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Tome 1, Chapitre 19 « Pause » Tome 1, Chapitre 19
Le capitaine O’Commara est arrivé à doubler l’hypertemps. Avec son équipage, il s’est depuis installé au poste de pilotage, transformant les cabines en cellules. Ils commencent tous les trois à être épuisés par la situation. Ils espéraient augmenter leur vitesse, passant sous les trois jours leur trajet de retour. Ils ont réussi. Saturne est maintenant en vue.
    
    Daniella se dandine de droite à gauche et Marcel ne cesse de s’assoupir. Patrick a des crampes et il sait qu’il va devoir délasser ses muscles avant l’appontage. Il adopte alors une autre décision difficile. Il va octroyer une heure de répit à chaque membre de l’équipage. Ils ne pourront pas dormir, mais auront au moins le temps de se rafraîchir.
    
    « Vargas, arrête de te tortiller !
    — OK ! T’es peut-être en kevlar, mais j’en ai franchement marre de me pisser dessus !
    — Je sais, on a tous envie d’une bonne douche ! »
    
    Le pilote se tourne afin d’évaluer lequel de ses coéquipiers a le plus besoin de prendre l’air. Il opte pour le mécanicien.
    
    « Marcel, laisse la surveillance des écrans à Daniella un instant. Tu vas vérifier les moteurs et t’assurer que les deux blessées sont toujours stables. Pense à sécuriser le tout, je crois bien que l’arrivée sera violente. Et... s’il te plaît, peux-tu jeter un œil à ces foutus vers ! Merci.
     — Pas de problème, patron. »
    
    Répond l’homme âgé qui est déjà debout et se dirige de suite vers le fond du vaisseau.
    
    « Daniella, tu seras la suivante. Par contre, il faut absolument que tu passes voir les furies. Si tu arrives à les faire manger, ce serait mieux.
    — Elles jeûnent depuis quarante-huit heures, un jour de plus ou de moins…
    — Vargas ! Nécessité fait loi, mais là nous avons une opportunité de faire les choses correctement. Donc…
    — Donc… Je reviendrai m’assurer qu’elles sont toujours vivantes après ma douche.
    — T’arriverais à nous préparer un en-cas ?
    — Tu pousses pas le bouchon un peu loin... Capitaine ? »
    
    Patrick O’Commara ne comprend pas en quoi sa demande est déplacée. Il fait un sourire en coin à sa navigatrice et se concentre à nouveau sur les commandes. Vargas soupire. Son capitaine est vraiment particulier. Cependant, pour l’instant ils sont tous en vie en partie grâce à lui. De plus, s’ils mènent à bien cette opération, elle pourra réintégrer les cercles de jeux pour un bon moment.
    
    
oOo

    
    Marcel a les mains pleines de Bay. De toute évidence, ils n’auront pas assez de carburant pour une demi-unité d’hypertemps. Peut-être un tiers d’unité ? Il s’essuie machinalement les doigts sur sa combinaison. Le mécanicien part ensuite en direction de la cabine numéro quatre. Les deux femmes, toujours inconscientes, sont blotties l’une contre l’autre. Les appareils de surveillance médicale posés à côté d’elles ont glissé, les coinçant contre le mur. De façon incroyable, le démarrage brutal n’a eu aucune conséquence dramatique.
    
    Le première classe Gallo réorganise la couchette. Il sangle les deux accidentées à l’aide d’une couverture traversante. Il s’assure que rien ni personne ne peut bouger même en cas de choc violent. Il est satisfait de son agencement. Cependant, bien que n’ayant qu’une formation de secouriste, il est très surpris de constater que leurs constantes sont stables.
    
    Marcel quitte la cabine non sans avoir verrouillé la porte avec le code de sécurité maximum que le capitaine lui a communiqué. Il prend la direction de la numéro une. Une fois sur place, il ouvre méticuleusement chaque caisson.
    Les vers ne se sont pas calmés. Ils ondulent en tous sens, laissant entrapercevoir leurs anneaux tantôt gonflés tantôt serrés. Le spectacle est peu ragoutant.
    
