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Tome 1, Chapitre 20 « Appontage » Tome 1, Chapitre 20
À l’approche des premières poussières célestes mélangées de glaces qui forment les prémices des anneaux de Saturne, le capitaine O’Commara ralentit le vaisseau et enclenche les communications au même instant, sortant de l’hypertemps et du silence simultanément.
    L’EP-200 subit un effet « coup de fouet » violent, partant de droite à gauche de manière incontrôlée. Le pilote ne tente pas de redresser sa trajectoire, ce serait courir à une mort certaine. À la place, il préfère préparer leur arrivée avec la base :
    
    « Agricole…ici l’EP-200-302 095-mission Terre. Vous nous entendez ? »
    
    La seule réponse qu’ils ont pour l’instant est un immense silence. Le capitaine O’Commara et son équipage sont secoués en tous sens. Un son strident traverse l’habitacle de la petite cabine et soudain la vice-amirale :
    
    « EP-200-302095-mission Terre, contente de vous entendre.
    — L’Agricole… Nous avons un problème ! s’empresse de dire le pilote voulant aller à l’essentiel.
    — Quel genre d’ennuis avez-vous ? répond une voix métallique correspondant à sa supérieure.
    — Nous allons être en rade de Bay. Il nous reste moins d’un quart d’unité hypertemps, Madame.
    — Entendu… Chasseurs au départ, manœuvre d’accostage aux grappins… EP-200-mission Terre, compris ?
    — Compris ! Madame.
    — Sauvetage enclenché dans quatre minutes vingt-trois secondes. Compris !
    — Compris ! Merci l’Agricole. Contents de vous entendre nous aussi, Madame. »
    
    Malgré les nombreuses turbulences, la tension présente précédemment dans la cabine de pilotage a disparu. Les membres de la petite équipe attendent le décompte. Le capitaine a en visuel les deux chasseurs venus à leur rencontre. Ils ressemblent à des boules à facettes et laissent dans leur sillage une traînée rouge scintillante. Il pose les paumes sur les commandes et ordonne à Daniella de passer en mode manuel total.
    
    Les vibrations se propagent dans tout son corps. Patrick O’Commara doit faire appel à toute sa force et sa détermination pour maintenir plus ou moins l’EP-200 stable. Il lutte afin que l’esquif ne se retourne pas. La vice-amirale se fait à nouveau entendre :
    
    « EP-200-302095-mission Terre, Agricole. En place ?
    — Commandes manuelles totales, répond le capitaine.
    — Alpha un et deux, en position ? demande Lauren Mac Ferson.
    — Alpha un, localisation verrouillée.
    — Alpha deux, position verrouillée. »
    
    Scandent successivement les pilotes des deux petits engins.
    
    « À mon décompte…, reprend la cheffe militaire. Dans : trois... deux... personne ne bouge... un... Appontage ! »
    Au même moment, un bruit lourd et métallique se fait entendre. Bloquant net l’avancée de l’EP-200, les grappins se sont fixés sur le toit de la carlingue. Patrick O’Commara coupe dans l’instant les moteurs et répond à sa responsable :
    
    « Accostage effectué sans problèmes, Madame.
    — Appontage OK, Madame ! signalent d’une même voix les pilotes des chasseurs.
    — Bienvenu EP-200- 302 095-mission Terre, contente de vous compter à nouveau parmi nous.
    — Merci à vous, Madame, d’être venue nous chercher.
    — Vous devez surtout une fière chandelle à Morton et O’Brian ! »
    
    Explique, moqueuse, la vice-amirale Mac Ferson, sachant qu’il s’agit des deux autres meilleurs pilotes de l’Agricole. Tout comme O’Commara, ils rêvent d’intégrer les Galactics. Cela donne lieu à une petite guerre amusante pour leur cheffe. Elle reprend en ayant du mal à ne pas rire :
    
