LC logo
Découvrir     Romans & nouvelles     Fanfictions     Poèmes     Blog     Forums
Connexion
Bienvenue visiteur !
Se connecter ou S'inscrire
Pourquoi vous inscrire ?
«
»
Tome 1, Chapitre 29 « Nombreuses questions » Tome 1, Chapitre 29
Jane regarde passer Kalena. Un mouvement discret vers les cellules bordant les couloirs, tout est dit. La Novice vient de prévenir la Mère Intermédiaire qu’elle a l’intention de répondre honnêtement. Mademoiselle Brives réfléchit. Cela implique que la larve d’Ethna suivra les consignes de sa cadette quoiqu’il en coûte.
    La trentenaire se met à rire. Elle respire. Plus personne ne la surveille ni les autres Mères Intermédiaires ni la Mère Supérieure. Elle n’apprécie pas beaucoup l’aînée des Davenport, mais elle n’a plus aucune obligation à la dénigrer. Elle tâchera de faire attention à son vocabulaire dorénavant.
    Si Kalena veut dire la vérité, Jane n’est pas contre. Elles n’ont rien à cacher. La jeune femme tourne en rond. Autant mettre à profit ses heures d’attente et faire un peu de sport afin d’entretenir son physique. Elle commence par une longue séance de respirations yogiques. Assise en tailleur au milieu de sa cellule, elle prend conscience de son Don et régénère son corps.
    
    Une fois la plénitude et le calme atteints, elle rouvre les yeux. Jane Brives prend mentalement note que si elle en a l’occasion, elle doit finir d’apprendre à ses étudiantes une telle technique. Carol et Kalena en auront probablement besoin.
    Ensuite, elle continue sa routine avec des mouvements de Tai-chi, enchaînés avec des déplacements de krav-maga. Elle ne peut pas faire de sauts et se contente de gestes brefs et vifs. L’exercice lui donné faim. La Mère Intermédiaire renifle le contenu du plateau-repas qui attend posé sur la table non loin de son lit. L’odeur du curry la fait saliver.
    
    « Qu’est-ce que je risque ? » se demande-t-elle.
    
    Elle attrape la cuillère et avale le riz blanc qu’elle mélange au ragoût . Le goût la ravit. Elle aime ce méli-mélo de choux-fleurs, de courgettes, de petits pois et d’oignons rouges. Le tout est rehaussé par le massala dilué dans le lait de coco. Ses lèvres la brûlent légèrement. Jane sait qu’elle ne devrait pas boire, mais qu’à cela ne tienne, elle gardera ainsi la saveur du plat en bouche.
    Fatiguée et repue, la Mère Intermédiaire s’allonge la tête aux pieds. Même si elle s’assoupit, elle sentira arriver la moindre présence dans le couloir. Elle tient à être réveillée lorsque Kalena reviendra.
    Le temps s’écoule calmement, Jane compte ses respirations et écoute les battements de son cœur. Elle somnole. Le silence règne en maître dans le corridor. Au loin pas de cris, pas de salle de torture, pas d’innocentes à maltraiter… la Mère Intermédiaire sursaute, elle est en sueur.  Elle avale sa salive avec difficulté. Elle doit se reprendre. Assaillie de visions douloureuses, mademoiselle Brives a du mal à se souvenir où elle est.
    
    Un bruit de bottes annonce le retour de Kalena. Lorsque Jane voit passer la jeune fille, les larmes lui montent immédiatement aux yeux. Tout ceci est sa faute. Elle leur a fait quitter le Manoir pour les protéger et aujourd’hui, elle ne sait plus. A-t-elle eu raison ? Tort ? Maintenant, c’est à Ethna de partir, encadrée par des gardes.
    La Mère Intermédiaire voudrait tant la soutenir du regard, lui dire qu’elle regrette sa brusquerie et les coups qu’elle lui a donnés. Cependant, elle n’en a pas l’occasion. La Préceptrice tourne la tête dans la direction opposée, marquant ainsi son refus ne serait-ce que de la regarder. Jane attendra. Peut-être le hasard lui laissera-t-il l’opportunité de se racheter ?
    