    L’homme d’âge mûr ne se décourage pas pour autant. Il arrive plus ou moins à compter tous les occupants des caissons deux et trois. Pour le numéro un, endommagé lors de leur accident avec le petit transporteur sur Terre, le mécanicien pense que tous les lombrics sont morts. Il vérifie tout de même, voulant être professionnel jusqu’au bout.
    
    À sa grande surprise, les Vernicula Albanica Mundi se sont divisés en deux. Chaque partie a donné naissance à de nouveaux vers plus petits et surtout beaucoup plus agités. Au total, le première classe Gallo est sûr qu’il y a au moins quarante et un V.A.M.
    
    Il ferme le dernier sarcophage satisfait et fier d’avoir participé à une mission d’une telle importance. Il a bon espoir de finir sa vie au « Havre de Paix ». Un grand sourire aux lèvres, il se dirige vers la zone de confort. Il ne lui reste qu’une dizaine de minutes pour prendre sa douche.
    
    
oOo

    
    Daniella se dit qu’ils auraient dû faire ce genre de chose avant. Puis écartant une mèche brune de son œil droit, elle se souvient que cette manœuvre requiert une attention de tous les moments. Simultanément ou séparément, ils n’ont pas cessé de corriger ou encore de modifier la trajectoire. Le système de ventilation a même donné des signes de surchauffe.
    
    La jeune femme sort en vitesse de sa douche. Elle enfile une combinaison propre et entre dans ce qui leur sert de cuisine. Elle prépare à la chaîne une série d’en-cas qu’elle dépose sur deux plateaux. Elle emmène le premier au poste de pilotage et prend ensuite le second avec elle pour rendre visite aux deux furies.
    
    Lorsqu’elle arrive dans la cabine, la navigatrice comprend immédiatement que quelque chose ne va pas. Si la fille de la couchette du bas semble aux aguets, celle du lit supérieur est de toute évidence inconsciente.
    
    Daniella sort son arme, tire et administre un léger sédatif à Jane. Elle lui enlève la cagoule et le bâillon. La navigatrice tend à la Mère Intermédiaire un sandwich au concombre ainsi qu’une demi-bouteille d’eau. Lorsque la collation est avalée, la militaire remet en place le capuchon opaque. Ensuite, elle obstrue toute ouverture du lit double à l’aide de filets de sécurité, transformant la couche en cellule.
    
    Empruntant la petite échelle d’acier, elle monte sur le plan du haut. Elle avance à quatre pattes puis s’allonge le long de la prisonnière. Elle la retourne et cherche son pouls au niveau de la carotide. Il est lent et régulier. Son épaule droite a une drôle de forme, elle doit être déboîtée. Quant à son poignet du même côté, il a triplé de volume et a adopté une couleur bleue noire, n’évoquant rien de bon.
    
    La navigatrice a elle aussi quelques notions de secourisme. Elle réfléchit un instant puis décide qu’aux vues des circonstances, il vaut mieux stabiliser les lésions. Elle bande à l’aide d’un drap tout le côté droit de la victime puis l’immobilise grâce à une couverture traversante.
    
    Daniella Vargas ajoute cependant de nouveaux filets de sécurité les déroulant depuis le plafond, ils s’accrochent sur le sommier du lit supérieur. Elle repart, inquiète du sort qui attend la jeune femme blessée.
    
    
oOo

    
    Le pilote a des crampes. Elles sont tellement nombreuses et douloureuses qu’il ne sent plus rien du tout. Daniella vient de finir son rapport. Ils ont maintenant à bord : quarante et un vers surexcités, trois blessées dont deux vraiment graves et une fille hargneuse qui ne peut être nourrie que lorsqu’elle est sous tranquillisants.
    
    « Voilà pour la partie facile », se dit-il.
    
