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Tome 1, Chapitre 32 « Question indiscrète » Tome 1, Chapitre 32
Patrick O’Commara serre les poings. Il va se faire un plaisir de démonter cette merdeuse.
    
    « Reprenons depuis le début, voulez-vous ?
    — Hum... plus de tutoiement ? remarque Kalena.
    — Comme tu voudras… Je me présente, capitaine O’Commara. Je suis ton responsable.
    — Et ? Cela signifie quoi exactement ? demande Kalena en s’asseyant au bord du lit.
    — Tu es ma prise. Je fais de toi ce que je veux. Tu es un peu comme un trésor, dit Patrick regrettant immédiatement ses mots, une valeur commerciale si tu préfères. Je peux te vendre, te prostituer ou…
    — Tss-tss, intervient le contre-amiral Jansen, c’est illégal.
    — Monsieur, sur l’Arche uniquement, mais sur Arto, galaxie deux, ils n’ont pas encore de putains humaines alors qu’il y a pas mal de pilotes qui traînent là-bas ! »
    Dieter Jansen hausse les sourcils et d’un mouvement de menton ordonne au capitaine de continuer.
    « Donc, tu l’auras compris, tu es ma chose !
    — Ton trésor », reprend Kalena en souriant sans malice.
    
    Patrick O’Commara blêmit. Les événements ne tournent pas du tout à son avantage. Il a l’impression de ne pas se reconnaître. Malgré le café, son mal de tête récurrent le place en mauvaise position. Il doit se concentrer.
    
    « Reprenons : nom, prénom, âge, fonction, nombre de relations amoureuses ? »
    
    La phrase est sortie toute seule, le pilote se donnerait des gifles. Mais que lui prend-il ? Une fois de plus, le contre-amiral intervient, mais en toussant cette fois. Le gradé regarde la jeune fille dont les yeux verts sont devenus immenses sous l’effet de la surprise. Elle répond, sans comprendre la relation qui existe entre les questions et sa prochaine Douleur.
    
    « Kalena Davenport, dix-sept ans et je ne sais pas ce que sont des relations amoureuses.»
    
    Patrick O’Commara est assis sur le bord de l’assise de sa chaise, les bras posés sur le dossier. De surprise, il se redresse et tombe sur son séant. Son supérieur éclate de rire, se lève et tend une main au capitaine, l’aidant à se remettre debout. C’est la première fois depuis qu’il connaît O’Commara qu’il observe son visage s’empourprer. Une chose est certaine, il ne pouvait pas plus mal s’y prendre.
    Le contre-amiral retourne les deux chaises. Il prend place dans une attitude plus conventionnelle et attend que son second en fasse autant. Les deux hommes, maintenant bien assis, regardent d’un nouvel œil la jeune fille. Dieter Jansen pense qu’elle est innocente et que le Pouvoir Central l’a privée d’une éducation conventionnelle. Patrick O’Commara est certain qu’il s’agit d’une espionne surentraînée. Aussi reprend-il vexé sur un ton cinglant :
    
    « Parents ?
    — Jamais connus, répond la Novice en imitant involontairement le timbre du capitaine.
    — Pourquoi ?
    — Ils m’ont donnée quand j’avais six mois, dit Kalena d’une voix normale cette fois-ci.
    — Donnée ? Hum… Remarque, ça ne m’étonne pas. Qui voudrait de toi la crevette ? »
    
    Kalena plonge dans le regard bleu-gris de Patrick qui lui fait face. Il est grand et athlétique. Il a un visage plutôt carré qui a tendance à devenir anguleux lorsqu’il est en colère. La cadette des Davenport ferme les yeux. Se souvenant de son sourire dans la navette, elle décide que tout ceci n’est qu’une façade. Ce jeune homme est peut-être exaspérant, mais elle est certaine qu’il porte une souffrance en lui. Sa peine est probablement aussi grande que celle de la Novice. Elle lui répond, le regardant avec compassion.
    
    « Alors si personne ne veut de moi, tu vas être bien ennuyé.
    — Et pourquoi cela ?
    — Tu ne pourras même pas me vendre, sourit-elle.
    — Bien, imaginons que je te garde. Tu m’offrirais quoi comme genre de services ? puis se frappant le front dans un geste théâtral, il reprend. Mais bien sûr ton Don !
    — Tu veux mon Don ? demande la jeune fille qui ne suit pas le raisonnement du pilote.
    — Peut-être, mais c’est quoi en fait ?
    — Mon aptitude ?
    — Hum... Tu peux en faire profiter les autres, le partager, le transmettre. C’est peut-être néfaste ?
    — Le Don n’est dangereux que pour les Pures. Nous... je suis capable d’absorber au travers des pores de ma peau l’essence de toute maladie. Ensuite, cela se mélange à mon sang. Étant donné qu’il s’agit d’un corps étranger, mon organisme le rejette sous forme de brûlures et de taches noires qui envahissent ma peau. Si la quantité est trop importante, le risque que je décède d’un arrêt cardiaque, d’une embolie, d’une fièvre ou encore d’un accident vasculaire cérébral est sérieux.
    — Donc tu es en train de me dire que tu va souffrir gratuitement juste pour épargner tes amies, répète incrédule le capitaine.
    — Je n’ai pas le choix.
    — Et cette, ce… Ce Don serait-il éprouvant ?
    — Il s’agit : de champignons, de virus ou de bactéries. Bien sûr, c’est douloureux. C’est un peu comme être ébouillantée de l’intérieur », explique-t-elle détendue.
    
