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Tome 1, Chapitre 28 « Douloureuse vérité » Tome 1, Chapitre 28
Ethna allongée dans sa cellule sécurisée réfléchit. Elle n’a jamais vu de lieux pareils à celui-ci. Si elle est encore sur Terre, elle ne sait vraiment pas dans quelle province elles ont été envoyées. Suite à leur capture, elle a eu l’impression de voyager longtemps, mais le choc de l’accident l’a plongé dans un tel état qu’elle se demande si elle n’a pas rêvé.
    
    Aujourd’hui encore, elle ne sait pas si son entourage est réel ou s’il est le fruit de son imagination. Elle ressent toujours l’effet des médicaments. Elle reconnaît cette sensation de bien-être qui la plonge dans un demi-sommeil. Elle n’a ni faim ni soif, ayant englouti le contenu du plateau-repas présent dans sa cellule dès son réveil. Il ne lui reste plus qu’à savoir si sa vie entière se résumera, dorénavant, à vivre entre quatre murs.
    
    La chimie commence à se dissiper. Ethna attend avec impatience la prochaine injection. Peut-être si elle crie ou s’agite aura-t-elle droit à une autre dose de neurotranquilisants. Kalena vient de revenir. Portée par un garde, le corps exsangue, elle a tout l’air d’être morte. Pourtant, sa cadette tourne la tête légèrement et l’aînée des Davenport peut alors lire sur ses lèvres qu’elle va bien.
    
    
oOo

    
    Les gardes n’ont pas tardé, le laps de temps entre les deux interrogatoires a été court. Le militaire est dubitatif : s’il s’agit bien d’une évasion, les cinq détenues auront le droit de demander l’asile politique à l’Arche.
    Le contre-amiral Dieter Jansen entre dans la pièce après avoir consigné le premier entretien. Il s’assied. Cette fois, il a face à lui une jeune femme d’une vingtaine d’années. Elle semble désespérée. Ses cheveux auburn sont mi-longs et ses yeux sont d’un étrange vert, frôlant le bleu par moment.
    Son air légèrement hautain et distant ne laisse pas le trentenaire insensible. Il se fait même la réflexion que ces demoiselles sont une beauté peu commune. Les terriennes dans leur ensemble sont toutes de très agréables personnes à regarder. Le militaire se ressaisit : il a un travail à faire, il n’a pas le temps de se perdre en conjectures. Il se racle la gorge et commence :
    
    « Nom, prénom, âge et fonction ?
    — Davenport, Ethna, vingt-six ans, Préceptrice, répond d’une voix monocorde l’aînée des Davenport.
    — Comment êtes-vous arrivée ici ?
    — Dans un cercueil, entourée de vers gluants et nauséabonds.
    — Pourquoi étiez-vous en leur compagnie ?
    — Parce que Sainte Jane Brives a eu la brillante idée de faire croire à ma sœur que nous pouvions fuir.
    — Quoi ?
    — À votre avis, vous... eux... Le Pouvoir Central.
    — Nous ne sommes pas le Pouvoir Central.
    — Vraiment et alors ! Où est la différence ? Parce que vous ne nous avez ni violées, ni battues, ni torturées, pour le moment, cela ne veut pas dire que vous êtes mieux qu’eux ! Nous sommes vos prisonnières, vous nous interrogez ! Donc, où est la différence ?
    — Violées, torturées... Votre sœur n’a rien mentionné de tel. Dites-m’en plus, continue Jansen sans tenir compte de la fébrilité de la prisonnière.
    — C’est normal. Kalena ne voit pas le mal, elle le subit sans jamais protester. Pour le reste, je n’ai rien à rajouter !
    — Mademoiselle, répondez-moi, ordonne-t-il.
    — Je... je... je ne peux pas. Je n’y arriverai pas, c’est... c’est trop difficile. »
    Sanglote Ethna, submergée par des souvenirs violents et longtemps enfouis. Ils se rappellent à elle uniquement parce qu’elle y a repensé pendant son séjour dans le caisson de V.A.M. Sa carapace habituellement si dure est totalement effritée à cet instant.
    Dieter Jansen se lève. Une fois de plus, il frotte son bouc. Cette détenue est plus fébrile, ses nerfs paraissent plus fragiles. Il appelle les techniciens qui confirment qu’ils sont face à un blocage psychologique. Le militaire demande qu’on lui amène du sérum de vérité.
    