    La navigatrice attrape le manche et d’un signe du menton rassure son capitaine qui s’éloigne : tout va bien se passer. Le jeune homme commence par prendre une douche glacée. Alors que l’eau glisse le long de son corps, le sang ranimant ses membres circule en brûlant chacun de ses vaisseaux. Il crispe sa mâchoire et donne un coup de poing contre la paroi métallique.
    
    Ce n’est pas le moment d’être fatigué ! Il se redresse et fait quelques étirements. Il optimise le peu de temps qu’il a. Le capitaine passe par la kitchenette et se saisit de la dernière préparation de Daniella : un sandwich aux tomates séchées et courgettes cuites réhydratées.
    
    D’un pas rapide, Patrick O’Commara avance en direction de la cabine numéro trois. Il tape prestement la longue série de chiffres, de lettres et de symboles qui actionne l’ouverture de la porte. Cette dernière coulisse dans un bruit lourd et il a déjà sorti son revolver chargé de neurotranquilisants. Il met en joue l’occupante.
    
    Le pilote croyait avoir imaginé tous les scénarios et pourtant… Il n’avait pas envisagé de devoir remiser son arme dans son holster ni même chevaucher sa prisonnière afin de la maintenir au sol. La jeune fille convulse. Violemment. Le capitaine arrive à saisir son visage, empêchant son crâne de heurter brutalement le plancher. Sa peau est si douce.
    
    Il secoue la tête afin de se concentrer. Patrick fixe la détenue. Leurs regards se croisent un bref instant et le jeune homme ne peut se retenir de sourire. Il est réellement heureux de voir qu’elle va déjà mieux.
    
    Les douleurs qui avaient meurtri ses muscles se dissipent légèrement. Le pilote remarque cette amélioration et est satisfait d’avoir pris une douche avant de venir ici. Maintenant qu’elle est calme, il lâche la « crevette ». En se relevant, il observe qu’elle respire avec difficulté.
    
    Le capitaine défait les liens de sa prisonnière et la tenant sous les aisselles la tire de sous le lit où la partie inférieure de son corps a glissé. Il l’assied sur la couchette du bas et constate que la terrienne serre les mâchoires.
    
    Patrick O’Commara suppose qu’elle se mord les joues. Il se demande pourquoi. Faisant le tour détaillé de la « crevette », il voit que sa cheville gauche adopte une position qui n’a rien de naturel. De plus, il lui semble que du côté opposé, le flan de la jeune fille est enfoncé.
    
    « OK, la terreur, j’ai pas beaucoup de temps donc tu te laisses faire et je ne te ferai aucun mal.
    — Alors, ne me toucher pas, supplie Kalena.
    — Écoute, ma belle, t’es blessée, je te soigne et je m’en vais. Point.
    — Non, vous ne comprenez pas, si vous ne me voulez vraiment aucun mal ne touchez pas ma peau. Laissez-moi tranquille, je me débrouillerai très bien seule.
    — Oh que non ! Je ne vais pas avoir un blâme pour maltraitance parce que : mademoiselle la crevette veut jouer les héros. Donc, tu as le choix : je te soigne et tu te laisses faire ou je me fais un plaisir de t’injecter un neurotranquilisant avant d’agir ! » insiste Patrick autoritairement.
    
    Kalena n’a jamais pris aucun médicament. La chimie lui fait peur. Elle ne sait pas quelles conséquences cela peut avoir sur son corps. Elle inspire et tourne la tête boudeuse en signe d’acquiescement.
    
    « Nous voilà devenue raisonnable ; bien pendant que je m’occupe de ta cheville, mange ! » ordonne la capitaine.
    
    Si elle accepte les bandages, la Novice refuse la nourriture. Elle est en pleine Douleur, assimilant encore les rhumatismes de Marcel. Elle sait qu’elle doit être à jeun si elle veut pouvoir supporter le tout sans conséquence désastreuse pour son corps. C’est même la première chose qu’elle a apprise au Manoir. Elle aura besoin de boire, beaucoup, après. Mais pour le moment, elle attend seulement que cela finisse.
    