    L’attitude calme de la jeune fille rend ses propos difficilement acceptables ou encore plus effroyables en fonction de qui les interprète. Qui pourrait parler ainsi de tortures infligées à répétition sans être ni en colère ni déprimée ?
    
    « Et tu voudrais que je te croie ! s’exclame Patrick.
    — Je ne mens jamais, rétorque la jeune fille déterminée.
    — Pourquoi buviez-vous autant lors de votre incarcération. »
    
    Demande Jansen qui souhaite changer l’angle de la conversion et surtout mieux comprendre cette étrange fille. Sa sœur a pleuré. Son amie Jane Brives a tempêté, mais elle n’a pas eu un mouvement d’humeur. Rien ne semble avoir d’emprise sur elle. Elle est toujours aimable, toujours conciliante.
    
    « L’eau est la seule chose avec les huiles végétales qui purifie mon organisme. Une partie de l’essence des maladies s’évacue aussi dans les urines et par la transpiration. Dans ce dernier cas, les toxines brûlent tout autant la peau.
    — Boire vous aide à éliminer, je comprends. Dans ce cas, pourquoi avaler une telle quantité de liquide lorsque vous êtes arrivée dans votre cellule ? continue le contre-amiral.
    — Le vieux monsieur et PO m’ont touchée. Ils... ils sont… »
    
    Hésite Kalena. Elle ne sait pas si elle doit ou non leur signifier qu’elle a soulagé une infime partie de la maladie de Marcel. Elle est plutôt heureuse d’avoir rendu service au mécanicien, même si elle en souffre encore à l’heure actuelle.
    Dieter Jansen attend calmement ; Patrick O’Commara commence à fortement soupirer, s’impatientant.
    Kalena a décidé de toujours dire la vérité, elle va continuer :
    
    « C’est parce que j’ai aidé le vieux monsieur avec ses douleurs aux mains et aux poignets, dit-elle en regardant le bout de ses doigts.
    — Mais bien sûr ! s’écrie le pilote. Je te le dis tout de suite, ton Don est merdique parce que ni lui ni moi ne sommes en super forme !
    — Oh ? Alors si je ne suis pas devenue écarlate de la tête aux pieds dans votre chambre pendant le transport, pourquoi m’appelez-vous la crevette ? »
    
    Une fois de plus, Dieter Jansen ne peut s’empêcher de sourire. Cette fille a une candeur et une naïveté qui rendent ses réponses imparables. La preuve, Patrick O’Commara est en train de se masser les tempes totalement à court d’idées. De toute évidence, le pilote est mal engagé dans cet interrogatoire. Mais au lieu de voir là un échec, son supérieur trouve qu’il ne pouvait rien lui arriver de mieux. Son arrogance et son égoïsme le tiennent loin de tous les autres membres de l’Agricole, Daniella et Marcel exceptés durant les phases d’entraînement.
    Ce garçon a un tel potentiel qu’il serait dommage de ne pas utiliser ses capacités juste pour un problème de caractère. Dieter Jansen se fait la réflexion que sa cohabitation prochaine avec la prisonnière ne pourra que lui faire du bien. Il a maintenant beaucoup moins de doutes sur le futur glorieux de ce pilote hors normes. Le contre-amiral observe le jeune homme qui se masse toujours le crâne. Sa réaction en dira long sur son avenir.
    
    « Bien, la crevette, tu me fatigues avec tes réponses, mais..., reprend le capitaine O’Commara après avoir exagérément soupiré, voilà ce que nous allons faire… Même si je te croyais, tu devrais m’apporter des preuves de tes dires. Comme nous n’avons que ta parole, tu vas devoir en passer par ta foutue Douleur. Si tu survis, sur mon honneur, tu n’auras plus jamais à faire ce genre de chose.
    — Et mes amies ? demande Kalena inquiète.
    — La cheffe militaire responsable de ce vaisseau n’a pas donné d’accord écrit. Je n’ai pas le pouvoir d’outrepasser ses ordres. Cependant, j’userai de toute l’autorité que j’ai sur mon équipage afin qu’il laisse tes amies tranquilles. Satisfaite ?
    — En réalité, non. Je n’ai pourtant pas d’autre choix que celui d’accepter, se résigne la Novice.
    — En effet ! Enfin une bonne parole, répond sarcastiquement Patrick.
    — Tu ne m’aimes pas beaucoup ?
    — C’est le moins que je puisse dire !
    — Pourquoi ?
    — Mais dis-moi, tu étais aussi insolente lorsque tu étais aux mains du Pouvoir Central ?» s’exclame-t-il.
    