    « Mademoiselle, vous me semblez de bonne foi. Seriez-vous prête à accepter que nous utilisions cette drogue sur vous ?
    — Qu’est-ce que ça peut bien me faire ? Je n’ai rien à voir avec notre présence ici, répond Ethna en soupirant.
    — Ce produit peut affecter définitivement votre relation au mensonge.
    — Comme ?
    — Ne plus être capable de me mentir.
    — Et alors ! Pourquoi ne vous dirais-je pas la vérité de toute façon ?
    — Dans ce cas… »
    
    Le contre-amiral ouvre à un de ses subordonnés. Le soldat entre et demande à la jeune femme de tourner la tête. D’un geste vif, il lui injecte un dé à coudre de liquide pourpre dans la carotide droite.
    Le chef de la sécurité intérieure attend. Les pupilles de la prisonnière se dilatent puis se rétractent : le produit fait effet. Les yeux verts de la détenue deviennent particulièrement brillants. Jansen est loin d’être insensible à son charme. Pourtant il reprend sans aucun ménagement :
    
    « Bien, je vous le répète ; nous n’avons rien à voir avec le Pouvoir Central.
    — Pas faux... Vous m’avez pas encore battue ni violée d’ailleurs.
    — Ces informations sont contraires à ce que votre sœur nous a dit.
    — Normal, elle a simplement été torturée avec régularité.
    — Je ne…
    — Tutut... on se tait, monsieur le militaire, je vous explique, continue Ethna sous l’emprise de la chimie. Je suis Préceptrice, elle est une Pure.
    — Quelle est la différence ?
    — Pour ça beau brun, faut revenir au commencement.
    — Je vous en prie…
    — J’ai pas été sage et je suis tombée, j’avais six ans. C’était le jour du défilé. Mère m’avait pourtant ordonné de ne pas bouger. Bref, je me suis fait mal au doigt et j’ai pleuré. Maman m’a dit de me taire et de prendre ma petite sœur parce qu’elle était fatiguée de m’entendre geindre. Kalena était si fragile, elle me regardait en gazouillant... Elle a saisi mon index… Notre avenir était scellé… »
    
    Les joues de la jeune femme sont maintenant noyées de larmes. Son visage s’est coloré de rouge. Elle renifle abondamment, les premiers effets secondaires de la drogue ont disparu. Le militaire patiente, elle continue :
    
    « Ma sœur a ôté ma peine sans même s’en rendre compte. Mes parents nous ont immédiatement données. Ils ne voulaient rien avoir affaire avec un monstre comme elle.
    — Un monstre ?
    — Une Pure si vous préférez.
    — Et ensuite ?
    — Ils ont pris le bébé Davenport pour lui faire des tests sanguins. Et... les gardes m’ont enfermée dans une cellule. D’abord, ils m’ont giflée, puis ils m’ont frappée à coup de bottes me disant que tout ça, c’était la faute de ma sœur. Leurs mains ont envahi mon corps…
    — Pardon ? »
    Dieter Jansen a la nausée. Ethna Davenport ne peut plus s’arrêter. Elle explique chaque geste incestueux, chaque souffrance.
    
    Le souffle court, la jeune femme crache les mots plus qu’elle ne les dit. Ils jaillissent comme retenus jusqu’au dernier instant. Malgré elle, Ethna confesse ses souffrances. Le contre-amiral écoute en silence. Inconsciemment, il a posé sa main sur celle de la prisonnière en signe de compassion.
    
    Elle continue péniblement son récit, expliquant que c’est Kaïla Jonhson qui l’a sauvée de cet enfer. Elle avait seize ans lorsque la Préceptrice de Carol l’a prise sous son aile, la gardant à ses côtés dans chacune de leurs tâches quotidiennes et lui donnant tout cet amour qu’elle n’avait jamais reçu d’un tiers autre que sa sœur.
    L’aînée des Davenport voue une reconnaissance éternelle à la petite femme à la peau chocolat. Au fond d’elle, elle l’aime comme une mère. Essoufflée, elle s’arrête luttant contre ses propres mots, mais la drogue ne lui laisse aucun répit. Ethna reprend telle une automate :
    
