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Tome 1, Chapitre 33 « Prêtes à mourir » Tome 1, Chapitre 33
Daniella Vargas tourne en rond. Personne n’oserait lui parler tellement elle a l’air contrariée. Elle s’arrête, puis reprend. Moustache la regarde. Les pattes avant pliées sous son petit corps, il bat la mesure avec sa queue et écoute la litanie interminable des plaintes de sa patronne. Si le félin a bien compris, les techniciens, qui font du bruit depuis l’appartement voisin, sont en train de rouvrir l’ancienne porte de communication. Le matou, dont les poils gris sont longs, aura une maison plus grande, il ne s’en plaindra pas.
    
    Pourquoi sa maîtresse ne cesse de tempêter reste un mystère pour lui. Les hommes en bleu viennent d’entrer en passant par le mur. Ils fixent deux trois boîtiers à la paroi et le tour est joué. Le chat s’étire sur le canapé puis fait le gros dos avant de s’aplatir mollement. Finalement, il se redresse. Sa curiosité est maintenant attisée par ce trou qui n’existait pas. Certes, ce changement le perturbe quelque peu, mais son goût du risque et de l’aventure l’emporte. Il saute du sofa et se faufile le plus discrètement possible vers l’extension de son domaine. Le ventre frôlant le sol, il rampe. Il avance tel un chasseur aguerri, prêt à bondir sur la première mouche.
    
    Moustache entend Daniella lui dire qu’elle va revenir dans un bon moment. Il passe sous une chaise, espérant éviter ainsi le câlin de départ. Trop tard. Les doigts longs et fins de sa jeune propriétaire caressent son dos puis son ventre. Elle dépose sur sa tête un baiser, il plisse les yeux. Il ronronne. Il est faible et cette fille fait de lui sa chose. Le pire c’est qu’il aime ça... et les boîtes de thon qu’elle lui ramène !
    
    
oOo

    
    Avant de sortir de chez elle, la navigatrice a embrassé son chat dans un rituel devenu quotidien. Il s’est laissé faire et lui a même donné du courage en ronronnant. Il mérite une conserve de poisson. Ce soir, lorsque tout ce cirque sera fini, il aura son dû ! Peut-être qu’aujourd’hui sera différent et dans ce cas, il faudrait que la jeune femme se méfie et demande à sa voisine… Mais elle n’a plus de voisine ! Lauren Mac Ferson l’a faite déménager pour un logement plus grand deux niveaux en dessous.
    
    La vice-amirale, voilà la responsable de son malheur. Elle ne lui a pas laissé le choix. D’un autre côté, Daniella est une militaire, elle connaît les risques et les contraintes qui vont avec le métier. Mais là, tout de même, c’est abusif ! D’ailleurs, la jeune femme brune se dirige d’un pas décidé vers les cellules. Non seulement elle devra annoncer aux prisonnières qu’elles sont sous sa responsabilité, mais également qu’elles partageront un même appartement et comme si cela ne suffisait pas : elle doit se charger du transfert ! La navigatrice Vargas n’apprécie pas le changement, elle lui a toujours préféré la monotonie de son quotidien.
    
    Daniella arrive la première, en compagnie de ses deux prisonnières et escortées de quatre gardes. Elles entrent dans le local technique qui surplombe la serre numéro quatre. Dans le fond, une table a été préparée. Dessus, plusieurs paires de menottes attendent d’être utilisées. Une immense vitre inclinée permet d’observer, en contrebas, un champ de tournesols. Il semble infini tellement sa taille est impressionnante.
    
    
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    Ly Maxwell, lui, s’est invité lorsque deux gardes sont venus emmener Carol, encore vaseuse. La jeune fille recouvre ses forces de façon surprenante. Cependant, les drogues l’abrutissent et elle s’est endormie sur son fauteuil roulant le temps du trajet. Le médecin-chef ne comprend pas pourquoi la présence de sa patiente est nécessaire, elle a déjà répondu aux questions. Il ne saisit pas non plus ce besoin de preuves matérielles alors qu’ils savent tous pertinemment que mentir aux senseurs de vérité est chose impossible. Les études en attestent !
    
    
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    Lauren Mac Ferson entre dans la pièce. Tous, ou presque, se mettent au garde-à-vous. Le silence déjà présent devient lourd. D’un signe de tête, la vice-amirale fait sortir les soldats. Elle dévisage les prisonnières, seules à ne pas l’avoir saluer, d’un air sévère. Elle appuie sur son transpondeur et entend : « Kalena Davenport est en chemin ».
    
