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Tome 1, Chapitre 28 « XXVII - Les Derniers Anges - Cinquième mouvement » Tome 1, Chapitre 28
Les yeux d'Aïzie s'écarquillèrent ; il échangea avec Ivara un regard d'incompréhension.
    « Que voulez-vous dire ? »
    
    L'Ange noir se tourna vers sa sœur multicolore, qui s'apprêtait déjà à répondre :
    
    « Il ne t'appartient pas de le leur dire, déclara-t-il gravement. Ils ont jadis fait un choix et doivent en subir toutes les conséquences... de même que pour nous. »
    
    En entendant ces paroles mystérieuses, Aïzie ne put s'empêcher de se remémorer sa conversation avec Luciellus et ses propres réflexions sur l'absence de passé des Semeurs de Tempêtes.
    
    « Mais peu importe, en fait, poursuivit l'Ange blanc. Étant donné les circonstances, nous nous devons de vous écouter. De quelle aide parlait donc Aeria ? »
    
    Aïzie leur raconta alors comment un jeune ange blessé était venu s'échouer sur leur île, comment ils l'avaient recueilli et soigné, avant d'aborder les détails de sa tragique histoire.
    
    « Luciellus fait ce qu'il peut pour sauver sa chaîne, plaida-t-il avec ferveur, malgré toutes les humiliations et les mauvais traitements infligés par le seigneur de Cimes. Même s'il est jeune, c'est un être très lumineux ! Ils ont désespérément besoin d'être secourus tous les deux... Non seulement Solia et lui, mais tous les autres Anges asservis par les humains ! Vous que l'on nomme les Pères et la Mère des Anges des Cieux, vous ne pouvez pas leur tourner le dos. Les Anges et les Hommes devraient pouvoir vivre en paix sous le ciel ! »
    
    Il ploya un genou et baissa la tête, en tenant toujours la main d'Ivara dans la sienne.
    
    « Je vous en supplie, souffla-t-il, vous devez aider Luciellus et Solia, et tous les anges et toutes les chaînes... »
    
    Un long silence répondit à son plaidoyer. Il demeura prostré, attendant une réaction, pendant ce qui lui sembla une éternité...
    
    Et puis... un rire.
    
    Trois rires dans un unique éclat.
    
    Emplis d'une ironie, d'une amertume si profonde qu'il sentit son cœur voler en milliers de fragments dans sa poitrine.
    
    Il s'affaissa sur lui-même, serrant la main d'Ivara pour s'empêcher de sombrer, toujours plus bas. Des larmes brûlantes coulaient sur ses joues, tandis que la partie rationnelle de lui-même s'interrogeait sur la raison d'une telle cruauté.
    
    « Relève-toi, jeune semeur de tempête, l'enjoignit enfin l'Ange Blanc, d'une voix où s'attardait, comme un relent nauséabond, une trace de moquerie. Nous te pardonnerons, parce que tu en sais aussi peu sur nous que tu en sais sur toi-même. À ton avis, combien sommes-nous encore ici, dans ce dernier bastion ? »
    
    Le garçon roux se redressa et secoua la tête, incapable de proférer une parole.
    
    « Tu as croisé près la moitié de la fière et puissante population des Anges des Cieux. Nous ne sommes plus que quinze à survivre en ces lieux, que nous ne quittons plus jamais. Aucun nouvel ange ne naît plus de notre lumière, tandis qu'une partie de nos sœurs et de nos frères sont perdus sur terre, captifs de la cruauté des hommes qu'ils avaient pour mission de protéger, ou égarés par la perte de leur Lumière... . Alors, pour survivre encore, nous avons fait le choix de renoncer.
    
    — Re... renoncer ? » bafouilla Ivara entre ses mèches humides de larmes.
    
    L'Angelle arc-en-ciel hocha la tête :
    
    « Nous ne répondons plus à l'appel de nos protégés. Au début, cela a été terrible, une insoutenable douleur qui nous laissait prostrés... mais au fil du temps, nous avons cessé de le ressentir. Seule la lumière des Cieux nous permet de rester ce que nous sommes. Plus un d'entre nous n'en sort, ou il perdra sa nature pour disparaître. Et plus personne n'y revient. Que ce soit ceux qui sont restés fidèles à l'appel, ou ceux... qui ont choisi un autre type de fuite pour eux et pour leurs chaînes...
    
    — Un autre type de fuite ? » répéta Aïzie avec perplexité.
    
    Il comprit, hélas, qu'il n'en obtiendrait pas beaucoup plus de ces trois Anges qui s'était détachés du monde. Il ne pouvait totalement les blâmer, connaissant la façon dont les leurs étaient traités sur Terre. Malgré tout, quelque chose au fond de lui se rebellait profondément contre leur décision. En dépit de leur forme physique si éblouissante, il ne parvenait pas à les admirer. Il voyait sur eux la souillure de la trahison... mais il ne se sentait pas pour autant en droit de les juger. Il se tourna vers Ivara et constata, à l'expression de son visage, que la jeune fille partageait sa confusion.
    
    L'Ange noir se leva, fit claquer ses ailes bleu nuit, et les toisa sévèrement :
    
    « Nous ne sommes hélas pas en droit de vous forcer à partir. Si vous souhaitez vous installer ici avec nous, vous en avez parfaitement le droit. Mais sachez que personne ici ne vous offrira aucune aide pour secourir des humains ou des Anges ternis... Ni même ceux qui ont oublié le chemin du paradis, pour s'être trop longtemps consacrés à la Terre. »
    
    Aïzie avait envie de leur crier qu'ils ne se souvenaient même plus où se trouvaient les Cieux, pour avoir rempli leur devoir fidèlement sans jamais s'octroyer un seul repos. Mais il comprenait que sa remarque serait mal acceptée. Il se releva lentement, sentant ses jambes trembler sous lui.
    
    C'était fini. Il n'y aurait plus personne pour aider Luciellus et Solia.
    
    Il inclina respectueusement la tête :
    
    « Je vous remercie de nous avoir écoutés. En ce qui me concerne, je ne désire pas vivre aux Cieux. Mon île est le plus agréable des séjours et c'est là que sont ma famille et mes amis. Mais je vous suis reconnaissant de votre proposition, mais je dois la décliner. »
    
    L'Ange blanc sourit froidement :
    
    « Eh bien, tout au moins gardes-tu tes convictions ; cette attitude est louable. Et toi ? demanda-t-il à Ivara qui le fixait d'un regard dur :
    
    - Il en est de même pour moi, déclara-t-elle fermement. Je n'ai aucune envie de rester parmi vous. »
    
    L'Angelle multicolore se pencha vers elle, les contemplant avec amusement :
    
    « Tu te passes volontiers des formes, jeune fille. Mais je ne t'en tiendrai pas rigueur. Aeria ? »
    
    Leur guide s'approcha de ses aînés :
    
    « Que puis-je faire pour vous ?
    
    — Trouve de quoi loger ces jeunes gens et leurs Nés du Ciel, au moins pour ce soir. »
    
    — Bien, Mère... »
    
    Aeria s'inclina légèrement et s'apprêtait à quitter la vaste salle, quand les trois Anges se levèrent soudain, le visage triste et grave :
    
    « Votre choix est le bon, déclara soudain l'Ange noir. Vous retournez vers la vie au lieu de partager notre mort. Bonne chance à vous... »
    
    Aïzie hocha la tête à titre de remerciement et prit de nouveau la main d'Ivara, pour emboîter le pas à Aeria.

Texte publié par Beatrix, 25 juillet 2017 à 15h28
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