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Tome 1, Chapitre 30 « Une bonne action est toujours égoïste » Tome 1, Chapitre 30
L’heure prévue pour les interrogatoires secondaires est arrivée. Tout le vaisseau connaît maintenant les actes de bravoure de l’équipage de l’EP 200. Tous ont également remarqué les exploits de son capitaine à la cafétéria.
    Lui, d’habitude si modérée lors de ses sorties, a poussé ses abus à leur paroxysme. Cerné, le teint cireux et l’haleine fétide, il avance dans le couloir afin de se rendre à la salle des interrogatoires.
    
    Ils doivent débuter dans un instant, mais Mac Ferson veut voir tous les intervenants avant de commencer. Elle a des recommandations à faire, des ordres à donner. Les deux furies seront questionnées en premier, séparément bien sûr. Daniella assistera au dernier entretien, le plus pénible, celui qui réunira les trois futures colocataires.
    Marcel doit passer à la prison afin de pouvoir parler aux blessées, toujours contraintes de garder le lit.
    Le capitaine O’Commara a donc encore quelques minutes de tranquillité devant lui.
    
    La salle des interrogatoires a été aménagée pour l’occasion. En son centre, une grande table avec d’un côté trois fauteuils et de l’autre une chaise, la chaise contenant la nuée de senseurs de vérité de Mikel.
    
    
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    Une femme et deux hommes sont déjà installés lorsqu’elle entre. Ethna sera la première. Elle s’assied sur la chaise que lui désigne la militaire. La dame au centre, plus âgée et portant des lunettes, mène l’interrogatoire pendant que les messieurs prennent des notes ou le cas échéant lui glissent des petits mots afin qu’elle fasse une demande en leur nom. La Préceptrice reconnaît à sa droite le contre-amiral Dieter Jansen. Le visage de l’autre homme ne lui est pas totalement inconnu, mais elle ne sait plus où elle l’a vu.
    
    Les questions se succèdent interminables et, alors qu’elle croit en avoir fini, l’interrogatoire recommence. Ethna, n’a pas le choix. Elle s’y plie une nouvelle fois, déclinant encore une fois son identité et ses fonctions au sein du Pouvoir Central. Elle geint plus qu’elle ne parle. Répondant sans cesse que l’idée n’était pas d’elle. Elle n’essaye même pas de savoir où elle est ni qui sont ces gens.
    
    L’aînée des Davenport bloque sur l’épisode des vers et ne cesse de répéter qu’elle ne veut plus être enfermée avec eux. Ils seraient bien gentils s’ils la mettaient dans une cellule normale pour le restant de ses jours. Elle ne souhaiterait pas reparler des gardes ni de ce qu’ils lui ont fait subir, ce que personne ne le lui demande d’ailleurs.
    
    Au fond d’elle, l’aînée des Davenport a peur. Elle est terrifiée à l’idée d’être torturée. Elle sait qu’elle ne tiendra que peu de temps sous la contrainte. La Préceptrice ne pense pas avoir la force mentale de Jane et encore moins le courage de Kalena. Elle se souvient encore lorsque enfant, elle a été arrachée à ses parents afin d’être conduite au Manoir. Ethna a été traumatisée, depuis elle ne peut plus défier aucune autorité sans se dire que sa vie va se transformer en enfer.
    
    La préceptrice ne sait que suivre les règles, même les plus injustes ou les plus cruelles. Pour le moment, elle essaye, malgré ses antécédents, de protéger Kalena avec les faibles moyens dont elle dispose.
    Ethna se lève, ils ont fini. Sa démarche est bancale et ralentie par les liens qui lui entravent les chevilles. Après quelques mètres dans un couloir blanc, elle arrive devant la porte gardée de ses nouveaux quartiers. Si sur l’Agricole il s’agit d’une zone sécurisée, pour la Préceptrice habituée aux logements spartiates du Manoir, c’est un vrai palace.
    
    
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    La vice-amirale met fin à ce premier interrogatoire en se disant que cette jeune femme n’a rien à leur apprendre. C’est une victime qui mérite le droit d’asile. Si les autres prisonnières ne sont pas un peu plus loquaces, la journée à venir va lui sembler bien longue. Elle a pris de nouvelles dispositions afin qu’un couloir du niveau un soit sécurisé et que trois cellules y soient aménagées.
    
