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Tome 1, Chapitre 11 « Un matin de juin » Tome 1, Chapitre 11
Kalena ne dort pas ou plus. Elle attend. Personne ne s’est encore aperçu de sa façon de faire et elle compte bien la garder secrète. Ces quelques minutes qu’elle s’octroie lui sont indispensables. Elles permettent à son esprit d’organiser ses journées. C’est là qu’elle puise la force de ne pas renoncer. Et pour cela, mademoiselle Davenport pense aux conséquences. Si leur plan fonctionne, elles seront libres.
    Combien de temps ? Elle n’en sait rien. Peut-être même que le Pouvoir Central ne les poursuivra pas ? Elle en doute. Il écartèle bien tous les dissidents en place publique, alors trois Pures et deux Préceptrices !
    La jeune fille sait ce qu’elle risque. Nue et ligotée, ils l’aspergeront quotidiennement de substances porteuses de maladies. Ils attendront systématiquement qu’elle retrouve quelques forces avant de recommencer. Les soldats du Pouvoir Central continueront ainsi jusqu’à ce que mort s’en suive. Son Don la protège des bactéries, virus et autres plaies, mais même cela a une fin.
    
    Kalena pense à Ethna. Elle ne croit pas sa sœur très résistante à la douleur. Heureusement. Elle mourra sûrement durant sa première semaine d’enfermement, sinon elle finira dans une maison pour célibataires. La Novice ne sait pas vraiment ce que les hommes et les femmes font ensemble, mais elle a cru comprendre que les femmes qui sont envoyées dans ce genre d’établissement souffrent le martyr.
    Quoiqu’il en soit, elles se sont mises d’accord. Elles feront tout pour ne pas être prises vivantes. Le meilleur moyen pour cela c’est de fuir et de se battre. Plus elles résisteront plus les hommes à la solde des Hauts Dignitaires s’énerveront. Ils frapperont. Ils perdront de vue leur objectif : ne pas les tuer sous les coups.
    Kalena ne le savait pas, il y a quelques jours encore. Cependant, Kaïla a voulu être franche avec elles et leur a décrit la réalité qui se cache à l’extérieur des murs du Manoir.
    
    Personne n’a changé d’avis. Ethna est un peu fébrile, mais Kalena lui a promis de lui rompre le cou si quoique ce soit devait se produire. Rapide, indolore, cette façon de mourir a plu à sa sœur aînée. Jane a même rajouté que si il arrivait quoique ce soit à Kalena, elle s’en occuperait elle-même.
    
    C’est aujourd’hui que tout ce joue, la cadette des Davenport en est consciente. Elle a peur qu’Ethna renonce au dernier moment. Heureusement, elle fait équipe avec Kaïla. La mère de Carol est extrêmement déterminée, surtout depuis qu’elle a appris que sa fille endurera le pire toutes les trois semaines.
    En effet, peu importe qu’elles ne soient que deux diplômées dans leur promotion, à Carol et à elle. Elles doivent s’acquitter du même nombre de guérisons que les autres Novices. Le Pouvoir Central a trop besoin d’elles pour éradiquer certaines maladie avant de mettre en terre certains plans. Elles finiront par y laisser leur vie un jour ou l’autre. Leur avenir le plus probable, quelle que soit la solution choisie, c’est la mort.
    
    Kalena ouvre les yeux. Les quelques minutes, de tranquillité et de réflexion qu’elle vole, sont passées. Elle se lève, se douche et se prépare. Elle porte sa combinaison kaki, la même que celle des jardiniers. Carol à l’autre bout du dortoir lui fait signe de la main, Jane les attend. Elles descendent les quatre étages en silence. Une fois dehors, elles se mettent à courir.
    
    C’est cette partie du plan qui convient le moins à Kalena. Elle ne pourra ni se changer ni se doucher avant que tout commence.
    
