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Tome 1, Chapitre 24 « Débriefing facile » Tome 1, Chapitre 24
Seule dans son bureau, la vice-amirale Lauren Mac Ferson appréhende la suite des événements. Les premiers contacts avec les prisonnières ne se sont pas passés comme elle l’avait imaginé. Elles n’ont pas essayé de cacher la vérité. La numéro quatre a même accepté sans rechigner le sérum de vérité dès le premier interrogatoire. Certaines sont encore des enfants. En fait, la plus jeune semble être la plus mature et c’est ce qui perturbe la cheffe militaire.
    
    De plus, même si leurs capacités au combat sont impressionnantes, ce sont que des civiles. Rien dans l’histoire qu’elles racontent ne montre une quelconque hostilité vis-à-vis de l’Arche. Cependant, leur vision de la Résistance est faussée, car il s’agit uniquement de celle que le Pouvoir Central leur a donné. Pourtant, elles ne semblent pas dupes.
    
    Pour compliquer le tout, la vice-amirale a voulu suivre le protocole. Elle aurait dû être moins formaliste. Maintenant, elle va devoir annoncer à l’équipage de l’EP 200 la nouvelle. La grande femme au cheveux gris ôte ses lunettes et se frotte les yeux. Cela fait plus de dix-huit heures qu’elle n’a pas dormi. Elle expire fortement. Lauren Mac Ferson se lève et se sert un verre d’eau. Elle prend trois cachets des vitamines que lui a prescrites le Doc.
    
    Ses responsabilités sont importantes. La vice-amirale Mac Ferson est la troisième plus haut-gradée de l’Arche après l’Amiral et le vice-amiral du Sextant. Pourtant, elle a peur d’une simple entrevue avec les héros d’hier. Afin de se donner confiance, elle passe en revue chaque dossier bien qu’elle les connaisse déjà par cœur.
    Le mécanicien de seconde classe Gallo risque d’être ivre de joie. La navigatrice de première classe Vargas sera très probablement mécontente. Mais ce que Lauren Mac Ferson redoute le plus c’est la réaction du capitaine O’Commara.
    
    Elle espère quelque part au fond d’elle qu’il perdra son calme. Peut-être ira-t-il jusqu’à l’insubordination, ce qui pour être honnête, arrangerait bien la militaire. Elle pourrait ainsi le mettre aux arrêts et l’histoire serait réglée. Le pilote ne rechignera peut-être pas à participer aux seconds interrogatoires, se dit-elle. C’est plutôt l’annonce de sa nouvelle affectation qui risque de poser problème. Cela, elle en est presque sûre.
    
    Après s’être une nouvelle fois frotté le visage, elle enclenche son transpondeur. Il bourdonne dans son oreille. Deux petites tapes contre son conduit auditif externe plus tard, elle demande au contre-amiral Dieter Jansen de convoquer la petite équipe puis de passer dans son bureau.
    
    Le jeune homme arrive une vingtaine de minutes plus tard. Il salue puis prend place. Il s’assied en face au bureau de la vice-amirale :
    
    “Madame, comment souhaitez-vous procéder ?
    — Je n’en ai aucune idée, Jansen.”
    
    Comprenant qu’ils ne parlent pas de la même chose, le second reformule :
    