    Il s’agit d’anciens quartiers d’habitation qui, à ce jour, ne sont plus utilisés. Ils devaient faire l’objet de rénovations qui n’ont pas encore commencé. Les soldats ont œuvré, deux heures durant, dans le but de préparer trois chambres austères. Elles serviront de cellules d’isolement pour les trois prisonnières valides. En réalité, il s’agit des futurs quartiers des trois contre-amiraux.
    
    
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    Jane subit un rituel. Un premier interrogatoire de routine suit son arrivée, puis la vice-amirale reprend toutes les questions. Cette fois-ci, elle a affaire à quelqu’un d’une intelligence et d’un sang-froid bien supérieurs à ceux de la première prisonnière. Les réponses à une même question varient en fonction de ce que Jane espère découvrir de ces interlocuteurs. Pourtant, elle ne ment jamais.
    
    Lauren Mac Ferson ne lit pas de peur ni dans son attitude ni dans ces propos. Elle est impressionnée par cette attitude franche. Cependant, aucune des réponses données par Jane n’est exploitable. La menace ne fonctionne nullement sur cette jeune femme d’un calme presque terrifiant.
    La vice-amirale change donc de tactique en se présentant ainsi que son équipe dans un premier temps. Puis en expliquant à Jane qu’elle est la bienvenue à bord de l’Agricole, elle lui demande simplement de prouver que ce fameux Don ne menacera pas la communauté.
    
    La mère Intermédiaire se redresse et s’appuie sur le dossier de sa chaise, manifestement intéressée par les propos de Mac Ferson. Elle scrute les visages les uns après les autres avant de leur annoncer qu’elle est prête à leur faire une démonstration. Elle a cependant une condition : personne, à part elle, ne doit être impliqué dans aucun test… jamais.
    
    Bien sûr, Lauren Mac Ferson connaît les livres d’histoire évoquant le Pouvoir Central et les Pures, mais il s’est toujours agi d’un mythe. La militaire a des doutes et pousse plus avant ses investigations.
    L’interview n’en finit plus.
    Jane explique les tenants et aboutissants du Don, mais aussi procure tous les renseignements sur le Manoir, leur vie et le Pouvoir Central. La vice-amirale est avide de détails et Jane est loin d’en être avare.
    Un des interrogateurs vient de s’assoupir. Jane suppose qu’elle a été trop longue et qu’elle ennuie son auditoire.
    
    Le tour de la question semblant fait, la cheffe militaire ordonne aux gardes de raccompagner mademoiselle Brives dans la deuxième chambre préparée pour sa détention provisoire. La Mère Intermédiaire est épuisée. Elle espère simplement que la femme aux petites lunettes, Lauren Mac Ferson, acceptera de passer un accord avec elle. Jane souhaite être la seule à revivre les affres de la Douleur, elle veut juste protéger Carol et Kalena
    
    
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    Pendant le temps des deux premiers interrogatoires, le capitaine O’Commara se remet lentement d’une légère gueule de bois. Il faut vraiment qu’il pense à manger autre chose que des crackers, ce qu’il n’a pas fait depuis quarante-huit heures. Pour se rétablir de dix-huit jours de mission le whisky, même de dix ans d’âge, ne semble pas être une méthode des plus efficaces.
    Le pilote ne s’en rend pas compte, mais il s’endort alors que Jane et Lauren Mac Ferson sont en pleine discussion sur ce foutu Don. Il sursaute, son coude vient de glisser du bureau. Il se redresse et écarquille les yeux. Il met quelques secondes à se remémorer ce qu’il fait là. Patrick O’Commara tourne la tête, Lauren Mac Ferson va le lui faire payer. Son regard est dur et froid comme l’acier. Le capitaine soupire.
    
