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Tome 1, Chapitre 22 « Cérémonie » Tome 1, Chapitre 22
Comme à son habitude, Marcel donne un dernier coup de peigne à sa barbe avant de sortir de son appartement. Il jette un regard satisfait à sa collection d’orchidées et passe la porte. Il est prêt avant l’heure et ne va pas déroger à sa petite habitude. Il remonte la galerie et enclenche l’intercommunicateur afin d’avoir accès à la cabine de son capitaine.
    
    
oOo

    
    Patrick O’Commara se lève après avoir enduré pendant deux longues minutes le son strident de son réveil, voulant profiter encore un moment de la chaleur de son lit. En sortant de sa chambre, il attrape son uniforme et s’habille dans le salon. Il passe à la salle de bain et replace ses cheveux d’un geste de la main. Il est prêt. Il regarde sa montre. Au même moment, le deuxième classe Galo fait une demande d’accès. O’Commara s’amuse de ce rituel. Il ouvre la porte.
    
    Découvrant son capitaine en grand uniforme, le mécanicien lui fait un salut respectueux. Il a lui aussi mis le vêtement de couleur bleu marine où trônent ses galons ainsi que ses nombreuses médailles pour fait d’armes. Tout comme celles du pilote, ses bottes sont impeccables.
    
    Tous deux jettent un œil au fond du couloir. Marcel intervient :
    
    « Elle va être en retard. On fait quoi, patron ?
    — OK, le mécano rigolo, tu ne peux pas m’appeler capitaine. Juste pour aujourd’hui... Marcel, s’il te plaît ?
    — Capitaine, qu’est-ce qu’on fait pour Vargas ?
    — Comme d’habitude, rien. Si nous allons la chercher, nous serons tous les trois en retard. Au contraire, si nous avançons, nous pouvons toujours lui trouver une excuse.
    — Capitaine, vous devenez altruiste ?
    — Tu me vouvoies maintenant ?
    — Hum… Faut dire que j’ai l’impression d’avoir affaire à un inconnu…, rit le mécanicien.
    — OK, je n’en ai rien à faire, on y va ! »
    
    Répond Patrick O’Commara en avançant dans le corridor. Marcel, même s’il aime taquiner son supérieur, a été particulièrement surpris de sa première réponse. En temps normal, il n’aurait pas daigné lui parler et se serait contenté de tourner les talons.
    
    
oOo

    
    Daniella n’a pas mis de réveil, elle a oublié. Heureusement, l’instinct de Moustache le pousse à vouloir des caresses. Il piétine le visage de sa maîtresse en miaulant. La navigatrice sursaute. Elle prend cinq minutes dans la salle de bain et cinq minutes de plus pour finir de se préparer. Elle sort de chez elle en se dépêchant, terminant de boutonner son uniforme tout en remontant le couloir. Ses bottes ne brillent pas vraiment, mais qu’à cela ne tienne, elle les nettoiera avec sa manche dans l’ascenseur.
    
    Sa course lui permet de rejoindre à temps ses collègues qui attendent devant l’élévateur. Après avoir jeté un coup d’œil réprobateur à ses pieds, le pilote lui tend un mouchoir avant de lui faire un signe du menton. Daniella fixe Marcel, stupéfaite. Ce dernier hausse les épaules, lui non plus ne comprend pas.
    
    « Il est malade ? chuchote-t-elle en astiquant en vitesse son cou-de-pied droit.
    — J’en sais rien, mais c’est vrai qu’il est bizarre. »
    
    Marmonne le mécanicien dans sa barbe, en suivant Daniella et Patrick à l’intérieur de l’élévateur arrivé quelques secondes auparavant. Leur chef toussote et soupire. Il montre ainsi non seulement qu’il les entend, mais aussi qu’il réprouve leurs manières.
    
    
oOo

    
    La porte de l’ascenseur vient de s’ouvrir sur le niveau un. Seule la vice-amirale a ses quartiers ici, ils sont attenants au poste de commande. Son appartement est à la proue de l’Agricole. Les trois militaires prennent la direction opposée. Ils passent devant l’office de Franz Meyer.
    