    “Madame, je voulais dire : comment souhaitez-vous procéder pour les interrogatoires ? Le débriefing de l’équipage appartient plutôt au contre-amiral Belfond.
    — Vous avez une idée ? interroge la cheffe militaire.
    — En fait, je pense que nous devrions commencer par la numéro quatre, elle me semble plus fragile que les autres.
    — Et ensuite ? interroge la responsable.
    — Nous continuons avec la numéro trois. La une et la deux sont encore un peu faibles pour être à nouveau interrogées, continue méthodiquement le contre-amiral.
    — Et la cinq ? Que comptez-vous en faire ? Je crois qu’il n’y a plus aucun de vos hommes qui veuille l’approcher, dit la vice-amirale en souriant.
    — Si au moins elle était hystérique, nous pourrions abuser des médicaments. Mais Doc s’y refuse. Elle est trop calme.
    — Elle en a mordu beaucoup ?
    — Trois, Madame.
    — A-t-elle mangé ?
    — Rien. Elle boit de l’eau et passe son temps à se laver...sans savon ! se désespère Dieter Jansen.
    — Qu’en pense le Doc ?
    — Il m’a expliqué que c’est un cas rare d’haptophobie. Deux autres seraient atteintes, mais dans une moindre mesure.
    — De quoi ?
    — D’haptophobie : la peur d’être touché. Ly pense que le fait de s’être enfermées avec les Vernicula Albinica Mundi a crée chez elles une peur panique de tout contact. Ce qui explique pourquoi la cinq a hurlé avec autant de forces lorsque le mécanicien de deuxième classe Gallo l’a retenue.
    — Et O’Commara ? Nous avons bien vu qu’il a pu la soigner, interroge pensive la viceamirale.
    — Madame, Doc pense qu’elle a créé un lien avec lui, mais il ne sait ni pourquoi ni comment ? Il suppose que c’est parce que c’est la première personne qu’elle a vue. Il est indispensable qu’il soit présent lors de la seconde session de questions.
    — Bien, ce n’est pas gagné ! Parce qu’avec la nouvelle que j’ai à lui annoncer... J’ai bien peur qu’il n’en fasse qu’à sa tête.
    — Vous allez commencer par lui ?
    — Non, je garde le meilleur pour la fin. Je vais tout d’abord entreprendre Gallo et Vargas. Je verrai bien comment passe la pilule. En fonction de leur réaction, j’adapterai mon discours pour O’Commara.
    — Parfois il faut plus de courage pour assumer ses actions quotidiennes que pour faire des actes héroïques, Madame.
    — Je ne vous connaissais pas tant philosophe Jansen, sourit la vice-amirale.
    — Ce n’est pas de moi, Madame. C’est ma mère, elle a plein de petites phrases comme ça. Il y en a une pour chaque occasion.
    — Et saurait-elle quoi dire à un oiseau que l’on va clouer au sol ?
    — Elle non, mais vous oui, j’en suis sûr !
    — Je vous remercie de votre confiance, Jansen. Bon courage avec la numéro quatre. Je me demande quelles atrocités elle va encore vous raconter.
    — Le pire, c’est qu’elle dit la vérité… Je préfère et de loin les criminels, Madame, répond Dieter Jansen appréhendant l’interview.
    — Bon courage, contre-amiral Jansen.
    — Vous aussi, Madame.”
    
    Le jeune homme frotte son menton barbu. Il sort en s’interrogeant : comment il va pouvoir découvrir la véritable histoire de ces cinq filles ? Lui ont-elles déjà tout avoué ? Ce qu’il a déjà entendu, le met mal à l’aise. Pourtant, il est certain que la numéro quatre cache davantage de maltraitances que les autres.
    
    Déterminé à connaître la vérité, il avance dans le couloir en direction de la salle d’interrogatoire où l’attend la prisonnière.
    
    
oOo

    
    Assis à côté de Vargas, Marcel patiente, regardant Patrick O’Commara faire les cent pas tel un lion en cage. Il s’est confortablement calé dans le petit fauteuil mis à sa disposition. Étant le moins gradé, il sait qu’il passera en troisième position. Belfond va lui donner sa nouvelle affectation, il espère seulement que sa prime couvrira son futur séjour au Havre de Paix. Il soupire en rêvant à une retraite bien méritée.
    
    Alors qu’il joue avec un bouton de son uniforme le mécanicien entend son nom. Il sursaute et tourne la tête de droite à gauche. La voix de la vice-amirale résonne un fois de plus dans le couloir, le faisant bondir.
    
    Il tire les pans de sa veste machinalement, voulant avoir une allure impeccable. Il avance un peu plus loin dans le couloir et fait une demande d’accès au bureau de la cheffe militaire. La porte s’ouvre immédiatement.
    Il s’engouffre dans le grand bureau. La haut-gradée se tient debout. Il toussote, elle se retourne.
    
    “Mécanicien de seconde classe Gallo, je vous en prie asseyez-vous.
    — Madame, après vous, répond respectueusement le mécanicien.
    — Bien, maintenant que nous voilà installés, permettez que je vous appelle Marcel.
    — Madame, je vous ai connue simple pilote. Ce serait pour moi un honneur que vous usiez de mon prénom.
    — Contente de vous voir si bien disposé. J’ai...disons que j’ai...Voilà, cela n’était encore jamais arrivé que nous fassions des prisonniers terriens. En l'occurrence des prisonnières. J’ai donc suivi le protocole que m’a communiqué l’amiral et le Directoire en réponse à ma question.
    — Votre question ? Si je puis me permettre, quelle question, Madame ?
    — Que faire des prisonnières ? Quel statut leur donner s’il s’avère qu’elles sont bien des terriennes ? Que faire si elles n’appartiennent pas au Pouvoir Central ?
    — Oh! Ces questions-là ! s’exclame Marcel en ouvrant grand les yeux. Et alors ?
    — Alors les premiers interrogatoires tendent à montrer qu’il s’agit de victimes du Pouvoir Central, des civiles...et de vraies terriennes...comme nous.
    — Ah ! J’imagine que cela complique les choses.
    — C’est peu de le dire, répond en soupirant la vice-amirale.
    — Et donc ? Quel rapport avec moi ? Et pourquoi m’avoir reçu le premier ? s’autorise à demander le mécanicien.
    — Marcel, je vous reçois le premier parce que vous êtes le plus ancien et aussi le plus raisonnable.
    — Madame, avec tout le respect que je vous dois, venons-en au fait !” s’inquiète Marcel.
    