    La seconde prisonnière vient de sortir. La cheffe militaire se lève et dans un silence pesant lui signifie d’un geste du menton de prendre sa place. De toute évidence, c’est lui qui va mener la prochaine interview. Le contre-amiral Jansen sourit dans sa barbe, amusé.
    Patrick O’Commara change de siège. Il tire sur les manches de sa chemise afin qu’elles apparaissent sous celles de sa veste, souhaitant être conforme au règlement. Il secoue vivement la tête et fait craquer ses doigts. C’est alors, voyant le petit croissant de lune, qui marque sa main, qu’il réalise. Il va devoir interroger la drôle de fille qui l’a mordu. Le capitaine s’en veut, mais il ne peut s’en prendre qu’à lui. Le plus difficile reste à venir.
    
    
oOo

    
    Kalena ne fait aucun problème pour sortir de sa cellule. Elle est abattue, la deuxième phase de la Douleur vient de commencer. Elle avance avec beaucoup de difficulté et doit s’arrêter régulièrement afin de se tenir au mur. Ses gardes sont surpris.
    
    Installée sur la chaise de la nuée, elle ne répond à aucune des questions posées. En réalité, elle est ailleurs. La salle des interrogatoires située au niveau un, le dernier, possède une coupole vitrée permettant d’admirer la Voie lactée. Bizarrement, aucune autre prisonnière n’a levé les yeux. Kalena n’avait rien remarqué non plus lors de sa première venue. Maintenant, elle n’arrive pas à détacher son regard des étoiles. Elle est fascinée. Soudain, une question la sort de sa torpeur.
    Le capitaine O’Commara a réussi à attirer son attention. Il l’interroge déjà depuis une dizaine de minutes lorsque la Novice baisse la tête et plonge son regard dans le sien. Le jeune homme au teint cireux est fatigué de ne pas avoir de résultats, sa responsable jubile. Il est sûr qu’il va prendre un blâme s’il n’arrive pas à tirer quoi que ce soit de cette tête de mule.
    Le pilote lui redemande pourquoi elle ne répond pas :
    
    « C’est si beau… Presque aussi beau que la neige. »
    
    Le capitaine en profite. Il continue, serinant les mêmes questions que celles posées à Ethna et à Jane. Kalena ne réagit que trop peu souvent à son goût. O’Commara se souvient que la vice-amirale, en changeant de technique, a obtenu de meilleurs résultats. Il décide d’en faire autant. Le salopard qui sommeille en lui a très envie de faire des ravages et de remettre à sa place la gamine qui lui a gâché sa vie ! Livrant une partie des informations recueillies auprès de Jane, il espère des réponses à ses questions.
    
    « Votre amie, Jane, elle est beaucoup plus aimable que vous.
    — Hum… C’est bien possible, réplique Kalena en bâillant, épuisée.
    — Très bien, donc c’est elle qui fera les tests afin de nous assurer que cette histoire de Don n’a rien de dangereux pour la communauté. »
    
    La Novice, comme soudainement animée, se redresse. Elle se tient bien droite sur son siège et fixe le capitaine. Il a l’impression que son regard le transperce.
    
    « Vraiment ? Elle vous a dit ça ? Elle ferait vos tests ?
    — Oui, elle serait enchantée de nous montrer ça.
    — Ne me faites pas rire. Enchantée ! C’est le terme qu’elle a employé ? n’en revient pas la jeune fille.
    — Tout à fait enchantée, renchérit le capitaine qui n’avouera pas avoir écouté distraitement.
    — Mais elle ne vous a rien prouvé du tout pour l’instant. Elle a parlé tellement calmement que vous l’avez crue, c’est juste ?
    — Votre amie était, en effet, très calme.
    — Vous vous êtes bien fait avoir. C’est une technique de persuasion. »
    
    Kalena expire, elle réfléchit vite et chasse sa fatigue. Elle doit prendre sur elle et se souvenir de tout. Elle clôt ses paupières un instant. Lorsqu’elle les rouvre, ses pupilles sont lumineuses. Le vert de ses yeux est intense. Elle continue posée et déterminée :
    
    « Vous a-t-elle déjà prouvé ses dires ?
    — Pour l’instant, comme je vous l’ai déjà précisé… pas encore, répond O’Commara suspicieux devant le calme de la jeune fille.
    — Jane ne vous sera d’aucune utilité. Elle va réussir vos tests, mais sûrement pas aussi bien que ce que je peux le faire. Je suis de loin la plus douée, mon Don dépasse celui des autres.
    — Oh, je vois ! Kalena a un super Don, bouhh, faisons attention à ne pas la contrarier ! Je pense qu’en réalité vous êtes un peu jeune pour avoir déjà de tels “pouvoirs”.
    — PO, je vous explique…
    — PO ? C’est quoi ce mot ?
    — C’est votre nom, vous m’appelez Kalena, je vous appelle PO.
    — Je ne me nomme pas PO ! »
    
    S’exclame O’Commara hors de lui. Jansen ne peut pas retenir un fou rire et la vice-amirale, est aux anges. Pourtant, elle jette un regard assassin à son subordonné. Le capitaine serre les poings, la prisonnière va le lui payer.
    