    Elles enchaînent les tours de parc. Le rythme est soutenu. Elles ont moins d’une minute pour disparaître, à condition qu’Ethna ne pose pas de problèmes. Kalena doit cesser de penser à son aînée, elle doit se concentrer sur son rythme. Si elle pense trop à sa sœur, elle risque de mettre en péril toute l’organisation de la journée.
    Son rôle est simple. Elle doit donner l’allure afin qu’un tour dure dix minutes et trente-huit secondes. C’est la meilleure en course à pied. C’est comme si elle avait avalé un chronomètre. Sa foulée est extrêmement régulière. Elle s’est beaucoup entraînée pour arriver à un tel résultat.
    Cela leur laissera juste le temps de s’évaporer. Si les calculs de Carol sont justes, la Mère Suprême ne s’apercevra de leur absence qu’après leur départ, trois minutes et quinze secondes plus tard exactement.
    
    La femme à la bague en lapis-lazuli les surveille. Elle ne leur fait pas confiance. Dès qu’elles sortent courir, elle se positionne à sa fenêtre. Elle compte les tours. Elle ne permettra aucune erreur. Retomber entre ses griffes serait synonyme d’une mort lente et douloureuse pour toutes les cinq.
    
    Mais heureusement tout est organisé.
    
    Durant leur course, elles sont cachées par le bâtiment des laboratoires durant quatre minutes au moins. La Mère Suprême ne peut plus les surveiller pendant ce laps de temps. Entre le sixième et le septième tour, le jardinier gare un petit transporteur à l’arrière des locaux techniques. Il vient récupérer les vers.
    La musique qui sort du petit véhicule est tonitruante. Il ne prête pas attention aux coureuses. Il ne peut pas les entendre. Il est à l’heure, comme chaque année.
    
    Jane avait raison.
    
    Ethna et Kaïla sont de corvée de nettoyage, dans le local technique attenant aux laboratoires numéros un et deux. Elles doivent faire les sols et enlever la terre qui est tombée. Cette année les jardiniers ont eu beaucoup de mal à remettre les vers dans leur caissons. Ils sont particulièrement agités, comme si quelqu’un les avait nourri avec du miel. La petite pièce de stockage est souillée de terreau, ce qui explique que deux Préceptrices soient obligées de venir faire le ménage.
    
    Kaïla était responsable de fournir le miel. Elle en a volé tous les jour un petit peu à la cuisine. À contre cœur, Ethna l’a aidée.
    Jane a nourri les lombrics, ce qui explique qu’ils soient énervés par le sucre. Carol a évalué le temps et la distance. Kalena est responsable du rythme.
    
    C’est le moment, le chauffeur entre dans le bâtiment. Elles sont exactement là où elles doivent être. Il traverse le laboratoire numéro un et va se servir un café. Si tout se passe comme à l’accoutumée, il en a pour trois minutes. La musique est tellement forte qu’elle résonne même à l’intérieur du bâtiment. Kalena est sûre qu’il est totalement sourd.
    
    Kaïla vient ouvrir la porte de derrière et se dirige ensuite, avec Ethna, jusqu’aux caissons. Suivant les indications de Jane, les deux femmes ouvrent les trois boîtes présentes. L’aînée des Davenport est dégoûtée. Ethna a un haut le cœur, en regardant ces masses longues et visqueuses onduler entre l’intérieur et l’extérieur du terreau.
    
    Une minute vingt-quatre secondes plus tard, Kalena, Carol et Jane, en sueur, rejoignent les deux Préceptrices. Pour l’instant, elles sont dans les temps. Les coffres sont ouverts.
    Kaïla et Carol ne se posent pas de question. Elles prennent un pot de miel, qui servira à éloigner les vers d’elles si besoin est, et s’allongent à même la terre du premier sarcophage. Jane leur fait un petit signe de la tête et referme prestement le couvercle.
    Kalena monte dans le second et s’allonge, elle attend Ethna, comme convenu. Personne. Elle s’assied et regarde sa sœur d’un air interrogateur :
    
    « Non, je ne peux pas, ces truc sont absolument dégoûtants. Je ne peux pas ! chuchote hystériquement l’aînée des Davenport.
    – Ne t’inquiète pas, je suis là, avec toi, lui dit doucement Kalena.
    – Non, il n’en est pas question. Je ne dirai rien à person… »
    
    Ethna n’a pas le temps de finir sa phrase. Jane vient de lui envoyer un coup derrière la tête qui l’a mise KO. Kalena est sur le point de sortir du caisson afin de voir comment va sa sœur. Jane s’avance et lui pose la main sur l’épaule. Elle l’oblige à s’allonger en lui disant :
    
    « Pas de souci, je gère mademoiselle : “Moi Je ?”.
    – Elle n’est pas méchante.
    – Je sais, juste stupide.
    – Non ! s’indigne Kalena.
    – D’accord, mais nous n’avons pas le temps. Je te promets de la soigner le temps du transport », assure Jane.
    