    Patrick a déposé le sandwich à côté de sa prisonnière. Il enlève la botte de la jeune fille et lui fait un bandage serré. En observant l’angle entre la malléole et le tibia, il n’y a aucun doute : c’est une fracture sévère. Le pilote ne prête pas plus d’attention que cela à la détenue, il finit sa tâche et s’attelle à la suivante.
    
    Il regarde la fermeture éclair de la combinaison kaki. Il ne sait pas comment cela fonctionne. Il tire dessus à tout hasard et ne peut retenir un rire sonore en observant le mécanisme. Ses doigts glissent le long du vêtement en l’ouvrant. Le capitaine découvre une partie du corps de la jeune fille. Elle porte une simple brassière sous sa tenue de jardinier.
    
    Kalena soupire. Elle n’est pas à l’aise. Cependant, elle n’a jamais eu d’intimité, le regard du jeune homme ne la gêne pas plus que cela, même si elle préférerait qu’il s’occupe de ses affaires et non pas d’elle.
    
    Patrick O’Commara dégage légèrement le côté droit pour s’apercevoir qu’un énorme hématome, de la taille d’un carburateur de EP-100, envahit tout le flan de la détenue. De couleur noire, il est parsemé de taches rose vif ou bleues.
    Le jeune homme lève la tête. La prisonnière lui sourit.
    
    « Mais qui es-tu donc pour encaisser un coup pareil avec le sourire ? » Pense-t-il.
    
    Il va chercher, dans son sac, sa trousse personnelle de médicaments. Il sort un cataplasme rapide et une ceinture de contention. Il applique le premier et lorsqu’il a refermé la seconde autour du corps de la prisonnière, en actionne le mécanisme. L’objet se resserre doucement et devient un corset léger et rigide.
    
    Kalena se sent immédiatement mieux. Ses côtes ne la font presque plus souffrir et la ceinture plate qui la maintient des hanches au diaphragme lui permet de se tenir droite et de respirer sans problème ni douleur. Elle cesse de sourire, soulagée. La jeune fille n’a plus à se mordre les joues, le pire est passé.
    
    Le capitaine referme le zip de la combinaison de jardinier. Il est sur le point de cagouler la détenue lorsqu’il aperçoit le sandwich encore posé sur la couchette. Il le prend et le tend à la jeune fille. Cette dernière tourne la tête. Il s’assied à côté d’elle et l’enserre d’un bras pendant que de l’autre il la force à manger. L’en-cas s’écrase sur la figure de la prisonnière, mais ne passe sûrement pas la barrière de ses dents serrées.
    
    D’un mouvement vif, le pilote essaye de lui pincer le nez, l’obligeant à ouvrir les lèvres pour respirer. Le sandwich tomates/courgettes ressemble maintenant à une bouillie marron. Il avance la main. Elle le mord jusqu’au sang.
    
    « ET MERDE ! » s’écrie-t-il excédé.
    
    Patrick O’Commara regarde la morsure et enfourne le bout de pain aux légumes dans sa bouche. Délicieux. Ensuite, il allonge brusquement la jeune fille et lui attache un membre à chaque angle du lit. Elle ressemble à une étoile. Il expire et se calme, pas besoin de lui faire mal. Le capitaine O’Commara fait signe à la « crevette » de soulever sa tête.
     Kalena Davenport obéit sans protester.
    
    Il lui passe le capuchon opaque, la plongeant dans l’obscurité, et quitte la pièce. Patrick est pressé de se débarrasser de cette cargaison particulière.
    
    La Novice le trouve finalement assez sympathique.
    
    
oOo

    
     Au loin, les anneaux de Saturne scintillent. Ils seront bientôt arrivés.

Texte publié par Isabelle , 15 décembre 2016 à 10h01
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