entendre.
    — Je te le promets.
    — Ethna…
    — Oui, ma puce, je suis là.
    — Je t’aime comme tu es, j’adore ta cuisine... tu… tu es la meilleure des sœurs…
    — Écoute, ma puce…
    — Ça fait longtemps que... tu... ne…
    — Oui, cela fait trop longtemps que je ne t’ai pas appelée ma puce. Mais tu seras toujours ma puce.... Je suis là, avec Jane…
    — Tu… »
    
    Le capitaine O’Commara regarde Meyer et Jansen d’un air interrogatif. Il ne comprend rien à leurs palabres, les autres non plus. Marcel, arrivé depuis peu, a rejoint Daniella. Sans en demander l’autorisation, ils se sont assis dans un coin en attendant que cela se termine. Lauren Mac Ferson soulève les épaules dans un soupir.
    Pourtant, aucune des personnes présentes à ce moment-là n’oubliera jamais ce qui suivit.

Texte publié par Isabelle , 15 juin 2017 à 15h31
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