    Elle lui tend un pot de miel et sourit à la jeune fille alors qu’elle ferme le couvercle. La Mère Intermédiaire prend ensuite Ethna par les chevilles et la traîne jusqu’au troisième caisson. La tête de l’aînée des Davenport dodeline sous les chocs répétés contre le sol.
    Jane n’en a cure. Elle n’aime pas Ethna et estime que cette dernière a bien mérité de savoir ce qu’avoir mal veut vraiment dire.
    Jane donne une gifle puissante à la Préceptrice qui sort de sa léthargie. Elle se relève péniblement, sonnée. L’aînée des Davenport fait face à la Mère Intermédiaire qui se fait un plaisir de lui asséner un nouveau coup. La jeune femme bascule dans le dernier sarcophage.
    
    Jane prend en vitesse le dernier bocal de liquide ambre et se jette aux côtés d’Ethna. Elle tire le couvercle vers elle, mais n’a pas le temps de le fermer.
    
    Le chauffeur arrive, sa tasse à la main. Il vérifie le travail de ses collègues. Bien sûr, un caisson est mal fermé et aucun d’eux n’est pressurisé. C’est chaque année la même chose ! Il reprogramme les boîtes métalliques et les charge sur son transpalette. La machine se déplace seule et enfourne la cargaison à l’arrière du véhicule.
    
    Le jardinier monte dans la cabine du conducteur et enclenche le moteur. Il prend la direction du hangar numéro huit. Sa tasse posée sur le tableau de bord, il se penche vers l’avant. Il se demande s’il va y avoir de l’orage. Les nuages ne cessent de s’assombrir par endroit.
    Il est heureux. C’est son dernier service.
    Aujourd’hui, il remplace l’un de ses amis. C’est l’anniversaire du fils de ce dernier. Lui n’a pas d’enfant, cela ne le dérange pas de travailler sept jours d’affilée. Ce soir, il sera en repos. Il se demande ce qu’il fera de son temps libre.
    
    Il regarde une dernière fois le ciel avant de bifurquer à gauche. Les nuages sont étonnamment blancs maintenant, il aurait pourtant jurer avoir vu un éclair. Cependant, la musique est bien trop forte, s’il y a eu du tonnerre, il n’a pas pu l’entendre. De toute façon, il est presque sourd.
    
    
§§§

    
    La Mère Suprême regarde sa montre. Confortablement assise devant sa tasse de thé matinale, elle finit son petit-déjeuner. Ce matin, elle a commandé des scones accompagnés de beurre et de confiture de myrtille. Elle a pris un thé infusé trois minutes dans de l’eau frémissante.
    Sa jeune servante s’y connaît en matière de thé, elle vivra sans doute plus longtemps que les autres.
    
    Il est l’heure. Elle sait qu’elle sont ponctuelles. Elle se lève et se place devant la fenêtre de son bureau. Elle vérifie sur son écran de contrôle que sa montre soit à l’heure, car elles en sont déjà à la moitié du premier tour.
    
    Elle ne sait pas ce qui se trame, mais une chose est sûre, les Novices de première année préparent quelque chose. De plus, elle n’a jamais aimé Jane et ses idées d’indépendance.
    Deux tours, trois, quatre, cinq, six... Quelqu’un frappe à la porte. La Mère Suprême se tourne un instant :
    
    « Entrez ! » dit-elle d’une voix glaciale.
    
