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Tome 1, Chapitre 25 « Entretiens compliqués » Tome 1, Chapitre 25
“Madame, avec tout le respect que je vous dois, le capitaine est-il au courant ?
    — Qu’il ne va pas repartir en mission d’un moment, vous voulez dire ?
    — Oui, répond la navigatrice Vargas oubliant le protocole.
    — Non, je vais lui expliquer la situation dans un moment navigatrice de première classe Vargas, répond la vice-amirale en insistant sur le grade.
    — Vous êtes courageuse ! Parce que je pense qu’il ne va pas bien le vivre du tout. Et vous, vous avez une idée de sa réaction ?
    
    Insiste Daniella, puis devant l’air sévère de Lauren Mac Ferson, la petite femme se reprend :
    
    “Pardon, Madame… Excusez ma curiosité.
    — Je comprends, vous êtes soucieuse pour votre capitaine. Comme vous, je suis certaine qu’il le prendra mal.
    — Hum…Et Marcel, Madame.
    — Le mécanicien-chef Gallo est très heureux d’être consigné à bord. Et il n’est pas au courant pour le capitaine, si c’était là votre question.
    — Waouh, il est passé chef, je suis contente pour lui. Au fait, la consigne de non-déplacement va durer longtemps ?
    — Six mois, peut-être plus.
    — Madame, veuillez excuser ma question mais… pourquoi ?”
    
    Cette question, la cheffe militaire l’attendait. Elle a géré l’entretien avec Vargas d’une manière totalement différente, la jeune femme n’ayant pas du tout le même caractère que le mécanicien. La vice-amirale a juste donné des informations d’ordre général et a signalé qu’ils seront consignés à bord. Elle préfère laisser la navigatrice faire le cheminement seule et poser les questions qui lui viennent à l’esprit.
    
    “Le capitaine, le mécanicien Gallo et vous-même avez fait cinq « prises » sur Terre ce qui n’est jamais arrivé. J’en ai donc référé à l’amiral en chef ainsi qu’au Directoire.
    — Mais...Ils...Ils ont dit quoi ? demande la navigatrice comprenant qu’il se trame quelque chose de sérieux.
    — Ils ont consulté tant les lois civiles que les lois martiales et toutes s’accordent sur ce point : toute personne faisant un prisonnier est responsable de celui-ci jusqu’à son procès...si procès il y a.
    — Mais là, vous me parlez des prisonniers inter-galactiques. Cela ne concerne que les Galactics et eux, ils ont une prison et un tribunal à bord du Canonnier !
    — C’est exact. D’où le côté peu ordinaire de cette affaire, car nous sommes en présence de terriennes, d’êtres humains tout comme comme vous et moi.
    — Et les indices ils donnent quoi ? Ce sont des militaires ? Des espionnes ?
    — Les premiers éléments de l’enquête nous laissent à penser qu’il n’y aura pas d’action en justice. Ce sont des civiles, victimes du Pouvoir Central qui, tout comme nos ancêtres, ont voulu fuir la planète bleue.
    — Et vous pensez en faire quoi de ces nanas ?
    — Je crois que nous allons opter pour une intégration si les interrogatoires secondaires sont concluants. De ce fait, vous serez tous les trois responsables de vos prisonnières jusqu’à ce qu’elles fassent intégralement partie de l’Arche.
    — Vous pensez qu’il faudra plus de six mois de détention, Madame ?
    — Disons que l’un des éléments me semble délicat à gérer. Donc, je ne sais pas, peut-être un peu plus de six…
    — Vous parlez de la numéro cinq, Madame ?
    — Exactement, mais c’est O’Commara qui l’a faite prisonnière, ce sera à lui de gérer le problème. Elle sera assignée à résidence dans son appartement et lui seul sera responsable de ses actes.”
    
    Ayant peur d’avoir compris, la navigatrice déglutit bruyamment. Elle se lève et se met à arpenter la grande pièce. Elle passe les mains dans ses cheveux et marmonne pour elle-même. La vice-amirale attend, elle sait que la jeune femme ne va pas tarder à lui poser la bonne question :
    
    “Madame, êtes-vous en train de me dire que je suis responsable des deux furies ? Vous plaisantez ? crie Daniella en se laissant violemment tomber dans un fauteuil.
    — Pas du tout. Marcel prendra soin des deux blessées…
    — Putain ! Il a vraiment le beau rôle ! Avec un peu de chance, elles vont mourir d’ici quelques jours, s’énerve la navigatrice.
    — Navigatrice Vargas, surveillez votre langage ! Je ne tolérerai plus aucune expression de ce genre !
    — Pardon, Madame, mais reconnaissez que c’est tout de même mieux deux mourantes que deux hystériques !
    — Je mettrai votre manque de tact et de délicatesse sur le compte d’une fatigue importante. J’espère que vous ne pensez pas un seul des mots que vous venez de dire et je souhaite ne plus jamais les réentendre.
    — Madame, veuillez m’excuser. Je suis désolée, grommelle la brunette.
    — Excuses acceptées. Autre chose qui vous resterait sur le cœur ? Allez-y, cette offre ne se reproduira pas.
    — Je trouve cela aberrant d’être ainsi liée à une personne, non à deux ! Je n’ai fait que mon devoir ! s’insurge la jeune femme qui ne décolère pas.
    — Souhaitez-vous connaître votre prime, navigatrice de première classe Vargas ?
    — Moui...Madame.
    — Vous êtes affectée à l’Agricole de façon définitive.
    — À quel titre ?
    — Second au poste de commandement.
    — Sérieusement ?
    — Oui, jeune fille, je ne suis pas une ingrate, je connais l’ampleur de votre sacrifice. De plus, vous serez créditée de cent gallons de Bay. Par contre, ils ne pourront pas être dépensés lors de parties de poker, contrairement à votre solde.”
    
