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Tome 1, Chapitre 23 « Docteur ly » Tome 1, Chapitre 23
Trois hourras exclamés avec ferveur par des centaines de voix à l’unisson, l’Agricole n’a jamais connu cela. Il n’a jamais eu de héros, contrairement à ses illustres congénères que sont le Sextant ou le Canonnier. De plus, O’Commara et Gallo sont des natifs du gros vaisseau. Vargas y est en poste depuis sa première affectation. Elle y a même fait ses classes préparatoires avant de partir pour l’académie. Autant dire qu’elle appartient aux murs.
    
    Ils viennent de rentrer dans l’histoire de la Résistance. La société de l’Arche valorise surtout les héros ordinaires qui ont œuvré pour la communauté. La petite équipe bien que couverte de gloire doit tout de même se plier au protocole. La vice-amirale est plus stricte que d’habitude, ne voulant rien laisser au hasard.
    
    Alors qu’ils sont en train de boire une coupe de vin pétillant, abasourdis par tous les mercis et autres félicitations, les coéquipiers de l’EP 200 sont pris en aparté par un homme. De taille moyenne, aux yeux en amande et à la peau olivâtre, il est le médecin-chef du bord. Le docteur Ly Maxwel a une cinquantaine d’années. Il est discret et respecté. Aussi lorsqu’il désire s’entretenir en privé avec les membres du petit transporteur, tout le monde s’éloigne le plus naturellement.
    
    « Bien, vous dire que vous êtes des héros serait redondant, tout comme vous donner une tape dans le dos. Par contre, je vais vous faire un bilan de santé aux petits oignons.
    — Maintenant ? demande le capitaine O’Commara.
    — Oui, pourquoi ? Un problème ?
    — Je suis fatigué de tout ça et j’espérais un peu de temps pour moi, continue le militaire.
    — Raison de plus, je vais commencer par toi ! » s’exclame le médecin content de son effet.
    
    Marcel et Daniella ne rechignent pas. Eux-aussi trouvent que leur chef est bizarre. Un bilan de santé semble une bonne idée. La navigatrice donne une tape amicale à Patrick ; il se dégage brusquement.
    
     « Tiens, son vrai caractère serait-il de retour ! » pense-t-elle, amusée.
    
    Le Doc fait un salut de loin à l’amiral ainsi qu’à Lauren Mac Ferson. Les deux hauts gradés échangent un regard entendu et répondent par un hochement de tête affirmatif. Durant le trajet à pieds jusqu’à l’hôpital aucun mot n’est prononcé. Le cou enfoncé dans les épaules le pilote semble plus que contrarié. Le mécanicien interroge sa collègue d’un mouvement de menton. Elle lui réplique en haussant les sourcils. Aucun d’eux ne reconnaît le comportement du jeune homme.
    
    Ly fait patienter un instant l’équipage dans la salle d’attente de son bureau. Il se change, quittant son uniforme de célébration. Le médecin appelle ensuite Patrick O’Commara et le fait passer dans sa pièce d’examen.
    Là, un cube de verre, à l’intérieur duquel un brancard trône entouré de moniteurs, occupe plus de la moitié de l’espace. Le capitaine connaît la procédure. Il entre dans la boîte et se déshabille totalement. Entre temps, les vitres se sont opacifiées, lui laissant un peu d’intimité. Il s’allonge sur la couchette. Une fois en place, la voix du médecin se fait entendre :
    
    « En route, mauvaise troupe !
    — Doc, vous pourriez changer un peu vos blagues ?
    — Et manquer une de tes remarques ! Penses-tu, je serais trop triste !
    — C’est quoi ces sondes qui montent le long de mes jambes ?
    — C’est nouveau, l’asticot !
    — Doc, je vais finir par porter plainte ! s’exaspère Patrick.
    — Pas la peine, j’ai fini en moins de cinq minutes. Tu vois c’était tout de même pas le Grand Bassin à boire. »
    
    Le pilote se rhabille. Il sort du cube et s’assied face au bureau du docteur Maxwell. Ce dernier étudie les courbes des bio-rythmes et contrôle les analyses de sang. Il relève la tête, il a perdu toute envie de rire.
    
