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Tome 1, Chapitre 10 « IX - L'Île dans le ciel - Cinquième mouvement » Tome 1, Chapitre 10
La maison d'Aïmara se situait non loin de celle qu'Aïzie partageait avec son oncle Afras. Elle était juste un peu plus coquette, un peu plus proprette, avec sa belle porte de bois cernée d'une délicate frise gravée et les carillons des couleurs qui pendaient à une patère à côté de l'entrée, chantant leur musique dans la brise légère. Une girouette en forme de khaïte stylisé surplombait le toit en terrasse. Dans le petit jardinet, les longues frondes des graminées se mêlaient à des clochettes bleues, des corolles blanches et des pétales roses, et toute une tapisserie d'infinies nuances de vert. Même les plus accueillants villages de Mi-Haut ne possédaient pas cette douce fraîcheur. Il y avait dans cette vision comme un écho de paradis perdu...
    
    « Le Paradis... » murmura le jeune ange.
    
    Aïzie se tourna vers lui, les sourcils foncés :
    
    « Qu'y a-t-il, Lucielus ? »
    
    Il baissa la tête, pensif. Se rappelait-il seulement le Paradis, l'endroit mythique d'où venaient tous les Anges ? Il avait quelques souvenirs de vastes étendues nuageuses, d'un ciel d'un bleu absolu, mais il ne s'agissait que de vagues impressions. Toute sa vie s'était déroulée en haut des montagnes, volant d'un protégé à un autre, croisant parfois ses frères et sœurs au fil de son devoir.
    
    « Rien de grave, ne t'inquiète pas... »
    
    Il desserra lentement ses doigts, qu'il avait crispés sans s'en apercevoir.
    
    Aïmara apparut derrière les claies ajourées qui fermaient la fenêtre ; elle se dirigea vers la porte pour leur ouvrir :
    
    « Aïzie ! C'est un plaisir de te voir les deux pieds sur l'île, dit-elle d'un ton amusé. Et Lucielus, je vois que tu commences à reprendre des forces... J'espère que tu n'en fais pas trop quand même ! »
    
    Angelus hocha la tête, un peu confus. C'était étrange pour lui de s'entendre appeler par ce nom presque oublié.
    
    « Entrez, tous les deux ! »
    
    Elle s'effaça pour laisser passer les deux garçons. L'intérieur ressemblait à celui d'Afras, mais avec un peu plus de meubles : des coffres, des étagères, des cabinets décorés de sobres sculptures. Les tentures au mur étaient plus colorées, avec des motifs plus fins, plus sinueux. Les flacons, les pots et les herbes séchées traînant un peu partout rappelaient sa fonction de guérisseuse.
    
    « Qu'est-ce qui vous amène ? » demanda-t-elle en souriant.
    
    Angelus avait l'impression qu'elle savait pertinemment ce qu'Aïzie allait quémander, mais qu'elle souhaitait le voir esquisser les premiers pas...
    
    Sans plus de cérémonie, le garçon se laissa tomber sur une pile de coussins ; Angelus l'imita avec plus de précautions, afin de ne pas heurter son aile blessée.
    
    Le jeune semeur de tempête leva vers la guérisseuse un regard innocent :
    
    « Eh bien... Tu sais combien Afras peut être négligent sur la tenue de son garde-manger, et Lucielus a besoin de reprendre des forces... »
    
    La guérisseuse n'était pas dupe : les deux mains sur les hanches, elle toisa Aïzie :
    
    « Tu souhaites donc que je t'invite, c'est cela ? »
    
    Le garçon lui répondit par un sourire désarmant de candeur. Angelus ne put s'empêcher d'en faire de même, séduit par la cordialité entre les gens de l'île. Même parmi ses habitants les plus privilégiés, il régnait à Cîme une terrible froideur, comme si chacun ne se préoccupait de l'autre que s'il pouvait servir ses intérêts.
    
    « Et tu sais aussi que je vais me laisser fléchir, poursuivit Aïmara avec une fausse sévérité. Soit, mais c'est seulement parce que Lucielus est avec toi. »
    
    Elle déposa devant eux des écuelles de bois poli ; Angelus se demanda où les Semeurs de Tempêtes obtenaient ce matériau : il n'avait vu aucun arbre plus haut qu'un buisson dans ses jardinets. Commerçaient-ils avec certains des villages de Mi-Haut ? Dans ce cas, comment se faisait-il que personne ne semblait connaître cette île volante ?
    
    Aïzie s'adossa contre les cousins et ôta son bonnet de cuir, délivrant une courte chevelure cuivrée qui rebiquait dans tous les sens. C'était la première fois que l'ange le voyait sans sa coiffe ; il ne put s'empêcher de pouffer à cette vision. Aïmara plaça dans leur écuelle des tranches de pain brun, des fruits secs et ce qui ressemblait à un brouet crémeux d'où s'élevait une délicieuse odeur sucrée. La nourriture semblait moins recherchée qu'à Cimes, mais bien plus savoureuse.
    
    Il commença à poser des questions à Aïmara, qui lui expliqua que leurs ancêtres avaient un jour découvert ces îles volantes et les khaïtes qui y demeuraient avant même leur arrivée. Ils avaient appris à les dresser et avaient établi des liens avec certains villages isolés : grâce à leurs capacités de créer des tempêtes, ils les protégeaient de l'emprise des seigneuries environnantes, en échange de denrées diverses. Le reste était fourni par les jardinets et les élevages de quelques espèces d'oiseaux. Quant à leurs réserves d'eau, elles étaient issues de citernes de pluie.
    
    « Mais, comment faites-vous pour créer des tempêtes ? » demanda enfin Angelus.
    
    C'était le dernier point qui demeurait obscur pour lui ; il se sentait dévoré de curiosité à ce sujet.
    
    « En fait, c'est grâce aux Khaïtes », déclara Aïzie d'un ton mystérieux.
    
    Les yeux d'Angelus s'écarquillèrent :
    
    « Aux Khaïtes ? »
    
    Aïmara hocha la tête :
    
    « À la base, oui. Étrangement, les Khaïtes peuvent commander aux courants aériens. Grâce à cette faculté, nous pouvons diriger les vents d'altitude et déplacer les nuages. Cela paraît complexe, mais nous possédons des siècles d'expérience. »
    
    Le jeune ange était particulièrement impressionné par ces révélations. Il commençait à entrevoir une solution à ses problèmes :
    
    « Je sais que c'est beaucoup vous demander... mais... »
    
    Il baissa la tête, hésitant un peu, avant de poursuivre :
    
    « Si je parviens à arracher Catena à Cimes, est-ce que vous pourriez nous accueillir ici ? Je vous promets que nous travaillerons très dur s'il le faut...
    
    — Eh bien, c'est justement ce que nous comptions te proposer, Lucielus », prononça une voix derrière son dos.
    
    Il se retourna vers la porte, pour apercevoir Afras, debout dans l'encadrement, les mains sur les hanches et l'expression décidée :
    
    « Le temps file ! Et comme tu sembles aller mieux, c'est le moment de passer à l'action pour aider les anges et les chaînes de Cimes ! »

Texte publié par Beatrix, 17 mars 2016 à 23h41
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