    La jeune femme pense maintenant à Carol et à Kaïla. Elle se questionne sur leur avenir. Mademoiselle Brives sait qu’elles sont blessées, apparemment gravement. Mais elle n’a fait qu’entrapercevoir les évènements, trop occupée à se soucier de son propre sort. Elle expire. Le poids de la culpabilité lui bloque le plexus. Une fois de plus, elle reprend ses étirements et respirations, seuls capables de la calmer.
    
    Jane se rallonge. Elle se demande si elle sera la suivante. Elle espère que son tour est proche. Cela lui permettrait de mieux appréhender le lieu où elles ont échoué. Elle est convaincue que le Pouvoir Central ne les a pas reprises, reste à savoir aux mains de qui elles sont tombées ? Quelles sont leurs intentions ? Que feront-ils d’elles ? Connaissent-ils le Don ? Voudront-ils exploiter leurs capacités ?
    La Mère Intermédiaire doit s’asseoir. Elle étouffe sous le flot de ses propres questions.
    Au même moment, elle voit passer Ethna. La Préceptrice a pleuré, cela ne fait aucun doute. Pourtant, son teint est lumineux et elle semble paisible. Ses épaules se sont redressées lui conférant une allure altière similaire à celle de Kalena. L’aînée des Davenport est une très belle femme et Jane n’en avait jamais pris conscience.
    De toute évidence, les sœurs Davenport n’ont pas vécu leurs interrogatoires, séances ou autres de la même façon.
    
    Les verrous de la cellule d’à côté se font entendre. Les gardes progressent et s’arrêtent devant la porte vitrée de sa geôle. La Mère Intermédiaire présente ses poignets aux soldats. Elle se laisse enchaîner et avance avec dignité dans le couloir.
    La technologie qui l’emmène vers les étages supérieurs ne lui est pas inconnue. Au siège du Pouvoir Central, là où son père officiait, elle se remémore s’être amusée à monter et à descendre toute la journée à l’intérieur de l’ascenseur. Cependant, la modernité n’avait pas sa place au Manoir et ce souvenir d’enfance est douloureux.
    
    Il semblerait qu’elle soit arrivée à un niveau élevé, peut-être même le plus haut. Elle prend à droite et longe un nouveau couloir. Lorsque les gardes le lui ordonnent, elle s’arrête. Ils lui ôtent ses chaînes et la font entrer dans une pièce toute simple. Seules deux chaises et une table la meublent. Il fait sombre. Elle s’assied et attend.
    
    Un homme grand aux yeux noisette s’avance. Il a un petit bouc tout ébouriffé. Le militaire a les traits tirés et porte un uniforme bardé de décorations en tout genre. Il prend place en face d’elle et sans autre introduction demande :
    
    « Bonjour, je suis le contre-amiral Dieter Jansen. Je suis responsable de la sécurité intérieure. Nous allons commencer. Nom, prénom, âge et fonction.
    — Jane Brives, j’ai trente-et-un an. Je suis Mère Intermédiaire.
    — Comment êtes-vous arrivée jusqu’ici ?
    — Question stupide, vous savez très bien comment je me suis introduite à l’intérieur de votre véhicule. Vos hommes nous ont découvertes lorsqu’ils ont ouvert les caissons de Vernicula Albanica Mundi.
    — Bien alors, pourquoi être entrées dans ces coffres ?
    — Pour fuir le Pouvoir Central. Il s’agissait d’une évasion et c’était mon idée.
    — Hum… Pourquoi monter une telle opération ?
    — Je viens de vous le dire : pour fuir le Pouvoir Central.
    — J’ai bien compris, mais je suppose qu’il y avait une raison à cette évasion ?
    — Nous étions retenues dans un lieu clos et contraintes à agir contre notre volonté. Notre vie se résumait à attendre la mort. N’auriez-vous pas voulu fuir  à notre place ?
    — En effet… »
    Le militaire semble surpris par l’attitude de la Mère Intermédiaire. Sa franchise et la concision de ses réponses le changent des deux autres interrogatoires qu’il vient de mener. Il fronce les sourcils, tout de même méfiant :
    « Hormis tout orchestrer, quelle était votre fonction ?
    — J’étais leur bourreau ! »
    Répond Jane ne pouvant retenir un sanglot. Elle est autant surprise que l’est son interlocuteur.
    