    L’équipage est surpris, les couloirs sont aussi dénués de toute activité. En temps normal, les cérémonies de retour ont lieu dans le bureau de Lauren Mac Ferson et en petit comité. Il s’agit là de féliciter les patrouilleurs avant de faire un débriefing et d’envisager la prime qu’ils ont gagnée ou encore le nombre de jours de permission auxquels ils ont droit.
    
    Les trois membres du EP 200 comprennent bien qu’aujourd’hui c’est différent. Beaucoup d’officiers vont se déplacer pour les féliciter d’avoir réussi une mission aussi difficile. Mais tout de même, la salle d’apparat est immense. Elle ne sert que lors des célébrations de fin d’année, accueillant le grand dîner suivi du bal. À cette occasion, presque tous les passagers du gros vaisseau se réunissent pour fêter ensemble le Nouvel An.
    
    Le capitaine O’Commara, la navigatrice de première classe Vargas et le mécanicien de seconde classe Gallo patientent devant la porte de la grande salle. Un jeune enseigne leur a demandé d’attendre un instant : « Ordres de Madame la vice-amirale Lauren Mac Ferson », a-t-il ajouté. La chose est sérieuse : entre eux, les militaires n’emploient que très peu le nom complet de leur cheffe.
    
    Les trois coéquipiers se regardent. Ils ont des mines défaites et de gros cernes violets maquillent leurs yeux. Il leur tarde d’en avoir fini. Les doubles battants grincent un instant, laissant apercevoir l’intérieur. D’un même pas, ils entrent en silence. Au vu de ce qui les attend, ils ne seront pas couchés de sitôt. Malgré le repos qu’ils viennent de prendre, ils sont exténués.
    
    
oOo

    
    La vice-amirale ne porte que rarement son uniforme de cérémonie. Elle veut que tout soit parfait. En poste depuis trop longtemps, elle sait que le protocole a son utilité. Même s’il faut en user avec parcimonie, il a un rôle à jouer dans certaines circonstances. Aujourd’hui est un jour où le décorum doit être mis en avant. Un jour où, l’amiral se déplace en personne. Aujourd’hui, ils écrivent l’histoire de l’Arche et rien ne doit être négligé. Lauren Mac Ferson est fière, elle se tient droite et bombe le torse, elle ne va pas tarder à entrer en scène. Aujourd’hui est le jour de son succès au travers de celui de l’équipage de l’EP-200.
    
    Seule la garde de haute sécurité est d’astreinte. Le nombre d’hommes encadrant les prisonnières a été doublé. Une unité des Galactics ainsi que quatre EP 300 du Canonnier assurent la surveillance externe de l’Agricole. Penser à tout, voilà ce qu’a fait Lauren Mac Ferson, jusqu’à imaginer une riposte de la part de la Terre.
    
    Les uniformes de cérémonie sont bleu marine avec des galons blancs. Taillés près du corps, ils mettent en valeur les carrures athlétiques des nombreux pilotes. Les bottes montantes jusqu’aux genoux brillent. Les casquettes ont été placées sous le bras gauche de chaque soldat de l’armée de la Résistance présent à bord de l’Agricole. Ils sont presque tous là, figés dans une roideur protocolaire.
    
    Ils ne sont pas loin du millier. La vice-amirale Mac Ferson arrive. Le claquement des bottes résonne tandis que les militaires se mettent au garde-à-vous sur son passage. Ils sont face à elle, la félicitant pour la réussite de l’équipage du petit esquif. Sa réussite. Les contre-amiraux Janson, Belfond et Gwanga la suivent de peu. Lorsque l’amiral et son escorte entrent, ils saluent déjà tous. Rigides et immobiles, ils sont impressionnants.
    
    Sans un mot, le plus haut gradé de l’Arche leur répond d’un geste mécanique du bras. C’est le signal. Un jeune enseigne de vaisseau va ouvrir les doubles portes d’honneur. Derrière trois personnes attendent, elles semblent minuscules.
    
    
oOo

    
    L’équipage s’arrête après avoir passé les battants métalliques et présente le salut de rigueur. Personne ne bouge. Le capitaine O’Commara comprend alors qu’ils sont tous là pour eux. Son cœur s’emballe. La fatigue ? Le formalisme de la cérémonie ? Il baisse lentement son bras. Ses coéquipiers en font autant. D’une même démarche, ils avancent reconnaissables entre tous par cette singularité qui les distingue. La différence de taille entre le pilote et sa navigatrice est frappante, mais leurs pas cadencés et égaux les rendent semblables. Déterminés.
    