    
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    Depuis la salle de commande, la vue dégagée est parfaite, car elle permet d’un seul regard de tout surveiller. Ce local sert aux horticulteurs afin de régler les arrosages ainsi que la lumière sans avoir pour autant à rentrer dans la serre. Cela réduit les contacts avec les plans et donc la propagation de maladies. Frantz Meyer, le jardinier en chef, a également été convoqué. Il est là pour confirmer les propos de Kalena dans un premier temps et ensuite pour surveiller les opérations. Il n’est pas question que cette jeune personne entre ou sorte sans respecter exactement le protocole. Le responsable des serres ne veut pas être coupable d’une propagation cryptogamique à l’intérieur de l’Agricole. Ce serait un désastre !
    Frantz Meyer attend, contrarié de voir autant de monde dans son réduit. Son local, sa responsabilité. Le jardinier-chef bouillonne :
    
    « Madame, je sais le respect que je vous dois. Mais, ici, vous êtes dans MON domaine, ma compétence ! Aussi, laissez-moi vous dire que tout ce petit monde doit s’en aller. Je ne viens pas vous expliquer comment diriger ce vaisseau, alors ne m’imposez pas vos façons de faire. Voilà c’est assez simple, je ne veux pas plus de cinq personnes ici, moi compris. C’est clair !
    — Très clair Monsieur Meyer, répond calmement Mac Ferson.
    — Bien, parce que je ne souhaiterais pas avoir à me fâcher !
    — Nous n’en arriverons pas là, rassurez-vous, dit-elle en se tournant vers l’assistance. Mesdemoiselles Vargas, Brives et Davenport, vous demeurez ici. Docteur Maxwell et Mademoiselle Johnson, je vous invite à attendre à l’infirmerie. Bien, le contre-amiral Jansen et moi-même devons rester ainsi que le capitaine O’Commara. Comment pouvons-nous nous faire discrets, Monsieur Meyer ?
    — En sortant ! s’entête l’homme à la barbe blanche.
    — Monsieur Meyer…
    — Mon poste est plus important que le vôtre, Madame. J’ai dit dehors ! Vous en particulier. Vous voulez des preuves matérielles alors que les senseurs de Mikel sont verts ! Je ne vous laisserai en aucun cas le plaisir de participer à cette mascarade. Il y a des caméras partout, vous et Jansen suivrez les événements depuis votre bureau ! »
    
    
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    Bien qu’un peu moins grand qu’elle, l’homme au regard dur la toise. Elle sait que son avis prévaut sur celui de l’amiral et que les conseillers ne peuvent prendre aucune décision sans son aval. Le mot même de « chef jardinier » est synonyme d’intégrité, de droiture et d’autorité. L’école de botanique est la seule à être implantée sur l’Agricole et elle est sans conteste celle dont les examens sont les plus difficiles.
    À contrecœur, elle incline la tête en signe d’approbation et prévient Jansen qu’il devra attendre avec elle dans son bureau.
    
    « Monsieur Meyer, je vous demanderai simplement l’autorisation de voir avec la dernière prisonnière le déroulement de cette “mascarade” comme vous le dites si bien.
    — Aucun problème, Madame, je ne suis pas têtu », répond-il dans un sourire narquois.
    
    La joute verbale n’a jamais dépassé le ton de la bienséance. Mac Ferson et Meyer sont les deux têtes d’un même bâtiment. Si la première suit les ordres de sa hiérarchie, alors que le second est seul responsable de la nourriture et du commerce de l’Arche, tous deux sont des professionnels. Ils ne se tiendront nullement rigueur de cette escarmouche.
    
    
oOo

    
    Le capitaine O’Commara est prêt. En faction devant la porte des quartiers d’isolement, il a vu passer Daniella. Accompagnée de quatre gardes ainsi que ses deux détenues, elle lui a sourit. Les choses se précisent. Une vingtaine de minutes plus tard, un message lui enjoint d’escorter sa prisonnière jusqu’à la serre numéro quatre. Le contre-amiral viendra à sa rencontre.
    
