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Tome 1, Chapitre 15 « Collision » Tome 1, Chapitre 15
Kalena est inquiète. Elle pense à Ethna. Elle suppose que Jane s’est fait un plaisir de frapper son aînée plus fort que nécessaire. Elle réalise aussi qu’elle est seule. C’est la première fois. Livrée à elle-même, elle est la maîtresse de son destin. Mademoiselle Davenport est consciente que cet isolement est temporaire. Dès que les caissons seront ouverts afin de relâcher les vers, elle rejoindra les autres, du moins l’espère-t-elle.
    
    Les yeux clos, la jeune fille sent les mouvements des lombrics dans la terre sur laquelle elle est allongée. Une soudaine frayeur la transperce : et s’ils étaient infectés ? Si un seul de ces Vernicula Albanica Mundi est malade et s’il la touche... Ce simple contact provoquerait-il la Douleur ? Kalena se concentre : à tâtons, elle trouve le pot de miel. En faisant bien attention, elle dévisse le couvercle.
    
    Les vibrations dues à l’excitation de ses colocataires font trembloter le terreau. D’un geste vif et précis, elle enfonce le récipient de la longueur de son bras dans l’humus sur lequel elle repose. Les mouvements s’éloignent de la surface et le calme s’installe à l’intérieur du caisson.
    
    Kalena est claustrophobe. Elle pensait l’être. La jeune fille se surprend. Elle vit assez bien cet enfermement. Elle doit garder les yeux clos. Elle en est consciente.
    
    Si le coffre n’est point ouvert, c’est qu’il est fermé. Étanche. Impénétrable. Hermétique. La demoiselle Davenport commence à hyperventiler. Ses mains sont moites. Son souffle est irrégulier. Elle étouffe à l’intérieur d’elle-même. Quelle idée de penser à l’état du sarcophage ! Elle se maîtrise de moins en moins. Elle perd le contrôle de son corps, envahi par la transpiration, et de son esprit, totalement irrationnel.
    
    La jeune fille doit se ressaisir. Dans peu de temps, si elle ne fait rien, elle tambourinera contre la paroi, implorante. Ce n’est pas elle ! Cette agitation, ce manque de réflexion. La dernière fois qu’elle a été sur le point de se trahir ainsi c’était pendant la Pratique. Le visage de la Mère Supérieure s’invite alors dans son esprit.
    
    Elle visualise parfaitement le regard de glace qui, sans pitié, l’avait renvoyée dans les affres de la Douleur. Comme à l’époque, elle se pose et respire calmement. Elle se représente la neige, le parc et laisse sa terreur de l’enfermement partir dans chacune de ses expirations. Cette épreuve la rendra plus forte, si ce n’est déjà fait. Kalena en est sûre : en sortant de ce cercueil, elle sera plus vivante que jamais.
    
    La Novice entend une vague musique, se demandant d’où cela provient. Puis, forçant sa concentration, elle se souvient que le petit transporteur émettait une mélodie tonitruante. Elle s’était même fait la réflexion que le chauffeur devait être sourd. Elle sourit à cette idée et s’apaise. Calmement, elle compte ses respirations.
    
    Elle est sur le point de s’endormir lorsqu’un choc brutal la projette violemment contre la paroi du caisson. La terre s’est soulevée dans un premier temps, mais maintenant le sarcophage a repris sa position à plat. Kalena se retrouve, elle-aussi, à la place qu’elle occupait précédemment.
    
    Elle sent que le coffre est surélevé puis glissé. La jeune fille ouït des bruits similaires. Sûrement les autres sarcophages. Pourquoi n’ouvrent-ils pas leur prison de métal ? Si elles ont bien été reprises, pourquoi les garder ainsi enfermées ? Maintenant, la température a chuté et des vibrations semblables à celles d’un gros moteur se propagent le long de ses muscles.
    
    Une forte pression au niveau du sternum lui laisse à penser qu’elles sont dans une navette qui vient de décoller. Kalena n’a jamais fait aucun voyage de ce genre, mais elle a beaucoup lu sur les effets secondaires. La Novice ne comprend pas. Comment s’est-elle retrouvée, du moins son caisson, dans un vaisseau capable d’une telle accélération ?
    
    Elle doit être en vol depuis presque une heure. Des pas précipités, des portes qui s’ouvrent et qui se ferment sont autant de sons qu’elle identifie. Il se passe quelque chose ! Les vers sont maintenant extrêmement calmes, ils digèrent le miel. Ces gros boudins gluants sont, en fait, des gourmands. Ils ne l’ont jamais dégoûtée. Kalena les voit comme des enfants toujours impétueux et affamés.
    