    Lorsqu’elle regarde à nouveau, il n’y a plus personne. Les trois coureuses ont disparu derrière les bâtiments des laboratoires.
    La Préceptrice en chef entre. Il s’agit de la mère de la Mère Suprême. Cette dernière aurait pu lui rendre sa liberté depuis longtemps, mais elle est bien trop cruelle pour cela :
    
    « Que se passe-t-il ?
    – Votre Excellence, du miel a été volé en cuisine.
    – Vous serez tenue pour responsable !
    – Je n’en doute pas. Cependant, la quantité n’est pas très importante et cela a été fait avec discrétion.
    – Et alors !
    – Alors, je pensais...
    – Cessez de réfléchir, cela va finir par vous épuiser. Trouvez qui a fait cela !
    – Bien Votre Excellence. »
    
    La Préceptrice en chef sait qui est la coupable. Elle est bien plus maligne que ce que pense sa fille. Elle a fait montre d’un timing parfait. Son enfant, la Mère Suprême, a perdu le compte dans le nombre de tours. Elle pense que les joggeuses sont encore derrière le bâtiment. Cela va leur donner une ou peut-être deux minutes de plus.
    En effet, la Préceptrice en chef a raison.
    La Mère Suprême oublie de regarder sa montre. Elle attend. Au bout d’une minute et trois secondes, elle vérifie l’horloge de son écran.
    
    Il est trop tard. Elle vient de comprendre. La grande femme dans la robe noire donne l’ordre aux gardes armés de fouiller la forêt en face des bâtiments annexes, ceux qui contiennent les laboratoires. Elle retourne à sa fenêtre, vexée de ne pas avoir pensé à une évasion plus tôt. Sa vengeance sera sans merci.
    
    Elle observe le ciel. Le temps est bizarre aujourd’hui. Les nuages ne cessent de s’assombrir. Elle vient de voir la foudre tomber sur les hangars. De toute évidence, il n’y a pas de dégâts, aucun incendie n’est signalé. Tous les moniteurs de contrôle de son bureau indiquent que tout va pour le mieux, exception faite, bien sûr, de cette évasion.
    
    Alors qu’elle regarde le transporteur, petite tâche blanche dans le lointain, pénétrer dans le hangar numéro huit, quelque chose attire son attention. Elle n’a vu que trois coureuses. Où sont donc les deux autres ? Elles sortent toujours à cinq en temps normal.
    Si sa mère n’était rentrée, elle aurait donné l’alarme plus tôt. Ce détail aurait dû attirer son attention. Elle ne sait que penser : s’agit-il d’un coup monté ? Sa mère est-elle au courant ? Veut-on sa place ? Qui ?
    
    Cela lui arrive rarement, mais elle panique. Elle commence à douter. Elle sait, comme une intuition, qu’elle ne reverra jamais ces filles.
    Elle se tourne prestement, il y a eu un problème dans le hangar numéro huit. Le transporteur est entré en collision avec une masse non répertoriée. Elle rappelle les gardes.
    
    Il est trop tard.
    
    Les hommes armés sont disséminés dans les bois et les fourrés. Lorsqu’ils entendent les contre-ordres, ils se précipitent, mais le terrain est accidenté. Cela les ralentit.
    
    Au loin un éclair de lumière traverse le ciel. La Mère Supérieure n’a aucune idée de ce dont il s’agit. Le bruit qui accompagne cette clarté ressemble à celui d’un ruisseau en été. Pour elle, il s’agit du son du glas.
    Elle aurait dû se méfier davantage. Pourtant, tout au fond d’elle une infime partie, presque morte, est heureuse. Contente de savoir que certaines d’entre elles ont réussi. Cela va donner de l’espoir aux futures générations. Elle en est sûre. Et peut-être qu’un jour, le Pouvoir Central perdra-t-il la main mise qu’il a sur des centaines d’âmes innocentes ?
    
    Elle sait qu’ils ne retrouverons jamais les fugitives, elle le sent. La Mère Supérieure arrête l’alarme, signant son arrêt de mort le sourire aux lèvres.
    
    Un grand merci à FFMONRISE pour ses patientes corrections.

Texte publié par Isabelle , 7 juin 2016 à 21h36
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