    « Quelque chose de particulier à signaler ? »
    
    Le capitaine O’Commara sait que le médecin a largement eu le temps de visualiser et d’analyser toutes les données transmises par sa combinaison de vol. Lui mentir ne servirait à rien, surtout que l’homme est discret et ne dira mot à l’amirauté sauf si c’est vraiment grave.
    
    « J’ai... je me... je me suis endormi, finit par avouer le capitaine.
    — Patrick, tu as le droit de dormir en mission... donc... cette sieste, qu’avait-elle de particulier.
    — OK, j’ai... j’ai touché une des prisonnières. »
    
    Devant le sourire du médecin, le pilote s’empresse d’ajouter.
    
    « Pour la contenir, Doc. Pour la contenir…
    — Et ?
    — Et ensuite, je me suis senti épuisé, se souvient le capitaine
    — Cette fatigue a-t-elle duré longtemps ?
    — Je n’ai pas vraiment prêté attention, par contre après la douche… Celle juste avant l’atterrissage, je pétais le feu. Enfin... vu les circonstances. Pourquoi Doc, j’ai un truc qui cloche ?
    — Non, tu es en pleine forme. Ce qui est surprenant c’est qu’au moment où tu t’es senti fatigué, le relevé sanguin me révèle que ta vitesse de sédimentation a augmenté, s’interroge le praticien.
    — C’est quoi ? La vitesse de sédimentation...
    — En clair, je soupçonne que tu as fait une crise de rhumatisme. »
    
    En le disant à haute voix, le médecin ne peut s’empêcher de rire. Patrick O’Commara le suit dans son délire et les deux hommes ont beaucoup de mal à se calmer. Le praticien reprend ses esprits le premier :
    
    « Je suppose que tu avais trop pissé dans ta combinaison, il a dû y avoir une erreur. Cependant, je veux quand même te revoir la semaine prochaine, même jour, même heure et... pas de, mais.
    — Entendu Doc, je serai là. De toute façon, je ne comptais pas repartir de suite.
    — Bien alors à lundi. »
    
    Patrick O’Commara quitte le bureau du médecin après un salut de rigueur. Resté seul, Ly Maxwell s’interroge. Il s’est passé quelque chose de bizarre durant cette mission. Il ne sait pas encore quoi, mais il doit en avoir le cœur net. Il commande l’ouverture de la porte et invite Marcel à entrer.
    
    Suivant une méthodologie identique, il effectue un bilan complet. Lorsque Marcel s’assied face à lui, le médecin est dubitatif. Son patient est atteint d’arthrite congénitale, la seule présente à bord de l’Arche. Au total, quelques centaines de personnes sont touchées. L’office de santé ne dénombre pas plus d’un cas ou deux par an et encore les années « fastes ».
    
    Le praticien demande au mécanicien d’effectuer certains mouvements qu’il y a dix-huit jours à peine, il ne pouvait pas faire. Si ses épaules et ses genoux sont toujours douloureux, ses doigts et ses poignets sont en rémissions. L’amélioration, bien que légère, existe. Ly Maxwell frotte vivement son sourcil droit de son pouce gauche.
    
    « Marcel, quelque chose de particulier à signaler ?
    — À part que j’ai des mains agiles comme celle d’un pianiste ?
    — Hum... Oui à part ça, » rit le médecin.
    
    Le praticien sait d’expérience qu’il ne sert à rien de forcer Marcel. Il a raison.
    
