Pourquoi vous inscrire ?
«
»
Tome 1, Chapitre 30 « XXIX – Celestia – Deuxième mouvement » Tome 1, Chapitre 30
Même s’il avait mis du temps à plonger dans le sommeil, Aïzie dormit profondément et d’une seule traite ; il avait été épuisé, autant qu’Ivara et leurs deux khaïtes, par le voyage périlleux qui les avait menés jusqu’aux Cieux. Quand il se réveilla, il se sentit un peu désorienté ; il lui fut difficile de se tirer de sa couche moelleuse pour préparer leur départ. Il décida de laisser Ivara se reposer un peu plus longtemps : elle avait été très affectée par la découverte de ce Paradis presque vide, plus encore que lui-même.
    
    Il prit un soin particulier à s’occuper de Rafale : elle n’était plus toute jeune ; c’était presque un miracle qu’elle ait pu le mener si loin. Heureusement, elle semblait en pleine forme. Le garçon en fut rassuré : après tout, il avait promis à son oncle de veiller sur sa monture. Même s’il s’était attaché à elle, il devait cependant avouer que Nuée lui manquait profondément. Il espérait qu’elle allait bien et que Luciellus avait pu secourir Solia à temps.
    
    Il vit que durant la nuit, quelqu’un avait disposé de la nourriture sur la table : des fruits aux formes et aux couleurs inconnus, mais dont l’odeur évoquait les fleurs et le miel, des pâtisseries aux teintes dorées et aussi légères que des nuages, des pichets d’un breuvage sucré qui réchauffait le corps et l’esprit. Les mets angéliques suscitaient en lui un sentiment étrangement nostalgique, qu’il ne parvenait pas à s’expliquer.
    
    Les khaïtes avaient, quant à eux, reçu de savoureux mélanges d’herbes, qui embaumaient toute la pièce. Aïzie se demanda, l’espace d’un instant, s’il n’avait pas eu tort de refuser le séjour du Paradis : peut-être, avec le temps, Ivara et lui auraient-ils réussi à fléchir les Anges. Après tout, tous n’approuvaient pas les choix des leurs dirigeants. Celestia n’était sans doute pas la seule à rejeter cette attitude défaitiste.
    
    Mais s’ils attendaient seulement quelques jours de plus, il serait trop tard pour Luciellus et pour Solia. La cruauté de leur maître n’avait pas de limite : cet homme ne désirait pas seulement s’assurer de la complète obéissance des Anges, il prenait plaisir à les dominer et les maltraiter. C’était presque un miracle que Luciellus soit demeuré si lumineux dans des conditions aussi terribles. À défaut d’autres solutions, Ivara et lui se contenteraient de leurs maigres forces pour aider leur ami…
    
    « Puis-je entrer ? »
    
    Sur la terrasse de branches entrelacées se dressait la silhouette bleue et corail de Célestia. Aïzie se tourna vers elle, surpris de sa visite.
    
    « Bien sûr, répondit-il, s’effaçant légèrement pour lui permettre de franchir la baie sans être gênée par ses gigantesques ailes. L’Angelle semblait hésitante et légèrement confuse.
    
    « J’espère ne pas vous déranger… murmura-t-elle.
    
    — Ivara dort encore… Mais si nous parlons discrètement, nous ne la réveillerons pas. »
    
    Celestia hocha la tête et s’avança dans les appartements aménagés au cœur des arbres. Elle regarda autour d’elle, sans réellement voir ce qu’il l’entourait.
    
    « En quoi pouvons-nous t’aider ? demanda le semeur de tempête, un peu mal à l’aise. Malgré la gentillesse de l’Angelle, sa rencontre houleuse avec les Anges des Cieux lui restait sur le cœur.
    
    La visiteuse s’assit sur l’un des tabourets végétaux :
    
    « Je ne peux plus vivre dans ce monde, murmura-t-elle. Les Anges représentaient la lumière et l’espoir… Qu’en reste-t-il à présent ? Ils sont rongés par la crainte et le remord. Nous sommes un peuple mourant, Aïzie. Mais la vie continuera en dessous du Paradis… Avec ou sans nous. »
    
    Elle baissa la tête, laissant ses longs cheveux d’azur voiler son visage :
    
    « Autrefois, les hommes aimaient les Anges, les Anges aimaient les hommes… Qu’est-il arrivé pour que le cœur des uns comme celui des autres devienne si dur, tellement dénué de compassion ? Je sais que j’ai commis une terrible faute, Aïzie, en restant ici alors qu’on avait besoin de moi sur la terre, mais je voudrais tout de même… essayer de me racheter… »
    
    Elle releva ses grands yeux limpides :
    
    « Parle-moi de Luciellus, s’il te plaît. »
    
    Aïzie hocha la tête, tentant de capturer dans son esprit l’image de son ami.
    
    « C’est un jeune Ange qui ne semble pas plus âgé que moi. Il a le teint pâle, les cheveux et les ailes dorées et des yeux bleus aussi limpides que les tiens. Je le pense incapable de la moindre méchanceté. Mais surtout… il aime Catena… je veux dire Solia, de tout son cœur et peut-être même plus que sa vie d’Ange. Il veut qu’elle soit libre et heureuse et pour cela, il est prêt à se sacrifier. Mais il ne peut veiller que sur des enfants et, bientôt, Solia aura treize ans… Il cessera alors d’être son protecteur. Elle n’aura plus le moindre intérêt pour ceux qui la retiennent… et qui sait ce qu’il adviendra d’elle, alors ? »
    
    Célestia esquissa un doux sourire :
    
    « Je veux bien devenir son ange, alors, et sa protectrice à la place de Luciellus. Je sais que je l’aimerai, peut-être pas autant que lui, mais je ferai de mon mieux. »
    
    Elle se redressa, faisant doucement bouger ses splendides ailes bleues :
    
    « Même si c’est tout ce que je peux faire, ce sera mieux que rien, n’est-ce pas ?
    
    — Tu ferais cela ?
    
    — Bien sûr !
    
    — Tu ne risques pas d’avoir des problèmes avec les autres Anges ? Après tout, tu avais fait le choix de rester dans les Cieux ! »
    
    Elle secoua la tête :
    
    « Que pourraient-ils faire, à part me renier ? Je me suis déjà reniée moi même en renonçant à protéger les hommes. C’est en quittant les Cieux que je me retrouverai. »
    
    Ivara s’était réveillée. Assise dans sa couche, elle regarda l’Angelle avec incrédulité. Puis, avec un sourire ravi, elle bondit hors de son lit et vint prendre l’une des mains de Celestia, tandis qu’Aïzie saisissait l’autre. Ils ne reviendraient pas seuls du Paradis !
    
    Même si ce n’était qu’un petit nuage dans le ciel, il annonçait peut-être une grande tempête qui soufflerait sur les mondes d’altitude.

Texte publié par Beatrix, 30 août 2017 à 16h57
© tous droits réservés.
Commentaire & partage
Consulter les commentaires
Pour réagir â ce chapitre et poster une review, veuillez vous identifier ou vous inscrire !
«
»
Tome 1, Chapitre 30 « XXIX – Celestia – Deuxième mouvement » Tome 1, Chapitre 30
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Partenaires
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
1026 histoires publiées
483 membres inscrits
Notre membre le plus récent est sallypauline
LeConteur.fr 2013-2018 © Tous droits réservés