    « Vous tenez ça d’où ?
    — Le sac dans votre cabine. Il y avait P.O 3053.04.17 imprimé dessus. J’en ai déduit que PO était votre nom, continue calmement Kalena.
    — OK, c’est sans importance, mais je ne m’appelle pas PO, compris Kaleuna.
    — D’accord PO, mais moi c’est : Ka-lé-na », articule lentement la jeune fille.
    
    Sans la présence de ses supérieurs, il l’aurait frappée. Il n’en a rien à faire qu’elle soit une mineure et encore moins quelqu’un de fragile. Elle va le rendre fou. En plus, elle réplique alors qu’il n’a pas posé de questions !
    
    « Monsieur le contre-amiral Jansen, Madame, PO… vous ne demanderez jamais rien ni à Jane ni à Carol et je vous explique.
    — Je vous écoute, répond la vice-amirale prenant de vitesse O’Commara.
    — Avant, vous consignerez que vous n’avez jamais capturé de Pures. Nous sommes simplement haptophobes, précise-t-elle souhaitant que nulle part ne soit notée leur aptitude particulière. Bien sûr, en contrepartie, vous ferez de moi ce que vous désirez. Je prendrai soin des plans que vous me direz de guérir.
    — Nos motivations ne sont pas à l’ordre du jour, mais je veux bien entendre vos explications. En ce qui concerne vos demandes, je vous rappellerai simplement que de nous deux c’est moi qui dicte les conditions, enchaîne Lauren Mac Ferson. Et c’est quoi cette histoire de plans ?
    — Vous allez faire une exception, parce qu’à environ une vingtaine de mètres en dessous de nous, vous avez une plantation de tournesols qui est malade. »
    
    Le regard de Kalena est soudain dur et distant. Les trois militaires qui lui font face sont pantois. Ce bout de fille au teint blafard a un sang froid impressionnant. Elle ne lâche pas les yeux du capitaine. Elle pourrait être comparée à une louve protégeant ses petits.
    
    « Et en plus, t’es extralucide ! s’exclame O’Commara.
    — Je suis ravie que nous nous tutoyions, cela rendra les choses moins difficiles.
    — On ne se tut…
    — PO, mon Don n’a rien avoir avec la voyance, l’interrompt-elle, mais je ressens les plantes malades... surtout, si elles sont présentes en grand nombre.
    — Et comment cela fonctionne-t-il ? demande Jansen intéressé.
    — Lorsque vous nous avons pris la boîte pour arriver ici…
    — Le monte-charge ? s’interroge O’Commara.
    — Hum... Oui, le... monte-charge, sourit Kalena heureuse d’apprendre un mot, j’ai senti dans le déplacement d’air des spores de sclérotinia. Leur nombre associé à l’odeur me fait dire qu’il y a beaucoup de pieds de tournesol et que leur zone de culture n’est pas loin du monte-charge. Maintenant, vous allez vérifier cette information. Si j’ai raison, alors nous passerons cet accord et je soignerai vos plantes en signe de bonne foi.
    — Pourquoi feriez-vous cette “bonne action” ? »
    
    Questionne le pilote qui ne comprend pas pourquoi la jeune fille ne négocie pas pour elle-même. La vice-amirale ne laisse pas la Novice répondre et demande qu’elle soit reconduite dans sa nouvelle chambre sécurisée. Après avoir éternué les senseurs de vérité de Mikel, Kalena se place face à Patrick et lui dit avant de tourner définitivement les talons, le laissant perplexe :
    
    « Une bonne action est toujours égoïste ! »
    

Texte publié par Isabelle , 5 mai 2017 à 21h31
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