    L’homme, du même âge que lui, a besoin de réfléchir. Il se demande ce qu’il va faire. Il ne pourra garder, pour lui, ses suppositions trop longtemps. Le mécanicien a alors une pensée pour Patrick. Il est sûr que son responsable a dit la vérité, peu importe les conséquences. Le jeune homme a bien des défauts, mais il est foncièrement honnête et respecte la hiérarchie. Monsieur Gallo sent qu’il doit faire de même.
    
    « Doc, j’ai touché une fille…
     — C’est une blague ! »
    
    S’étrangle Maxwell qui ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec la déclaration du capitaine quelques minutes plus tôt. Marcel comprend qu’il a bien fait de dire la vérité. Il n’aurait pas voulu se mettre en porte-à-faux vis-à-vis de son supérieur direct. Le médecin lui fait signe de continuer.
    
    « La prisonnière numéro cinq a été particulièrement difficile à maîtriser. Lorsque le capitaine était sur le point de la menotter, je lui ai donné un coup de main. J’ai attrapé la fille par les poignets et elle s’est mise instantanément à hurler. Plus elle criait plus c’était facile de la tenir, mes doigts me faisant de moins en moins mal.
    — Tu crois que cette détenue fait des miracles ? s’interroge le praticien.
    — Non, je pense que ces femmes sont singulières. Je n’ai jamais rencontré des personnes aussi fragiles dégager une telle force. Il faut... vous... vous devez les protéger. Quand vous les aurez vus... vous comprendrez.
    — Marcel, tu sembles bouleversé. Que s’est-il passé ? s’inquiète le docteur Maxwell.
    — Vous les avez vues, blotties l’une contre l’autre ? demande Marcel songeur.
    — Non, j’ai simplement opéré la plus jeune des deux.
    — Elle va bien ?
    — Elle devrait survivre, répond le médecin sortant de la réserve que lui impose sa fonction.
    — Hum... Regardez les vidéos attentivement Doc, vous comprendrez. Je suis certain que d’une seule chose : il faut être sacrément désespérées pour s’enfermer vivantes avec des vers actifs dans un cercueil. »
    
    Ly Maxwell fixe le vide. Il n’avait pas réalisé que les prisonnières étaient déjà retenues en compagnie des vers, bien avant que la petite équipe ne vole les caissons de V.A.M. Il laisse le mécanicien s’en aller non sans lui avoir donné un rendez-vous pour la semaine suivante.
    
    Le praticien réfléchit. Il n’a jamais entendu parler de transfert de maladie ou encore de personne capable de guérir autrui. Pourtant, il est diplômé en médecine pour différentes espèces dispersées à travers plusieurs galaxies.
    
    Une demande d’accès interrompt sa réflexion. La navigatrice Vargas souhaiterait effectuer son bilan de contrôle. Elle commence à être épuisée. Ly Maxwell pratique l’examen de routine et lui pose quelques questions. Daniella a le même état de santé que lors de son départ. Hormis une formule sanguine un peu faible à cause des rayonnements cosmiques et une grande fatigue, elle va bien.
    
    Le médecin lui prescrit du repos et des cachets détoxiquants. Par principe, il la recevra la semaine suivante afin de ne pas faire de différence avec ses deux collègues masculins.
    
    
oOo

    
    Patrick O’Commara jouit rarement de son balcon. Pourtant, cela fait deux jours qu’il profite du calme de sa petite terrasse afin de boire une bière tranquillement. Torse nu, une serviette nouée autour de la taille, il attire les regards. Il a l’habitude. Beaucoup de filles aiment les mauvais garçons. Les militaires ne font pas exception. Deux fenêtres plus loin, ses voisines se sont donné le mot et se penchent outrancièrement afin de lui faire comprendre clairement leurs intentions.
    
    Pas moyen de finir sa mousse tranquille. Il rentre et jette la bouteille au milieu des autres cadavres de verre dans l’évier. Son appartement est en train de se transformer en porcherie. Il fera appel à un service spécialisé, tant pis pour le prix. Ouvrant ses placards, il se rend compte qu’il a fini les crackers lors de son arrivée.
    