    « Ne croyez pas que je sois la seule. Toutes les Préceptrices, jeunes et moins jeunes, ont subi le même sort. Kaïla aussi, j’en suis sûre, dit-elle se remettant à pleurer.
    — Au fait mademoiselle, vous ne m’avez pas dit, qui est Kaïla ? intervient Jansen qui doit continuer ses investigations.
    — Kaïla Jonhson est la mère de Carol. Nous nous sommes évadées en même temps.
    — Mademoiselle Davenport, comment avez-vous réussi à vous cacher dans les caissons ?
    — Nous avons trompé la vigilance de la Mère Supérieure pendant l’heure de course, le jour des transferts des vers. Jane nous a attribué le ménage des laboratoires à Kaïla et à moi. Kalena a donné le tempo, puis le temps venu, elles nous ont rejointes. Ensuite, nous avions à peine quelques minutes pour nous allonger avec ces trucs immondes. Honnêtement, je désapprouvais ce plan et je n’aurais jamais pensé que cela fonctionne.
    — Où vouliez-vous aller ?
    — C’est là toute la débilité de la chose, nous n’en savions trop rien. Le plus important était d’éloigner les Pures de la Douleur.
    — Les Pures ? La Douleur ? Ces mots reviennent souvent, de quoi s’agit-il exactement ? »
    Demande le militaire qui ne comprend pas du tout ces termes.
    « Vous dire comment cela fonctionne me serait difficile. Je sais juste que depuis qu’elle a six ans ma sœur a des cours tous les jours. Trois fois par semaine, elle passe la matinée à traiter des plantes malades. Ensuite, elle est couverte d’ecchymoses et sa peau est noire, comme brulée. Puis tous les mois, elle subit la petite Douleur afin de se préparer.
    — Auriez-vous de plus amples informations ?
    — Kalena vous expliquerait mieux que moi. Je sais seulement que l’année dernière elles n’ont été que deux à survivre à la Douleur.
    — Deux… Sur combien ?
    — Il me semble qu’elles étaient vingt au départ. Oui, je crois bien qu’on a jeté dix-huit sacs poubelle cette année-là. C’est pour ça que ma sœur souhaitait tant quitter ces lieux. Elle veut vivre.
    — Et vous ? »
    Mademoiselle Davenport se met à rire. Un beau rire clair et chaud. Elle fixe le militaire droit dans les yeux. Dieter Jansen a un peu de mal à soutenir son regard. Il sait tant de choses sur elle maintenant.
    « Je vous dégoûte ?
    — Non, mais je ne comprends pas ce qui vous fait rire, répond-il sans baisser les yeux.
    — Oh, c’est votre remarque. Je ne m’étais jamais demandée si je voulais vivre. Mais après tout ce que j’ai subi, il me semble évident que j’ai une furieuse envie de me battre. Je n’en avais simplement pas conscience et votre question m’a permis de le réaliser. Le rire est plus nerveux qu’autre chose.
    — Je crois que je comprends. Une dernière question, connaissez-vous les Résistants ?
    — Oh, oui... non. Ce sont des lâches qui nous ont laissé tomber, mais bon, ça, c’est ce que le Pouvoir Central veut peut-être nous faire croire. Le jour où j’en rencontrerai un, je vous dirai.
    — Vous venez de le faire, répond le contre-amiral souriant.
    — C’est drôle, vous n’avez rien d’un être vil.
    — Qu’est-ce qui vous fait penser cela ? s’interroge à voix haute, le militaire surpris.
    — Vous m’avez toujours regardée droit dans les yeux.
    — Hum... Autre chose à déclarer avant de retourner dans votre cellule ?
    — Si vous deviez traumatiser quelqu’un, n’hésitez pas, choisissez Janes. Janes Brives. C’est son idée qui nous a menées ici après tout.
    — Mais encore ?
    — Ma sœur et moi désirons simplement vivre en paix. Je suis sûre que tout comme moi, elle est prête à travailler dur pour gagner sa pitance. Nous ne prenons pas beaucoup de place et sommes discrètes. S’il vous plaît, ne l’utilisez pas comme le Pouvoir Central prévoyait de s’en servir.
    — C’est à dire ?
    — Ne la condamnez pas parce qu’elle a le Don. Ne l’obligez pas à le pratiquer.
    — Pourquoi voudrions-nous profiter de votre sœur ?
    — Parce que c’est ce que tout le monde fait. Carol et même Jane ont le Don, mais il est loin d’avoir la puissance de celui de Kaly.
    — Kaly c’est le surnom de votre sœur ?
    — Oui et elle en a horreur. J’employais ce diminutif lorsqu’elle était enfant et que nous traînions dans les conduits de ventilation du Cloître. Cela la mettait en colère et elle arrêtait de flâner. Ainsi nous étions à l’heure pour l’appel.
    — Bien mademoiselle Davenport, nous en avons fini pour le moment. Je tiens à vous prévenir qu’il y a aura un deuxième interrogatoire…
    — Je vous ai tout dit, je vous assure ! s’exclame Ethna dont la peur vient d’envahir l’estomac.
    — J’en suis certain. Cependant, la deuxième session a un rôle plus officiel. C’est aussi à ce moment-là que nous vous préciserons ce que nous avons décidé de faire.
    — Il faut attendre longtemps ? ose timidement la Préceptrice.
    — Non, je ne pense pas. Vous serez fixée demain.
    — Merci. »
    
    Le contre-amiral Dieter Jansen se lève suivi de la prisonnière. Il lui remet les menottes aux chevilles et aux poignets avant de la faire avancer vers la sortie.
    
    
oOo

    
    La Préceptrice se met à éternuer violemment expulsant à son insu les senseurs de vérité de Mikel. Une quinte de toux plus tard, Ethna avance lentement dans le couloir.
    Elle emprunte une nouvelle fois le monte-charge, encadrée de deux soldats. La jeune femme a des chatouilles au creux du ventre dues à la vitesse avec laquelle l’ascenseur descend. Elle ne peut s’empêcher de retenir un petit cri. Elle adore cette sensation.
    
    À nouveau enfermée dans sa cellule, elle refait le tour des lieux. Une chose la comble, Ethna a son propre lit et un semblant d’intimité pour se laver. Elle passe au coin d’eau et se débarbouille avant de s’allonger.
    L’aînée des Davenport s’endort tranquillement, un mot raisonnant dans son esprit : « mademoiselle ». Il est porteur d’espoir, celui qu’ici elle sera traitée comme une vraie personne.
    

Texte publié par Isabelle , 5 mai 2017 à 21h26
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