    La jeune fille prend un instant pour y réfléchir sérieusement. Finalement, son rictus dans la Grande Chapelle était une sorte de défiance. Les regards soutenus qu’elle avait vis-à-vis de la Mère Supérieure étaient une autre forme d’insolence. Elle se mord les lèvres avant de laisser naître un immense sourire sur son visage.
    
    « Oui, mais différemment. C’est ainsi, je suis douée. Puissante et singulière. C’est un fait, je n’en suis pas particulièrement fière, je n’ai aucun mérite... je suis née comme cela.
    — Eh bien ! Puisque tu es si talentueuse, nous allons vérifier ce que tu peux faire pour ces pauvres tournesols qui se meurent en t’attendant.
    — Tout de suite ?
    — Non, nous devons finir de tout organiser. Disons dans une heure, si cela convient à mademoiselle », rajoute-t-il sur un ton moqueur.
    
    Kalena lui sourit. Elle incline la tête d’un signe affirmatif et se réfugie ensuite au fond de son lit, bien cachée sous la couverture.
    
    
oOo

    
    Les deux hommes se dirigent vers le poste de commandement. Patrick O’Commara saisit le bras de son supérieur :
    
    « Monsieur…
    — Que se passe-t-il, O’Commara ? s’étonne le contre-amiral en se dégageant.
    — J’ai conscience d’avoir été lamentable. Je vois bien que je n’ai apporté aucun élément nouveau au dossier. Je…
    — Bien au contraire ! le rassure Jansen. Jusqu’alors, nous n’avons rien appris de personnel. Or dorénavant, nous savons qu’elle n’a pas été sociabilisée normalement et qu’elle a des croyances fantasques. L’eau n’a jamais guéri personne ! Mais tous ces éléments démontrent qu’elle est un peu “perchée”, pas qu’elle ait de mauvaises intentions.
    — Vraiment ? s’étonne O’Commara. Alors si ma présence est toujours requise, j’aurai un service à vous demander.
    — Je vous écoute…
    — Laissez-moi dormir une heure, prendre une douche et manger un morceau. Ensuite, je serai votre homme.
    — Je ne vais pas refuser un peu de repos à un pilote qui rentre de mission. Vous avez une heure ! Pas une minute de plus. Je vous attends à quinze heures à l’entrée de la serre numéro quatre.
    — Merci, Monsieur, vous ne le regretterez pas ! »
    
    Patrick O’Commara fait vivement demi-tour. Il appuie sur son transpondeur et commande un repas chinois au petit restaurant de la zone des artisans : nouilles sautées au poulet et aux légumes. Sa démarche est rapide. Chacun de ses pas résonne en échos à l’intérieur de sa boîte crânienne, lui rappelant à chaque instant l’ampleur de son mal de tête.
    Il arrive à la porte de son appartement en même temps que le livreur. L’odeur mélangée des saveurs d’épice et de sauce au beurre de cacahuète le font saliver. Ouvrant le sachet, il découvre deux petits bols fermés et un plat empaqueté. Le capitaine entre et se vautre sur son sofa. Il y a un mot avec la livraison :
    
    « Bon appétit, dragon fougueux. Contente de te savoir de retour. C’est offert pour aujourd’hui. »
    
    Il lit la note et rit. Pas de doute, la serveuse du restaurant ne l’a pas oublié. Il a bien fait de la draguer sans jamais conclure. Les avantages obtenus sont bien plus intéressants qu’une ou deux parties de jambes en l’air.
    En plus de sa commande, il découvre une soupe aigre piquante, sa préférée. Le fumet des champignons et des pousses de bambous, mélangés au vinaigre blanc, finit de l’affamer. Il boit le bouillon brûlant à même le bol en carton recyclable et passe à la suite. Un petit échantillon de poulet croustillant à la sauce aigre-douce l’attend. Rien à ajouter, cette fille connaît sacrément bien ses goûts culinaires.
    
    « Interdiction de sortir avec elle ! » se dit-il.
    
    Il ne faudrait pas gâcher son unique chance de bien manger à bord.

Texte publié par Isabelle , 17 mai 2017 à 21h38
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