    « Pas trop déçu O’Commara ?
    — Non, Madame, je préfère leur devoir un scotch plutôt que de nous transformer mon équipage, ma cargaison et moi-même en objets dérivants, annonce le capitaine amusé de son effet de surprise.
    — Nous avons un peu moins d’une demi-heure avant la manœuvre d’atterrissage, je vous écoute O’Commara. Dites-moi donc ce que vous nous ramenez et quels ont été problèmes ?
    — Carlingue endommagée à bâbord, poupe enfoncée, équipage OK.
    — Et ? Avez-vous les V.A.M ?
    — Nous aurons besoin d’une antenne médicale d’urgence, d’une garde de haute sécurité et de jardiniers spécialisés. Je répète une brigade médicale d’urgence, une garde de haute sécurité et une équipe de transfert agricole. Avons à bord cinq prisonnières dont quatre blessées. Deux d’entre elles sont dans un état critique, deux autres dont le pronostic est difficile à déterminer et la dernière semble aller bien. Ah ! J’allais oublier… et quarante-et-un vers en attente. »
    
    Annonce Patrick O’Commara sur un ton très professionnel. Il est très fier de son petit artifice. Surtout qu’il sait que ses deux concurrents directs l’écoutent. Il vient de relayer leur intervention au second plan.
    Depuis la zone de commandement, Lauren Mac Ferson n’en croit pas ses oreilles. Ils ont réussi !
    
    « EP-200-302 095-mission Terre, vous pouvez répéter ? demande-t-elle incrédule.
    — Oui Madame, nous avons besoin d’une antenne médicale d’urgence, d’une garde de haute sécurité et de jardiniers spécialisés. Nous transportons deux blessées dans un état proche de la mort, trois détenues et quarante-et-un Vernicula Albanica Mundi.
    — Dans quelle condition sont les vers ?
    — En parfaite santé, Madame.
    — Entendu, ils sont notre priorité absolue, pensez-vous possible de les évacuer ou bien est-ce que vos prisonnières vont poser problème ?
    — Aucun souci, Madame, la situation est maîtrisée. Nous vous avons en visuel, si vous le permettez je dois me concentrer afin d’atterrir. Nous avons hâte de rentrer !
    — Permission accordée ! À nous aussi O’Commara, il nous tarde de vous voir. »
    
    À sa façon de remettre une mèche imaginaire en place, O’Commara comprend que Daniella est nerveuse. Marcel est impassible, il a confiance en l’EP-200. Il connaît tous ses bruits et sait que le petit esquif ne les lâchera pas maintenant. Le capitaine se concentre. Il se frotte les yeux et d’un revers de main essuie la sueur qui a envahi son front.
    
    L’atterrissage n’est pas sans risque. Ce que le pilote ne suppose pas, c’est que sa manière de se détendre les tempes l’index donne, à son propos, beaucoup d’informations. Marcel continue de fixer l’écran des jauges et celui des constantes. Le Bay est à son minimum et les deux accidentées sont toujours vivantes. Il commence à se faire franchement du souci pour elles, mais aussi pour la « crevette ».
    
    Le mécanicien a adopté pour Kalena le surnom que son patron lui a trouvé. Daniella préfère ne pas les connaître. Elle veut ne rien avoir à faire avec elles.
    
    
oOo

    
    La zone d’atterrissage du Vaisseau Agricole se trouve au niveau des soutes. En s’ouvrant, la porte double la taille de la piste. Plus qu’un atterrissage, il s’agit d’un appontage, ce qui explique que seuls d’excellents pilotes soient acceptés ici.
    
    Lauren Mac Ferson ne veut courir aucun risque. Elle mobilise toutes ses équipes et fait rentrer dans les hangars tous les chasseurs : EP-100, EP-200 et EP-300 présents sur le pont. Elle ordonne qu’un balisage orange de la surface soit mis en place, plus visible depuis l’extérieur. C’est une ancienne pilote des Galactics, elle connaît son affaire.
    
    Elle contacte ensuite personnellement Franz Meyer et lui demande d’être prêt à intervenir. La vice-amirale commande au contre-amiral Janson d’organiser la sécurité. Même si certaines prisonnières semblent dans un état critique, il faut s’assurer qu’il y aura assez de soldats pour parer à toutes les éventualités.
    
