LC logo
Découvrir     Romans & nouvelles     Fanfictions     Poèmes     Blog     Forums
Connexion
Bienvenue visiteur !
Se connecter ou S'inscrire
Pourquoi vous inscrire ?
«
»
Tome 1, Chapitre 14 « Ouvertures » Tome 1, Chapitre 14
Daniella fait un passage éclair pour déposer le matériel médical de première urgence avant de retourner s’affairer aux autres tâches que Marcel lui a confiées. Le caisson contient deux femmes dont la peau d’ébène a des reflets satinés. Blessées, gravement, elles gisent dans un mélange violacé d’excréments de lombrics, de sang et de vers blancs excités.
    
    La plus jeune, grande et mince, a une lésion à la tête. Sa tempe droite présente un amas d’hémoglobine coagulée et de terre. La plus âgée bien plus en chair et franchement petite est transpercée de part en part d’un long morceau de métal. La mécanicienne ne les a regardées que furtivement, pourtant cette vision reste gravée dans ses pensées lorsqu’elle rejoint le poste de pilotage. La jeune femme n’a plus faim, elle n’est plus fatiguée, elle veut juste rentrer chez elle.
    
    Marcel remercie sa collègue d’avoir agi au plus vite. Il lui jette un dernier regard alors qu’elle sort de la cabine. Le mécanicien sait qu’il va avoir des ennuis, il en est conscient. Cependant, il préfère s’occuper des deux femmes avant de prévenir son égoïste de patron. Il aime bien Patrick, mais ne comprend pas toujours comment il fonctionne.
    
    Il expire. Le seconde classe Galo n’a jamais administré les premiers secours. Théoriquement, il a tous les diplômes. Pratiquement, c’est le néant. Marcel Galo respire une fois de plus. Il prend la plus jeune dans ses bras et la dépose sur la couchette du bas de la cabine numéro quatre. Il lui prodigue les premiers soins. L’état de la patiente semble stable.
    
    Alors qu’il s’avance vers la deuxième victime, il réalise qu’il ne pourra rien faire sans ses instruments. Aussi décide-t-il de retourner vers les soutes de l’EP-200. Là, sa trousse à outils l’attend. Il la saisit et revient le plus vite possible. Autant dire, tout doucement.
    
    Il utilise son disque de diamant afin de découper l’acier qui transperce la femme d’âge mûr. L’odeur ignoble des chairs calcinées au contact de l’engin lui donne la nausée. Le mécanicien a laissé la principale partie du châssis métallique à l’intérieur de la victime. Une fois de plus, il se penche et attrape le corps meurtri qui lui fait face. Son dos est maintenant douloureux. Elles ne sont pas légères et son arthrite est en pleine crise à cause du stress.
    
    Marcel n’est pas assez fort pour hisser la seconde sur la couchette du haut, aussi préfère-t-il l’allonger sur le lit du bas. Il soigne la deuxième blessée comme il peut, désinfectant les plaies et cautérisant les blessures. Il branche ensuite les moniteurs, leur pose différentes perfusions et contrôle leurs constantes.
    
    Ce qui surprend le mécanicien : c’est qu’elles sont toutes deux stables tant qu’elles sont en contact. Dès qu’il essaye de les installer de façon à ce qu’elles ne se touchent pas, la plus âgée plonge dangereusement vers la mort. Une fois que tout est maîtrisé, il les menotte aux montants du lit. Le mécanicien Galo essuie sa sueur d’un revers de manche et lève les yeux, pouvant ainsi voir toute l’admiration que lui porte Daniella. Elle est revenue, l’arme au poing prête à toute éventualité.
    
    « Tu sais qu’il va falloir ouvrir ces foutus caissons, les deux qui restent, dit-il, maussade.
    – Je sais, lui répond-elle inquiète.
    – Que fait-on ? continue le mécanicien Galo.
    – J’ai viré nos affaires dans la salle de contrôle et préparé les deux autres couchettes, au cas où ! O’Commara dort. Je ne vois pas l’utilité de le réveiller. Tout est maîtrisé, du moins, pour l’instant.
    – D’accord, mais tenons-nous prêts à toute éventualité, se reprend Marcel dans un regain de vitalité.
    – Qu’est-ce que tu proposes ?
    – Le pistolet de neurotranquilisants, je crois que tu tires plutôt bien.
    – Je me défends, avoue humblement la navigatrice Vargas, major de sa promotion.
    – OK j’ouvre le caisson et toi tu tires sur tout ce qui bouge qui n’est ni un ver ni moi. D’accord Dani ?
    – D’accord Marcel ! Tu t’occupes de charger l’arme, je vais fermer tous les points d’accès au dortoir ainsi qu’à la zone de pilotage, conclut Daniella.
    – OK ! »
    
    
oOo

    
    C’est avec appréhension qu’ils s‘enferment dans la cabine une. Ils se regardent encore une fois avant de mettre leur plan à exécution. Marcel s’agenouille à côté du deuxième caisson et l’ouvre sans peine. Ils ne s’attendent certainement pas à ce que deux furies couvertes de terre de la tête aux pieds bondissent en hurlant. Le mécanicien Galo est déstabilisé et bascule. Il s’assied et observe les choses, comptant sur Daniella pour gérer la situation.
    