    La vice-amirale sourit. Elle est satisfaite de son petit effet. La navigatrice réfléchit et en à peine trois minutes, elle a pris sa décision. Ses filles sont des harpies, mais elles sont aussi ses prisonnières. De ce fait, elle peut toujours les faire enfermer si la situation dégénère. D’un geste brusque, Daniella se débarrasse de sa veste et remonte sa manche gauche.
    
    “Le bras droit, navigatrice Vargas, insiste la vice-amirale.
    — Je suis gauchère et si comme je le suppose l’encre est tracée… Vous préfèrerez me tatouer à gauche.
    — Entendu, je ne vais pas vous contrarier pour si peu. Surtout que non seulement l’encre est traçable, mais en plus elle est infalsifiable. Il s’agit d’un tatouage de consentement militaire pas d’un crédit de Bay.”
    
    Tout en ravalant un rictus de mécontentement, réalisant qu’elle ne pourra contrefaire le dessin, mademoiselle Vargas se laisse marquer. Avec elle, ils sont maintenant deux à posséder ce tatouage unique en son genre. Daniella est la seule à ne pas pouvoir changer de grade, navigatrice est un aboutissement en soi. Elle le sait. Elle a mis un moment avant d’avoir toutes les qualifications requises et à vingt-six ans elle est l’une des seules femmes capable de diriger n’importe quel vaisseau vers n’importe quelle destination.
    
    Cette décision la satisfait, même si elle l’a acceptée à contre-cœur, préférant partager son appartement seulement avec son chat. La jeune femme aux cheveux courts ne veut pas quitter l’Agricole. Elle préfère rester ici où son chat était accepté et connu de tous. Cela peut sembler bizarre, mais il est sa seule famille. Ses parents sont des bureaucrates bien établis qui n’ont jamais compris son envie de voler. Ils ne l’ont jamais soutenue. La preuve, elle n’a même pas reçu d’holomessage de félicitations.
    Daniella ne désire qu’une chose : faire son métier en laissant le moins possible son chat seul. Ce sera dorénavant chose possible. Elle aura tout à loisir de profiter de Moustache et c’est bien le plus important.
    
    
oOo

    
    En ramenant ces vers, le capitaine de Corvette Patrick O’Commara ne pensait pas faire avancer sa carrière aussi vite. Il vient d’être nommé capitaine de Frégate. Bien sûr ses coéquipiers l’appelleront toujours capitaine, O’Commara ou “Patron”, cependant son grade est supérieur. Ses responsabilités et sa solde seront différentes.
    
    De plus, il vient d’apprendre qu’il sera en mesure d’intégrer l’académie en vue d’une spécialisation dans un peu plus de six mois. Il devrait rejoindre le Sextant pour janvier. Cela signifie qu’il pourra être promu colonel-navigant chez les Galactics dès l'obtention de son diplôme. De ce fait, il envisage de postuler pour l’examen de contre-amiral aussitôt ses preuves faites. Son avenir est tout tracé.
    S’il ajoute les deux cents gallons de Bay qui viennent d’engraisser son compte, Patrick O’Commara est un homme heureux.
    
    Pourtant, il est aussi inquiet. La vice-amirale vient de lui offrir un verre de bourbon de sa réserve personnelle. Le silence de la cheffe militaire a tendance à rendre le jeune homme nerveux. Il fait tourner le liquide ambre en se réjouissant de n’avoir plus jamais à faire son ménage, il a les moyens d’embaucher un nettoyeur. Il le fera venir une fois par semaine. Il trouve son fauteuil des plus confortable et se demande s’il ne s’en achètera pas un similaire.
    
    Lauren Mac Ferson, debout devant sa baie vitrée, vide d’un trait son verre et se retourne :
    
    “À tout cela, il y a tout de même une condition, capitaine.
    — Tout ce que vous voulez, Madame, répond Patrick détendu.
    — Méfiez-vous de vos propos, vous pourriez vite les regretter O’Commara.
    — Madame, je vous écoute, se reprend-t-il.
    — Vous êtes consigné à bord pour une durée d’environ six mois.
    — Pardon !”
    
