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Tome 1, Chapitre 8 « VII - L'Île dans le ciel - Troisième mouvement » Tome 1, Chapitre 8
Vues de l'extérieur, les maisons ressemblaient toutes à des blocs de pierre poreuse, percés par endroit de fenêtres étroites voilées par des rideaux de fines lamelles de bois liées entre elles par des cordelettes. Devant chacune, s'étendait un jardin protégé par un muret, planté d'arbustes et de graminées. Angelus regardait autour de lui avec étonnement : ce village ne ressemblait à rien de ce qu'il connaissait – ni à Cimes ni aux autres forts d'altitude, ni à ma vallée de Mi-Haut. Nulle part au flanc des montagnes, il n'y avait de demeures aussi basses : le peu d'espace les obligeait à monter en hauteur.
    
    Les habitants portaient le même type de vêtements qu'Aïzie, sauf quelques femmes habillées de longues robes de fibres végétales. Ils jetaient des coups d'œil appuyés aux deux jeunes gens, mais leur regard semblait plus curieux qu'hostile.
    
    « Où sommes-nous ? demanda l'Ange à Aïzie. Sur un haut plateau ? Je n'ai jamais entendu parler de cet endroit. »
    
    Le garçon éclata de rire :
    
    « Le contraire m'aurait étonné. Personne ne peut approcher de notre île sans être piégé dans les tourbillons qui écartent les présences hostiles et nous dissimule aux regards.
    
    — Votre... île ? »
    
    Angelus était particulièrement intrigué : à sa connaissance, il n'existait dans ce monde que de très petits îlots, au milieu d'étendues d'eaux piégées dans les vallées. On racontait que dans le Contrebas, on trouvait des étendues d'eaux si vastes qu'on n'en voyait pas la fin, mais il n'était jamais descendu suffisamment pour le vérifier. Il doutait fort, cependant, de se trouver au lieu mythique où naissaient les montagnes.
    
    « Le lac doit être particulièrement grand... remarqua-t-il.
    
    Le garçon aux yeux bleus laissa échapper un grand éclat de rire. L'Ange se sentit un peu blessé par cette réaction : qu'avait-il dit de si étrange ?
    
    « Nous ne sommes pas au milieu de l'eau, mais au milieu de l'air, expliqua le garçon.
    
    — Au milieu de l'air ?
    
    — Ou du ciel, comme tu préfères. Nous flottons au-dessus de la surface des montagnes, au gré des courants. »
    
    Angelus le regarda avec stupéfaction : une île dans le ciel ? C'était impossible ! Il mourrait d'envie d'étendre ses ailes et de s'élever au-dessus de la ville pour vérifier les dires d'Aïzie, mais il ne pouvait qu'accorder son pas à celui de son nouvel ami.
    
    « Suis-moi, proposa le semeur de tempêtes, je vais te montrer. »
    
    Ils débouchèrent sur une vaste terrasse, délimitée par un muret vers lequel Aïzie se dirigea. Il invita son compagnon à regarder au-delà de ce parapet : l'Ange ouvrit de grands yeux en découvrant en dessous de lui une épaisse couche de nuages qui filait sans obstacles. Quand elle se déchirait et s'effilochait, apparaissait loin en contrebas tout un paysage de chaînes montagneuses et de vallées embrumées.
    
    « Tu vois, déclara le jeune garçon avec satisfaction, je dis vrai ! »
    
    Angelus secoua lentement la tête ; il se pencha par-dessus le muret, regardant la terre défiler lentement sous eux :
    
    « Mais comment est-ce possible ? »
    
    Aïzie haussa les épaules :
    
    « Les anciens disent que la pierre dont est constitué l'essentiel de l'île est plus légère que l'air. Mais je ne sais pas si c'est vrai. »
    
    Il se redressa, plein d'enthousiasme à l'idée de faire découvrir le monde à son nouvel ami :
    
    « Viens, nous allons voir les khaïtes ! »
    
    Il l'entraîna dans une large allée, au bout de laquelle se dressait un bâtiment qui ressemblait étrangement à une angèlerie, en plus large et râblée : trois étages de pontons de décollage rayonnaient autour de la structure. Sur certains d'entre eux, il distingua d'étranges créatures ressemblant étrangement à la sculpture qu'il avait examinée dans la chambre.
    
    Leur quatre ailes repliées le long du corps, elles semblaient somnoler dans la lumière intense qui teintait leur peau lisse de nuances vertes et bleutées. Quelques-unes, plus alertes, se dressaient au bout des pontons ; elles portaient sur leur dos, retenues par une sangle qui passait entre les deux paires d'ailes, des selles similaires à celles que l'on plaçait parfois sur le dos des cornus. De petites silhouettes s'affairaient autour d'eux. L'une d'elle enfourcha l'un des khaïtes, qui s'éleva aussitôt dans les airs, d'une simple poussée de ses grandes ailes de peau translucide.
    
    Angelus leva un regard fasciné vers le cavalier qui gagnait le ciel sur le dos de l'animal, en de longues spirales paresseuses. Il se demanda ce que l'on pouvait ressentir, quand on était porté de cette manière vers le firmament, sans avoir besoin de fournir soi-même l'effort de s'arracher au sol. Aïzie, qui l'observait du coin de l'œil, lui adressa un léger sourire :
    
    « Si tu veux, nous pouvons faire une petite virée sur le dos de Nuée, ma monture. »
    
    L'Ange sentit les battements de son cœur s'accélérer à cette perspective :
    
    « Il pourra nous porter tous les deux ? »
    
    Les mains sur les hanches, Aïzie éclata de rire, ses yeux d'azur pétillant gaiement dans son visage hâlé :
    
    « D'abord, c'est elle, par il, précisa-t-il. Elle n'aura aucun mal à nous emporter, nous ne pesons pas bien lourd, ni l'un ni l'autre. Mais je veux être sûr que tu te sens assez bien pour la chevaucher : je ne voudrais pas courir le risque d'aggraver tes blessures. »
    
    Le garçon avait raison, mais la tentation était trop grande... Et puis, Aïmara avait solidement bandé son aile, cela devait être suffisant pour éviter d'éventuels problèmes, non ?
    
    « Ça ira très bien, déclara-t-il d'un ton confiant. Je... »
    
    Il se mordit la lèvre, soudain inquiet : les cornus se montraient parfois nerveux en présence des Anges.
    
    « ... Tu crois qu'elle m'acceptera ? »
    
    Aïzie hocha vigoureusement la tête :
    
    « Sans le moindre problème. N'es-tu pas toi aussi un enfants du ciel ? »
    
    Il y avait dans ses paroles une logique si pure, si évidente, qu'Angelus ne put s'empêcher d'être rassuré.
    
    « Eh bien... Allons-y alors ! » lança-t-il en tentant de réprimer l'excitation qui le gagnait et lui faisait – presque – oublier son inquiétude pour Catena.
    

Texte publié par Beatrix, 21 février 2016 à 18h18
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