    La première jeune femme les voyant se précipite derrière le caisson. Elle se tait. Elle attend. Ses yeux marron sont grands ouverts cherchant le moindre indice. La seconde semble moins méfiante. Elle reste devant le sarcophage, agitant ses bras comme des hélices. Elle n’arrête pas de parler. C’est d’ailleurs ce qui surprend Daniella et Marcel. Ils la comprennent :
    
    « Ne tirez pas ! J’ai rien fait, tout est sa faute ! »
    
    Répète Ethna Davenport, montrant Jane dans son dos.
    
    La Mère Intermédiaire fait tout ce qui lui est possible pour contenir sa colère. Si elle en a l’occasion, ce n’est pas un simple coup sur la tête qu’elle donnera à l’aînée des Davenport. À la prochaine fois, elle la tue ! Elle ne la fera pas souffrir, mais elle l’assassinera sans le moindre remords.
    La litanie d’Ethna continue. Sempiternellement, elle radote la même phrase. Les deux personnes qui les menacent d’un drôle de fusil n’ont toujours pas bougé. Ils semblent médusés.
    
    Jane se décide à répondre :
    
    « Ethna, tais-toi, tu n’es qu’une imbécile ! hurle mademoiselle Brives depuis le fond de la pièce.
    – Quoi, c’est vrai ! C’est Jane, notez bien ce nom Jane Brives, c’est elle la responsable, mais bien sûr vous ne lui ferez aucun reproche, comme toujours !
    – Ethna, si je te chope, je te tue et je te jure que tu vas souffrir, répond vivement Jane qui a changé d’avis.
    – Oh, Sainte Jane Brives ! Tu crois quoiqu’ils n’attraperont pas Kalena. Kalena, Kalena ! Toujours Kalena ! Personne ne pense à me protéger. La preuve, nous sommes capturées et tu ne dis rien ! Tu ne fais rien !
    – Moi ! Espèce d’idiote, j’essaye de te préserver de toi-même ! Et c’est déjà beaucoup. »
    
    Les deux jeunes femmes se font maintenant face. De tailles moyennes, elles portent des uniformes kaki. Échevelées, elles hurlent.
    Daniella vise et tire. L’espace entre les deux balles ne dure que quelques secondes. Regardant alors Marcel assis par terre, elle s’esclaffe. Il l’accompagne d’un bruit rocailleux qui se veut être un rire.
    Ils ont à faire à des ennemies peu ordinaires. Aucun entraînement ne les a préparés à gérer un crêpage de chignons. Ils sont encore en train de glousser lorsque leur supérieur entre, imposant le silence.
    
    « Je peux savoir ce qui se passe ?
    – Ben, Patron, j’ai ouvert les caissons, répond Marcel désirant prendre tout le blâme.
    – Non ! Nous avons ouvert les coffres, capitaine, rectifie Daniella.
    – Sérieusement ! Vous vous foutez de ma gueule là ou quoi ! »
    
    Le ton de Patrick O’Commara est glacial. La vulgarité de ses propos traduit à elle seule l’importance de sa colère. Le jeune homme pense à ce que la vice-amirale Lauren Mac Ferson va lui dire. Il va sûrement passer un mauvais quart d’heure. La cargaison est un objectif prioritaire, si elle est endommagée, ils auront fait tout cela pour rien. Il pourra dire adieu aux Galactics et à ses ambitions. Le capitaine crispe ses mâchoires dans un mouvement de contrariété avant de faire un signe du menton vers ses deux collaborateurs. Daniella regarde Marcel et lui impose le silence. Elle commence déterminée :
    
    « O’Commara, sur un autre ton s’il te plaît ! C’est vrai, nous avons réellement ouvert deux caissons sur trois.
    – C’est capitaine, navigatrice Vargas !
    – Capitaine, prononce sarcastiquement Daniella, le premier était endommagé. Nous avons eu peur que les vers soient perdus.
    – Donc ?
    – Donc, capitaine, en réalité il contient des vers en pleine forme et deux blessées dans un état critique. Marcel s’en est occupé, elles sont stables, installées et menottées dans la cabine quatre.
    – Sérieusement ?
    – Non, capitaine, je déconne juste pour que vous puissiez nous hurler dessus ! »
    
    Marcel ne peut s’empêcher de sourire. Pendant que sa collègue parle, il s’est difficilement relevé. Patrick O’Commara, devinant sa souffrance, le prend par le coude et l’aide à prendre appui sur le mur. Il le questionne ensuite du regard, ne voulant plus avoir affaire aux sarcasmes de la navigatrice de première classe Daniella Vargas.
    