    « Vous pouvez développer, insiste autoritaire Dieter Jansen.
    — Je suis Mère Intermédiaire. Enfin, j’étais. Cela signifie que j’ai survécu à la Douleur de niveau un et deux. J’aurais pu avoir un appartement en ville et être attribuée à une ferme de culture. Cependant, j’ai préféré rester au Manoir. En réalité, je n’ai pas vraiment choisi.
    — Vous y avez été obligée ?
    — Non, mais je me suis dit que le seul moyen de fuir était de rester afin de mettre mon plan à exécution. Je suis la fille d’un Haut Dignitaire. J’ai été favorisée. Je n’ai pas eu de Préceptrice et j’ai été exemptée de passer les petites Douleurs.
    — J’avais cru comprendre qu’il s’agissait d’une sorte d’entraînement.
    — Foutaises ! Elles ne servent qu’à faire souffrir inutilement et à fatiguer les organismes afin d’être sûr qu’au moins cinquante pour cent des Novices décèdent.
    — Pourquoi le Pouvoir Central vous enferme-t-il ?
    — Parce que nous représentons l’espoir. Les Pures peuvent soigner les gens des différents effets secondaires des radiations. Elles ont été vénérées. Elles étaient pacifistes et dénonçaient l’autoritarisme mis en place. Elles étaient des dissidentes. La réalité c’est qu’elles ont vraiment failli faire basculer le Pouvoir Central. Depuis, sous de multiples prétextes ce dernier se sert d’elles tout en s’assurant que leur nombre ne croit pas de façon anarchique. Ils nous tuent tout en nous utilisant. D’où mon plan pour partir.
    — Quel plan ?
    — Celui auquel j’ai réfléchi depuis que j’ai été enfermée au Manoir. J’avais quinze ans. Je fais partie des chanceuses qui n’ont pas eu à passer leur enfance dans ce lieu maudit.
    — Le plan ? insiste le militaire.
    — Chaque année après la Pratique, les vers repartent dans des caissons. Ils sont emmenés afin de rejoindre leur milieu naturel dans les zones marécageuses. J’espérais qu’une fois là-bas, nous pourrions vivre cachées. Je n’arrive pas à comprendre, comment vous avez su où nous nous trouvions ? J’en déduis que nous sommes un surplus inattendu et que les vers étaient votre véritable cible. »
    
    À la réaction du militaire, la jeune femme sait qu’elle a vu juste. Cependant, elle se questionne : pourquoi auraient-ils besoin des Vernicula Albanica Mundi ? Elle se demande tout de même où elles sont. Le voyage a duré longtemps. La vitesse de déplacement était importante, mais elle n’a jamais eu l’occasion de regarder à l’extérieur.
    
    Jane réfléchit à toute vitesse. Elles ont peut-être été capturées par la Résistance. Le contre-amiral reprend l’interrogatoire lui posant des questions, vérifiant ce qu’il a appris lors des deux précédentes interviews. Tout se recoupe et les senseurs de vérité de Mikel indiquent que pas un mensonge n’a été dit.
    La Mère Intermédiaire est reconduite à sa cellule, après une salve d’éternuements, en attendant le lendemain et la seconde session.
    
    
oOo

    
    Carol s’éveille. Elle a le corps perclus de douleurs en tout genre. Elle se trouve allongée sur une table à l’intérieur d’une boîte en verre. De nombreuses petites pastilles sont collées sur son derme et à l’extérieur des écrans donnent des indications sur son état de santé.
    
    Un homme d’un certain âge aux yeux en amande et à la peau olivâtre la regarde depuis son bureau. Il lui parle par l’intermédiaire d’un interphone.
    