    Le jeune homme va chercher Davenport-II. Ils se mettent en route, seuls et en silence. Patrick a renoncé à menotter la Novice, sans vraiment savoir pourquoi, un oubli sans doute. Il s’en aperçoit dans l’ascenseur et se dit que, finalement, c’est inutile vu le calme et la docilité dont fait preuve la jeune femme. Elle semble résignée, comme un animal qu’il emmènerait à l’abattoir.
    
    
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    Kalena se force à respirer calmement. Elle n’a qu’une confiance limitée en la vice-amirale, mais elle est certaine que le contre-amiral est honnête. Quant à PO, elle voit en lui un allié. Un peu comme ces chats gouttières qui traînaient dans le parc du Manoir : indépendants, légèrement agressifs, batailleurs au moindre signe de tendresse. Pourtant, ils reviennent toujours vers ceux qui les respectent pour ce qu’ils sont : des rebelles.
    La jeune fille considère le militaire comme un peu bizarre, mais elle l’aime bien sans savoir pourquoi. Elle n’est pas dupe, la réciproque n’est pas vraie. Elle l’énerve ! Justement, c’est cela qui lui plaît. Elle n’a jamais agacé quelqu’un à ce point !
    Kalena Davenport vient de décider que Patrick O’Commara serait son ami. Ils arrivent devant la porte de la serre. La Novice peut sentir les spores de champignons au travers de chacune de ses respirations. Elle lui saisit la manche dans un premier temps. Sans violence, bien au contraire, avec une infinie douceur elle glisse ensuite sa main dans la sienne et entrelace leurs doigts.
    
    Elle ne sait pas pourquoi, mais malgré son évidente arrogance, son haleine précédemment chargée d’alcool et son mépris récurrent pour elle, elle a confiance en cet homme. Sa peau est chaude et cela lui procure une impression de bien-être.
    
    En temps normal lorsqu’elle touche les gens ainsi, elle est troublée par leur état de santé. Le moindre virus, la plus petite bactérie mettent ses sens en éveil. Là, la seule chose qu’elle ressent, c’est une douce chaleur. Elle s’insinue en elle, redynamisant agréablement son corps. Elle est bien, tout simplement.
    Sans même s’en rendre compte, la Novice est entrée dans le local des jardiniers. Le capitaine O’Commara toussote. D’un signe de la tête, il interpelle sa supérieure. Il roule des yeux explicitement afin qu’elle puisse mettre un terme à cette situation embarrassante.
    
    
oOo

    
    La vice-amirale Lauren Mac Ferson enjoint à la jeune fille de lâcher son officier. Elle relève au passage que cette dernière n’a pas de menottes. La haute gradée est surprise, cela est, somme toute, très peu professionnel et ne correspond pas du tout à O’Commara. Lorsque la vice-amirale rappelle au capitaine ses obligations, Kalena intervient. Elle quémande :
    
    « Madame, je comprends que je n’ai rien à vous demander. Cependant, serait-il possible que PO n’assiste pas à ça ?
    — PO ? Le capitaine O’Commara, vous voulez dire ? Pourquoi ? s’étonne franchement la cheffe militaire.
    — C’est mon ami... et je ne désire pas qu’il me voie comme ça, sinon…
    — Mais je ne suis l’ami de personne ! s’insurge le pilote.
    — S’il vous plaît... Madame. »
    
    La jeune fille est suppliante et malgré toutes ses résolutions la militaire cède. Patrick O’Commara sort de la pièce en haussant les épaules. Il a d’autres choses à faire ! La vice-amirale décide de prendre sa place. Elle assistera à la « mascarade ».
    Assises dans le fond du local Jane et Ethna se sont regardées. Leur rancœur vient de rejoindre instantanément le passé. En silence, lisant sur les lèvres l’une de l’autre, elles communiquent. Elles sont effrayées à l’idée d’avoir compris pourquoi elles ont été conduites dans cette pièce exiguë.
    Les deux jeunes femmes se déplacent légèrement. Pendant que Lauren Mac Ferson liste tout ce que Kalena et ses amis risquent si elles mentent, leur offrant ainsi une possible rédemption, les anciennes pensionnaires du Manoir entrent en contact visuel.
    Jane entrouvre à peine les lèvres de façon à ce que personne ne s’aperçoive de rien. La Mère Intermédiaire est furieuse et la Préceptrice aussi. Elles veulent raisonner la Novice. Kalena leur signifie qu’elle a décidé de rentrer dans la serre. Personne ne la fera changer d’avis. Elle est la seule à pouvoir prouver que ni Jane ni personne d’ailleurs n’a menti. Mademoiselle Brives prend instinctivement la main de l’aînée des Davenport et la câline. Kalena observe Ethna. Elle doit la protéger.
    