    « Le deuxième caisson est une vraie farce, deux filles, des furies. Elles sont sorties et ont hurlé l’une contre l’autre. De ce que j’ai observé, les vers sont bien vivants !
    – En soi, c’est déjà une bonne nouvelle ! répond le capitaine plus détendu.
    – Elles sont là, capitaine, je leur ai tiré une cartouche de neurotranquilisants à chacune, montre la navigatrice en pointant le sol du menton. Je crois que tout est sous contrôle, continue Daniella plus sérieusement.
    – Apparemment, vous avez géré ça comme des professionnels. Je n’en attendais pas moins de vous...
    – Ben voyons ! Capitaine, se moque mademoiselle Vargas en levant les yeux aux cieux.
    – Pardon ? poursuit Patrick O’Commara fronçant des sourcils réprobateurs. Daniella, va chercher deux capuchons opaques et de nouvelles menottes, des mains-chevilles. Marcel, t’en prends une, je m’occupe la seconde. Direction la cabine numéro trois.
    – Patron, la cabine deux est déjà prête et sécurisée, intervient le mécanicien.
    – OK, Marcel, direction cabine numéro deux. »
    
    Les prisonnières cagoulées, liées aux mains et aux chevilles, sont installées chacune sur une couchette. Malicieusement, Marcel est entré le premier et a déposé la première jeune femme, Jane, sur le lit du bas. Il s’est ainsi épargné un effort important. Son responsable, lui, ne semble même pas faire d’effort pour allonger la seconde détenue, Ethna, sur la couchette supérieure.
    
    Le capitaine O’Commara referme la porte avec un code de haute sécurité avant de retourner à la cabine de pilotage. Là, il coupe toutes les communications et place le vaisseau en mode stationnaire. Il veut pouvoir disparaître un instant. Cela évitera que l’amirauté écoute de façon inopportune ce qui se passe à l’intérieur de l’EP-200, en espérant qu’ils ne l’aient pas déjà fait. Le jeune homme a besoin de calme pour repenser le fil des événements et préparer la version la plus plausible pour Mac Ferson.
    
    De plus, il reste encore un caisson à ouvrir. O’Commara répartit les tâches : Marcel déverrouillera la serrure puis ressortira ; le capitaine soulèvera le couvercle pendant que Daniella assurera la sécurité. En attendant, il se fait tard, ils ont besoin de reprendre des forces, car ils ne savent pas vraiment ce que recèle le dernier sarcophage. Ils vont tous en salle de contrôle afin de se sustenter d’une collation et quelques heures de repos dans leurs fauteuils, refusant de s’approcher à nouveau des cabines.
    
    Deux heures plus tard, le manque de motivation est évident. La petite équipe se décide pourtant à aller affronter les deux furies afin de leur permettre de passer à la salle de bain et de manger un en-cas. Ils optent pour des bâillons, laissant de côté les cagoules, ne pouvant plus supporter leurs hurlements incessants.
    
    Daniella a été désignée d’office. C’est une femme, comme les prisonnières, c’est donc à elle de s’en occuper. Il n’y a aucune logique dans cette décision, seulement de la lâcheté de la part de ses deux collègues masculins. Elle s’acquitte cependant de sa tâche.
    Pour commencer, elle leur administre un huitième de dose de somnifère. Cela les calme immédiatement, sans pour autant les endormir totalement. Après les avoir bâillonnées et leur avoir expliqué la situation sommairement, elle les conduit à la salle de bain l’une après l’autre.
    De retour dans la cabine, les menaçant des pires répercutions si elles ne restent pas silencieuses, elle leur offre un bol de soupe. Une fois leur pitance prise, la navigatrice les muselle. Elle hésite, mais leur remet tout de même leur cagoule.
    
    À nouveau réunie au poste de pilotage, la petite équipe appréhende l’ouverture du troisième caisson. Ils redoutent de trouver un adversaire plus puissant que deux filles hystériques. L’équipage de l’EP-200 se dirige vers la cabine une. Là, Marcel referme les deux premiers sarcophages s’assurant que pression et température sont adaptées aux Vernicula Albanica Mundi.
    
    Puis, le mécanicien expire profondément et jette un regard par-dessus son épaule. Patrick O’Commara lui fait signe de la tête, le fixant, confiant. Daniella arme son revolver et met en joue un adversaire encore invisible. Le bruit de l’air comprimé brise le silence. Marcel a fait son travail. Il recule.
    
    Le capitaine pose un genou à terre, une main sur la crosse de son arme. Il est prêt, du moins le croit-il.

Texte publié par Isabelle , 23 octobre 2016 à 14h01
© tous droits réservés.
Commentaire & partage
Consulter les commentaires
Pour réagir â ce chapitre et poster une review, veuillez vous identifier ou vous inscrire !
«
»
Tome 1, Chapitre 14 « Ouvertures » Tome 1, Chapitre 14
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
895 histoires publiées
438 membres inscrits
Notre membre le plus récent est Farrel Grimwood
LeConteur.fr 2013-2017 © Tous droits réservés