    La salle est pleine d’officiers, de jardiniers ou de simples soldats au garde-à-vous, saluant derechef à leur seul passage, ils sont tous à la perpendiculaire de l’estrade où attendent les gradés. Ils font pour le moment face aux héros. L’équipage du EP-200-302095-Mission Terre arrive enfin devant l’amiral, ce dernier leur tend une poignée de main chaleureuse et les félicite un à un pour leur excellent travail.
    
    Marcel ne trouve aucun trait d’humour à faire. Il a croisé le regard fier de nombreux collègues mécaniciens. Franz Meyer a les larmes aux yeux ; pour un homme aussi dur que lui, c’est révélateur. Il soutient son ami et lui exprime ainsi toute sa gratitude. Gallo a du mal à respirer, impressionné. Ses rhumatismes sont douloureux et se tenir droit est la dernière des choses qu’il a envie de faire.
    Daniella et son fichu caractère ne sont pas particulièrement aimés par les capitaines. Par contre, elle a de nombreux amis au sein des navigateurs. Ils se sont tous regroupés et lorsque son tour vient de serrer la main du chef militaire, ils se remettent tous spontanément au garde-à-vous, faisant ainsi s’éteindre les rictus de certains pilotes présents dans l’assistance. Le visage de Vargas s’illumine d’un sourire béat que personne ne lui connaît. Elle a les paumes moites et voudrait être ailleurs. Elle préfère le conflit aux cérémonies.
    Patrick O’Commara avance. Son cœur s’emballe. La fatigue ? Le formalisme de cette réception ? Il a déjà vu le haut-gradé une fois, lors de la remise de son diplôme à l’académie. L’homme n’a pas beaucoup changé. Il possède juste quelques mèches grises supplémentaires, parsemant de façon éparse sa chevelure. Le capitaine lui serre la main distant. Il écoute les battements anarchiques de son cœur résonner contre ses tympans. Ce lieu, ces gens, tout lui semble inconnu.
    
    L’amiral monte sur la petite estrade à leur droite et vient se placer derrière le pupitre. Tous les militaires présents font demi-tour à droite dans un claquement de bottes. Daniella en a des frisons, la scène est impressionnante.
    Restés sur le côté, les trois héros du jour ne comprennent pas vraiment ce qui se passe. La situation semble irréelle. Ils ont habité un peu plus d’un mois dans l’espace et survécu à un accident. Ils ont ramené des vers vivants et des prisonnières peu conventionnelles. Le laps de temps pour tout assimilé est trop court, ils sont fantomatiques.
    D’une voix claire et autoritaire, l’amiral prend enfin la parole :
    
    « Mesdames, Messieurs, Officiers, Sous-officiers et Soldats nous sommes ici aujourd’hui afin de rendre hommage à l’équipage de l’EP-200-302095-mission Terre. Ils ont réussi, là où, nombreux ont échoué. L’Arche reconnaissante vous remercie. Hourra !
    — HOURRA ! »
    Répondent en chœur les militaires présents. Le haut gradé descend et laisse sa place à Lauren Mac Ferson :
    « Madame, Messieurs, je vous félicite. Vous faites honneur à l’Agricole. La légende veut que seuls les meilleurs des meilleurs soient affectés à ce bâtiment. Aujourd’hui grâce à vous, ce n’est plus un rêve, c’est une réalité. Merci ! »
    Le silence qui suit ses paroles n’a rien de pesant, il est empli d’orgueil et de fierté partagés d’appartenir à ce vaisseau. La militaire reprend calme et posée :
    « Moi-même lorsque je n’étais encore qu’une jeune pilote, j’ai tenté de ramener des Vernicula Albanica Mundi. De l’échec j’ai appris l’humilité. Cela fait cent ans que nous essayons de renouveler notre cheptel ! Notre terre s’épuise et il ne nous reste que quatre femelles. Les vers vivent longtemps, mais pas éternellement, malheureusement. J’ai l’honneur de vous annoncer qu’une grande cargaison de V.A.M a rejoint l’Agricole ce matin à dix heures douze minutes, heure de l’Arche. »
    