    « Madame, accompagnez ma sœur vers la sortie ! Immédiatement !
    — Mademoiselle Davenport, nous ne sommes pas là po…
    — NON ! » s’écrit Ethna.
    
    Le reste de l’univers pourrait bien s’écrouler, les deux jeunes femmes sont seules face à leur détresse. Kalena prend sa voix la plus douce et la plus calme, celle qu’elle utilise pour convaincre :
    
    « Ethy, c’est toi, moi et le reste du monde comme toujours.
    — Non, je refuse !
    — Ethna ! C’est ce que je veux.
    — Quoi ? Ne me dis pas que nous sommes revenues plusieurs semaines en arrière et que tu vas me parler de sacrifice volontaire.
    — En fait…
    — Écoute-moi bien, jeune fille ! Je ne t’ai peut-être pas mise au monde, mais je suis pourtant bien ta mère, ton père, ta sœur... Bref, ta seule famille !
    — Ethy, c’est pour cela que je dois te protéger.
    — En mourant ! intervient la Mère Intermédiaire.
    — Ce n’est pas le moment Jane, reprend calmement Kalena. Ethy, s’il te plaît, sors. Tu... tu ne le supporteras pas.
    — Écoute-moi bien, tête de bourrique. Nous allons passer un accord, comme lorsque tu étais enfant. Tu te souviens... sanglote Ethna.
    — Qu’est-ce que tu proposes ? demande Kalena suspicieuse.
    — Je reste parce qu’en fait c’est à moi que tu offres ta mort.
    — J’obtiens quoi en contrepartie ? Je veux dire si je décède. Et même si je vis ?
    — Tu partiras en paix parce que je ne serai pas hantée par ta disparition. Si tu vis, je deviens la personne la plus forte que tu aies jamais connu et je ne me plains plus… Jamais.
    — Marché conclu ! »
    La vice-amirale est furieuse. Daniella Vargas et Franz Meyer la fixent, attendant sa réaction. Elle entrouvre la bouche, mais aucun son n’a le temps d’en sortir que déjà Jane intervient :
    « Vous, pas la peine de nous faire une colère cela ne servirait à rien !
    — Comment…
    — Comment est-ce que j’ose ? Je suis LA spécialiste en ce domaine, tout comme le monsieur-là, dit la Mère Intermédiaire en montrant le chef jardinier, est l’expert en botanique. Vous voulez que l’une de mes filles endure la Douleur, vous me laissez faire ! »
    
    Jane Brives s’est avancée. Elle est maintenant à quelques centimètres de la vice-amirale. Sa posture et son aplomb trahissent son ancienne fonction. La militaire somme les gardes de venir chercher la Mère Intermédiaire. Ethna arrive à son tour et fusille du regard la cheffe de l’Agricole.
    
    « Nous ne sommes pas encore sous votre responsabilité. Vous avez décidé de tuer ma sœur, mais au moins faites le bien sinon je pourrais croire que nous sommes toujours sous la coupe du Pouvoir Central ! »
    
    Lauren Mac Ferson les fixe l’une après l’autre. D’un geste de la main, elle renvoie les gardes qui viennent tout juste d’arriver. Elle regarde Meyer et annonce :
    
    « Jansen, O’Commara, Vargas, Gallo, vous et moi ! Sans compter les prisonnières, cela vous pose un problème Meyer ?
    — Je crois bien que je vais faire une exception, Madame. Cinq, sept cela fait peu de différence. Par contre, une seule personne entre dans la serre.
    — Entendu ! »
    Soudainement, Jane se met à rire.
    « Mais bien sûr ! Et lorsque vous aurez vu de quoi nous sommes capables, vous ne voudrez plus jamais nous utiliser. Tant que vous y êtes, les vers ont des ailes ! »
    
Tous la regardent, médusés, elle ressemble à une folle. Seules Kalena et Ethna la comprennent. L’aînée des Davenport pleure en silence alors que sa cadette s’isole dans un coin afin de se préparer à mourir.

Texte publié par Isabelle , 26 mai 2017 à 08h05
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