    « Pouvez-vous me dire votre nom ?
    — Carol Jonhson. Pourquoi ? Et comment va ma mère ?
    — Vous avez une blessure à la tête, répond le docteur Ly, mentant éhontément. Votre âge ?
    — Dix-sept ans.
    — Avez-vous une fonction particulière, continue le médecin.
    — Je suis une Pure, une Novice. Pourquoi toutes ces questions ? Vous voulez savoir si j’ai gardé toutes mes facultés ?
    — Tout à fait. Pourquoi étiez-vous dans ce caisson ?
    — Nous tentions de nous évader. Comment va ma mère ? »
    
    La jeune fille a l’esprit embrumé par les médicaments. Elle ne se souvient plus vraiment de ce qu’il s’est passé au moment du choc. Elle se rappelle avoir pris les doigts de Kaïla, mais ensuite c’est le trou noir.
    Carol respire avec difficulté. Elle soulève sa main droite afin de la mettre devant sa bouche, elle a envie de tousser. Lorsqu’elle regarde ses articulations, elle est effrayée. Elles sont toutes boudinées. Malgré sa peau d’ébène, la Novice se rend compte que son membre supérieur dans son ensemble est un hématome géant.
    
    Elle est surprise, elle n’a pas souvenir que la collision ait été si violente. Sa tête la fait souffrir, c’est là que le centre névralgique de sa Douleur se situe. Hormis son bras droit, elle n’arrive pas à bouger. Elle tousse une fois de plus et reprend :
    
    « Comment va ma mère ? hurle-t-elle désespérée de ne pas savoir.
    — Elle se porte relativement bien. Son opération s’est bien passée. Elle vient de se réveiller. De toute évidence, vous lui manquez. Elle a déjà demandé de vos nouvelles.
    — Elle est vivante ?
    — De façon totalement incroyable, oui !
    — Merci, soupire Carol.
    — Mademoiselle, aviez-vous de mauvaises intentions en vous évadant ?
    — Non ! »
    
    Explose la jeune fille. C’est comme si sa bouche avait devancé son esprit. Elle soulève une fois de plus son poignet droit et l’inspecte avec minutie. D’infimes taches brunes, plus foncées que sa peau, le parsèment.
    
    
    Elle a réussi. Ses marques sont la preuve qu’elle a pris une partie des maux de sa mère. Elle a donc survécu à une Douleur endurée dans le cadre d’un accident. Carol est fière et terrorisée en même temps. Elle est contente, tout comme Kalena son Don est puissant. Cependant, elle espère que sa vie ne se résumera pas à vivre les souffrances des autres. Mademoiselle Jonhson parle pour elle-même :
    
    « Une telle Douleur… Il faut que je boive…
    — Quelque chose ne va pas, mademoiselle Jonhson ?
    — Vous êtes médecin ?
    — Oui, je suis le Docteur Ly Maxwell, médecin-chef de l’Agricole.
    — J’ai une maladie rare, je dois absolument m’hydrater pour guérir, beaucoup m’hydrater.
    — Quel genre d’affection ?
    — En fait si vous me touchez, vous allez me rendre malade.
    — Mademoiselle…
    — Docteur, je vous en supplie, s’écrit Carol.
    — Entendu, je peux vous mettre sous perfusion de liquide glucosé, répond compréhensif le praticien.
    — Non, du sérum physiologique, rien d’autre ! implore la Novice.
    — Entendu, entendu, calmez-vous ! »
    
    Carol observe une tubulure remonter le long de son bras valide. Elle ressemble presque à un aspic sauf qu’elle est plus longue. L’aiguille qui en orne le bout se plante dans une des nombreuses pastilles qui décorent son avant-bras.
    Elle sursaute, ne s’attendant pas à avoir aussi mal, et s’endort presque instantanément.
    

Texte publié par Isabelle , 5 mai 2017 à 21h29
© tous droits réservés.
Commentaire & partage
Consulter les commentaires
Pour réagir â ce chapitre et poster une review, veuillez vous identifier ou vous inscrire !
«
»
Tome 1, Chapitre 29 « Nombreuses questions » Tome 1, Chapitre 29
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
931 histoires publiées
446 membres inscrits
Notre membre le plus récent est Dendroespine
LeConteur.fr 2013-2018 © Tous droits réservés