    La vice-amirale tapote de son index le coin de son bureau. Elle doit faire les choses correctement. Aussi commence-t-elle à remercier le mécanicien pour son travail. Elle reprend ensuite point par point les différentes manœuvres effectuées et consignées dans la mémoire de bord. Il n’y a aucun doute, elle fait traîner les choses. Pourtant, le plus naturellement du monde elle enchaîne avec les conséquences de leur mission.
    
    “Bien pour conclure cet entretien parlons de votre prime, car c’est bien cela qui nous motive. Comme disent bons nombres de nos alliés nous sommes des pirates doublés de marchands, nous attendons toujours une contrepartie à nos actes, dit-elle en souriant.
    — Et donc, ma prime ? s’amuse à demander Marcel.
    — Vous obtenez la contrepartie de cent gallons de Bay.
    — Hum... Madame, j’ai aucune idée de ce que cela fait. Vous pensez que j’en ai assez pour partir à la retraite ? Je voudrais faire une demande pour le Havre de Paix.
    — Marcel...Vous ne pouvez pas partir à la retraite. Vous avez été promu, vous êtes mécanicien-chef.
    — Mais…
    — Ce n’est pas tout. Dorénavant vous êtes affecté à la surveillance de vos « prises ». L’appartement à côté du vôtre sera libéré. Dès qu’elles seront sur pieds les prisonnières une et deux viendront emménager. Elles se nomment...Ah voilà : Carol et Kaïla Jonhson. Il s’agit d’une mère et de sa fille.”
    
    Les yeux du vieux militaire s’arrondissent. Il ne part pas à la retraite et deux femmes vont entrer dans sa vie. Il est totalement déboussolé, mais content sans savoir pourquoi.
    
    “Mais comment puis-je être responsable de leur vie ?
    — Non, vous serez en charge de leur sécurité. Elles sont assignées à résidence et par conséquent vous êtes consigné à bord de l’Agricole. Vous devez vous assurer qu’elles ne sont pas dangereuses ni pour elles ni pour nous.
    — Je suis payé comme mécanicien-chef et je reste à bord. Je ne pars plus en mission ?
    — Presque. Un nouveau programme va voir le jour. Vous formerez les mécaniciens des Galactics à appréhender le genre de manœuvres que vous avez faites lors de votre dernière mission.
    — Et je vole plus ? redemande Marcel ahuri.
    — Exactement !
    — Et je surveille ces deux bonnes-femmes ? continue-t-il sur le même ton.
    — Carol et Kaïla Jonhson. Elle seront sous votre responsabilité le temps de leur assignation à résidence.
    — Longtemps ?
    — Six mois ! Au minimum.
    — Mais après je reste mécano sur l’Agricole sans plus repartir ? questionne une fois de plus incrédule le mécanicien.
    — Marcel, vous ne ferez plus jamais de missions, mais vous ne pourrez jamais partir de l’Agricole.
    — Je signe où ?”
    
    La vice-amirale souffle un moment. En voilà un qui est d’accord, elle a cru que même le vieux Gallo allait lui faire des problèmes. Il faut bien avouer que son éloquence habituelle lui a franchement fait défaut. Elle doit se ressaisir avant d’aborder la question avec Vargas et pire avant que O’Commara ne lui cause de vrais problèmes.
    
    Marcel Galo attend.
    
    Lauren Mac Ferson revient sur les modalités de la détention des prisonnières. Elle explique que les seconds interrogatoires ne sont pas encore passés. Il faudra l’accord final de l’amiral et du Directoire, mais pour l’instant tout semble en bonne voie. Elle sort de son tiroir un tampon de consentement.
    
    Le mécanicien n’a jamais été tatoué, il était trop insignifiant pour cela. Il n’a même jamais été fiancé, donc pas de tatouage d’engagement non plus. Il appréhende la douleur. Le passionné d’orchidées ôte sa veste et remonte sa manche droite. Le contact avec la petite pièce ronde et froide ne dure que quelques secondes.
    Il a maintenant un A majuscule vert entouré de deux palmes et surmonté d’une étoile dorée tatoués sur le haut du biceps droit. Le A signifie une affectation définitive à l’Agricole. Les palmes donnent pour information qu’il y a reçu les honneurs. Enfin l’étoile le catégorise comme l’un des héros de l’histoire de l’Arche. Ils sont très peu à recevoir cette distinction. En fait, ils sont seulement trois.
    
    Le mécanicien chef Gallo n’a pas eu mal. Il promet de garder confidentielle cette entrevue et se lève. Il n’a plus qu’une envie : aller boire un verre avec Franz Meyer et annoncer à ses “petites chéries” qu’il restera auprès d’elles pour très longtemps.
    

Texte publié par Isabelle , 28 février 2017 à 21h26
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