    À penser ainsi à ses compagnons d’infortune, elle se détend. À demi assoupie, elle est tirée de sa somnolence par des cris, des hurlements plutôt. Il s’agit d’Ethna et de Jane. Le son que leur voix produit réveillerait des morts. Les premiers éclats passés, un bruit de bottes résonne inquiétant la jeune fille. La démarche est rapide. La foulée, de celui ou celle qui arrive, claque indiquant qu’il ou elle est contrarié.
    
    La demoiselle Davenport sent que l’heure de sortir du caisson ne va plus tarder. L’agitation et la tension sont palpables, même enfermée dans l’obscurité d’un cercueil de métal. Elle se met en position et respire calmement. Kalena doit donner l’impression qu’elle est morte afin de bénéficier de l’effet de surprise. Elle visualise un à un tous les mouvements que son professeur de krav-maga lui a appris.
    
    La Novice attend, elle a entendu sa sœur crier son prénom. Sur le moment, elle a lutté contre l’envie de frapper sur le toit du sarcophage afin de manifester sa présence. Elle s’est fait violence et patiente dans le plus grand silence.
    Cela fait plusieurs heures qu’il n’y a pas eu de bruit autour d’elle. La jeune fille se prépare à mourir, dignement. Elle se battra. Elle a compris. Elles ont été reprises ! Kalena se doute qu’ils ouvrent les caissons un à la fois. Quelle autre option peut-il bien y avoir ? Elles sont dans une navette en direction du Pouvoir Central. Où pourraient-elles aller sinon ? Il n’y a pas mille alternatives.
    
    La demoiselle Davenport envisage tous les scénarios. Elle a un plan et s’ils veulent l’avoir vivante, il faudra d’abord l’attraper. Elle entend le loquet. Elle est prête. La jeune fille sent l’air caresser doucement ses joues. La lumière qui essaye de s’infiltrer sous ses yeux clos lui indique que le coffre métallique est déverrouillé. Elle tend l’oreille. Quelqu’un respire régulièrement à ses côtés. Cette personne est très proche.
    
    Soudainement, elle ouvre les paupières et fixe son futur adversaire. Il a un visage agréable. Très agréable. En quelques secondes, Kalena a pu observer que le jeune homme est différent des gardes qu’elle a côtoyés. Il n’a pas cette lueur étrange : fille de la méchanceté et de la bêtise. Kalena ne ressent aucune cruauté dans le regard déterminé qui l’observe. Son antagoniste n’est ni méchant ni bête, elle en est certaine.
    
    
oOo

    
    Le capitaine O’Commara, un genou au sol, soulève le couvercle, la main droite sur la crosse de son arme. Il ne s’attend pas à voir un tel spectacle. Posée à même la terre, une jeune femme est allongée.
    Elle a le teint clair et les cheveux retenus sous une coiffe de coton blanc nouée sous le menton. Elle semble dormir. Sa beauté est frappante tant par la finesse de ses traits que par leur grande distinction. Ses proportions sont parfaites du goût du capitaine qui n’a jamais vu de filles inspirant une telle quiétude. Un instant, Patrick s’imagine bien emporter sa prise dans sa chambre et lui faire passer de délicieux moments. Il l’observe plus attentivement. Elle est jeune, trop jeune. Il préfère les femmes plus mûres, plus expérimentées. Cependant, rien qu’à la regarder, il se sent plus calme, confiant.
    
    C’est à ce moment-là qu’elle ouvre les yeux. Il a le temps de voir qu’ils sont d’un vert profond. Il la fixe, le capitaine O’Commara a l’impression de manquer d’air. Cet échange ne dure que quelques secondes. Ensuite, il se prend un coup de genou dans la tête qui l’envoie à l’autre bout de la pièce.
    
    S’appuyant de sa main droite sur le bord du sarcophage, Kalena sort d’un bond. Elle court si vite que Daniella n’a pas le temps d’anticiper le coup de pied circulaire qu’elle prend en plein visage. Reculant d’un pas, déséquilibrée tant par la percussion que par la surprise, elle peut simplement riposter par un coup de coude.
    