    Ensuite, la cheffe militaire appelle son second adjoint, le contre-amiral Georges Gwana. De haute stature, l’homme à la peau sombre a les yeux marron et les cheveux blancs. Il est responsable de toute la partie mécanique de l’Agricole tant pour les usines que pour les vaisseaux spatiaux. Lauren Mac Ferson lui demande de tenir ses équipes prêtes à circonscrire un possible incendie ainsi qu’à éventuellement désincarcérer les caissons de Vernicula Albanica Mundi et l’équipage.
    
    Le médecin-chef de bord a aussi été convoqué. Les blocs opératoires ont été prévenus et le personnel rappelé. Cependant, les membres de l’Agricole ainsi que les lombrics seront la priorité. La vice-amirale préfère ne pas s’occuper pour l’instant des prises, n’ayant aucune idée de leur identité ou encore de leur valeur.
    
    La procédure d’urgence a été étendue à l’ensemble du gros vaisseau. La précaution la plus importante concerne le grand bassin. Depuis que l’Arche existe, il n’a été fermé que deux fois, ce sera la troisième. Une immense bâche est tendue trois mètres au-dessus de l’eau. Souple dans un premier temps, elle se solidifie et s’opacifie si le vaisseau subit un mouvement intempestif ou un incendie, protégeant ainsi l’œuf.
    
    C’est non sans une certaine appréhension que la vice-amirale Lauren Mac Ferson place son transporteur en bonne position. Elle coupe toutes les communications et laisse un seul canal ouvert, celui entre l’Agricole et l’EP-200-302095-mission Terre. Elle touche d’un doigt son oreille droite, fixe l’écran géant face à elle et commence :
    
    « Alpha un, Alpha deux, êtes-vous prêts à désengager ?
    — En attente, Madame, répondent-ils d’une seule voix.
    — EP-200- 302 095-mission Terre, nous attendons votre signal. »
    
    
oOo

    
    L’équipage est prêt, autant qu’il peut l’être. Le problème est qu’ils ne sont pas sûrs que leurs rétrofreins n’aient pas été endommagés lors de leur dernière manœuvre. O’Commara pousse lentement le levier à sa gauche, enclenchant les moteurs.
    La vitesse de l’EP 200 augmente de façon significative. Les trois membres de l’EP-200 entendent les câbles qui les tiennent crisser. Le poste de commandement vient d’entrer en contact avec eux. Tout le monde attend que le capitaine donne son aval.
    
    Le but de la manœuvre est de transformer le petit esquif en projectile. Les deux chasseurs vont le retenir pendant qu’ils vont pousser les moteurs à leur maximum. Ensuite, lorsque le pilote de l’EP-200 se sentira prêt, ils rappelleront les câbles qui le tractaient jusqu’alors. Créant un effet de vitesse, il ne restera plus qu’à s’assurer de bien viser le pont.
    
    Le Bay étant presque épuisé, O’Commarra n’a pas droit à l’erreur.
    
    « Agricole, ici EP-200- 302 095-mission Terre, demandons autorisation d’approche, Madame.
    — Autorisation d’approche accordée. À vous capitaine.
    — Capitaine O’Commara aux commandes. O’Brian, tu m’entends ?
    — Haut et clair O’Commara.
    — Morton ?
    — Cinq sur cinq, EP-200-302095-mission Terre.
    — À mon signal, répond Patrick O’Commara en se tournant vers sa navigatrice. Vargas, coordonnées verrouillées ?
    — Coordonnées OK, confirme Daniella.
    — Bay ?
    — OK, Patron ! Assure Marcel avec un clin d’œil.
    — OK, le mécano rigolo. Allons-y ! Daniella à ton signal ! »
    
    Tous attendent d’entendre la voix de Daniella au travers des ondes. Elle souffle, vérifie ses calculs une dernière fois et remue légèrement la tête de droite à gauche.
    