    D’un regard appuyé au chef jardinier, elle demande l’autorisation de dévoiler la suite de son discours. Franz Meyer incline légèrement le menton en signe d’assentiment. Marcel Gallo n’a rien manqué de leur petit jeu. Il ne comprend pas pourquoi la vice-amirale a besoin de l’accord de son ami pour finir son explication. Il sait que le poste de chef jardinier est important, cependant il n’a aucune idée à quel point ce poste est décisif. Il écoute sa responsable reprendre :
    
    « Ces vers sont légèrement différents de ceux que nous avions découverts de façon fortuite, mais… ils sont en excellente santé et surtout très nombreux. Nous pouvons aujourd’hui espérer créer notre propre élevage ce qui nous mettrait à l’abri de toute pénurie alimentaire. »
    
    La salle ne peut retenir un murmure. Tous savent que l’exploit de l’équipage du EP 200 est grand, mais ils viennent de réaliser à quel point il est important. La vice-amirale laisse la foule se taire d’elle-même, puis reprend :
    
    « Madame, Messieurs, je vous remercie de votre pugnacité et de votre détermination. Nous n’oublierons pas que grâce à vous, nos terres seront rafraîchies et enrichies. Madame, Messieurs, merci pour le second souffle que vous avez donné à notre nation. Hourra pour les héros !
    — HOURRA ! HOURRA ! HOURRA ! répondent toutes les personnes présentes.
    — Et si nous laissions le vrai héros du jour, l’as du pilotage : le capitaine Patrick F. O’Commara nous dire quelques mots. Capitaine… »
    
    Patrick O’Commara regarde devant lui et ne voit qu’une multitude de taches de couleur. Les larmes lui montent aux yeux. Les perles chaudes ne demandent qu’à couler le long de ses joues, mais il est trop orgueilleux. Le pilote se retient et se fige. En temps normal, lorsqu’il est convoqué pour une cérémonie de retour, il explique simplement qu’il est le meilleur et qu’il a beaucoup travaillé. Il conclut sempiternellement par : « Cela n’a rien d’étonnant, vous m’avez confié une mission, j’ai réussi ».
    Mais aujourd’hui, le jeune homme ne trouve pas ses mots. La fatigue aidant, il a la tête emplie d’images. Il revoit ses parents lors de leur dernier départ. Sa gorge se serre et bien contre sa volonté les larmes mouillent abondamment ses yeux.
    Au milieu de tous ses souvenirs tristes, le visage de Kalena apparaît. Il visualise son calme avant la tempête du combat sans merci qu’elle lui a mené contre lui. Il se remémore de la douceur de sa peau et de son sourire alors qu’il découvrit qu’elle avait des côtes cassées. Tous attendent, suspendus à ses lèvres. Patrick O’Commara s’éclaircit la voix. Il a soudainement conscience que ses mots vont entrer dans l’Histoire :
    
    « Madame, les vrais héros ce sont ces hommes et ces femmes qui nous mettent dans les meilleures conditions pour faire correctement notre travail. Les véritables as du pilotage, ce sont mes deux homologues O’Brian et Morton qui ont su nous ramener à la maison. Les vrais héros sont ici à mes côtés, car ce sont leurs initiatives, leur sens du devoir et leur dévouement qui nous ont permis de réussir l’impossible. Madame la vice-amirale, en tant que pilotes nous pensons avoir plus de valeur que les autres. Mais nous devons prendre conscience qu’à bord de l’Arche, en particulier ici sur l’Agricole, nous sommes tous indispensables. Nous sommes tous des héros ! Et ce au quotidien. Merci. »
    
    Si Daniella et Marcel ont été impressionnés par l’accueil que l’amirauté leur a réservé, ils sont maintenant totalement stupéfaits. Ils ne sont pas les seuls. La vice-amirale Mac Ferson ouvre des yeux gigantesques, sujette à un immense étonnement. Le capitaine Ed Morton en laisse tomber sa casquette et son collègue Zack O’Brian n’arrive pas à refermer sa bouche.
    
    Une chose est certaine : ce discours est la plus grande surprise de la journée. La probabilité que l’équipage de l’EP 200 réussisse sa mission était supérieure à celle que le capitaine O’Commara ne fasse une telle intervention.
    

Texte publié par Isabelle , 3 février 2017 à 10h41
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