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Tome 1, Chapitre 17 « XVI - Le retour - Troisième mouvement » Tome 1, Chapitre 17
Le regard dur de l'angelier se posa sur Angelus, vaguement incrédule :
    
    « Ainsi, tu es revenu, vermine ailée... »
    
    Le jeune ange frémit sous l'insulte : quelques jours sur l'île des Semeurs de Tempêtes avaient suffi à lui faire oublier la dureté et le mépris des habitants de Cimes. Il s'obligea à rester calme, sachant que s'il manifestait toute la révolte qu'il ressentait, il perdrait toute chance d'aider sa chaîne.
    
    « Je suis revenu à temps, répondit-il d'une voix douce, mais qui tremblait un peu sous l'effet de sa colère contenue. Le soleil n'est pas encore couché... »
    
    l'angelier leva les yeux vers le disque incandescent qui descendait lentement au-dessus des pics qu'il éclaboussait de vermeil.
    
    « Tu joues sur mots, grommela-t-il. Je sais ce que tu vas demander, mais je te remonterai pas la gamine tant que le seigneur n'en aura pas donné lui-même l'autorisation.
    
    — Je suis prêt à le rencontrer. »
    
    L'homme le regarda d'un air soupçonneux, comme s'il peinait à croire à une telle soumission. Le cœur d'Angelus souffrait pour Catena, prisonnière d'une situation si menaçante, si inconfortable. Mais elle était en vie et il était prêt à tout pour qu'elle le reste.
    
    « Eh bien, vas-y, et je te souhaite bonne chance ! » lança l'angelier avec un rire cruel.
    
    Le jeune Ange prit le chemin de la salle d'honneur ; les circonstances lui semblaient tout à la fois insupportables et irréelles, comme s'il s'était retrouvé piégé dans un cauchemar. Il rêvait de la pierre blanche et mousseuse de l'île flottante, de sa clarté et de sa fraîcheur, de son odeur de neige et de verdure. Il s'arrêta brièvement, laissant le sanglot qui gonflait sa poitrine mourir avant qu'il ne s'échappe.
    
    Cette fois, Euresme était seul dans la grande pièce vide. Un unique garde veillait à côté de la porte du fond, appuyé sur sa lance, sa cotte de mailles luisant doucement dans la faible lueur filtrant par les hautes fenêtres. Le seigneur soutenait sa tête de la main, le coude posé sur le bras du siège au dragon. Dans ses habits brillants de gris et d'argent, il semblait se fondre dans la roche : celle de son trône, du mur, de Cimes tout entière. Il était aussi dur, aussi impitoyable, aussi rude et dénué de grâce, et surtout aussi froid. Angelus préférait encore avoir affaire à l'angelier : au moins, le rustre ne prenait aucun soin de cacher sa cruauté sous des accents subtils et distingués ou une fausse bienveillance.
    
    « Angelus. »
    
    Il serra les poings, ressentant pour la première fois depuis des années l'indignité de cette désignation imposée par le seigneur de Cimes. Il avait un nom, un véritable nom : il était Lucielus, tout comme celle qu'on appelait Catena avait reçu de ceux qui l'aimaient le doux prénom de Solia. Le seigneur n'avait aucun droit de les dépouiller ainsi de tout ce qui leur appartenait et que rien ni personne n'aurait dû leur arracher : leur liberté, leur identité...
    
    L'Ange se redressa, tête haute et regard direct, ailes étendues en dépit de la douleur qui pulsait toujours dans son membre blessé.
    
    « Eh bien, reprit son maître d'une voix traînante. Qu'as-tu à me dire ? As-tu ramené les informations demandées ?
    
    — Oui, seigneur, la mission a été remplie.
    
    — Bien. »
    
    Il se tourna vers le garde :
    
    « Appelle mon scribe, afin que ces nouvelles soient soigneusement conservées. »
    
    Quelques minutes plus tard, le soldat revint en compagnie d'un homme frêle au crâne dégarni ; il lança à l'Ange un regard étonnamment doux avant de s'asseoir sur les marches, son écritoire de bois posé sur les genoux.
    
    Angelus décrivit avec précision les défenses de Piques : les deux enceintes, leurs faiblesses apparentes et leurs forces évidentes, le nombre de soldats qui les gardaient durant la journée... Tout ce que Windeïm lui avait rapporté au retour de son vol de repérage et qu'il avait soigneusement consigné dans sa mémoire. Seuls le grattement de la plume sur le parchemin et la respiration du seigneur accompagnaient ses paroles. Enfin, les derniers mots moururent ; Euresme hocha la tête.
    
    « Eh bien, voilà qui est fort précis... Mais il faut dire que tu as pris ton temps !
    
    — J'ai fait de mon mieux, monseigneur », assura le jeune Ange, sentant l'appréhension lui serrer le cœur.
    
    Un sourire cruel étira les lèvres minces :
    
    « Ne t'avais-je pas dit que je ne voulais pas que tu fasses de ton mieux... mais plus encore ?
    
    — J'ai fait mon possible, souffla Angelus. Il y avait des tempêtes qui rendaient les abords de Piques impraticables, il m'a fallu attendre qu'elles se calment... »
    
    Il savait qu'il ne pouvait invoquer sa blessure. Jamais le seigneur n'éprouverait la moindre compassion à son égard. Son regard s'était encore durci ; pourtant, il souriait toujours, de ce sourire tout à la fois cruel et doux.
    
    « Angelus... susurra-t-il. Angelus. Tu n'apprendras donc jamais. »
    
    Il se pencha légèrement en avant :
    
    « Tu ne me sers pas comme je l'attends. Je sais à quel point tu tiens à ta Chaîne, je ne considérerai donc pas ton attitude comme une rébellion délibérée ! J'en déduis juste que tu n'es pas capable de remplir ta tâche, comme le font les autres Anges de Cimes. Et qu'il va falloir... que je me sépare de toi. »
    

Texte publié par Beatrix, 26 avril 2016 à 01h23
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