    « Madame avec tout mon respect, si nous réussissons ceci, je me pète la gueule pendant trois jours ! annonce la jeune navigatrice.
    — Si vous y arrivez, je vous donne trois jours de plus pour redevenir sobre.
    — Marché conclut, Madame. À mon signal, bande de pilotes bouseux. Trois… deux... un. Désengagez ! Alpha un et deux ?
    — Vous êtes libres EP-200-302095-mission Terre, répond O’Brian depuis Alpha un.
    — Oiseau en vol, continue Morton à bord d’Alpha deux.
    — Capitaine, vous en êtes où ? questionne la vice-amirale.
    — Retro turbo enclenché, nous reculons…
    — Nous quoi ! s’exclame la navigatrice.
    — Vargas, détends-toi, coordonnées verrouillées ? demande très calme le pilote.
    — Amusant ! Maugrée la jeune femme. Coordonnées OK !
    — Marcel, Bay ?
    — Un pour cent, Patron !
    — OK, c’est parti. Morton, O’Brian, vous me faites un sillon les gars.
    — Haut et clair, assure O’Brian.
    — Cinq sur cinq, continue Morton.
    — Madame, nous voici ! »
    
    Les deux chasseurs accélèrent et Patrick O’Commara les suit au plus près. Il se sert de leur cinétique pour avancer. Il laisse l’EP-200 se faire happer par le courant d’énergie généré par la vitesse.
    
    Le pont de l’Agricole est devant eux. Telle une gueule béante il les attend. Les balises lumineuses orange s’allument en alternance, indiquant la piste libre.
    Depuis le poste de pilotage, l’équipage a l’impression que l’espace lui-même est en feu. Ils sont dans la queue énergétique des deux chasseurs. Son éclairage rouge vif et son scintillement procurent à l’habitacle une ambiance irréelle.
    
    Patrick O’Commara est dans son élément. Il écoute Marcel lui donner en temps réel la consommation du peu de carburant qu’il leur reste. Le pilote prête aussi une oreille attentive aux observations de sa navigatrice.
    L’EP-200 se faufile à vive allure entre les étincelles écarlates. Le petit esquif est en regard de l’immense pont d’atterrissage.
    
    Les deux chasseurs devant lui se séparent, effectuant des virages serrés. L’un partant à gauche et l’autre à droite, ils remontent ensuite le long des longs pans métalliques de l’Agricole. Ils continuent leur courbe réalisant un looping parfait avant de finalement se placer derrière l’EP-200. Ce dernier n’a toujours pas diminué sa vitesse.
    
    Le capitaine vérifie tous les signaux. Pour le moment, la carlingue résiste. Il enclenche les rétrofreins. Une secousse plus tard, le petit vaisseau commence à ralentir. Cependant, l’équipage remarque que ce n’est pas assez. Patrick O’Commara tire sur le manche, relevant le nez de l’appareil. Les frottements accrus contre l’EP-200 le retiennent un peu plus.
    
    Le pilote enclenche successivement les trois derniers boutons correspondant aux rétrofreins avant de diriger le transporteur vers le milieu de l’avisurface. Seuls les propulseurs de tribord fonctionnent. Ceux à bâbord viennent de lâcher, donnant un effet tournant à la navette. Ils sont maintenant justes au bout de la piste. Quoiqu’il fasse le navigant doit trouver une solution sinon, ils vont dévier à droite et entrer en collision avec la tour du centre de contrôle.
    
    Sans réfléchir, O’Commara incline les commandes vers l’avant, faisant piquer du nez l’EP-200 qui s’arrête brusquement dans un grand fracas. Ils sont rentrés, sains et saufs, eux et leur cargaison. Malgré tout, ils ont souffert, mais tous sont maintenant à bon port. Croisant ses bras sur la barre, Patrick laisse sa tête tomber dessus. Il ferme les yeux et écoute les battements rapides et anarchiques de son cœur.
    
    Patrick O’Commara veut juste quelques secondes pour lui. Ne plus penser. Daniella lui donne une tape dans le dos et Marcel lui cogne l’épaule d’un coup de poing amical.
    
    Ils sont fiers de servir sous les ordres d’un capitaine autant doué que son caractère est impossible.
    

Texte publié par Isabelle , 15 décembre 2016 à 10h02
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