    La prisonnière se retourne : le pilote est là, mais cette fois il est prêt. Il tente un uppercut qu’elle pare de son avant-bras. Daniella sur les ordres du capitaine O’Commara met en joue la jeune fille. Marcel lui aussi est sur le qui-vive. Le combat continue autour du sarcophage, laissant tantôt l’avantage au militaire tantôt à la Novice. Patrick finit par se résoudre à lui donner un violent coup de poing dans la mâchoire. Ce dernier la projette par-dessus le caisson, la laissant atterrir contre la porte du fond.
    
    Elle semble sonnée, mais le capitaine, qui vit d’expérience, se méfie. Il la saisit et la fait pivoter afin de la placer à plat ventre, les bras dans le dos, son genou gauche au creux de ses reins. Il en a connu, des filles difficiles, mais aucune ne lui a autant résisté. O’Commara appelle Marcel et lui demande de le remplacer afin de contenir les avant-bras de la prisonnière pendant qu’il entrave ses chevilles.
    
    Lorsque les mains du mécanicien entrent en contact avec la peau de la jeune fille, elle hurle instantanément.
    
    Kalena a l’impression que ses poignets sont en cristal et qu’ils sont en train d’exploser en mille morceaux. La Novice imagine que telles des épines, ses os s’enfoncent âcrement en elle. Elle met une longue minute à réaliser qu’elle vient à nouveau de plonger dans les affres de la Douleur. Le vieux est en mauvaise santé. Elle ne connaît pas sa maladie, mais son affection touche les os.
    
    Les larmes ravagent les joues de Kalena. Cette Douleur-là n’était pas prévue. Elle est plus complexe à gérer. La jeune fille sent qu’elle ne peut pas lutter. Dans un dernier effort, elle tourne la tête, jetant un regard suppliant à son bourreau. L’homme est âgé et semble presque souffrir autant qu’elle.
    
    O’Commara est stupéfait. La prisonnière s’est évanouie. Simule-t-elle ? Il ne comprend pas. Ses poignets ainsi que son visage sont cramoisis, elle ressemble à une crevette. Marcel l’a lâchée et s’est relevé immédiatement après qu’elle ait perdu connaissance. Depuis il fixe ses mains, dubitatif.
    Vargas, armée, et Gallo, tenant les dernières menottes, s’avancent vers la détenue. Lorsqu’ils finissent d’entraver ses membres grâce aux liens métalliques, elle ne réagit pas. Ils utilisent des câbles d’amarrages pour contenir ses éventuels mouvements.
    
    Kalena est ficelée et, telle une chrysalide dans son cocon, ne peut pas bouger. Le capitaine O’Commara la charge sur son épaule comme il l’aurait fait avec un sac et se dirige vers la cabine trois, sa cabine. Il la pose sur la couchette inférieure. Elle a le nez cassé et la bouche en sang. Il lui passe un chiffon humide sur le visage. Elle rouvre les yeux. Il a de nouveau l’impression de se noyer, manquant indubitablement d’air.
    
    Contrairement aux deux autres prisonnières, il ne lui met pas de bâillon. Kalena ne dit pas un mot et le scrute avec attention. Patrick lui rend la pareille, se demandant comment une si jolie fille, si délicate, du moins en apparence, peut être aussi forte. Les ressources dont elle a fait preuve le troublent, car elle semble affaiblie et même amaigrie à la suite de son séjour avec les vers.
    
    De plus, il se questionne sur la force morale qu’il faut avoir pour s’enfermer, volontairement, en compagnie d’une quinzaine de Vernicula Albanica Mundi. Le capitaine en est là de ses interrogations lorsqu’il décide que tout ceci n’est pas de son ressort. Il bande les yeux de Kalena sans avoir eu aucune réponse à ses questions. Avant de sortir, il prend les poignets de la Novice dans ses mains et les emprisonne légèrement. O’Commara regarde si la détenue aurait d’éventuelles lésions qui expliqueraient ses cris précédents.
    
    Kalena soupire profondément. Les paumes chaudes qui enserrent le point d’entrée de la Douleur la soulagent. La jeune fille est trop fatiguée et ses articulations sont trop sensibles, elle réfléchira à la question à un autre moment.
    Patrick O’Commara ne comprend pas pourquoi il est épuisé. Finalement, il va rester là. Il monte péniblement sur la couchette du haut et enfonce la tête dans l’oreiller.
    
    Les deux jeunes gens, éreintés, s’endorment. Leurs respirations se synchronisent, les emmenant au pays des rêves.
    

Texte publié par Isabelle , 23 octobre 2016 à 14h02
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