    Il ne lui reste qu’une boîte de salade de pommes de terre aux harengs marinés. Pour le petit-déjeuner, c’est peu adapté. Qu’à cela ne tienne, il appuie sur le bouton de mise en condition et ouvre la conserve. Le plat est fumant. Il cherche des couverts et trouve une petite cuillère. Il passe au salon et observe Saturne.
    
    Patrick attend sa convocation au débriefing. Cela tarde à son goût. Réfléchissant un instant, il se rassure en se disant qu’ils sont rentrés depuis moins de vingt-quatre heures. Interrompant sa collation matinale, son télécommunicateur s’allume. Il laisse apercevoir le visage du contre-amiral Jansen. Le pilote répond prestement :
    
    « Contre-amiral, mes respects !
    — Repos capitaine. C’est de la salade de harengs ? demande l’officier voyant la boîte dans la main de son subordonné.
    — Oui, monsieur, c’est que…
    — Pas de souci O’Commara, vous mangez ce que vous voulez pour le petit-déj. Pensez seulement que c’est moi qui vais respirer votre haleine. Nous vous attendons dans une heure. Prévoyez de rester avec nous un moment.
    — Entendu contre-amiral Jansen. J’arrive de suite et…
    — O’Commara, passez un pantalon, sourit le haut gradé.
    — Heu... oui monsieur ! »
    
    Le jeune homme se précipite dans la salle de bain. Il se douche, se rase et n’oublie pas de se laver abondamment les dents. Il enfile son uniforme régulier, celui de tous les jours, et sort d’un pas pressé.
    
    
oOo

    
    Daniella a bien dormi. Elle se réveille sans aucune pensée parasite et profite de la matinée pour se faire un énorme petit-déjeuner. Moustache la suit partout, manquant même de la faire tomber. Pourtant, il refuse aujourd’hui toute caresse lui montrant ainsi son mécontentement d’avoir été abandonné si longtemps.
    
    La jeune femme est douchée, coiffée et légèrement maquillée. Elle emballe les crêpes et le bacon qu’il lui reste de son repas matinal lorsque son télécommunicateur retentit. Elle répond dans la seconde au contre-amiral Jansen et lui explique qu’elle peut être là dans dix minutes. Le rendez-vous est pris.
    
    La jeune femme fait le tour de l’appartement d’un seul regard. Il lui reste un peu de ménage à faire, mais rien d’urgent. Elle finit par croiser le motif de sa recherche et le coince avant qu’il ne se glisse sous le sofa. Elle fait un câlin à son chat. Le félin se laisse faire ne pouvant résister à un tel accès de tendresse : il ronronne.
    
    La navigatrice Vargas sort, se disant qu’elle passera faire ses courses après le débriefing. Même si le chef de la sécurité intérieure lui a expliqué qu’ils en ont pour longtemps, il est à peine onze heures et le quartier des artisans ferme à dix-huit heures.
    
    
oOo

    
    Marcel regarde la bouillie infâme que son automate de cuisine lui a servie. Il était noté porridge. Le mécanicien se demande si ce liquide marron et visqueux a vu un jour la couleur du lait ou des flocons d’avoine.
    
    Il s’installe face à ses « petites chéries » et mange. « Surtout ne pas réfléchir au goût ou à la consistance. » tel est son nouveau mantra. L’homme d’un certain âge a dormi bien plus que de coutume. Il a préféré commencer par une douche avant de prendre une collation.
    
    Après l’appel de l’amirauté, il se débarrasse du reste de « soupe » dans la poubelle. Il s’arrête devant la glace qui orne son entrée et sort un peigne du petit meuble situé en dessous. Une fois sa barbe bien en ordre, il jette un dernier regard à ses orchidées. Il expire, il espère que les choses seront moins difficiles qu’il ne le redoute.

Texte publié par Isabelle , 23 février 2017 à 08h17
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