    Tout en exclamant cet unique mot le capitaine s’est mis debout. Son teint est pâle. Il préfère poser le verre à-moitié  vide, incertain d’être capable de le garder en main. Il est furieux, mais arrive pour l’instant à se maîtriser tout en gardant le silence. Il suppose qu’une explication va suivre. Une telle injustice ne peut pas avoir lieu sans raison. La vice-amirale retourne s’asseoir derrière son bureau.
    
    “Capitaine, vous et votre équipe êtes responsables, au regard de la loi, des prisonnières que vous avez capturées. De prime abord, il semblerait qu’il s’agisse de civiles maltraitées par le Pouvoir Central et désireuses de s’évader. L’asile politique était la fonction première de ce vaisseau, nous ne pouvons pas fermer la porte à des êtres humains en détresse.
    — Quel rapport avec le fait que je sois cloué à bord ! Madame ! crache le capitaine hargneux.
    — Nous ne sommes pas non plus totalement confiants, le risque d’espionnage existe. Elles seront donc assignées à résidence pour une durée de six mois.
    — Madame ! Je reformule : pourquoi ne puis-je pas voler ?
    — Parce que vous êtes consigné à la surveillance de votre prisonnière et ce vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Nous n’allons sûrement pas lui donner l'opportunité de s’évader en montant à bord de l’une de nos navettes juste parce que vous ne pouvez pas suivre une ordre direct !” répond la vice-amirale excédée.
    
    Lauren Mac Ferson observe le jeune homme. S’il doit être irrespectueux, ce sera maintenant. Au lieu de s’énerver davantage, Patrick O’Commara serre les poings. La tension de sa peau est tellement importante que les cartilages et les vaisseaux des phalanges du pilote apparaissent nettement. Le capitaine serre la mâchoire et fronce son regard. Il est furieux.
    
    Il fait demi-tour à droite et se dirige vers le mur. Faisant sursauter sa responsable, il donne un violent coup de poing dans la paroi métallique. Il n’abîme rien, sa main exceptée. Il recommence une seconde, une troisième et enfin une quatrième fois. Sa main droite est bleu-violet. Ses phalanges proximales sont en sang.
    
    Le capitaine O’Commara revient s’asseoir à la place qui était la sienne quelques minutes auparavant. Il lève sa manche droite et tend son biceps à la vice-amirale. Elle le tatoue. Son tatouage est légèrement différent de celui de ses co-équipiers, le A est doré lui-aussi. Cela signifie que les six mois d’assignation à résidence passés, il peut prendre une affectation sur un autre vaisseau. Une fois la légère douleur évanouie, il saisit son verre et avale son contenu d’une traite. Puis d’une voix glaçante reprend :
    
    “Madame, je ne désire qu’une chose : servir l’Arche. Si les ordres sont de jouer au garde-chiourme, je ne discuterai pas.
    — J’avoue être surprise d’une aussi grande maturité de votre part, répond ironiquement Lauren Mac Ferson.
    — Me voilà donc transformé en nounou pour adolescente déséquilibrée, si j’ai bien compris Madame.
    — Capitaine O’Commara, laissez-moi à mon tour vous parler franchement. Votre équipage est de loin le plus égocentrique, le plus irresponsable et sûrement le plus arrogant que j’ai jamais eu sous mes ordres. Vous ne pensez qu’à votre avancement, Daniella ne souhaite surtout pas avoir de responsabilités et quant à Marcel c’est un retraité né. Alors, il me semble que toute cette histoire ne pourra vous faire que du bien !
    — Madame, nous avons des résultats, il me semble que c’est la seule responsabilité que nous ayons envers l’Arche !
    — Votre responsabilité ! Vous allez vous trouver face à vos responsabilités ! Cela vous fera peut-être un peu grandir. Voyez-vous, vous avez bien fait d’intervenir, car il me vient une idée ! ment visiblement la militaire.
    — Une de plus, Madame ! ironise à son tour le pilote à la limite de l’insubordination.
    — Pour ce trait d’esprit, votre prisonnière qui devait être logée dans le studio à côté du vôtre, résidera chez vous ! Ensuite, vous assisterez à tous les interrogatoires secondaires en compagnie du contre-amiral Jansen ou de moi-même ! Avez-vous d’autres questions à me poser, peut-être une suggestion ?
    — Non, Madame, se renfrogne le capitaine.
    — Je vous félicite pour votre mission et vous souhaite une bonne journée. Je vous revois dans deux heures pour le début des entrevues.”
    
    La vice-amiral Lauren Mac Ferson fait pivoter son fauteuil, tournant le dos au capitaine. Elle lui signifie ainsi que l’audience est terminée. Il suppose qu’elle masque par la même occasion ses larmes d’énervement.
    
    Le capitaine de Frégate Patrick O’Commara se dit qu’il a à peine le temps de boire plus que de raison. Sa cheffe lui a ordonné d’assister aux entretiens, pas de les mener. Elle ne lui a pas précisé, non plus, qu’il devait être sobre. Sur ce dernier point le jeune homme a des doutes. En moins de deux heures, il ne voit pas comment il pourrait être saoul. Cependant, il est prêt à y mettre de la bonne volonté.
    

Texte publié par Isabelle , 1er mars 2017 à 09h21
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